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Activité
de la Société Périllos du 22 juillet 2007 Visite de l’église St Saturnin et des mines de Palairac et de Notre-Dame de Faste à Tuchan |
La
Société Périllos a organisé une journée
d’activité sur l’extrême secteur de l’Aude
à hauteur de Palairac (11) et de Tuchan (11).
Depuis quelques temps, nous attendions de pouvoir présenter les richesses
d’une petite commune audoise, celle de Palairac dont monsieur le maire
est un de nos fidèles abonnés aux ‘Carnets Secrets’…
mais avant tout un ami.
Le choix de cette date se voulait dans le créneau de présence
parmi nous de Filip Coppens, notre vice-président. A cette journée
ont participé une quinzaine de membres et plusieurs invités.
Cette activité est donc dans sa totalité due aux compétences,
à la disponibilité de monsieur le maire, à sa confiance
en nous, surtout pour avoir pu obtenir les clés de certains endroits
fermés habituellement et ne se visitant pas.
C’est donc par un agréable matin que nous commencions par nous
rassembler sur la place de Tuchan. Une fois tous les participants arrivés,
que nous remercions d’ailleurs pour leur exactitude à se trouver
au rendez-vous, nous nous sommes dirigés vers Palairac pour le début
de notre programme.
Palairac
Palairac
mérite ici que nous fassions une petite mise au point. Ce site remarquable,
malheureusement quelque peu oublié des guides touristiques, contient
de véritables trésors historiques, en particulier dans son
église dédiée à St Saturnin, dont le nom à
lui seul est tout un programme.
Nous préparons, dans les semaines qui suivent, un chapitre entièrement
consacré à cette commune, au cours duquel, comme à
notre habitude, pour explorerons toutes les facettes de ce territoire, oubliées
ou négligées par nos institutions, qu’elles soient historiques
ou touristiques.
En attendant ce périple avec ce surprenant passé délaissé,
nous ne pouvons qu’inviter nos visiteurs, membres et chercheurs à
déjà se rendre, dès ces congés d’été,
sur ce lieu paisible accessible à tous, en famille, valant largement
un détour par l’insolite que personne ne regrettera. On retiendra
sommairement ici les éléments forts d’une visite des
lieux : l’église et son étrange cimetière, un
circuit herborisé, un autre permettant la découverte des curiosités
du village admirablement composé au gré des vieilles ruelles
sous la forme d’un jeu de l’oie en 9 cases composées
de vieilles pierres sculptées… Sans oublier un vieux château
et un passé minier des plus impressionnants.
Nous longeons, par la départementale 39, le Petit Verdouble… rivière d’apparence si paisible et pourtant capable, dans ses colères, de tout dévaster sur son passage comme le 13 novembre 1999. Au dernier carrefour, on tourne à droite pour emprunter la D.123 pour arriver au village. C’est précisément à l’entrée de celui-ci que se situe l’église et que nous attend monsieur le maire.
L’étrange
église St Saturnin de Palairac
Il
s’agit d’un bâtiment aux origines romanes dont il reste
de nombreux vestiges de cette époque, mais plongeant les racines
de son passé dans des époques encore plus anciennes, probablement
wisigothes, voire plus reculées encore, comme nous le verrons dans
notre prochain dossier sur le sujet. Il se pourrait même bien qu’un
antique sanctuaire soit à la base de ce qui deviendra un lieu de
culte chrétien.
Monsieur le maire, très instruit sur le passé du lieu, nous
accueille pour une visite complète de son église et de son
passé. L’édifice est noté pour ses plus anciens
documents de 1119… Ceci n’est qu’un point chronologique
retrouvé dans des archives régionales et rien n’empêche
d’espérer qu’un jour d’autres dates plus anciennes
ne surgissent dans quelques registres oubliés. Certains détails
architecturaux nous montrent bien une antériorité plus importante,
comme des arcatures pouvant être du Xe siècle. Ensuite, les
aménagements se suivent au fil des siècles comme souvent c’est
le cas dans ce genre d’église de la région. On apprend
que les chapelles latérales gothiques, dédiées à
St Roch et à la Vierge, et nous reviendrons plus loin sur ces deux
dernières, seraient du XIIIe, voire du XIVe siècle. Un porche
et un fronton-clocher auraient été construits sur des parties
anciennes… Deux cloches marquaient l’écoulement du temps
et les événements d’un village vivant essentiellement
des ressources minières importantes de son sous-sol. L’une
de ces ‘clarines’, auréolée de mystère,
aurait pour nom de baptême celui d’ Hermestine Justine (1878)
justifié par une étrange succession de faits teintés
d’hermétisme notoire… Ces exploitations auraient apporté
des richesses exceptionnelles au point que trois autels de marbre fin ornent
encore le chœur et les chapelles… Monsieur le maire nous précise,
en nous remettant quelques documents, que le bâtiment est inscrit
au répertoire des Monuments Historiques depuis 1998. Ensuite, cette
partie historique et architecturale est suivie par un magistral exposé
sur une hypothèse formidable concernant l’aspect ésotérique
du sanctuaire. Tout d’abord, la chapelle de la Vierge, le plus souvent
au nord, se trouve disposée au sud. Ce détail invitant à
regarder de plus près, notre guide nous en donne d’étonnants
détails, guère contestables, permettant d’intituler
l’endroit « la chapelle du Graal ».
