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Société Périllos ©

Prélude pour les Saturnales 2032

ou la fin des temps ?

 

Un certain Malachie d'Armagh

Le dossier qui suit est la présentation d'un travail concernant les fameuses prophéties dites de St Malachie, archevêque d'Irlande né en 1094 et décède vers 1148 à Clairvaux. Également appelé 'prophétie des papes', ce texte mystérieux (parfois faussement attribué à Nostradamus) réputé ésotérique et eschatologique, découvert vers 1590, serait traditionnellement attribué à Malachie d'Armagh. Ce document de cinq pages est reproduit, pour la première fois, en 1595 dans un volumineux manuscrit d' Arnold de Wyon, moine bénédictin à Venise. Il s'agirait, à l'origine, d'une troublante prédiction présentée sous la forme d'une suite laconiques de 111 papes se succédant de 1143 à la fin supposée de la papauté. Chaque présentation est suivie d'une courte description ou devise. Elles s'appliquent individuellement, chronologiquement, à chaque pontife depuis Célestin II, successeur d'Innocent II qui reçut Malachie à Rome pour en faire son légat. La liste des 111 papes s'achève sur une dernière formule évoquant la fin du pontificat, celle de Rome et le jugement dernier... Ce texte, rédigé en latin, parfois faiblement contesté (mais ne prête t'on pas qu'aux riches?) reste, quoi qu'on en dise, surprenant par la coïncidence de ses devises avec le règne des papes qu'il annonce. l'ultime prophétie concernant un Petrus Romanus (Pierre le Romain) apparaît, pour la première fois, dans l'édition princeps d'Arnold de Wion du "Lignum Vitae" de 1595.

Et aujourd'hui ?

A ce moment de notre humanité, s'annoncent quelques promesses d'anéantissements apocalyptiques qu'il est facile de présenter comme un accomplissement punitif divin et qui, peut-être est seulement le fruit affligeant des vanités et irresponsabilités humaines. Toujours est-il que nous voyons, çà et là, fleurir prédictions et irritation du démiurge devant s'abattre sur nous. S'il est facile aux oiseaux de mauvaise augure de faire flèche de tous bois tordus, il nous faut bien admettre qu'en ce qui concerne le travail de cet érudit religieux de la fin 11e siècle il en est tout autre. Sans Arnold de Wyon ce fascinant document restait oublié et passait aux oubliettes du temps. Ce détail, parmi d'autres, peut s'avérer significatif dans la mesure où il exclut une préméditation quelconque d'intérêt personnel ou la moindre attente de célébrité éditorial comme ce fut le cas pour Nostradamus...
Ce texte pouvait rester anecdotique ou insolite tout en émaillant de temps à autres quelques curiosités religieuses ou prévisionnelles. Certes, oui, il pouvait rester sur ce registre et y végéter dans un somnolent manque d'intérêt... Ceci aurait été possible si nous n'avions eu le contact avec un correspondant qui nous transmit peu à peu son intérêt et ses travaux sur ce thème si peu souvent abordé.
En dire plus à ce stade, sur ce travail inédit, reviendrait à dire trop et nous préférons céder volontiers les colonnes à la ,plume de ce chercheur aussi discret qu'efficace. Cependant avant ceci nous précisons que la présente étude pourrait sembler quelque peu s'éloigner des axes de l'affaire de RLC et de Périllos... Ce ne serait qu'une première impression sans fondement, car à mieux relire ce chapitre nous nous approchons en réalité, au plus près, de ces énigmes par le biais de savoirs hermétiques, ésotériques, souvent véhiculés au coeur de cercles religieux particulièrement fermés, voire inconnus. Il en sera tout autant à propos d'un tombeau qui n'en est pas un... et de prophéties à tiroirs et codes réservées à une infime poignée d'initiés. De plus, pour une fois nous pouvons appréhender cette question si peut souvent avancer: que peuvent bien cacher de si grave pour notre humanité ces textes, inscrits dans une chronologie pontificales, cryptés avec autant de soin? A cet effet, jusque là nous devions nous contenter de vagues diverses traductions de prophéties, toutes plus ou moins taillées à l'emporte-pièce, basées sur d'approximatifs arrangements du genre « grand » et « petit parchemin » de RLC. C'est à dire de faux arguments construits depuis une solution à laquelle nous ne pouvons faire autrement qu'arriver dans une sorte de « révélation d'un secret annoncé ». Cette fois il n'en est rien et nous pouvons enfin disposer d'un cheminement précis et concret sur un fond de couleur verte... verte comme l'olivier et ses fruit.
Un grand merci à cet auteur qui, n'en doutons pas, saura s'imposer, comme il le fait déjà à propos de la Nervie, dans cette énigme devant s'ouvrir avant la fin du siècle actuel.

Société Perillos

 

La Prophétie attribuée à Saint Malachie d'Armagh par Arnold de Wyon en 1595

 

Chronologie :

De Célestin II à Petrus Romanus : 1143 + 888 ans = 2031.
- de Célestin II à Sixte V : du 26 septembre 1143 au 24 avril 1585 = 441 ans et sept mois.
- de Sixte V à Petrus Romanus : 27 août 1590 + 441 ans et sept mois = fin mars 2032.
Equinoxe du 20 mars 2032 = Saint Axel au 21 mars.

Devise 1 : EX CASTRO TIBERIS : "Du château sur le Tibre" : Célestin II (1143 – 1144).
...

Devise 73 : AXIS IN MEDIETATE SIGNI : "L'axe au milieu du Signe" : Sixte V (1585 – 1590).

...

Devise 111 : DE GLORIA OLIVÆ : "De la gloire de l’Olivier" : Benoît XVI (2005 – ...).

Légende finale au dictionnaire de Moreri :

IN EXTREMA PerSECUTIONE SACRÆ ROMANÆ ECLESIÆ SEDEBIT PETRUS ROMANUS, QUI PASCET OVES IN MULTIS TRIBULATIONIBUS ; QUIBUS TRANSACTIS, CIVITAS SEPTICOLIS DIRUETUR, ET IUDEX TREMENDUS IUDICABIT POPULUM suum. finis
Traduction :

(Dans la suite des temps) En d'extrême persécution de la Sainte Église Romaine siégera Pierre le Romain, qui paîtra ses brebis en de multiples tribulations ; celles-ci passées, la cité aux sept collines sera détruite, et un juge terrible jugera (son) peuple. (Fin)

Dans le texte latin, la ponctuation reprise ici est celle du dictionnaire de Moreri. Toutes les lettres sont en majuscules mais six mots comportent en première lettre une majuscule accentuée. Les minuscules traduites entre parenthèses sont l'omission qui en modifie le sens et les deux variantes originelles qui clôturent le texte (édition princeps d'Arnold de Wyon du "LignumVitæ" de 1595).

