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Société Périllos ©

Activité commémorant le 17 janvier

 

Comme nous l’avions convenu, notre réunion en mémoire du 17 janvier s’est déroulée selon le programme prévu et même un peu plus.
Si, certes, le fait de maintenir cette activité un jeudi pénalisait certains participants, nous nous sommes pourtant retrouvés un nombre conséquent ce jour-là. Notre démarche, nous l’avons déjà précisé, n’est pas, en vérité, axée sur le jour du 17 janvier mais sur certains faits et lieux relatifs aux événements liés à l’affaire de Périllos et de Rennes-le-Château. Il est inutile maintenant de revenir sur le faux phénomène lumineux éclairant, de vagues taches colorées, le pilier en applique de l’église de Rennes. Cet effet ne trouve son expansion que dans l’esprit faussé de ceux, et celles, voulant à tout prix considérer un mirage comme une réalité. Pour nous, tout ceci n’est que prétexte à montrer ses grands airs publiquement dans une réunion constituée sous le thème du « je sais rien mais je dirai tout ! » et très vite passer à table non pour confier quelques découvertes… mais pour se goinfrer au déjeuner en attendant le dîner. S’il est devenu de bon ton de s’étaler dans ce genre de réunion, nous pensons qu’il serait alors plus correct d’afficher la couleur d’entrée de jeu mais ceci perdrait sans doute les pauvres dernières bribes permettant encore de rattacher ces activités à une recherche sur le si vaste et exceptionnel sujet…

Cubières, son dernier cathare et son église triangulaire

C’est dans cette optique que nous avions établi une série de visites qui, depuis notre annonce, s’est enrichie d’autres éléments pour cette journée conviviale. Pour la circonstance, la météo nous était favorable et c’est sous sa clémence que nous commencions notre périple nous réunissant, en ce début de matinée, devant l’église de Cubières-s.-Cinoble.
Le village à lui seul mériterait une sérieuse étude approfondie qui n’était cependant pas à l’ordre du jour pour ce 17 janvier. Cependant, il est intéressant de noter que cette commune se trouve liée au Catharisme par le fait qu’elle soit le berceau du dernier cathare, Guilhem Bélibaste, né vers 1280 et exécuté pour son hérésie vers 1321 à Villerouge-Termenès après s’être réfugié en 1309 en Catalogne, dans le comté d’Ampurias… c'est-à-dire tout près du castel de Kermanço qui nous intéresse également pour d’autres raisons.
Délaissant dans un premier temps cet aspect, la préférence de notre attention se réservait à l’église Ste Marie. En réalité, ce sanctuaire est le dernier vestige d’une abbaye du diocèse de Narbonne, construite en 844 sous Charles le Chauve. D’abord sous l’autorité des seigneurs de Bésalu et Fenouillède, elle passe sous la tutelle de ceux de Peyrepertuse. Vers le XIIIe siècle, il ne reste qu’un simple prieuré de l’ancien monastère dépendant de l’abbé de Moissac. C’est probablement à cette époque qu’à la suite d’un effondrement des bâtiments, ce qu’il en reste est réduit en une église dont la forme est triangulaire…
Cette figure géométrique pour un édifice religieux a, certes, de quoi intriguer le chercheur. Hélas, si celle de Planès est bien conçue pour avoir cette base insolite, celle de notre visite de ce jour ne doit ce plan qu’à une reconstruction… à l’économie. Il semblerait qu’après que ce soit écroulé, par le feu ou les saccages, l’ensemble de l’abbaye, en raison de moyens financiers insuffisants, on ait décidé d’utiliser au mieux ce qu’il restait de l’église. De telle sorte eut lieu la liaison, au plus court, de deux murailles encore solides. Il est dommage que le légendaire insolite doive laisser place à la réalité mais il en est ainsi !