La
chapelle du Graal
Notre
hôte nous explique que le lieu est dédié à St
Roch, précisément célébré le lendemain
du jour de la Vierge. Ici, l’autel est en marbre comportant sur son
fronton une inclusion de marbre en forme de… poire contenant une étoile
à 5 branches. Ensuite, il nous invite à mieux observer, d’abord
St Roch montrant rituellement son genou qui ici est dépourvu de blessure,
et surtout une superbe Vierge à l’enfant (portant le globe
crucifère) pourvue d’un détail imperceptible au commun…
En effet, notre guide nous montre que la Vierge tient une petite bille entre
ses pouce et index de la main droite. Ce détail nous est démontré
comme une extériorisation d’étape du grand œuvre
alchimique qui nous est minutieusement détaillé. A l’angle
droit se trouve une statue de Sainte Anne coiffée de façon
à simuler une coquille saint Jacques en drapé… Elle
aussi tient entre ses doigts, non pas une petite boule, mais un anneau.
Cet ensemble représente symboliquement une suite logique aux opérations
de la grande chimie universelle.
Nous sommes alors invités à revenir au-dessus du retable de
St Roch qui s’achève à son sommet par une peinture en
trompe l’œil, supposée faite entre les XVIIe et XVIIIe
siècles. Malgré les outrages du temps, la fresque, encore
bien visible, montre un temple à deux colonnes, une noire et l’autre
blanche, surmontées d’un triangle abritant un œil.
Si ces détails nous portent à distinguer ici une possible
représentation de la porte d’un temple maçonnique encadrée
des colonnes ‘J’ et ‘B’, le contenu de la scène
centrale a de quoi nous intriguer encore plus. On y trouve les Tables de
la Loi dont une comporte encore les nombres VI à X. Intimement imbriqué
à ces ‘Tables’, une sorte de ‘coffre’ ne
pourrait-il pas nous suggérer fiévreusement l’Arche
d’Alliance ? En croix de St André se dessine un arrière
plan composé d’une ancre de marine et une grande croix diagonale
accompagnée de son ombre portée. Un serpent se love dans cet
ensemble dont la partie centrale montre un très beau calice incitant
à deviner ici une représentation du… Graal ! Cette fresque,
dont l’hermétisme ne nous laisse pas indifférent, serait
incomplète sans le rappel des boules de la Vierge sous la forme de
deux sphères rouges, une grande et une petite…
Monsieur le maire, après sa démonstration magistrale, nous
regarde, amusé par le silence qui nous frappe tous. Il savait sans
doute notre émoi et notre étonnement face à cette démonstration
d’un savoir, et de vestiges, aussi peu courants dans une église
! Quelques questions plus tard, nous le suivons dans un périple extérieur
autour de cet étrange sanctuaire dont tout le chœur et la chapelle
sud sont quasiment enfoncés dans la pente de la montagne, au point
que nous pouvons nous trouver de plein pied à hauteur du fronton
aux cloches dont le tableau s’orne d’une curieuse sculpture
en forme de visage de pierre peut-être attentif aux carillonnements
d’Hermestine, l’énigmatique cloche…

Un
cimetière pentu et une croix de mission
Certes,
pour nous, la visite aussi impressionnante qu’instructive aurait pu
s’arrêter là. Mais notre hôte en avait décidé
tout autrement en nous conduisant, au long de l’étrange cimetière
de Palairac accroché au flanc particulièrement pentu, derrière
le chœur circulaire de l’église… Quelques tombes,
effectivement, comportent bien quelques détails nous rappelant furieusement,
par leurs inscriptions et ornements, d’autres tombes du… Razès
et une autre décorée d’une superbe croix de Malte en
pierre.
Enfin, en contrebas, une croix de mission doit retenir notre attention par
la forme de certaines de ses lettres ainsi que ses abréviations qui,
une fois encore, nous rappellent d’autres croix de mission que nous
connaissons bien dans l’affaire de Rennes-le-Château.