Evaluation :

Il s’agit d'un texte prophétique à caractère hermétique propre aux mystères des saturnales de la Renaissance et rattaché à la tradition chrétienne irlandaise par son attribution factice au Patriarche d'Armagh. En ce sens, la prophétie est authentique et désigne pour le renouvellement d'un cycle l'équinoxe du printemps 2032.

La Prophétie des Papes

Le Patriarcat de Malachie d'Armagh (1132 – 1148) et le Pontificat de Célestin II (1143 – 1144) sont contemporains. Cela suffit pour fonder sur la chronologie l'attribution de la Prophétie à Saint-Malachie. Leur lien commun avec Bernard de Fontaine, abbé de Clairvaux (1115 – 1153), a pu présenter un motif secondaire d'ordre littéraire et symbolique. Saint-Bernard, en effet, occupe une place éminente, à la suite de Virgile et de Béatrice, dans la sainte pérégrination de Dante Alighieri (1300).

Saint Malachie

La biographie d'Arnold de Wyon et le Pontificat de Sixte V (1585 – 1590) sont aussi contemporains. Le décès du Pape et l'invention du texte de Saint-Malachie coïncident vers 1590. La filiation franciscaine du Pape Sixte V s'inscrit dans une politique ecclésiale favorable aux ordres mendiants après la Réforme catholique. Cette incidence peut être congruente avec les motivations politique ou idéologique d'Arnold de Wyon.

C'est autour du Pontificat de Sixte V qu'Arnold de Wyon ordonne la chronologie de sa prophétie sur une symétrie d'une durée de 441 ans et sept mois avant l'élection de 1585 et après son décès en 1590. Comme l'indique sa devise (la 73e), les cinq ans et quatre mois du Pontificat de Sixte V constituent "l'axe au milieu du Signe". Dans sa transcription des Prophéties de Nostradamus, Jean-Paul Clébert confirme la synonymie du Signe et de la Prophétie dans le vocabulaire du XVIe siècle.
Nous pouvons tenir pour avérée la durée de la prophétie sur une période de 888 ans : deux temps de 441 ans et sept mois avec les cinq ans et quatre mois du Pontificat de Sixte V. Et par conséquent, tenir pour assurée son origine en septembre 1143 et son terme en mars 2032. Les dates d'élections pontificales permettent non seulement d'en définir les années mais d'en préciser les mois. Les jours restent affaire d'approximation. D'une part, notre période de 888 ans connaît un solde de six mois, de septembre 2031 à mars 2032, d'un équinoxe à l'autre, qui accomplit notre principe de symétrie autour du Pontificat médian. D'autre part, l'équinoxe du printemps reste la référence astronomique la plus communément admise dans l'antiquité pour désigner le passage d'une année à l'autre. Enfin, il faudrait prendre en compte, pour un calcul rigoureux des jours, la réforme grégorienne du calendrier Julien et le passage du jeudi 4 au vendredi 15 octobre 1582 qui ampute notre calendrier de 10 jours en l'ordonnant sur la mécanique céleste. Toutefois, on peut supposer qu'Arnold de Wyon, qui a pu en prendre connaissance, a du établir son œuvre sur son principe.

L'interprétation de cette période de 888 ans reste délicate. Faute de pouvoir l'expliquer par son terme dont la nature nous reste inconnue jusqu'à son heure, nous devons nous reporter vers son origine et ensuite sur le centre de sa diffusion. Nous avons déjà relevé que Malachie d'Armagh et Célestin II ont en commun leur proximité avec Bernard de Fontaine. Et Saint-Bernard a pris par la suite, dans la littérature, avec la Divine Comédie de Dante, une place particulière comme initiateur. René Guénon s'est exprimé sur la question dans ses ouvrages consacrés à L'ésotérisme de Dante et à Saint-Bernard. Et pour peu que nous puissions en juger, Bernard emprunte, en effet, dans son Traité de l'amour de Dieu, une structure rhétorique qui rejoint les catégories logiques qui président aux élaborations métaphysiques du rénovateur de l'ésotérisme.

Malachie d'Armagh se rendit à Rome à deux reprises : en 1139 et en 1148. En chemin, il séjourne à l'abbaye de Clairvaux où il meurt, nous dit-on, "dans les bras de Saint-Bernard" qui écrivit sa Vie. Il s'ensuit que les requêtes ecclésiales qu'il fit à Rome ne purent s'adresser au premier des Papes de la prophétie puisque Célestin II devait porter sa tiare de septembre 1143 à mars 1144. Il dut rencontrer son prédécesseur, Innocent II (1130 – 1143) ; et Eugène III (1145 – 1153) à qui le texte attribue sa troisième devise. Ainsi voyons-nous, ténu et sans surprise, le fil qui relie l'énigme de la durée à l'origine supposée de la mancie qu'elle propose. C'est bien, nous semble-t-il, la figure d'un Saint-Bernard dantesque qui est sollicitée par l'inventeur de la prophétie.

Avant d'aborder in abstracto le sens du nombre qui nous occupe, nous devons envisager de l'expliquer par le moment de sa diffusion à partir duquel il se déploie dans les deux sens du temps. On prête facilement au texte d'Arnold de Wyon, ou à ses commanditaires, un but électoraliste en vue du conclave de 1590 qui intronise le successeur de Sixte V. La visée politique est possible, si on veut bien nous épargner l'anachronisme qui ferait d'Arnold de Wyon le précurseur de Karl Ernst Krafft triturant les prophéties de Nostradamus en février 1941 pour les œuvres de Joseph Goebbels. Nous avons déjà signalé pour Sixte V (1585 – 1590), comme pour son prédécesseur nominal, Sixte IV (1471 – 1484), l'école franciscaine qui affronte, à la suite de Pie V (1566 – 1572), dominicain issu, lui aussi, des ordres mendiants, une Compagnie de Jésus très impliquée dans la Réforme catholique. On peut dès lors spéculer sur le terme du Pontificat extrêmement court d'Urbain VII, son successeur (du 15 au 27 septembre 1590) ; record toute catégorie du plus petit règne pontifical de 13 jours sans intronisation. Ce qui fait dire aux détracteurs de Saint-Malachie que la manœuvre d'Arnold de Wyon fut vaine. Les règnes de Grégoire XIV (1590 – 1591) et d'Innocent IX (du 29 octobre au 30 décembre 1591) qui ne furent pas beaucoup plus longs, leur furent-ils moins favorables ? Clément VIII qui devait finir par régner une douzaine d'année (1592 – 1605) au seuil d'un nouveau siècle fut le dernier Pape de la grande réforme tridentine.