Une église fortifiée et un culte des morts prononcé

En échange, quelques détails méritent bien le détour et toute notre attention. Par exemple, nous observons que le sanctuaire dut être fortifié car on peut voir encore en place deux corbeaux de mâchicoulis en pierre placés au-dessus du porche d’entrée. Les ouvertures d’éclairage de l’église, étroites et hautes, en forme de… meurtrières ou archères, ajoutent encore un aspect défensif du bâtiment disposé en hauteur et donc difficile à prendre d’assaut… dans le même esprit architectural que l’église St Michel de Périllos. Certes, la différence est notoire car si à Périllos il s’agit de l’ancienne chapelle castrale, à Cubières on voit mal l’abbé faire ‘le coup de feu’ pour défendre son abbaye. Pourtant, ces aspects de sévère fortification ressemblent aux habituels aménagements si chers aux Ordres à la fois religieux et militaires… Précisément, c’est peut-être le moment de se souvenir que l’Ordre du Temple a eu quelques vues sur le point stratégique de Camps-s.-Agly. Alors, pourquoi un constat ne découlerait-il pas d’un autre fait proche ?… sans pour autant sombrer systématiquement dans le passé feutré des ombres mystérieuses templières.
Sur le propos de cette insolite architecture triangulaire, on consulte avec profit la remarquable étude (septembre 1982) de Peter F. RYDER, architecte spécialiste des monuments de l'époque moyenâgeuse.
Nous voici à l’intérieur de l’édifice. Nous notons que le maître-autel est orienté au nord, comme le voudrait notre tradition de Périllos. C’est en pénétrant dans la minuscule sacristie, vide actuellement, que le visiteur peut voir une ‘porte des morts’ intacte et invisible depuis la nef recrépie. Ajoutons, sur le sujet, que ce détail est insuffisamment développé par les ténors et c’en est regrettable si on considère ce que peut représenter cet étrange passage muré réservé à l’usage de l’esprit des morts… soulignant, par là, un culte des morts oublié. Un culte des morts probablement repris sous la forme d’un détour par le purgatoire illustré par une impressionnante statue d’une ‘Notre-Dame de la Délivrance’. Il s’agit d’une représentation de Marie regardant une femme (à longue chevelure) à genoux dans la fumée et les flammes, mains enchaînées tendues vers elle. La vierge tient un enfant Jésus penché tendant une couronne de roses à la victime… Un texte sur le socle indique : ‘Notre Dame de la Délivrance des Ames du Purgatoire’, avec une invite à prier pour ces âmes en échange d’indulgences. En ce qui concerne le sanctuaire, on note un constat particulièrement féminin pour la statuaire et le patronat du lieu. D’abord, nous avons la statue représentant la Vierge se portant au secours des âmes du purgatoire représentées par une femme… ensuite une autre représentation de Marie et une autre encore de la Vierge à l’enfant. A ceci, nous ajoutons un tableau représentant « le Sacré Cœur de Marie » sous la forme de Marie montrant son cœur flamboyant, saignant et percé d’une épée… Enfin, Jeanne d’Arc ferme la série féministe. Quant aux hommes, ils se limitent à un Jésus grandeur nature, derrière le maître-autel, montrant son cœur avec l’inscription sur le socle « venez à moi »… que l’on retrouve dans la même posture sur le grand panneau de l’église de Rennes-le-Château, et à un Saint Antoine de Padoue en bois, avec sa légende sur le socle, écrite d’étrange manière.
Enfin la décoration des murs est essentiellement composée de croix de Malte et d’une autre série faite de croix trilobées. Nous ajoutons des graffiti anciens avec un ‘N’ inversé surmontant le prénom… SUZANNE.