Notre visite devait s’arrêter ici en attendant de revenir un
jour prochain à la découverte des rues mélancoliques
d’un village où le temps semble s’être figé
pour nous à une époque où tout était permis
d’espérer, y compris la réalisation du Grand Œuvre
!
Le
monde souterrain des mines
Nous
pouvions donc nous en tenir à cet étonnant voyage dans l’espace
et le temps de l’église St Saturnin de Palairac. C’était,
cependant, sans compter sur les autres surprises que nous réservait
monsieur le maire. A sa suite, tout le groupe s’engouffra dans les
véhicules pour un court périple dans les montagnes environnantes
de sa commune. Une route… des chemins… l’oubli couleur
de mine ! Notre guide infatigable venait de faire stopper notre colonne
de voitures au tournant d’un lieu où, il y a encore quelques
décennies, se dressait tout une vie minière laborieuse: bâtiments,
galeries et activités de pré raffinement et mise en wagonnet
pour aller au stockage plus proche des voies ferrées. Encore quelques
mètres, et voilà que, près d’un roncier, notre
homme, en quelques gestes précis, dégage pour nous l’entrée
d’une mine condamnée à l’oubli et à l’abandon…
Ici, l’Etat voulait que tout disparaisse… un peu comme à
Périllos, où toutes les mines furent effacées des registres.
Heureusement, quelques sites sont encore mémorisés mais cependant
dangereux d’accès et de visite. C’est donc à sa
suite que nous nous engagions dans le monde des entrailles de la terre.
Quelques mètres à ramper et nous voici debout dans une ancienne
mine de plomb… trajet dans un décor digne de Jules Verne…
des galeries émaillées de poches inondées aux aquatiques
couleurs chatoyantes et mystérieuses… des dizaines de mètres
de réseaux souvent imbriqués dans des méandres secrets…
ça et là encore un peu de minerai aux reflets magiques…
énigmatique sang minéral arraché, figé, par
des mineurs épuisés au labeur… Tolkien dut écrire
une importante partie souterraine de son ‘Seigneur des anneaux’
ici… Encore une nappe d’eau plus profonde qu’il faut éviter
avec précaution… croisements des faisceaux des lampes frontales
et de poche, autant d’aiguilles de lumière s’épuisant
à vaincre les ténèbres matricielles de la terre.
Il nous faut remonter du frais silence obscur à la chaleur étouffante
et éblouissante d’un midi largement dépassé,
signalé, non pas par Hermestine, mais bien par nos estomacs. L’heure
du casse-croûte a sonné !… Le temps de réparer,
chemin faisant, une crevaison de pneu et nous suivons notre hôte dans
une dernière colonne de voitures se rendant, dans un halo de poussière
et au chant des cigales, jusqu’au lieu ombragé choisi pour
le repas… une source, des aménagements pour nous seuls…
nous sommes à présent sur la commune de Tuchan, voisine de
celle de Palairac…
Repas bienvenu, précédé d’une batterie de toasts
portés, le premier à la sympathique bienveillance et au savoir
de monsieur le maire… le second à la patronne de ce 22 juillet
: Marie Madeleine !
L’Enfer
du Tauch
Longtemps
après cette halte réparatrice et nourricière, nous
repartons, emportés par notre guide à l’assaut des sommets
du mont Tauch surmontant la région en écho au mont Bugarach
et à celui sacré des Catalans, le Canigou… sans oublier
un ennui mécanique sur un des véhicules ayant décidé
de surchauffer durant cette ascension sur une piste bien nommée «
l’enfer du Tauch », utilisée pour une course cycliste
annuelle incroyable de rudesse…
Cette fois, c’est en toute clarté que se poursuit notre périple
sur les traces d’un avion militaire s’étant écrasé
sur cette hauteur inquiétante. Sans guide, il est quasiment impossible
de retrouver le lieu du crash d’un bimoteur militaire qui, dit laconiquement
la chronique, fut jeté au sol par une tempête. Une fois de
plus, monsieur le maire en tête, nous nous engageons dans les replis
d’une histoire que nous pressentons tous si proche de la catastrophe
du Constellation s’étant pulvérisé sur les terres
de Périllos ! Encore quelques pas dans une garrigue tenace et jalouse
de ses secrets et nous voici rassemblés, incrédules, autour
d’une mince croix de fer portant un petit panneau rappelant qu’ici
sont morts sans faillir, des hommes, illustres inconnus, en service commandé.