Comme on l'aura constaté, nous nous rallions volontiers aux analyses savantes des devises qui ont pu démontrer, par les erreurs bibliographiques qu'elles transmettent, que le texte peut être antérieur à l'invention (1590) et à l'édition (1595) d'Arnold de Wyon mais dans la seule limite du siècle. A cet argument factuel incontestable s'ajoutent un style et des références à l'alchimie et aux jeux de kabbale dont l'hermétisme ne peut être emprunté à la culture religieuse du siècle de Saint-Bernard. A notre sens, comme nous cherchons à le démontrer, notre prophétie brille par sa seule durée. Une fois exposé le mécanisme qui l'articule, cette durée de 888 ans étendue sur ses 111 devises nous saisit par la récurrence de cette triplicité numérique. Aux amateurs de jeux de nombres, signalons d'abord que 111 est la solution du carré magique de 36 dont la somme est 666. Une actualité qui remonte à 1994 et qui a fait l'objet d'un article sur le site web de la Société Périllos nous délivre le sens du nombre 888 par une guématrie du nom du Christ : I + E + S + O + U + S = 10 + 8 + 200 + 70 + 400 + 200 = 888. Nous ignorons ce que vaut cette guématrie qui ne doit pas remonter à la kabbale hébraïque. Nous sommes ici dans un jeu d'écriture judéo-chrétienne et gréco-latine qui ne devrait pas pouvoir remonter plus haut que le siècle qui nous occupe. Mais d'emblée, cette interprétation nous jette dans une apocalypse qui use des multiples du nombre 111 de la façon la plus inquiétante. On songe tout de suite au 666 de la bête qu'on emprunte à Saint-Jean et au 777 d'Alester Crowley qui serait celui de la prostituée qui la chevauche. Nous gardons le conditionnel pour désigner le Christ, ou son antithèse, du nombre qui signe ici la durée de notre prophétie.

Je doute que la kabbale nous ait menés très loin dans nos investigations et je crains qu'on veuille jeter aux orties le froc de la prophétie d'Arnold de Wyon, notre sympathique bénédictin pour qui nous aurions éprouvé quelque affection toute franciscaine devant ses vaines manœuvres d'obscur conclaviste. Et pourtant, le temps qu'il nous reste et qui nous mène vers le terme échu pour son dévoilement ne manque pas de nous interpeller. Toujours probable, la cohérence entre le nombre des 111 devises et le temps à pourvoir sur les 888 années à accomplir sera notre meilleur argument. Il est vrai qu'il souhaite une longue vie à Benoît XVI ou suppose une durée particulièrement pénible à nos tribulations.

Armoiries de Benoît XVI


La précession des équinoxes

Nous devons à présent nous reporter sur l'élément que nous avions négligé: l'équinoxe qui marque, selon toute probabilité, le terme de notre prophétie. La précession des équinoxes décrit le mouvement rétrograde de l'axe de rotation de la planète sur l'écliptique. La durée astronomique du cycle de précession connaît des évaluations variables. Dès 1949, dans son Mythe de l'éternel retour, Mircea Eliade lui prête une durée de 25.765 ans reprise encore aujourd'hui dans la littérature. L'Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des Ephémérides annonce à présent une durée de 25.770 ans pour un cycle dont il attribue la découverte à Hipparque de Nicée vers l'an 130 avant l'ère chrétienne. Enfin, dans le meilleur des cas, la vulgarisation arrondit cette donnée à 25.800 ans ; voire environ 26.000 ans.

Les données anciennes diffèrent quelque peu des estimations de la science moderne sur les origines de la connaissance et sur l'évaluation de la durée du cycle de précession des équinoxes. Pour ses origines, la Tradition renvoie loin avant Hipparque de Nicée une connaissance astronomique qui remonterait, au moins, à la Babylone chaldéenne et à la Mésopotamie ancienne ; pour peu qu'elle songe à dater une science qu'elle serait tentée, nous allons nous en apercevoir, de considérer comme immémoriale. Ce qui ne conteste en rien le fait qu'Hipparque de Nicée ait pu être le premier à tenter une évaluation quantitative de données dont ses prédécesseurs n'éprouvaient pas la nécessité.
La Tradition estime le cycle de précession des équinoxes à 25.920 ans. Elle se base sur une observation empirique constante concernant le déplacement de l'écliptique d'un degré tous les 72 ans. Ce qui lui permet d'évaluer comme valeur relative une durée égale à 72 x 360° dont la somme comprend d'emblée des implications arithmétique et géométrique évidentes.

Le Pentagramme qui constitue une des clés géométriques de la Sagesse pythagoricienne représente pour la Gnose ancienne une figure parfaite divisée par cinq angles de 72° repartis sur un cercle de 360°. La perfection de cette figure géométrique ne repose pas sur ce rapport déjà étonnant entre la géométrie et l'astronomie. Elle réside dans une construction qui inclut un rapport d'harmonie constante que la Tradition appelle la divine proportion du nombre d'Or. En effet, chacune des cinq droites qui composent le Pentagramme est traversée à deux reprises par un angle médian qui divise alternativement cette droite en deux segments inégaux AB et BC par un rapport complexe tel que AC / AB = AB / BC. Autrement dit : la droite divisée par le grand segment est égale au grand segment divisé par le petit. Cette proportion s'inscrit une dizaine de fois sur les cinq droites du Pentagramme. En architecture, le nombre d'Or trouve son expression dans un rapport simple de 5 / 3 = 1,666... (Nombre rationnel périodique).

On trouve également dans la logique arithmétique une implication remarquable du nombre 72 qui ne doit rien à la géométrie. En effet, dans la matrice de la multiplication des nombres décimaux réduits aux nombres simples, nos deux chiffres 7 et 2 occupent le centre de la première enceinte. La matrice comprend quatre enceintes successives où les nombres sont répartis selon une double symétrie opérant le regroupement concentrique des nombres impairs, pairs et triples autour de la première enceinte et selon l'ordre naturel de succession croissante et décroissante du système décimal au niveau de la quatrième enceinte. C'est une figure complexe de la propagation naturelle des éléments simples de la logique arithmétique. Elle y confirme aussi le caractère singulier du chiffre 9 qui s'extériorise hors symétrie à 17 reprises et encadre le centre par symétrie simple au niveau de la seconde enceinte.

