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Société Périllos ©

Les Sociétés Secrètes et Rennes-le-Château

 

Le voile trouble des apparences

Rejoignons l’abbé Saunière au moment ou il fait quelques mises à jour lors des réparations urgentes dans son église. Les notes personnelles de l’abbé font au moins mention d’une découverte certaine: celle d’un tombeau... A l’évidence d’autres choses se révéleront sans que nous en ayons la moindre connaissance du détail.
La lecture des notes personnels de l’abbé donne une chronique soigneusement détaillée des moments de sa vie à Rennes-le-Château. Pourtant la vie de Saunière, minutieusement notée, laisse dans l’ombre bien plus de zones inconnues que nous le supposerions. Par exemple quasiment rien, à notre connaissance, sur des informations détaillées concernant les différentes mises à jour. Nous disposons clairement, en tout et pour tout, dans les notes de Saunière, d’une seule laconique phrase, prise et reprise par tout un chacun: « 21 - Lettre de Granes. Découverte d’un tombeau, le soir pluie ». Ceci se passait le 21 décembre 1891 et nous n’en saurons jamais plus! Rien non plus, concernant la ‘fiole’ dissimulée dans le balustre où la dalle dite ‘des chevaliers’... encore moins à propos du pilier ‘wisigothique’... silence complet pour la petite ‘marmite’et son alléchant contenu... En résumé Saunière si prolixe sur ‘l’ordinaire’ de sa vie reste ‘muet comme une tombe’ à propos de ces découvertes... de toutes évidences si celles-ci étaient ‘innocentes’, et sans valeur, il n’y avait pas lieu de les masquer ou les tenir hors de son carnet journalier. A moins bien entendu qu’il ya ait eu un second carnet réservé à des notes plus... confidentielles... et pourquoi pas?

Deux vies pour un abbé?

Peut-on dire que saunière aurait eu ‘deux vies’? Celle bien réglée, accessible à tous, la vie vérifiable du prêtre besogneux, exemplaire, soumis, sans secret... Celle d’un Bérenger Saunière se gardant d’inscrire sur ses carnets, si minutieusement tenus, tout autre mention de mise à jour que celle de : “découverte d’un tombeau”. De fait, nous pouvons supposer, jusqu’à preuve du contraire, l’abbé s’évertuant en réalité à tenir certaines informations “hors notes extérieures”... Ces fameuses notes, dont il donnera trop facilement -tout en simulant de se faire ‘prier’ pour les communiquer- de larges extraits pour justifier ses comptes personnels, ses commandes et gestions de messes... qui sont, en somme, la chronique visible de sa vie ordinaire de prêtre!
Et une seconde, celle d’un homme qui soudainement met à jour un dépôt, un trésor archéologique, un secret, une connaissance, des informations pour le moins peu orthodoxes... qu’il décide de garder pour lui, et d’en faire mention uniquement dans un autre répertoire secret ignoré de tous. Pourquoi pas?

Oui, pourquoi pas si l’on observe que certains faits, personnages, et éléments admis généralement, n’apparaissent jamais dans les notes disponibles, largement répertoriées, et présentées à ce jour. Ce constat pourrait créditer l’existence d’un autre répertoire si discrètement tenu, et dissimulé, qu’il échappe à toutes investigations... en remarquant également que personne n’ait semblé supposer, ni chercher, un tel document. Il est donc aisé, dans certains cas, d’affirmer l’inexistence d’éléments en raison du fait qu’il n’en existe aucune preuve écrites de la main de Saunière... sans même prendre la précaution élémentaire d’ajouter “jusqu’à preuve du contraire"!

Un abbé peut en cacher un autre

Puisqu’il serait question d’imaginer l’existence d’une ‘Autre vie’ de Saunière, nous pouvons aussi admettre qu’elle s’entende également dans la mouvance d’un groupe, d’une masse d’individus, d’une société au structures établies.
Alors, ‘la première vie’ de l’abbé Saunière se déroulerait, laconique, dans le décor habituel d’un prêtre ordinaire: parmi ses paroissiens, constituée de relations routinières avec sa hiérarchie, les autorités et l’ensemble des individus de chaque jour que Dieu fait pour son pauvre et laborieux curé de Rennes-le-Château.
‘La seconde vie’ serait aux antipodes de la première. Ce serait celle d’un homme devenu méfiant en raison de ce qu’il vient de découvrir. Son périmètre de relation se réduit subitement à Marie Dénarnaud devenue sa directe confidente volontairement ou non, la confiance réciproque fera le reste... Puis cet horizon s’élargit à un, deux ou trois autres ecclésiastiques parfaitement capables d’admettre, pour différentes raisons, le savoir de Saunière, le ‘secret confessionnel’ assurera le reste... Enfin ces trouvailles s’avérant sans doute d’un domaine si particulier que l’abbé doit laisser entrer, dans le monde de sa vie cachée, toute une faune aussi étrange qu’incontournable! Cet autre univers secret de Bérenger serait resté à jamais hermétiquement clos, même au prix de se laisser saborder par sa hiérarchie. C’est peut-être dire toute l’importance de ce que détient l’abbé...