Des clés de voûtes signées… Elie Bot

Mais, pour nous, le plus curieux se situe au moment où se lève notre regard au sommet des plafonds de la nef. On y voit des enduits délavés, parfois annonciateurs de fuites d’eau de pluie… On comprend facilement qu’à une époque une importante remise en état dut être engagée. Dans la petite travée située à l’entrée de l’église se trouve une clé de voûte qui pourrait être identique aux autres dans le sanctuaire, c'est-à-dire une sorte de disque épais en pierre, plus ou moins ornée. Plusieurs sont illustrées de huit étoiles blanches sur fond bleu. Une autre, toujours sur fond bleu, comporte les mots « Arnaud curé» avec une étoile entre les deux ornées d’étoiles au sommet de rencontre des travées d’ogives. Si on peut estimer que le curé ‘Arnaud’ en question est celui de l’époque des restaurations, on peut s’étonner des inscriptions de la troisième clé de voûte. En effet, il s’agit cette fois du nom de l’entrepreneur qui accomplit les travaux sur les voûtes et la toiture de l’église.
Et voici ce qu’on peut lire sur cette clé : premier cercle de texte extérieur : CONSTRUCTEUR . DES . VOUTES . BOT . Ensuite, dans le cercle du milieu de la clé, on trouve : . EN . TOUT . GENRE . A . Quant au cercle intérieur, il contient : COUIZA aude. Ces trois cercles d’écriture donne en continu: « constructeur des voûtes BOT en tout genre à Couiza Aude… C’est ainsi que nous trouvions dans cette église la trace inattendue d’Elie Bot, ce limonadier maçon qui fut le fidèle compagnon de rénovation de l’abbé Bérenger Saunière, curé de Rennes-le-Château ! Quant à la date des travaux, elle se trouve en chiffres sur le côté d’une voûte précédant celle de la chapelle dédiée à la Vierge : 1887. On note que 1887 correspond à la période où Saunière fait ses découvertes ‘fortuites’ (1886 – 1887) dans son église, ainsi qu’avec l’achat des premiers vitraux et surtout avec la restauration du maître-autel de l’église Ste Madeleine de Rennes-le-Château. Notre journée du 17 janvier ne pouvait mieux commencer que par cette visite inattendue dans l’ombre de l’église de Rennes-le-Château.

La route Sainte Marie

Après ce premier arrêt, nous nous sommes dirigés vers la fameuse ‘route Ste Marie’. Il s’agit d’une desserte qui, si elle n’a plus aujourd’hui que l’apparence d’un large chemin toutefois bien empierré et confortable pour une circulation ordinaire, fut en son temps digne du titre de ‘route’. Aujourd’hui, nous y voyons même circuler parfois des camions lourdement chargés, reliant ainsi sans encombre, et avec une substantielle économie de temps et de distance, les routes D14 (à prendre à droite entre la source de l’Agly et le col du Linas, à l’altitude 691) et la D74 (au col de la Fage, altitude 731). Effectivement, cet itinéraire permet d’éviter des traversées de villages et surtout plusieurs dizaines de kilomètres entre les deux versants de ce secteur puisque ce raccourci est inférieur à dix kilomètres. Cependant, si l’intérêt touristique des paysages et l’utilité oubliée de cette voie sont notoires, nous avions, quant à nous, décidés de fixer notre attention sur deux points peu étudiés jusque là. Le premier point se trouve à moins de deux kilomètres de la D14 et se situe à gauche sur un important et massif bloc rocheux naturel. La roche, ici, est coupée pour permettre le passage de la voie et c’est sur le reste du socle minéral, à plus de deux mètres de haut, que fut gravée une sorte de plaque avec son inscription inaugurale. Cette forme de gravure n’est pas sans rappeler, au passage, le mode de celle de la pierre dite de Coumesourde.
Cette curiosité oubliée n’est quasiment jamais expliquée par nos ténors en RLCéisme… Cependant, renseignements pris auprès des archives régionales en matière des services en voies de communications (qui deviendront la DDE), on s’aperçoit que cette ‘route’, curieusement baptisée « Ste Marie », devait initialement porter le nom de route « Marie Madeleine »… Le choix féminin de la patronne de cette desserte n’est pas expliqué et encore moins la raison qui fit le changement d’appellation au dernier moment. Le service contacté pour cette information pense tout simplement que le premier patronyme trop long dut céder la place à un autre plus court et plus commun… On croit rêver ! Toujours est-il qu’après ce bref combat de clochers patronymiques, plusieurs autres petits détails méritent aussi le détour et l’attention.

Une gravure inaugurale télégraphique ?

