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Opoul : 3 spéléologues bloqués à - 150
mètres » |
L’accident
relaté par les médias
Durant
trois jours (de dimanche à mardi), les médias relaient l’information
d’un accident mortel survenu sur la commune d’Opoul, samedi
24 février. Il s’agit de l’issue catastrophique d’une
expédition spéléologique entreprise sur ce secteur.
La télévision et les journaux relatent le tragique événement
de manière plus ou moins précise. Ajoutons que la nouvelle
de ce drame s’est répercutée jusque dans les milieux
archéologiques américains.
Nous allons donc tenter de donner une chronologie à ce qui fut une
tragédie. Nous noterons les faits dans l’ordre où la
presse les annonce et dans l’ordre où nous avons pu les observer…
car, par chance, nous étions sur site aux moments des faits et il
nous semble judicieux de rapporter ce que nous avons pu voir sur place,
et ceci à toutes fins utiles.
Il est possible que nos observations semblent ‘hors sujet’ dans
un premier temps… seul le lecteur en fera sa propre idée. Aussi,
face à ces faits pourtant constatés en présence de
témoins, nous pensons de bon ton d’utiliser ‘l’avertissement’
qu’entre Gérard de Sède dans son livre ‘l’or
de Rennes’, paru chez Julliard en 1967.
« Toute ressemblance entre les faits rapportés dans ce livre et une construction imaginaire est le fruit du pur hasard. Ce n’est pas là le moins étrange, car la ressemblance est frappante ». Evidemment à « ce livre » nous substituerons « ce compte rendu des faits vus » pour entrer dans le bon fonctionnement des événements.
-L’INDEPENDANT-
Edition du 25 Février 2007, Pyrénées Orientales.
« Trois spéléologues espagnols, dont un blessé,
se sont retrouvés pris au piège, hier, dans le trou de Sainte-Barbe,
très difficile d’accès. Les artificiers audois ont été
appelés en renfort, mais l’opération devait se prolonger
dans la nuit ». L’article explique que la chute d’une
pierre aurait précipité les trois personnes au fond d’un
gouffre, blessant grièvement l’un d’eux et légèrement
les deux autres. On apprend encore, qu’en raison des difficultés
d’accès sur le lieu de l’accident, « les secours
sont forcés de stopper leurs véhicules à 400 m. et
porter le matériel jusqu’à la bouche du boyau ».
La descente se prolonge sur 150 mètres sous terre. C’est là
que vers 20 heures le premier médecin rejoint le blessé, «
un homme d’une cinquantaine d’années, souffrant de nombreuses
fractures ». A ce moment, on peut lire qu’une équipe
d’artificiers spéléologues étaient attendue afin
de faciliter la remontée des victimes. Cette opération était
prévue s’achever tard dans la nuit. « Les secours qui
hier soir se préparaient à passer la nuit sur le site, prévoyaient
de faire remonter les spéléologues au plus tard ce matin ».
Ajoutons qu’à ce moment nous sommes le dimanche matin 25-02-2007.
-L’INDEPENDANT-
Edition du 26 Février 2007, Pyrénées Orientales.
« Suite tragique pour l’accident survenu lors d’une descente
dans le trou dit de Sainte-Barbe (Opoul), samedi: un des trois spéléologues
Catalans a trouvé la mort au fond du gouffre.
Il était 16h environ, samedi, quand les sapeurs-pompiers étaient
alertés de la survenue d’un accident dans le boyau de Sainte-Barbe,
au lit dit La Charelle.
Deux spéléologues étaient coincés dans le trou,
à 150m de profondeur, dont un blessé; le troisième
avait pu s’extraire et donner l’alarme. Aussitôt, un dispositif
de secours se mettait en place, comprenant les sapeurs-pompiers, les hommes
du GRIMP (Groupe de reconnaissance et d’intervention en milieu périlleux),
les CRS du Secours en montagne, la gendarmerie, et des sauveteurs spéléologues.
Au départ, les secours pensaient avoir affaire à un blessé
grave et à une personne indemne. Tous les moyens allaient être
mis en œuvre pour les ramener à la surface, et c’est ainsi
que dans le courant de la nuit, il était fait appel à une
équipe de spéléologues artificiers, du centre école
Pleine Nature, de Conques-sur-Orbiel (Aude).