Deux pour une, une pour deux!

Bérenger Saunière, ensuite, astucieusement fera coïncider ses deux étranges vies, devenues indissociables, en une seule bien apparente, bien visible, publique:
- S’il doit s’absenter en toute discrétion il prévoit des lettres-réponses ‘passe-partout’ laissant supposer sa présence au presbytère.
- Il se déplacera en des lieux précis sous des raisons tout à fait anodines et normales. Aller par exemple sur Durban /Corbières pour y satisfaire son goût des bons repas... et des érudits locaux! Il ira également souvent vers Perpignan régler quelques détails bancaire... des plus anodins.
- Rien d’anormal encore à ce que Saunière fréquente fidèlement ses plus proches collègues ... Même si ces derniers ont des passe-temps bien insolites, comme par exemple s’acharner, sous la risée générale, à démontrer les rudiments d’une langue celtique dérivant péniblement de l’anglais moderne!.. ou s’ingénier à faire fructifier de juteux revenus difficiles à justifier. L’ennui est que si être farfelu n’est pas un pêcher majeur, jouer à certains autres jeux moins risibles peut très vite devenir, hélas, un pêcher... mortel!
- Quoi de plus normal que de vouloir, si l’on a réussi à glaner un substantiel capital lors d’un malhonnête petit trafic de messe, faire construire une vaste et confortable propriété pour la retraite de quelques vieux prêtres nécessiteux? C’est déjà un pas dans la voie de la ...”Pénitence - Pénitence”!
- Quoi de plus normal encore si, suite à ce peu honorable trafic de messes, notre curé veut, pour racheter sa faiblesse, embellir sa pauvre église ruinée? On se fait pardonner comme on peut...
- Et puis la fonction de modeste curé de campagne est-elle incompatible avec une intarissable soif de culture générale? Certainement pas à notre connaissance. Alors il faut bien entretenir des contacts avec quelques laïques érudits notoires, en divers matières, si l’on veut enrichir son savoir... faute d’enrichir son compte en banque!
Peu à peu plus rien ne permet, sauf pour Bérenger, Marie Dénarnaud et quelques autres personnes initiés, de distinguer l’une de l’autre vie... Tout est devenue normal, même quelques détails anormaux, le désastre en fin de vie de l’abbé... et ses fréquentations pour le moins insolites. Car dans cette vie à deux volets il ne faut pas oublier si vite l’origine de cette obligation: les découvertes depuis l’église de Rennes-le-Château.

D’étranges acteurs

Même si nous en ignorons le menu détail, ces mises à jour prennent d’abord toute leur importance dans la vie de l’abbé, puis ensuite lui aurait pris... simplement toute sa vie. Il n’aurait pas pu, vu le contenu, se permettre d’en faire état au grand jour, car en ce cas tout le bénéfice lui en eut été confisqué dès les détails révélés... ou pire encore si ‘on’ juge que personne ne devait en avoir eu connaissance, et surtout pas ‘l’inventeur’ même innocent, de cet événement.
Nous ne reviendrons pas, dans ce dossier, sur le contenu des découvertes que nous développerons dans un autre prochain chapitre. Pour l’instant entrons encore plus loin dans l’univers étrange que vient de créer Bérenger Saunière, curé de Rennes-le-Château, pour sauvegarder ce qu’il estime maintenant être sa légitime propriété, quitte à la morceler afin de la liquider prudemment... ou en négocier le silence!
C’est tout un univers étrange aux éclairages quelque peu ésotériques dans lequel nous allons nous aventurer prudemment.
Serions nous là en présence de cette ‘fonction créant l’organe’ en mettant en scène les seuls personnages capables de comprendre, négocier, apprécier, jalouser, envier, couvrir, étudier, décrypter, les découvertes extraordinaires du ‘pauvre curé’ de Rennes-le-Château?..