Le texte entier est divisible en cinq parties distinctes: l’appellation, une liste d’identités sans qualificatif qui sont peut-être les maîtres d’oeuvre, la date, le maître d’ouvrage et enfin le nom de l’autorité qui inaugure cette route.
Pour le premier, nous avons vu qu’il s’agissait de la route Ste Marie : -ROUTE STE MARIE-
Pour les seconds, nous avons sans doute un nom de famille (Ricard) et trois prénoms (Eugène, Paul et Marcel) : -EUGENE RICARD PAUL ET MARCEL-
La date d’ouverture ou d’inauguration des travaux : - INAUGUREE le 19 MAI 1902-.
L’identité du patron de l’entreprise ayant tracé le cheminement puis les travaux d’exécution : -TRACEE ET EXECUTEE PAR FONTVIEILLE-
Et enfin l’autorité ayant ‘ouvert’ ce travail routier, qui est un personnage que nous connaissons dans l’énigme de l’abbé Saunière : -VISITEE BEAUMETZ DEPUTE-
Tout ceci donne :

ROUTE STE MARIE

EUGENE RICARD
PAUL ET MARCEL
-o-
INAUGUREE LE 19
MAI 1902

TRACEE ET EXECUTEE
PAR FONTVIEILLE

VISITEE BEAUMETZ DEPUTE

Si les quatre premières indications sont compréhensibles, sauf pour les trois personnages Eugène, Paul et Marcel qui ne sont pas forcément de la même famille, il nous faut bien admettre qu’en ce qui concerne le député, les choses sont un peu moins claires. En effet, il s’agit là d’une autorité locale politique importante, un député (qui sera sénateur en 1912 et sous-secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts en 1905), et sa présence sur cette dédicace est pour le moins… télégraphique et expéditive… pour nommer bien cavalièrement monsieur Henri Charles Étienne Dujardin-Beaumetz. Au demeurant, son nom n’est pas même figuré en entier (Beaumetz pour Dujardin-Beaumetz).
Certes, tous ces détails n’apportent pas un grand éclairage sur notre affaire de Rennes-le-Château mais au moins ils ont le mérite d’exister et de pouvoir se vérifier…
Près du lieu se trouvent d’étranges roches hautes, lisses, divisées en trois grandes coulées des plus insolites, ainsi que plusieurs cavités et avens. Dans deux de ces cavités ont été mis à jour des vestiges humains et de petits mobiliers de l’Antiquité. A ceci, nous ajoutons la présence de plusieurs amoncellements de ruines dont une au moins doit être assez ancienne en raison des restes d’une citerne présentant encore des parcelles d’enduit étanche romain… Ce secteur mériterait une étude de repérage et d’inventaire qui pourrait bien réserver d’intéressantes surprises. A propos de surprise, nous pourrions attendre que quelqu’un, enfin, nous dise pourquoi François Mitterrand, alors en mandat présidentiel, s’est rendu, dans la foulée de sa visite à Rennes-le-Château, devant la plaque inaugurale de la route Ste Marie. Cette question pour nous reste pleine de pertinence si on se demande pourquoi monsieur le Président de la République est venu salir ses chaussures pour une étape, sans grande importance politique, aux confins du Razès… là où personne ne voyait d’intérêt majeur. Peut-être, là où nul ne comprenait quoi que ce soit, cet homme aux cheminements parfois insolites venait pour entrevoir précisément le détail manquant d’un message laissé bien en vue de tous, à seule fin d’un initié dont le rang, ici, n’a pas d’importance. D’ailleurs, aucun média ne souligna cette escapade présidentielle qui eut lieu visiblement dans la plus grande indifférence de tous… et c’est peut-être cette ignorance qui était recherchée, comme par exemple celle qui entoure encore la fameuse ‘dalle de Coumesourde’.

Une curiosité saline et le moment du casse-croûte !

Notre chemin se poursuit tout au long de la première partie de cette route oubliée au cours de laquelle notre prochain arrêt a pour nom « Trou de la Relhe ». Il s’agit là d’une cuvette naturelle assez profonde dont notre ami Lucky, spéléologue féru de minéralogie, nous donne l’explication. Nous sommes ici en présence d’un effondrement lent se produisant de manière imperceptible au fil des millénaires, produit par la fonte souterraine des masses de sel enfouies ici depuis l’aube des formations de la Terre. Ce sont ces incroyables et colossales réserves saumâtres à l’état natif qui se dissolvent pour donner les résurgences d’eaux salées qui donneront naissance à la fontaine salée. Rappelons que ces sources seront d’une telle richesse en sel qu’elles seront exploitées durant de longues périodes. Ce produit était d’une telle valeur, et taxé comme tel, qu’il fut même défendu par des gabelous cantonnés, précisément, dans les anciens bâtiments réservés alors à cet effet, au lieu indiqué sur la carte d’EM sous le nom de « anc. Corps de garde »… qui ne sont ni plus ni moins que les constructions de nos amis de la Sals !