0 1 2 3 4 5 6 7 8 9
x x
1 1 2 3 4 5 6 7 8 9
2 2 4 6 8 1 3 5 7 9
3 3 6 9 3 6 9 3 6 9
4 4 8 3 7 2 6 1 5 9
5 5 1 6 2 7 3 8 4 9
6 6 3 9 6 3 9 6 3 9
7 7 5 3 1 8 6 4 2 9
8 8 7 6 5 4 3 2 1 9
x x
9 9 9 9 9 9 9 9 9 9

Nous disions que l'implication remarquable du nombre 72 dans la logique arithmétique ne devait rien à la géométrie. Mais notre disjonction ne tient pas, parce que la symétrie de notre matrice révèle un caractère éminemment géométrique, intrinsèque à son mode d'organisation. De fait, passant de l'astronomie à la géométrie et de la géométrie à l'arithmétique nous touchons du doigt, le doigt de Dieu et l'unité de la Gnose antique.

A l'Académie platonicienne, nul n'entrait s'il n'était géomètre. Telle était la devise inscrite à son fronton. Sans vouloir pousser plus avant des considérations absconses qui seraient sans fin, nous devons, pour comprendre la façon dont la Tradition considère la durée cyclique, aborder la Tétraktys, cet autre monument de la Sagesse pythagoricienne. Pour transfigurer notre regard sur les nombres simples, nous devons les considérer comme des essences qualitatives. Dans cette vision de l'essence du nombre, le rythme décimal est compris par la somme des quatre premières essences sur lesquelles repose tout l'édifice cosmique : 10 = 1 + 2 + 3 + 4.

Selon le principe de la Tétraktys pythagoricienne, le cycle de précession des équinoxes se répartit en quatre périodes décroissantes : 4/10e + 3/10e + 2/10e + 1/10e = 1. La nomenclature sanskrite est particulièrement explicite en la matière : elle accorde à chaque période (yuga) du cycle (Manvantara) un nom selon son nombre (Krita (4), Tetra (3) et Dwapara (2) yuga) et réserve à la dernière période le qualificatif de "sombre" (Kali yuga).

C'est ici que nous posons notre hypothèse. Nous considérons que notre prophétie se caractérise par son terme sur une durée de 888 ans et que la nature de ce terme renvoie à un cycle astronomique de 25.920 ans. Ensuite, nous estimons, ce que nous vérifierons par la suite, que ce cycle se répartit en quatre périodes décroissantes. Enfin, nous supposons que le terme de la prophétie correspond au terme de notre cycle astronomique. Cette supposition est gratuite. Un cycle, comme n'importe quelle sphère, ne connaît ni début ni fin. C'est une structure indéfinie. On s'y oriente à son gré, en fonction de sa propre situation ; et cette orientation relative ne se fixe qu'à partir d'un point de vue extérieur sur base d'un entendement commun. C'est au départ de considérations historiques somme toute assez sommaires que nous entendons défendre la fragilité de notre hypothèse qui ne manque pas, selon nous, d'une certaine force de séduction par la cohérence qu'elle donne à notre histoire commune. Aucun point de vue particulier ne risque de s'en satisfaire.

Si par hypothèse, ou par convention, nous situons le terme de notre cycle de précession des équinoxes en mars 2032, il s'ensuit que la quatrième et dernière période de ce cycle (1/10e) s'étend sur 2.592 ans depuis l'an 560 avant l'ère chrétienne. Nous avons dès lors une date, un repère dans le temps pour confronter notre horloge cosmique à ce que nous savons de l'histoire. Nous n'aurons pas l'audace de nous reporter sur des périodes antérieures qui, faute de source historique fiable, nous confronteraient à des récits plus ou moins mythologique. Non pas que ce type de récits soit privé d'intelligence, mais leur compréhension relève d'une mentalité qui n'est plus la nôtre et nous nous trouvons privés des compétences qui nous permettraient de les transcrire sans péril dans notre mode de pensée.

Notre propos n'est pas d'entrer dans un déterminisme mathématique en évoquant des dates ou des événements précis ; sans pour autant, nous l'espérons, verser dans des approximations trop larges qui cesseraient d'être signifiantes. Nous cherchons à évoquer des climats spirituels qui puissent faire consensus dans notre démonstration. Dans l'histoire comparée des religions, le sixième siècle avant l'ère chrétienne est certainement un siècle tout à fait remarquable. En cela, il est comme au seuil, le lime de notre historicité. C'est le siècle de Lao-Tseu, du Bouddha, de Zoroastre et de Pythagore qui fondent à travers l'Eurasie en Chine, en Inde, en Iran et en Grèce la réforme de toutes les grandes écoles de Sagesse antique. Cette concordance, qui n'a pas la prétention d'être exhaustive, marque les prémisses d'une spiritualité, largement transposable d'une civilisation à l'autre, qui caractérise encore notre recours à la Gnose et à la Sagesse éternelle.

Le sixième siècle avant l'ère chrétienne est également celui du prophète Daniel, de la captivité des juifs à Babylone et de leur installation en Palestine par la Perse achéménide (édit de Cyrus en - 538). C'est la fin de l'antique Israël en félix arabia. La tradition prophétique qui en est issue semble alors rythmée par un cycle d'environ 600 ans dont les échéances sont marquées par les prédications de Jésus (33), de Muhammad (632) et de Joachim de Flore (1202) (1).

Armoiries du dernier pape


Nous ne sommes pas tenus, par ailleurs, de nous attacher à la seule figure joachimide plutôt qu'à celle de l'alter-Christus, François d'Assise (1226) qui lui succède dans cet esprit de pauvreté qui animait déjà les ébionites araméens et les fuqarà arabes. L'échéance ultime de cette périodicité renvoie aux Révolutions et à la chute de l'Ancien Régime qui ouvre un temps de concordance avec le cycle précessionnel.

Il nous est difficile de nous prononcer sur la nature de ce cycle prophétique. Faut-il lui attribuer une origine chaldéenne ? Faut-il le mettre en concordance avec un cycle supérieur, comme nous l'envisageons par la suite ? Ou faut-il le considérer comme une donnée indépendante, semblable aux 24 heures d'une journée de 2.400 ans qui s'étendrait, toujours par hypothèse, de - 560 à 1840 ?