Serait-ce une sorte de fresque constituée de ‘rôles’ à double jeu, tenus eux aussi à deux apparences parallèles... ‘dans’ et’ hors’ ce qui deviendra plus tard “l’affaire de Rennes-le-Château”? Car, à ce stade, nous allons être obligés de considérer comme incontournable la personnalité insolite des figurants qui vont s’animer tantôt sourdement, tantôt bruyamment, tout autour de l’acteur principal: celui par qui l’énigme arrive jusqu’à nous!
Dans cette affaire ressurgit souvent la répétition de la première lettre de l’alphabet: A.A. Ce double A est significatif d’une des sociétés secrètes religieuses les plus fermées et sur laquelle ne subsiste quasiment aucune information complète. Il est cependant certain que plusieurs religieux dans l’entourage de Bérenger Saunière ait été en contact avec ou sur les colonnes d’une de ces ‘Sociétés A.A.’.

Les sociétés dites A.A.

G.M.de Waldan -à droite- en compagnie de Mme et Mr Philippe Encausse

On ne trouve pratiquement pas d’éléments concernant ces ‘sociétés’. Au début de notre dossier Rennes-le-Château N°5 il était question d’une liste, retrouvée vers Vienne, de membres de ce mouvement sur laquelle, entr’ autre, les noms d’un abbé Boudet et de deux évêques de Carcassonne. Ces éléments semblait se trouver depuis longtemps en Isère et dernièrement entre les mains de Gérard Moraux de Waldan qui nous en donnait connaissance et copie.

Il semble que plusieurs mouvements se soient réclamés de cette forme ‘sociétaire’. Pourtant, certainement présentes dans plus de 39 régions de France, curieusement seule la région toulousaine possèdent encore des documents sur le sujet.

page 103 sommaire des région d'activité de la Aa selon BEGOUEN

La présentation générale de ces sociétés peu connues montrent une structure soigneusement établie sur un secret accompagné d’un perfectionnement spirituel incontestable. Au moment de la Révolution Française ces sociétés secrètes s’opposent à un clergé géré par une Constitution civile. On retrouve également leur action virulente contre le pouvoir napoléonien lors du pillage des archive du Vatican, du saccage de Rome et de l’arrestation du pape.
Selon Jean-Claude Meyer (Bulletin de Littérature Ecclésiastique): L’étude de l’Aa de Toulouse, fondée au XVIIe siècle dans la mouvance de l’Aa de paris, s’insère dans la compréhension du mouvement plus général de réforme spirituelle et apostolique du clergé de France à cette époque. Par-delà des règles qui apparaissent aujourd’hui surannée, l’histoire de cette Aa révèle l’esprit de fraternité sacerdotale vécu par les confrères : ainsi s’explique son exceptionnelle longévité, on en verra les effets positifs en particulier pendant la décennie révolutionnaire. Ceci étant présenté pour un aspect ‘officiel’ du problème.
Nous retiendrons également le travail du Comte Beguoin qui, en 1913, un des rares ouvrage présentant une approche assez complète du sujet sous la forme d’un ouvrage intitulé:

UNE SOCIETE SECRETE

EMULE DE LA COMPAGNIE DU SAINT-SACREMENT
___

L’AA DE TOULOUSE
AUX XVIIe et XVIIIe SIECLES
D’APRES DES DOCUMENTS INEDITS

Au bas de la page titre sont indiquées les adresses des ‘éditeurs’, puisqu’on trouve sur deux colonnes:
-à gauche: “PARIS, Auguste Picard, rue Bonaparte 81".
-à droite: “ TOULOUSE, Edouard Privat, rue des Arts, 14".
Ensuite au bas de la dernière page de texte (131) se retrouve l’identification de l’imprimeur: “Toulouse, Imp. Douladoure - Privat, rue St Rome, 30 - 678"
Le comte Bégouin, admet quelques difficultés à se documenter sur la question, mais qu’il existe des ‘documents inédits’ auquel il finit par accéder pour accomplir son travail ... Archives qu’il est bien difficile de retrouver aujourd’hui, sauf apparemment dans les régions lyonnaise et viennoise au début du siècle.
Pour cet auteur l’arrêté du Parlement du 13 décembre 1660 marque la dissolution de la Compagnie du Saint-Sacrement et fait “défense à toutes personnes de faire aucunes assemblées ni confréries, congrégations et communautés en cette ville, ni partout ailleurs sans l’expresse permission du Roi”. Il semble d’abord que la Aa ait eu pour mission de perpétuer la relève de cette ‘Compagnie’ détruite puis peu à peu de se consacrer à la maintenance d’un ‘secret’ dans des conditions relevant de celles des mouvements les plus fanatiques qu’ils soient.