Ceux-ci étaient chargés de faire sauter à l’explosif
des strates de pierre, de façon très ciblée et précise,
jusqu’à arriver auprès des victimes. Entre temps, l’un
des spéléologues coincés pouvait être remonté,
choqué mais sain et sauf.
Quand les secours atteignaient le second, Jordi Icart, 52 ans, de Barcelone,
c’était pour constater son décès, des suites
de ses blessures dues à des chutes de pierres.
Les artificiers poursuivaient leur opération, malgré les risques
encourus, afin de récupérer le corps du spéléo
toujours bloqué dans le boyau. Une opération qui allait durer
jusqu’à hier matin; à ce moment-là, ils n’avaient
pu parcourir qu’une trentaine de mètres.
Enquête ouverte à 10h30, alors que sur place les conditions
météorologiques se dégradaient, on apprenait du lieutenant
Abeillon, de la compagnie de gendarmerie de Rivesaltes, qu’une enquête
judiciaire était ouverte, du fait qu’il y avait mort d’homme.
Le procureur adjoint confirmait l’ouverture de l’enquête,
confiée au groupement de gendarmerie de Perpignan.
En conséquence, toute intervention était suspendue, en attendant
l’arrivée d’une équipe de spéléologues
de la gendarmerie, chargés d’examiner le lieu et les conditions
dans lesquelles la victime avait trouvé la mort, et de remonter ensuite
le corps. Les gendarmes spécialisés en spéléologie
venant d’Oloron-Sainte-Marie (PGHM), ils n’étaient attendus
sur le site qu’hier soir ».
-L’INDEPENDANT- Edition du 27 Février 2007, Pyrénées
Orientales.
« Le corps du spéléologue décédé
remonté à la surface hier matin.
Hier matin, à 9h30, les gendarmes du PGHM d’Oloron et les sapeurs-pompiers
ont ramené à la surface le corps sans vie du spéléologue
victime d’un accident samedi, au trou de Sainte-Barbe, à Périllos.
La thèse de l’accident a été confirmée.
Rappelons brièvement les faits. Samedi, à 16h, l’alerte
était donnée depuis Périllos, par une spéléologue
barcelonaise dont un collègue venait d’être grièvement
blessé, en explorant le trou dit de Sainte-Barbe, à La Charelle.
Une troisième spéléologue se trouvait également
dans le boyau; on devait apprendre par la suite qu’elle n’avait
pas souhaité remonter en abandonnant son moniteur blessé.
Immédiatement, un important dispositif de secours se mettait en place:
sapeurs-pompiers, GRIMP, sauveteurs spéléos, CRS du secours
en montagne, gendarmes. En soirée, venaient s’y ajouter des
spéléologues artificiers du centre Pleine Nature de Conques-sur-Orbiel,
dans l’Aude. Ceux-ci avaient pour tâche délicate d’agrandir
par des tirs d’explosifs ciblés, l’accès au boyau
dans lequel le spéléologue barcelonais se trouvait pris.
Alors que la spéléologue restée sur place était
évacuée, légèrement blessée, à
23h, les secours arrivés auprès de l’homme, Jordi Icart,
âgé de 51 ans, ne pouvaient que constater son décès.
Cet élément allait déterminer l’ouverture d’une
enquête et mettre fin aux interventions des sauveteurs. En revanche,
constatations et opération de remontée du corps étaient
confiées à des gendarmes du PGHM d’Oloron Sainte-Marie,
spécialistes des secours en montagne et en milieu souterrain. A 16h,
dimanche, 4 hommes sur les 5 que compte cette équipe arrivaient donc
sur le site; ils allaient travailler sans interruption, et dans des conditions
particulièrement difficiles et périlleuses, depuis dimanche
23h jusqu’à lundi 7h. En charge de l’enquête conjointement
avec le groupement de gendarmerie de Perpignan, les hommes du PGHM d’Oloron
ont, comme nous l’avons dit précédemment, examiné
les conditions dans lesquelles le malheureux spéléo avait
trouvé la mort, avant d’évacuer son corps vers la sortie
du boyau. Ils ont été relayés par les sapeurs-pompiers.
Hier matin, au moment même où PGHM et pompiers arrivaient au
terme de leur éprouvante mission, une conférence de presse
était organisée par le procureur adjoint, Dominique Alzéari,
et le colonel Hubert, commandant le groupement de gendarmerie de Perpignan,
accompagnés du consul général d’Espagne Enrique
Ruiz Molero (en raison de la nationalité de la victime). Le procureur
confirmait que la thèse de l’accident pouvait être retenue,
ce qui n’exonérait pas la dépouille, avant son retour
vers sa famille, d’un examen médico-légal.