Le laps de temps qui s'étend de 1840 à 2032 nous laisse, en regard des 2.592 ans attribués par la Tradition à la dernière période (1/10e) du cycle de précession des équinoxes, un solde de 192 ans. Et nous savons que l'eschatologie adventiste, à la suite de William Miller (1782 – 1849), a déjà investi les années 1840 pour leur renouvellement des temps à partir d'une lecture du Prophète Daniel et de l'Evangile selon Matthieu(2).

Nous reprenons ici les différents repères que nous venons d'envisager :


- 560 Pythagore Zoroastre Bouddha Lao-Tseu

Daniel 0 <<< matines juives
Jésus 6°° <<< aurore du Christ
Muhammad 12°° <<< zénith de l'islam
Joachim 18°° <<< vêpres des mendiants
Miller 24°° <<< complies adventistes
2032 + 192 <<< saturnales malachites 2.592 ans = 72 x 360° / 10

Dans ses Formes traditionnelles et cycles cosmiques, René Guénon fait état d'un cycle supérieur de 64.800 ans. Ce cycle qui semble ne reposer sur aucune réalité tangible, d'ordre astronomique ou autre, est à son tour réparti en quatre périodes décroissantes selon le même principe de la Tétraktys pythagoricienne. Dans cette répartition, la première période (4/10e) correspond aux 25.920 ans de notre cycle précessionnel. Autrement dit, l'échéance eschatologique de 2032 qui viendrait clore la dernière période (1/10e) de 2.592 ans peut tout aussi bien ouvrir une seconde période (3/10e) d'un cycle de 64.800 ans sur une nouvelle durée de 19.440 ans. De quoi voir venir, en somme...

Le cycle de 64.800 ans précise-t-il la durée théorique du cycle prophétique ou faut-il le considérer comme une donnée indépendante ? Ce cycle qui semblait rythmer l'horloge cosmique de nos saturnales depuis Babylone comme les 24 heures du jour de notre historicité commune, doit-il être étendu sur une périodicité de 648 ans égale au 1/100e de notre cycle initial ? Ce qui ramènerait cette périodicité au terme du cycle précessionnel dès lors que, durant son ultime période (1/10e), notre excédant correspond bien au solde des 192 ans qui s'étendent de 1840 et 2032.
Notre approche historique, vue d'occident, nous empêche de coordonner jusqu'au bout notre doctrine. Notre dernier argument pour avancer dans ce sens sera sans doute plus sensible à l'orient. Pour reprendre l'image de notre horloge cosmique de 2.400 ans, une fois reportée la durée du jour à notre dernière période (1/10e) de 4 x 648 ans = 2.592 ans, nous pouvons déduire la durée de chacune de nos heures à la valeur de 2.592 / 24 = 108 ans.

C'est ici, nous semble-t-il, que se pose la Pierre d'angle de notre édifice. Toutes ces données s'entrecroisent sur deux axes qui nous semblaient irréductibles : le premier, en abscisse, reposant sur un rythme astronomique naturel et le second, en coordonnée, sur un ordre arithmétique et symbolique. Il nous faut prendre en compte le rapport entre les plus petites parties de ces deux axes : d'une part, nos 72 ans qui correspondent à chaque degré du cycle précessionnel et de l'autre, nos 108 ans qui égrainent chaque heure de notre dernière période cyclique. Nous constatons que les données du temps et de l'espace reposent sur un même comput(3).


Des Roses-Croix au Vatican

Il y a sans doute bien des façons d'aborder les données que nous venons d'évoquer. Le lecteur de Pier Carpi (1978) se souvient peut-être des prophéties rose-croix attribuées au Cardinal Angelo Roncalli, le Pape Jean XXIII (1958 – 1963) : "... Ce sera un bon jugement. ... Il y a vingt siècles plus l'âge du Sauveur" (2.000 + 33 = 2033). Ici aussi, nous prêtons à leur inventeur, ou à ses commanditaires, les propos qu'il attribue au Pontife.

Nous qualifions ces prophéties de rose-croix sur base des justifications de l'auteur à propos de ses sources et de leur inspiration. Il est fait mention, en introduction, à deux livres sacrés, les "Livres T et M" et à une "Table des trois Maîtres" qui engage les recherches antérieures de Pier Carpi sur Cagliostro. Le Livre T semble faire référence à la Table d'Emeraude, la Tabula Smaragdina. Le dieu Thot apparaît dans la narration en compagnie de Pythagore comme Hermès Trismégiste puis comme Althotas, un musulman initié aux mystères chaldéens. Le Livre M semble faire référence au Liber Mundi, le Livre de la nature. Martinez de Pasqually (1727 – 1774) est cité comme l'initiateur de Louis-Claude de Saint-Martin (1743 – 1803) qui n'est autre que l'un des trois Maîtres de la Table avec le pseudo-comte Alexandre de Cagliostro (1743 – 1795) et l'improbable comte de Saint-Germain (1784). Et enfin, il est question du tout aussi énigmatique Christian Rozenkreutz qui signe le genre littéraire de notre prophète. Nous renvoyons le lecteur aux notices biographiques des différents protagonistes pour qu'il en juge selon ses convictions. Nous voici plongé, selon toute apparence, dans l'officine martiniste d'un Ordre Rose-Croix que la facilité nous pousse à supposer Ancien et Mystique. Encore que depuis les Noces Chymiques de Christian Rozenkreutz de Jean-Valentin Andréæ (1586 – 1654), les avatars de l'Epouse ne manquent pas.

Pour le fond, nous n'hésitons pas à rattacher la douzième prophétie, concernant les deux mille et trente-trois ans du Jugement, à notre Prophétie des Papes de 1595 qu'Arnold de Wyon attribue au Patriarche d'Armagh. Et si nous en jugeons par le nombre des 32 prophéties que Pier Carpi attribue au Pape Jean XXIII, celles de Saint-Malachie en seraient même la substance première et la finalité. Si nous n'envisageons pas d'attribuer au Pontife les propos que nous prêtons à leur inventeur, ou à ses commanditaires, il n'en reste pas moins qu'il convient de s'interroger sur les intentions de l'auteur dans leur édition de 1978.
Le seul argument que nous aurions pour soutenir une hypothétique filiation Rose-Croix, c'est la proximité dans le temps entre la publication d'Arnold de Wyon de 1595 et la rédaction des Noces Chymiques de Christian Rozenkreutz par Jean-Valentin Andréæ en 1604. Ce qui, en termes de parenté, est, somme toute, assez convaincant. Faut-il dès lors, compte tenu des origines d'Andréæ, résumer toute notre affaire à une simple entreprise de sédition protestante à l'encontre de la Sainte Eglise Romaine ? Ou faut-il déduire du patronyme de Jean-Valentin une tradition gnostique ? Il nous semble avoir su démontrer que notre veine littéraire véhicule tout autre chose que les antagonismes qu'elle a pu emprunter.