Tout ce début de périple nous ayant creusé l’appétit, il était l’heure pour nous du repas de midi. Comme nous ne savions pas précisément à l’avance ce que la météo nous réserverait comme surprise, il nous avait semblé judicieux de prévoir des aliments chauds. Certes, il n’était pas question de retomber dans les excès pantagruéliques imposés par les délires gastronomiques de la date du 17 janvier du secteur de Rennes-le-Château. Une fois de plus, ce fut notre ami Lucky qui trouva la solution. Ayant pris contact avec un producteur local de produits végétariens, dont des orties cultivées biologiquement, notre complice culinaire nous a organisé un repas chaud des plus surprenants, nourrissant et succulent. A cet effet, une spacieuse camionnette nous attendait au refuge proche du ‘trou de Relhe’. Après l’apéritif, incontournable dans les us et coutumes de notre SP, c’est dans ce véhicule aménagé confortablement pour la circonstance que nous avons pu prendre place pour cet insolite repas chaud et chaleureux… allant d’une soupe aux orties au dessert de gâteaux sucrés, en passant par d’étonnantes mais délicieuses galettes relevées d’un nappage d’ail rose des ours… Un grand merci à Yoann de la part de tous, y compris des plus sceptiques, très vite convertis, pour ce repas alliant bonne humeur et… gourmandise !

De remarquables pierres gravées peu signalées

Dès le repas achevé, notre groupe reprend les véhicules et rejoint rapidement la D74, au col de la Fage… lieu qui signifie probablement le col de la fée… Cette appellation, en ce cas, proviendrait peut-être d’une liaison faite entre le lieu et des sites peu éloignés dont le souvenir prendrait racine dans d’obscurs événements antiques, druidiques par exemple. La mémoire populaire attachant souvent ce genre d’emplacement à la présence de créatures magiques ou légendaires, la tradition peu à peu n’a pu conserver que l’imaginaire féérique… La banalisation et le temps qui efface tout font le reste, et seul un mot ou deux demeurent en étant le plus souvent éloignés des réalités antiques. Si telle pouvait être l’origine de ce toponyme, il n’y aurait alors rien d’étonnant à la présence de mégalithes dans cette région, d’un culte pratiqué par de lointains officiants païens (au sens étymologique et noble). C’est peut-être ce genre de vestiges que nous avons ensuite visités en redescendant un peu la D74 en direction de Fourtou. Sous le lieudit ‘Le Fort’ et en bordure de route, dans les fourrés d’une éclaircie de la forêt, se trouvent bel et bien quelques grosses roches dressées.
Il s’agit d’un ensemble de quatre ou cinq blocs rocheux, en grès semble-t-il, de belle taille. Visiblement, ces mégalithes ont été retaillés et quasiment tous comportent des gravures uniquement, à première vue, tournées vers le couchant. On trouve, sur ce ‘versant’ des pierres, essentiellement des signes cruciformes ou des formes parfois étoilées ou en petites rouelles, prises dans des périmètres carrés ou autres. A ces gravures s’ajoutent de petites cupules pouvant, il faut bien le dire, être d’origine naturelle… d’où notre prudente réserve en la matière. Nous devons souligner et reconnaître avec plaisir que ces témoins du passé humain ne sont pas encore détériorés, modifiés ou souillés d’initiales ou commentaires pour le moins douteux et discutables… Pourvu que ça dure !
S’il s’agit là de signes assez habituels en matière de gravures préhistoriques, ils ont pour nous un intérêt d’autant plus grand qu’ils ressemblent à s’y méprendre à ceux décorant à la fois la grotte de La Caune à Périllos et le mégalithe déposé près de la mairie de Rennes-le-Château. A ces deux sites, nous ajoutons les pierres gravées de la commune de Cubières. Ces dernières sont ornées elles aussi de ce genre de gravures. Serait-il possible de considérer qu’il y ait un lien entre ces sites cependant déjà en relation entre eux pour d’autres raisons que nous connaissons tous. Nous restons une nouvelle fois étonnés du fait que les ténors, en matière de l’affaire Rennes-le-Château, n’aient jamais fait ce genre de constat et d’étude… Sans doute un simple oubli qu’ils ne manqueront pas de combler !? On note que ce site se trouve sous un autre du nom de ‘le Fort’… Il s’agit à présent d’un refuge sans doute à l’attention des chasseurs. Ce pouvait être une construction du genre ‘poste avancé’ mais le plus curieux serait de savoir de quel autre point fort il était la première défense ou barbacane avancée… car le seul lieu à la ronde est l’emplacement des bâtiments des anciens gardes, ou exploitants, de la Sals… Or, il n’a, semble-t-il, jamais été dit que ce lieu ‘gabelou’ ait été fortifié ou si solidement défendu. Mais puisqu’il est précisément question de la Sals, il est temps pour nous d’avancer dans sa direction car, ce jour, la météo devient lentement menaçante.