... à Mystériopolis...

Curieusement un des premiers documents à utiliser le terme A et Aa sera édité par M. Lieutaud, bibliothécaire à Marseille. Il s’agit de la reproduction d’un mémoire de 1775 sur l’Aa de cette ville écrit par son président, avec le règlement complet de la dite Société. Le titre ne rime guère avec le contenu et c’est un des points de curiosité de cette édition de 16 pages, sans la moindre référence d’imprimerie ou d’édition, parue sous le nom de: “A et Aa, prodrome d’une future encyclopédie provençale”.

Il est difficile de comprendre le rapport immédiat entre une A.A. et la place d’une encyclopédie surtout provençale. Tout aussi curieux sera le fascicule suivant(même dimension 10-8e) du bibliothécaire, toujours sans référence de dépôt légal, sous le titre “Histoire de la France par un chartreux” qui a de forte chance de nous ramener aux travaux de Dom Polycarpe de la Rivière déjà rencontré précédemment. Deux autres parutions toujours sans indication de référence suivront sur les mêmes thèmes (collection Moraux de Waldan). A ce stade on est surpris par deux choses. D’abord comment expliquer qu’un ancien bibliothécaire produise des ouvrages ostensiblement sans référence... lui qui doit être habitué à une autre rigueur de par sa formation professionnelle? Ensuite les titres sont ‘bizarres et déconcertants’ (Béguoin) comme si tout était fait pour que ces livrets soient introuvables dans le cadre d’une recherche ordinaire en bibliothèque... sauf pour un ‘initié’ qui saurait à quel registre les localiser!
Toujours aussi étrangement c’est peu après cette ‘diffusion’ que sera édité un autre recueil encore plus mystérieux. Celui-ci tout en affichant résolument le sujet de l’Aa s’entoure d’une page de couverture digne du plus bel ouvrage d’occultisme que l’on puisse trouver: “ Une société secrète d’ecclésiastiques aux dix-septième et dix-huitième siècle - L’Aa Cléricale - son histoire, ses statuts, ses mystères, avec l’épigraphe: ‘Secretum prodere noli’ - A Mystériopolis, chez Jean de l’Arcanne, librairie de la Société, rue des trois cavernes, au Sigalion, dans l’arrière boutique. MDCCCXCIII -avec permission” Puis au dos de cette page cette mention: “tiré à cent exemplaires - aucun ne sera vendu”... on croit rêver ou se trouver plongé dans un roman d’Arsène Lupin! Mystériopolis... Jean de l’Arcanne... rue des trois Cavernes... au Sigalion... et enfin ‘avec permission’... sans que nous soit dit de qui émane cette permission! Tout y est énigmatique et en déséquilibre avec la rigidité habituelle d’un texte réservé à l’exclusivité de quelques religieux soigneusement sélectionnés. On pourrait crier au canular, au montage, à la farce... aux documents falsifiés comme d’autres dans l’affaire de Rennes-le-Château ! Et pourtant... oui pourtant le livret existe et le lecteur le trouve, dans sa totalité, en pièce annexe en fin de ce dossier. Ajoutons pour lever un petit coin du voile que l’imprimeur de cette petite merveille se situait dans la région viennoise... De son ‘arrière-boutique’ sortiront également les publications, sans référence de monsieur Lieutaud ancien bibliothécaire de Marseille... et d’autres sur le même registre que nous publierons, peu à peu, au fil des besoins dans nos travaux.

Les livres introuvables du secret

Il est donc inutile de présenter de longues explications sur ce document que le lecteur peut lire à son rythme, et sa surprise, et complètement. Cependant ajoutons que Lieutaud jamais ne dévoila ses sources. Il précise seulement dans son travail à propos de ces pièces: “Par quelles voies aussi multiples qu’inattendues, sont tombées en nos mains les pièces originales qui ont servi à composer ce travail, nous ne sommes pas autorisé à le dire, et grâce à Dieu, quoique nous n’ayons jamais été d’aucune Aa, nous savons garder un secret”... et le comte Bégouin de déplorer de ne pas pouvoir remonter à la même source...