Si nous ignorons à peu près tout de ce qui agite vraiment les Rose-Croix du Grand Siècle, notre imagination interprète volontiers les motivations d'un Pier Carpi à la lecture d'un texte qui, a trente ans d'écart, nous apparaît bien lénifiant. C'est que le génie de Saint-Malachie n'y est plus et que ses commentaires sur la seconde Guerre mondiale et sur la Guerre froide sont datés. Les prophéties, en effet, datées de 1935, sont supposées s'étendre, à partir de cette date, jusqu'en 2033 sur une durée de 98 ans dont le centre serait 1984. Il y a plus de chance que ces dispositions soient tributaires de la biographie du Cardinal Roncalli, plutôt qu'en vertu d'un hommage au roman d'anticipation de George Orwell pourtant bien senti à la matière. Notre sentiment, c'est la volonté du Rose-Croix de rallier à son panache d'initié le charisme du bon Pape Jean. Et ce, dans le plus bel embarras et la confusion d'un milieu mal inspiré qui confond les rigueurs de la Tradition au libéralisme du temps.

Cette fable, pour autant, ne sera pas sans postérité puisqu'elle agite encore les ouailles des Associations Saint-Pie V inspirées, semble-t-il, par la phobie de l'hérésie gnostique de leurs clercs. Horrifiée par les ralliements de la majorité traditionnelle à l'Église conciliaire, elle stigmatise le rôle historique de l'Église anglicane dans le dévoiement de l'Église catholique. Dans cette nouvelle Passion du corps mystique du Christ, nos traditionnalistes voient l'action de la Rose-Croix depuis l'élection du Pape Jean XXIII jusqu'à la publication de la lettre apostolique du Motu Proprio qui autorise la messe en latin selon le rite tridentin.

Comme si tout ceci ne suffisait pas, il a fallut que la lettre apostolique du Pape Benoît XVI soit publiée le 07/07/07. Date où nous reconnaissons le nombre de la prostituée qui chevauche la bête de l'apocalypse. Et nous nous demandions s'il est encore raisonnable de ne pas vouloir y croire. Reconnaissons, pour notre part, que nous n'avons aucune idée sur la nature de ces signes qui nous proposent leur énigme.

les 4 cavaliers de l'Apocalypse de Durer


Le Judex tremendus et le Roy d'effroy

Après avoir supposé une postérité à la prophétie d'Arnold de Wyon (1595) dans la littérature Rose-Croix que Pier Carpi (1978) prête au Cardinal Roncalli, nous nous sommes interrogés sur l'antériorité de la tradition qui irrigue la Prophétie des Papes. Nous nous sommes alors intéressés à l'édition des Centuries de Nostradamus de 1568. Pour ceux qui nous auraient suivi jusqu'ici, notons la place significative que prend l'un des plus remarquables présages du prophète de Salon au 72e quatrain de sa dixième Centurie dans le désordre apparent de ses pronostications :

L’an mil neuf cens nonante neuf sept mois

Du ciel viendra un grand Roy deffraieur

Ressusciter le grand Roy d’Angolmois.

Avant apres Mars regner par bon heur.

De Michel de Nostredame (1503 – 1566) et de ses Almanachs nous pourrions dire qu'il fit œuvre d'historien, de chroniqueur pour son siècle et de prophète des siècles qui l'on suivi, de 1605 à 1792, avec une dizaine de dates annoncées par ses Centuries. Prophète des temps prérévolutionnaires dont la fable de l'Aigle (Napoléon), du Loup (Hitler) et du Coq (De Gaule) amusera les sceptiques avant qu'ils ne désespèrent des élucubrations de ses interprètes.

Pour autant, les Centuries de Nostradamus nous concernent encore puisqu'elles annoncent encore deux dates ultérieures à 1792 pour 1999 et 3797. Nous croyons volontiers pour cette dernière date qu'elle puisse se rapporter à un comput astronomique dont nous n'avons pas connaissance, au sujet d'une date qui lui soit antérieur. Mais nous avons la conviction que l'année 1999 donne à la prophétie des Centuries un terme en rapport avec celui de la Prophétie des Papes en 2032.

Il y a débat sur l'interprétation des sept mois de « l’an mil neuf cent nonante neuf » selon qu'on commence l'année à Pâques, tel que l'usage catholique le prescrit ou au 1er janvier comme cela fini par s'imposer après 1622 (4). Il s'en suit que la venue du Roy d'effrayeur varie entre le mois de juillet et celui de septembre. C'est cette dernière solution que nous retenons ici. L'éclipse solaire du 11 août 1999 et la réforme grégorienne du calendrier julien de 1582 a pu pousser certains à lui préférer le mois de juillet. Mais le vocabulaire nostradamique, tout comme le décompte des jours, rendent peu probable cette identification de l'événement céleste du 11 août avec la venue du ciel d'un grand Roy d'effroy.
Faute d'interprétation satisfaisante, il nous suffit de prendre en compte les 33 ans qui s'étendent de 1999 à 2032 pour identifier au Christ, ou à son antithèse, le Roy d'effroy de la dixième Centurie et le Judex tremendus de la Prophétie des Papes. Ce Juge terrible se manifeste au terme de 888 ans pour juger son peuple. D'une part, nous avons l'âge du Christ à l'heure de sa Passion. De l'autre, la guématrie du nom de Jésus que l'on fête au 17 janvier (5)

Pour être exact, il faut préciser qu'il manque la moitié d'une année, d'un équinoxe à l'autre, à la période de 33 ans qui s'étend de septembre 1999 à mars 2032 ; là où excédait déjà la même durée sur une période de 888 ans qui s'étend jusqu'au même terme depuis septembre 1143. Nous pourrions en conclure que ce qui tend à s'accomplir à cette date s'étend de septembre 2031 à septembre 2032 ; l'équinoxe de mars 2032 occupant l'axe de symétrie qu'occupait déjà le Pontificat de Sixte V dans la Prophétie des Papes. Cette perspective accrédite l'idée d'une complémentarité providentielle entre les deux prophéties. Ou encore que l'œuvre de Nostradamus semble plus occulte sur le terme qui nous occupe. Ceci sous réserve d'une étude exhaustive des présages du Prophète de Salon à laquelle nous n'avons aucune sorte de prétention.