Une autopsie n’était pas envisagée hier, même
si elle n’était pas absolument exclue, ne serait-ce que pour
mieux fixer l’heure exacte de la mort. "Les circonstances sont
claires", insistait M.Alzéari. Avant de préciser que
le spéléologue portait de très graves blessures à
la tête, et qu’il avait dû décéder rapidement
après l’accident survenu aux environs de 15h30. Jordi Icart
se trouvait à 150m de profondeur, dans un boyau vertical, quand un
fragment de roche s’est détaché et lui est tombé
dessus, ne lui laissant aucune chance.
Un site qui pourrait être fermé.
Le colonel Hubert mettait l’accent sur la dangerosité du site
de Sainte-Barbe, et sur la friabilité de la roche. Les gendarmes
du PGHM ont été contraints de procéder à plusieurs
explosions ciblées afin de purger la roche, avant de pouvoir s’aventurer
plus loin dans le boyau. Ils ont ensuite dû extraire les gaz produits
par les explosifs, pour poursuivre leur avancée. Dans ce contexte
fragile, les pluies de la semaine dernière pourraient expliquer l’accident
de samedi.
Le procureur adjoint apportait un élément d’information
supplémentaire: le trou de Sainte-Barbe est un site spéléologique
découvert depuis un an seulement, non sécurisé, et
réputé périlleux, précisément à
cause de sa matière friable. Les spéléologues de Granollers
ont probablement appris son existence par le ‘bouche à oreille’,
ou par internet. Au regard de sa dangerosité et du drame qui vient
de s’y produire, M.Alzéari et le colonel Hubert évoquaient
la possibilité d’une fermeture administrative du trou de Sainte-Barbe
».
Ce
que nous savons et avons vu
Samedi
matin vers 7 heures. On constate que toutes les liaisons téléphoniques
depuis les postes fixes et portables sont interrompues. Nous saurons plus
tard que cet ‘incident’ s’étend de Tautavel à
Vingrau et jusqu’à La Belle Oriole… Ayant tenté
d’appeler les services de dérangement de France Télécom,
il nous est répondu de manière très évasive
que cette situation n’est pas possible… et ensuite qu’il
« faut le temps de rétablir la situation ». Ceci, sans
doute, ne signifie rien dans l’événement dramatique
qui s’est déroulé… Nous donnons cette information
pour… mémoire.
On
nous explique, dans les journaux du dimanche, que l’accident eut lieu
le samedi 24 février et qu’un rescapé demande du secours
depuis Périllos vers 16 heures. A ce moment précis, à
Tautavel, nous entendons passer un véhicule des Sapeurs Pompiers
qui se dirige, à grande vitesse, vers Vingrau. A ce moment, nous
n’avons pas connaissance de l’accident.
Vers 17 heures, nous décidons d’aller visiter Périllos
avec plusieurs de nos adhérents. Une ½ heure plus tard, nous
passons au pied de la chapelle Ste Barbe où nous voyons trois véhicules,
type camionnette, clairs, avec une immatriculation étrangère
et un véhicule léger de gendarmerie stationné à
proximité. Il n’y a aucune personne autour des voitures.
En arrivant vers les ruines de Périllos, ne sachant toujours rien
de l’accident, nous nous arrêtons près du transformateur
électrique du village abandonné. Sur l’esplanade servant
de parking, trois véhicules (un camion de lutte contre l’incendie
et deux ‘tous terrains’) de Sapeurs Pompiers sont stationnés.
Nous pensons à un exercice fictif car quelques personnes discutent
paisiblement près des véhicules. Durant notre promenade, ces
derniers quittent lentement (sans avertisseurs sonores) le village mort.
Rien ne laisse présumer d’une urgence ou d’une catastrophe.
Il est près de 18h30 quand nous repartons à notre tour. A
ce moment, un ‘4X4’ des pompiers est stationné derrière
les buissons de l’esplanade de Périllos… Donc loin de
la catastrophe.
C’est plus bas, au pied de la chapelle Sainte Barbe, que nous ne pouvons
continuer en raison d’un camion ‘PC’ barrant la route.