… la note salée pour les gogos

Notre visite se poursuit avec un retour en arrière sur la route D74 en direction de Sougraigne pour y reprendre la direction de la Sals. C’est d’ailleurs sous un ciel de plus en plus sombre que nous arrivons sur le nouveau grand parking qui défigure à présent le lieu et où nous garons nos véhicules.
Il semble en effet que les autorités, sous l’impulsion de quelques personnes tentant de se hisser aux premiers postes touristiques, au prix d’écraser leurs petits copains, s’acharnent à faire que ce lieu devienne un nouveau piège local à touristes et gogos salés. On apprend peu à peu qu’on peut, une fois l’an, prendre son billet dans le troupeau de moutons de Panurge pour évaporer de l’eau saumâtre pour en extraire du sel… Naturellement, maintenant, on fera une expérience semblant présentée comme des plus étonnantes… que n’importe qui peut faire n’importe quand… sans bourse déliée. Car, évidemment, cet inutile encadrement ne se fait que contre une note… salée, ce qui semble de bon ton à tous les gogos se faisant piéger ici.
Il est loin le temps où l’on pouvait monter paisiblement près des sources salées, souvent sans rencontrer âme qui vive avant les saisons d’été. Et encore, à cette époque, ne croisait-on que de respectueux lents promeneurs en quête de silence et de lieux ‘forts’… Aujourd’hui, ce sont des hordes dévastatrices qui se déversent en ces endroits qui, comme pour les fameux fours, sont devenus sujets au pillage, à la destruction et au vandalisme. Et de plus, nous apprenons, sans pouvoir y croire, que quelques mesures d’intimidation sont en cours pour tenter de récupérer les bâtiments de la Sals (et en chasser les très anciens premiers occupants), pour les transformer en lieux aseptisés, pasteurisés et clinquants, sous le contrôle de ceux ayant ourdi durant des années pour s’approprier les lieux… une fois tout le travail de dégagement et de consolidation fait. Le loup, fainéant frileux et fourbe, à masque d’agneau, est enfin dans la bergerie après avoir minutieusement fait son approche sous couvert d’intérêts historiques et de fraternité ‘trois points’ concernant de très loin l’affaire de Rennes-le-Château. Certes, nous ne pouvons croire tout ceci et nous pensons qu’il ne s’agit que de ragots colportés ça et là et évidemment non fondés ???… C’est en tout cas notre vœu le plus cher.