Notre recherche sur l'origine de cette prophétie ne devrait pas s'arrêter là. Les généalogies du prophète fournies par son secrétaire, Jean-Aimé de Chavigny, son frère, Jean, et son fils, César de Nostredame, pour fictives et convenues quelles soient, peuvent nous en fournir la pistes ; l'ascendance juive de Carcassonne des actes notariés du XVe siècle étant par ailleurs avérée(6). De son mythique bisaïeul, Pierre de Nostredame d'Avignon, confondu avec son beau-père, Pierre de Sainte-Marie d'Arles, tous deux convertis au catholicisme, nous retenons son service, emprunté sans doute à Abraham Salomon, auprès de la Maison d'Anjou. Et du côté maternel, tout Tartarin qu'il fut, l'ascendance d'un Jean de Saint-Rémy, médecin de Tarascon à la Cour du bon Roi René.

L'inscription de 1556, retrouvé en 1807 au fronton de la villa Vittoria dans la banlieue de Turin, nous fourni aussi une piste littéraire qui nous éloigne quelque peu de Carcassonne et de Tarascon. Saluant le passage de Nostradamus en ces lieux, elle inscrit le parcours du prophète dans une évocation toponymique du triptyque dantesque de la Divine Comédie(7).

L'ange donne le livre avec les sceaux tapisserie d'Angers

L'andL'ande

Ce recours à l'Alighieri nous renvoi aux dispositions de la Prophétie des Papes d'Arnold de Wyon, attribuée au compagnon de Saint-Bernard, le Patriarche d'Armagh. Il semblerait dès lors que toute notre affaire trouve sa source dans des motivations joachimide et johannique propre à l'année 1260. Cette eschatologie, inscrite à l'Apocalypse de Jean (8) et à l'Evangile éternel de Joachim de Flore (9), présente à l'esprit franciscain, comme en témoigne l'anathème du Concile d'Arles de cette année là (10), consubstantielle quarante ans plus tard à la pérégrination visionnaire de (Dante11), s'occulte ensuite par la force des choses alors que sa révélation, chez Nostradamus et Arnold de Wyon, semble la reporter au terme du cycle dans lequel elle s'inscrit pour 2032. De quelle efficience politique, de quelle vérité cachée, cette révélation entend se nourrir et se démontrer, voilà ce que nous ignorons toujours à ce jour.

Le voyage en Italie

En 1991, dans sa Lettre au Président du Québec, Mathieu Barrois propose un décodage des positions astrales de l'année 1606 énoncées par Nostradamus dans sa Lettre à Henry (12) Nous ne nous prononçons pas sur les interprétations de l'auteur qui participent du messianisme québécois. La possibilité d'un codage découle du caractère erroné, voir frauduleux, des données astrologiques avancées par l'énoncé. Une durée centrale de 484 ans y répartirait sur deux périodes de quatre et trois mille ans une chronologie globale de 7000 ans. Cette durée axiale de 484 ans s'étendrait jusqu'à la fin supposée des événements prédits par l'épître royale.
Le caractère singulier de ce décodage que nous aurions volontiers repoussé ne manque pas de nous interpeller dans le cadre de notre recherche. Ce passage entre deux périodes de quatre et trois mille ans pourrait tout aussi bien s'entendre comme la succession des deux premières périodes (4/10e et 3/10e) de notre cycle supérieur de 64.800 ans ; achevant ainsi la dernière période (1/10e) du cycle inférieur de 25.920 ans en l'ouvrant à la seconde période (3/10e) de notre cycle initial sur une durée de 19.440 ans.

Outre son caractère médian, Mathieu Barrois donne pour origine à la durée de 484 ans, l'édition des premières Centuries de 1555. Position fragile pour la Lettre à Henry rédigée en juin 1558 et publiée en tête de l'édition posthume des Centuries en 1568. Il nous est venu l'idée de lui attribuer pour terme l'année 2032 et de remonter à rebours jusqu'à l'an 1548. Après tout, l'oracle du prophète précède naturellement l'édition de ses vaticinations(13).

Il nous restait à scruter la biographie de Michel de Nostredame pour l'année 1548 sur le site web Nostradamica. Ce qui nous mène au voyage du mage en Italie, à propos duquel nous ne savons pas grand chose d'assuré. A la suite du mémorial de Turin de 1556, nous aurions la faiblesse de supposer pour cette année là quelque rattachement traditionnel dans le nord de la péninsule qui serait à la source de ses pronostications ultérieures.

Faute d'en savoir d'avantage sur le dit rattachement, nous nous reportons à la légende de Savone en Ligurie où Nostradamus séjourna chez Antonio Vigerchio, espicier de son état, dont la pharmacopée allait contribuer à son Traité des Fardements et Confitures. A Savone, nous dit-on, Michel de Nostredame fit la rencontre d'un simple moine, Félix Peretti, dont il devait pronostiquer l'éminence et la sainteté. Ce que la providence confirma trente-sept ans plus tard quand l'intéressé coiffa la tiare papale sous le nom de Sixte Quint(14) ! Ce que l'histoire ne saurait dire, la fable y pourvoit : le mage de Salon annonce à son heure le pontificat à partir duquel s'organise la Prophétie des Papes d'Arnold de Wyon.

L'écriture D.M.

Puisque la fable du voyage en Italie nous invite depuis Savone à rester attentif aux actes du Pape Sixte Quint, nous voudrions nous pencher sur cet autre quatrain célèbre du mage de Salon ; le 66e de la huitième Centurie où d'aucun ont vu la clef du code de ses prophéties :
Quand l'escriture D.M. trouvee,

Et cave antique à lampe descouverte,

Loy, Roy, & Prince Ulpian esprouvee,

Pavillon Royne & Duc sous la couverte.