Cette fois, il y a sur les bords de la chaussée plusieurs voitures
de gendarmerie et de secours ainsi que d’autres, sans signe distinctif,
dont certaines s’engagent sur le mauvais chemin montant à la
chapelle. Cinq personnes en civil se tiennent sur le bord du chemin. Demandant
à un pompier la cause de ce mouvement, qui pour nous n’est
toujours qu’un exercice, tant les ‘participants’ semblent
calmes et non pressés, il nous répond laconiquement qu’une
personne est tombée dans un gouffre de 150m de profondeur…
et de rouler prudemment en raison de nombreux camions de secours pouvant
monter sur le lieu.
Nous ne rencontrons personne jusqu’à la route de Vingrau à
Opoul. A ce carrefour, un véhicule de gendarmerie fermant la route
nous laisse passer sans intervenir.
Nous rendant à Opoul, nous voyons, à la nuit tombée,
de nombreux ‘gyrophares’ montant vers Périllos, pendant
que d’autres se dirigent vers la ‘poudrière’ d’Opoul.
Vers 20h, nous retournons à Tautavel et constatons qu’à
l’embranchement la camionnette des gendarmes est remplacée
maintenant pas trois petits camions de la D.D.E. s’agitant vers le
carrefour.
Arrivée
à Tautavel vers 21 heures ; les téléphones ne
fonctionnent toujours pas. C’est vers près de 22h30 que tout
à coup les lignes téléphoniques portables et fixes
sont rétablies simultanément. On peut être étonné,
que les téléphones ‘sans fil’ soient dépendants
de ceux plus classiques… mais nos compétences, en matière
de téléphonie, étant des plus limitées, nous
pouvons supposer que tout se passe dans les mêmes ‘armoires
techniques’. On souligne toutefois que cet incident de communication
se déroule dans la durée de l’accident et se trouve
rétabli au moment où la première équipe de secours
fait la jonction avec les deux victimes. Evidemment, ceci ne saurait être
qu’une nouvelle triste facétie de notre hasard habituel…
Ensuite, on peut se demander pourquoi le véhicule traversant Tautavel,
vers 16 heures, à grande vitesse, ne s’est pas arrêté
sur le lieu de l’accident, pourtant sur son passage, pour monter tranquillement
stationner sur l’aire de Périllos… Y aurait-il eu urgence
à se garer à près d’un kilomètre du gouffre
en question sans intervenir ? Mais, surtout, nous sommes surpris de voir
des camions d’incendie avec citernes d’eau, lance et dérouleur,
se rendre au secours d’un accidenté au fond d’un gouffre
profond de 150m. S’il est loin de nous de sous-estimer la compétence
des ‘soldats du feu’, nous pouvons cependant poser cette question.
Tout comme la présence de la D.D.E. peut sembler une nouveauté
dans le sauvetage des spéléologues en grand danger. Enfin,
nous nous interrogerons, avec une certaine surprise, sur le pourquoi un
autre véhicule conduisait un élu local en direction de la
grotte de La Caune au tout début des faits.
Sur les conditions de ce sauvetage particulièrement difficile, nous
savons peu de chose, aussi nous ne le commenterons pas.
Pourtant, nous ajoutons à présent d’autres remarques
sur le lieu du drame. Nous serions, là, à environ 400m de
la chapelle Ste Barbe. Et visiblement, personne ne sait l’existence
de ce gouffre ouvrant à ras terre. Personne… aucun randonneur,
amateur de grande nature ni… chasseur. C’est, pour nous, un
nouvel élément, sur ce propos, qu’on explique que les
coordonnées de l’aven soient inconnues de ceux qui habitent
le pays mais connues avec précision d’un groupe spéléologique
espagnol… Dirions-nous que « nul n’est prophète
en son pays » ? Toujours est-il que nous sommes ici dans le secteur
des premières mines de Périllos, dont même la mairie
d’Opoul ignore totalement l’existence et les points d’ouvertures
précis… alors que le document est administrativement accessible
à tous ! Nous parlions aussi d’un autre aven radicalement obstrué,
alors que connu celui-ci, par les travaux du radar météo ‘Aramis’
au sommet du ‘Mont des Oliviers’… et tous de nous rire
au nez. Et de rire d’autant plus lorsque nous disions que ce gouffre
semblait d’une grande profondeur, supérieure en tous cas à
100m. Celui de Ste Barbe semble avoir battu ce record vertigineux avec une
avance des plus considérables. Surprise, aussi, lorsqu’on nous
dit que cet aven a pour nom « trou de Ste Barbe ». Serait-ce
à dire que si ce point est totalement inconnu de tous… il porte
pourtant un nom connu des autorités? Dans tous les cas, ce nom est
parfaitement adapté à la toponymie du point majeur de ce secteur.