Les curieux vestiges d’une activité verrière importante

Quoiqu’il en soit, depuis ce parking imposé, nous pouvons prendre un sentier s’enfonçant dans le sous-bois et, après moins d’une demi-heure de marche facile, nous voici enfin arrivés devant un imposant monticule couvert d’une immense bâche verte. C’est sous cette dernière que repose le dernier four, encore visitable, de ce site où visiblement autrefois se développait une activité verrière importante. Notre premier intérêt était de pouvoir comparer ce four avec ceux retrouvés sur le secteur des seigneurs de Périllos.
On parvient, habituellement, devant la ‘cloche’ et le ‘cul de chauffe’ d’un four de fonte sans emprunter de passage particulièrement clos. En effet, il faut pour entretenir la température, indispensable à la fusion du verre, alimenter ‘la chauffe’ librement et en grande quantité. Tout au plus, cet emplacement est-il en contrebas, pour une technicité pratique du four et du travail des compagnons verriers qui eux occupent un plan au niveau de la cloche de fonte. Cet ensemble est mis sous le couvert minimum d’un abri en forme de toiture et de murs protégeant des vents, de la pluie et du froid pour des raisons faciles à comprendre.
Ici, au contraire, nous descendons par une étroite galerie souterraine sur plusieurs mètres pour arriver devant les deux ‘gueulards’ de chauffe et de manutention. Et ce détail étonnera ceux qui ont des notions de travail du verre devant le four. Le verrier, autrefois, cueillait le verre à l’état pâteux quasiment liquide avec une ‘canne’ qui souvent mesurait près de deux mètres. Cette longueur était surtout imposée pour que la température ne brûle pas les yeux du compagnon et que cette même chaleur ne lui attaque pas les lèvres et la bouche. De fait, on doit imaginer un homme travaillant avec un long tube métallique de près de deux mètres et pivotant souvent sur lui-même. Cette évidence est dans ce cas de figure totalement impossible ! De plus, on peut imaginer une température concentrée dans ce boyau souterrain, aussi étroit et profond, quasiment intenable pour un travail demandant un périmètre de mouvement et une aération obligée. Enfin, à propos d’aération, nous n’avons pas distingué de turbine débouchant dans la ‘chauffe’… Cependant, la présence d’eau de pluie dans cet emplacement ne permet pas de constater que cette tuyère y soit ou non… L’étroitesse du couloir est telle que deux personnes s’y croisent difficilement, comme nous avons pu en faire l’expérience. Le site, bien que conservé dans son principe, dut être pillé de nombreuses fois car les coulées de pâte de verre, formant un attrait immédiat, facile d’accès, sont réduites à quelques fines vagues plaques encore vitrifiées, verdâtres ou laiteuses. Par contre, on distingue parfaitement les cercles concentriques de pierres formant la cloche du four s’achevant sur une ouverture circulaire étanchée pour faire face à la pluie et aux déchets naturels. Visiblement, d’autres points de fours devaient se trouver ici. Quelques monticules montrent encore ces emplacements effondrés à la suite de l’usure du temps, des dégradations ou, paraît-il, de mises en sécurité afin d’éviter de potentiels accidents d’effondrement sur d’imprudents visiteurs.

Une visite bénéfique pour nos travaux

Cette visite, pour la Société Périllos, est primordiale car elle nous permet de dire tout de suite que les fours de Périllos et de la Sals sont de natures, d’usages et destinations différents… tout comme devaient l’être les maîtres verriers compétents pour ces deux industries. Ceci nous montre que si les fours de la Sals sont sans doute les témoins d’une activité verrière insolite (en raison de l’étroitesse du couloir rendant l’office des compagnons difficile), ceux de Périllos attestent de tout autre chose. En effet, en ce qui concerne ces derniers, il pourrait s’agir d’un travail sous couvert d’une petite industrie du verre dissimulant des activités de raffinements métallurgiques plus miniers qu’autre chose. C’est donc avec la perspective de revenir pour compléter notre information sur ce site formidable que nous avons décidé de regagner nos véhicules.

La pluie, cette fois, s’étant bien installée sur notre visite, il était temps de la terminer en raison d’un chemin de retour à faire sous l’averse en cours. De plus, nous avions pris un tel retard sur notre programme qu’il fut nécessaire d’annuler la toute dernière étape de la journée qui était la visite de l’église de Sougraigne où se produit, précisément, le seul phénomène réellement formé de taches circulaires de teinte uniformément bleu pâle… C’est donc sur le nouveau parking de la Sals que les participants de cette journée se sont séparés, dans l’attente de la prochaine activité de notre Société Périllos.
Nous remercions pour leur présence toutes les personnes qui se sont déplacées ce jour là pour suivre cette réunion sur le terrain. Merci à la mairie de Cubières pour les informations que nous avons pu obtenir auprès de son secrétariat, et de sa confiance au moment de nous confier les clés de l’église. Toute notre gratitude à Lucky et Michèle qui nous servent si souvent de guides sur des sites qu’ils connaissent bien… sans oublier évidemment Yoann pour le repas chaud de midi, délicieux et inattendu.

André Douzet et la SP