Nous n'allons pas nous lancer dans une interprétation hasardeuse de cette invocation aux Mânes divines mais renvoyer ce vers quoi, selon nous, elle y fait référence ; la stèle de Bologne qu'Achille Volta, Grand Maître de l'Ordre des Chevaliers de la Mère de Dieu, fit élever avant 1560 au Prieuré Santa Maria di Casaralta :

Aux Dieux Mânes

Ælia Lælia Crispis

Qui n’est ni homme ni femme ni hermaphrodite

Ni fille ni jeune ni vieille

Ni chaste ni prostituée ni pudique

Mais tout cela ensemble

Qui n’est ni morte de faim et qui n’a été tuée ni par le fer ni par le poison

Mais par ces trois choses

N’est ni au ciel ni dans l’eau ni dans la terre

Mais est partout

Lucius Agathon Priscius

Qui n’est ni son mari ni son amant ni son parent

Ni triste ni joyeux ni pleurant

Sait et ne sait pas pour quoi il a posé ceci

Qui n’est ni un monument ni une pyramide ni un tombeau

Avec sa finale, escamotée au XVIIe siècle mais sauvée par la littérature :

C’est à dire un tombeau qui ne renferme pas de cadavre,

Un cadavre qui n’est point renfermé dans un tombeau

Mais un cadavre qui est tout ensemble à soi même et cadavre et tombeau

En latin d'origine :

D M

Ælia Lælia Crispis

Nec uir nec mulier nec androgyna

Nec puella nec iuuenis nec anus

Nec casta nec meretrix nec pudica

Sed omnia sublata

Neque fame neque ferro neque ueneno

Sed omnibus

Nec coelo nec aquis nec terris

Sed ubique iacet

Lucius Agatho Priscius

Hoc est sepulchrum intus cadaver non habens

Hoc est cadaver sepulchrum extra non habens

Sed cadaver idem est et sepulchrum sibi

Sans avoir à trouver l'escriture d'un texte qu'on peut qualifier d'hermétique, nous pouvons déjà méditer cette finale qu'on aura jugé trop explicite pour la postérité et supposer à ce tombeau qui n'en est pas un, quelque rapport possible avec la cave antique de notre quatrain.
L'Ordre des Chevaliers de la Mère de Dieu, rejoint par la Chevalerie de Jésus-Christ fondée en 1233 à Parme par les laïcs du mouvement dominicain de l'Alléluia, serait issu d'une Confrérie de flagellants de Bologne. Il fut approuvé sous la règle de Saint-Augustin par le Pape Urbain IV en décembre 1261.
Cette nouvelle Chevalerie laïque se fit mieux connaître par la suite pour la Frati Gaudenti ; l'intitulé recouvrant une déconsidération pour la gaillardise d'un Ordre guelfe opposé à la noblesse gibeline du quattrocento italien favorable au Saint-Empire. Cette déconsidération des Frères de la jubilation valut, assez tôt, aux joyeux Bolonais une place de choix dans l'Enfer de Dante avec les hypocrites de la sixième vallée du huitième cercle.

L'Ordre fut dissout par Sixte Quint en 1589 à la mort de Camillio Volta, son dernier Grand Maître.

 

Haroun Cæsar Aguilar de Jean

16 décembre 2009

Renvois dans le texte
-1 Joachim de Flore accorde à Benoît de Nursie (547) la fonction initiatrice que Dante réserve par la suite à Bernard de Fontaine (1153).
-2 Daniel VIII 14 : Jusqu'à 2.300 soirs et matins pour le rétablissement du sanctuaire. Depuis l'édit d'Artaxerxès en - 457 = 1843. Et le renvoi au prophète Daniel en Matthieu XXIV 15.
-3 Nous avons du mal à repousser l'image d'un Pape franciscain, Sixte Quint relevant ou déplaçant les obélisques de Rome pour les rendre à leur adoration solaire primitive, poursuivre dans l'espace la course du temps ; comme une mise en acte de l'architecture baroque de la Renaissance accompagnant les vaticinations
-4 Un édit de Charles IX rétablit en 1564 l'année romaine au 1er janvier pour les actes et les écritures. Le Parlement de Paris suit en 1566 puis Grégoire XV le confirme en 1622.
-5 La fête du Saint Nom de Jésus est accordée en 1530 à l'ordre des Frères Mineurs. Elle dédicace la Confrérie des Pénitents Rouges de Nice qui en dépend vers 1578 après le départ du Linceul pour Turin. Étendue à l'Église universelle au 17 janvier en 1721 par Innocent XIII, elle est abrogée par la réforme liturgique de Paul VI en 1969 puis rétablie au 3 janvier en 2002 par Jean-Paul II.
-6 Prophète, tel Mahomet, issu de Benjamin selon Jules-César Scaliger (1484 – 1558) qui évoque Nostradamus dans ses Pœmata publiées en 1574. Le témoignage d'Agen date de 1533.
-7 1556 / NOSTE DAMVS A LOGE / ICI / ON IL HA LE PARADIS / LENFER / LE PVRGATOIRE IE MA / P-ELLE / LA VICTOIRE QUI MHONORE / AVRA LA GLOIRE QVI ME / MEPRISE OVRA LA / RVINE HNTIERE
-8 Les 42 mois et les 1.260 jours de l'Apocalypse XI 2 et 3, XII 6 et XIII 5.
-9 La durée du veuvage de Judith au Livre de la concordance entre les deux testaments qui donne "la clef du secret universel". L'Evangile éternel fut condamné par l'Université de Paris en 1254.
-10 Jean de Parme, général de la stricte observance de l'Ordre des Frères Mineurs depuis 1247, dut se retirer en 1257. Saint-Bonaventure (1217 – 1274) lui succède dans l'esprit de réforme du Concile d'Arles de 1260 : sont anathèmes ceux qui "sous prétexte d'honorer le Saint-Esprit diminuent l'effet de la rédemption du Fils de Dieu et le bornent à un certain espace de temps".
-11 Dante situe La Divine Comédie en 1300, à la mi-temps de sa vie, dans sa 36e année, entendu que celle-ci devait durer 72 ans, un degré sur l'écliptique. Il mourra 1321.
-12 A l'invictissime Tres-Puissant et Tres-Chrestien Henry, Roy de France Second, Michel Nostradamus, son tres humble et tres-obéissant serviteur et sujet, victoire et felicité.
-13 Patrice Guinard date de 1541 la traduction de l'Orus Apollo par Nostradamus et dénombre 1.130 quatrains, compte-tenu de ceux parus aux Almanachs. Il y voit un code inclus au Testament de 1566, aussi abscons que celui de Mathieu Barrois. Pour notre part, dix Centuries font 1.000 quatrains et 4.000 vers décasyllabiques font 40.000 syllabes. Telle est l'intention première du prophète. Il manque 17 quatrains à la septième Centurie.
-14 Son prédécesseur nominal, Sixte IV (1471 – 1484), Francesco della Rovere et son neveu, Jules II (1503 – 1513), Giuliano della Rovere, étaient originaires de Savone. On leurs doit la reconnaissance du Linceul en 1471 et l'approbation de son culte public en Savoie au 11 mai en 1506.


 


 


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