Jean-Jaques Olier, membre fondateur de la Compagnie du Saint-Sacrement

Mais il ajoute “ce que je sais du soin jaloux avec lequel les derniers possesseurs de ces précieux papiers les gardaient renfermés et cachés, me laisse supposer que, comme pour la Compagnie du Saint-Sacrement, nous sommes loin de connaître tous les endroits où ces archives gisent ignorées. Ensuite un peu plus loin (page 20) il explique qu’il eut accès, à Toulouse, à des archives sur la Aa ou se trouvait un ‘livre d’or’ , c’est à dire la liste de plus de treize cents noms d’ecclésiastiques toulousains qui en ont fait partie... Quoi d’étonnant si Moraux de Waldan disposait lui aussi d’une telle liste qui ne devait pas être en deux exemplaires seulement. Le tout était de pouvoir et savoir ou consulter un tel document. il y avait également un autre livret de ce genre imprimé à Lyon chez Baptiste de Ville, rue Mercière, ‘A la Science’, en 1689... Mais à l’image des ouvrages concernant ce sujet il “est rarissime et inconnu des bibliographes” tout comme encore un autre “de 1654 n’est destiné qu’à un nombre restreint d’initiés, à ceux qui faisaient partie du petit groupe d’élus composant les Aa”.

Le choix du titre... où le survol de l’Ange

Le choix du titre ‘Aa’, ‘AA’ ou ‘A.A.’ n’est jamais expliqué clairement dans les documents que nous avons pu consulter. Il est question des initiales de l’expression ‘Associatio Alicorum’ qui pourrait correspondre à l’idée de liens très étroits entre les membres du mouvement... Une autre source explique qu’il s’agit de prendre les deux ‘A’ du mot ‘AssociAtion’ et de les présenter à la façon de certains écrits alchimiques écrivant ‘AAA’ pour le terme ‘AmAlgAmer’ en supprimant les consonnes pour ne garder que les voyelles afin d’opacifier le texte au profane.
Plus simplement Béguoin explique que les deux ‘A’ signifieraient simplement Amis et Assemblées résumant astucieusement l’esprit de base de cette société. Enfin une autre hypothèse avancée par Lieutaud éclaire différemment le terme ‘AA’ qui pour lui reprend simplement les initiales d’’Amitiés Angéliques’. Certes on peut se rappeler avantageusement le nom de la société Angélique qui s’épanouit justement au 17e siècle. Le rapprochement n’est pas si hasardeux qu’il le parait, car sur les rares feuille s de courriers émis par les AA les entêtes sont souvent ainsi écrits: J. M.J. A. C., soit les initiales de : Jésus, Maria, Joseph, Angeli Custodes. Par ailleurs on retiend que la AA de Toulouse à pour patrons justement Jésus, Marie, Joseph et les saints Anges... Pour donner toute la valeur à cette hypothèse il est utile de rappeler qu’à l’époque de cette société le terme ‘Amitié’ n’est pas galvaudé comme il l’est à présent. Amitié évoquait le verbe ‘aimer’ au sens sacré du terme et ajouté à l’image des ‘Anges’ il prenait une proportion qui nous échappe forcément à présent.

Le secret absolu

La règle du ‘secret’ était absolue et sans dérogation. Certes pour certains chercheurs dans le cadre de ce genre de ‘société’ le ‘secret’ était simplement celui des ‘bonnes actions charitables sous l’initiative religieuse’... Mais des actions si louables, généreuses et humanitaires justifiaient-elles de conserver ce ‘secret’ jusqu’au paroxysme que nous allons survoler:

“Il est donc d’une nécessité indispensable d’en garder le secret. Ne le révélez à qui que ce soit, ni aux amis les plus intimes, ni aux parents les plus chers, pas même au confesseur le plus affidé. Pourquoi en parlerait-on au confesseur? Dans un projet de cette nature, que les seules lumières naturelles démontrent venir du Père des lumières, une pareille confidence ne fut jamais nécessaire; elle serait toujours imprudente et souvent contraire à l’existence ou à la propagation de notre Aa. Hors des assemblées, les confrères se comporteront entre eux comme si nul lien secret ne les unissait. Nul signe, nulle parole qui fasse soupçonner du mystère. Dans leurs lettres, s’ils viennent à parler de l’Aa, les termes les plus généraux et les plus courts seront ceux dont ils se serviront. On ne nommera jamais l’Aa, ni dans les lettres, ni dans les conversations ordinaires. Ceux qui auront chez eux quelques papiers relatifs à notre Association les conserveront avec soin et sous clef.”. Ces règles pourraient être celles que nous trouverions au sein de toutes sociétés secrètes ou initiatiques à un très haut degré... Ce cadre de sécurité pourrait être, évidemment toutes proportions gardées, celui d’une loge maçonnique du début du siècle. En ce cas nous ajouterions qu’il ne s’agirait plus d’un mouvement ‘secret’ mais d’une société ‘discrète’. On trouvera dans le document ‘A.A.’, reproduit texto, les règles liée au Secret à partir de la page 71. Il y est question de ‘mot de passe’, de se dissimuler plus que faire se peut, de prévoir l’autodestruction de la cellule, la destruction de toutes traces, de passer de l’action au silence dès le moindre doute... On croit lire les mesures de sécurité d’un groupuscule terroristes de feuilleton de mauvais goût... Cette sorte de convention morale est d’une telle inconcevable rigueur que nous ne pouvons que supposer qu’il s’agit d’un cadre propre à une véritable secte fanatique ou... d’un mouvement mandaté pour sauvegarder effectivement un redoutable... Secret.
Il est difficile de croire qu’au sein de l’Eglise une société, composée de religieux, puisse imposer de telles injonctions pour protéger de simples actions de prières, de bienveillance, de charité et humanité...
La Aa comprenait la possibilité d’admettre, sous certaines conditions, des femmes rassemblées en une congrégation exclusivement féminine. Tout comme pouvaient être acceptés des laïques là aussi dans des conditions très strictes. Selon les différentes sortes de membres ils étaient répartis selon plusieurs ‘Congrégations’ différentes. Pour les séminaristes la règle Aa prévoyait une sorte d’antichambre d’attente appelée ‘Petite Société’. Dans celle-ci étaient admis les futurs prêtres d’où ils leur étaient, cependant, impossible de connaître les membres ‘actifs’ et, de fait, ce système évitait tous incidents de fuite. Tout comme dans d’autres ‘confréries’, il y avait à l’intérieur de la société plusieurs ‘niveaux’, ou degrés, dans la hiérarchie. C’est ainsi que le Comte Béguoin distinguait dans le ‘livre d’or’ certains membres étaient “passés de l’Aa laïque à l’Aa ecclésiastique”.

A ce stade il est encore possible de considérer que nous sommes en présence d’une congrégation, d’une sévérité très exceptionnelle, réservée à une sorte d’élite religieuse... sans encore pouvoir accepter l’idée qu’elle puisse être autre chose de plus sombre. Il semble donc important de citer ce passage sous entendant pratiquement sans ambiguïté l’existence dans la Aa d’une partie clairement nommée ‘occulte’... ce qui, pour des religieux à de quoi nous surprendre: “En même temps, derrière cette congrégation ou Société visible, il y en avait une autre occulte. C’était une véritable Aa, dont l’existence était un mystère et le nom des membres un mystère plus grand encore. On comptait parmi eux plusieurs personnages politiques. Les réunions étaient secrètes et certains membres, notamment le prince de Polignac, ne s’y rendaient que déguisés. Avant d’être admis dans cette association, il fallait jurer le secret le plus absolu, promettre une obéissance aveugle à des chefs et à des mots d’ordre qu’on ne connaissait pas.”...
A la lecture d’un tel passage ne serait-il pas possible d’y reconnaître plusieurs détails de la vie de l’abbé Saunière que jusque là nous trouvions intrigants, insolites ou dignes... d’une autre vie soupçonnée au début de cette étude. Nous avons vu appartenir à cette société plusieurs religieux très proches de Saunière. Nous les avons vu être honorés au porche de l’église de Saunière sans que les raisons en soient clairement établies. Nous avons vu l’ensemble de ces personnages avoir, pour le moins, une conduite parfois... peu orthodoxe ou inexplicable.
Et si l’énigme de Saunière n’était en réalité qu’une histoire de Sociétés... serait-ce vraiment une autre histoire... ou tout un panneau mis en lumière de la véritable histoire de l’affaire de Rennes-le-Château ?

Ce texte, dans son fond, est extrait du ‘Dossier Rennes-le-Château N° 5'. Il est possible de se procurer ce dossier complet, et la repro du document du Comte Beguoin.

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