Autour de ce petit sanctuaire qui nous demande, « rares passants »,
de nous souvenir d’eux… sont étrangement rassemblés
des morceaux de métal… ce qui reste des fauteuils, des ‘flaps’,
rares morceaux de carlingue totalement tordus dans l’épouvante
de l’impact avec le mont… Et tout ça dans une tragédie
aérienne s’étant déroulée un… 17
janvier ! Comment ne pas faire le rapprochement avec d’autres événements
liés à une autre énigme issue elle aussi du passé
enfoui de Périllos ???
Petits détours, car il faut continuer notre visite, par l’étrange table d’orientation alignée, non pas au sommet de « la tour des géographes » de monsieur de Cassini… aujourd’hui remplacée par une batterie de tours et pylônes d’émetteurs de toutes sortes d’ondes, mais posée à un tel endroit qu’elle ne peut servir à 360° tout en indiquant, via l’obstacle de la montagne, plusieurs lieux étonnamment … invisibles. Une table d’orientation composée de traits de différentes couleurs sans la moindre image… mais bien axées dans le sillon ouvert dans un alignement de falaises grises, juste pour se situer au droit du plateau de Salveterre et de Périllos ! Un vol d’aigles au-dessus de nous nous offre un spectacle peu ordinaire en nous rappelant qu’au loin, dans cet axe ‘périllossien’, surgit un autre château d’aigles, celui d’Aguilar !
Notre
Dame de Faste et les pêcheurs
Un
regard à nos montres… ici la durée semble s’accélérer.
Il est temps pour notre irremplaçable guide de nous conduire à
la chapelle de Notre-Dame de Faste. D’autres chemins de poussière
et nous voici arrêtés près d’un bâtiment
d’une incroyable et intrigante ampleur à cet endroit perdu.
Plus grande qu’une église de village, le sanctuaire nous parle
d’une histoire de pêcheur ayant fait vœu de le construire
ici… Encore un clin d’œil à la légende de
St Pierre de Périllos ? On pourrait bien penser que non si cette
‘chapelle’ immense n’était pas, une fois de plus,
à vue du plateau de Salveterre tout au loin ! L’édifice
restauré est clos en permanence en raison d’exactions perpétrées
par quelques imbéciles dont l’intérêt n’est
constitué que de destruction, saccage et vandalisme. Monsieur le
maire avait pour nous obtenu les clés, le temps de notre visite.
Des murs aussi épais que ceux d’un fort… peu d’ouvertures
d’origine… aucun décor hormis deux petites spirales qui
sous d’autres angles de vues forment d’étranges visages
d’êtres venus d’ailleurs ou du plus profond de nos peurs…
ou espoirs. Rien au dehors, comme à l’église St Michel
de Périllos, mais tout à l’intérieur.
L’intérieur entièrement blanchi offre la vision d’une
architecture extrêmement rare : celle d’une rangée d’énormes
piles de pierre en plein axe de la nef ! Quelques piliers sans doute romans
offrent des visages interrogateurs plongés avec leurs ailes dans
d’étranges méditations d’une autre époque
ou d’un temps que nous ignorons totalement. Vers l’autel de
St Jean l’évangéliste, contre le mur, le souvenir du
crash de l’avion : un ‘manche à balai’ sur lequel
dut s’arquebouter le pilote pour éviter le moment de l’impact…
un morceau d’entoilage avec l’immatriculation de l’engin
et encore quelques morceaux de métal sinistrement tordus…
Impressionnés, sous ressortons à la clarté pour rejoindre
derrière la chapelle un autre petit monument. Ici, des mains pieuses
voulurent édifier une autre stèle commémorative à
l’équipage écrasé en mission un 17 janvier de
1945. Et une fois encore, le monument s’aligne sur le plateau de Salveterre,
visible au loin dans l’axe sous-entendu du village mort de Périllos.
Si deux monuments nous rappellent le sacrifice de ces hommes, on est surpris
qu’ici aucun témoignage militaire ne rende l’hommage
à ses soldats de l’air… L’armée les aurait-elle
oubliés ?
Il commence à se faire un peu tard et il nous faut rejoindre le dernier
but de notre journée, sur les terres de Périllos cette fois
: une petite visite à la grotte Nantel que nous avons déjà
présentée dans un chapitre complet lui étant consacré.
C’est donc assez tardivement que nous avons terminé notre périple
au cœur de la terre.
Il semble que tous les participants aient apprécié cette journée
qui nous apportait à tous de nouveaux éléments sur
ce passé des terres roussillonnaises et audoises, qui nous est si
cher.
André
Douzet
Nous
tenons à remercier particulièrement Michel Rzepecki, maire
de Palairac, sans qui nous n’aurions jamais pu réaliser un
tel parcours, ni visiter, en si peu de temps, autant de vestiges oubliés.