Les
marrons du feu ?
Le
lieu est aussi des plus intéressants si on ajoute qu’à
proximité, on trouve des ruines très anciennes… oubliées
elles aussi ! Et, qu’en se promenant non loin de là, on dit
que le randonneur trouverait de beaux tessons de poteries archaïques.
Certes, ceci ne veut rien dire, ni surtout suggérer un lieu fréquenté
il y a des siècles. Cependant, les traditions et rumeurs concernant
ce secteur nous laissent penser qu’il y avait, près du petit
sommet de la chapelle, un ou plusieurs lieux de cultes païens voués
aux divinités souterraines et chtoniennes oubliées elles aussi.
Les ténors locaux nous expliquent avec le plus grand sérieux
que la bonne Sainte Barbe aurait été appelée à
la rescousse afin de se superposer aux forces obscures… afin d’apporter
sa divine protection, aux gentils petits bergers et leurs doux moutons,
des foudres… célestes! Certes, en la circonstance, il est préférable
d’oublier prudemment que le sévère St Michel veille
depuis fort longtemps sur les colères célestes. L’emplacement
de la chapelle est une balise qui depuis longtemps annonce un lieu rituel
primitif important sur lequel les autorités meurent de rire lorsque
nous leur en exposons les particularités. D’autres, hélas,
sont morts et, cette fois, plus personne ne trouve cela risible !
Ajoutons qu’en Espagne, nous savons, depuis trois ans, qu’un
groupuscule s’intéresse activement à ce secteur, sur
lequel nous avons toujours refusé de donner le moindre élément.
Là encore, il est hors de question de suggérer le moins du
monde que l’équipe de spéléologues soit à
la solde de cette ‘fraternité’, ni même qu’il
y ait la moindre corrélation de cause à effet. Cependant,
il est tout à fait possible qu’une info ait été
lancée dans le but sournois d’être récupérée
et… exploitée, en toute innocence, par des inconditionnels
de la spéléologie qui à ce moment ‘retirent les
marrons du feu’ en toute inconscience, pour tierce personne.
A
ce sujet, relisons l’article de ‘L’Indépendant’
: « Le procureur adjoint apportait un élément d’information
supplémentaire: le trou de Sainte-Barbe est un site spéléologique
découvert depuis un an seulement, non sécurisé, et
réputé périlleux, précisément à
cause de sa matière friable. Les spéléologues de Granollers
(l'Agrupació Excursionista de Granollers) ont probablement appris
son existence par ‘le bouche à oreille’, ou par internet.
» Ce passage nous apprend plusieurs choses. D’abord, il est
établi que le site est « découvert depuis un an seulement
». Il serait intéressant de savoir comment ce site est affirmé
‘connu’ depuis un an, par qui, et surtout pourquoi, depuis un
an, rien n’est fait pour le répertorier, ou au moins en limiter
l’accès réputé « périlleux, précisément
à cause de sa matière friable dangereuse ». Ensuite,
nous lisons bien « réputé périlleux »,
et pour nous le terme ‘réputé’ signifie ‘reconnu’…
tout comme son degré de dangerosité extrême qualifié
de ‘périlleux’… Sans entrer dans le jeu de mot
possible avec Périllos, cette remarque laisserait entendre que plusieurs
éléments aient été toutefois disponibles, accessibles,
pour des amateurs bien informés…
Enfin, le système de propagation des informations est cité
également sans guère d’ambiguïté puisqu’on
nous dit que « les spéléologues de Granollers ont probablement
appris son existence par ‘le bouche à oreille’, ou par
internet »… On ne peut être plus clair ! Sur le sujet,
une certitude sera établie sans doute après l’enquête
qui éclairera sur la façon dont l’information fut recueillie
par ces spéléologues espagnols, et nous y serons particulièrement
attentifs.
Toujours est-il que les autorités françaises prirent l’accident
très au sérieux puisqu’il était question d’autopsie
et d’enquête des services spécialisés de la gendarmerie
en matière de spéléologie. Cependant, « Les circonstances
sont claires », insistait M.Alzéari, avant de préciser
que le spéléologue portait de très graves blessures
à la tête, et qu’il avait dû décéder
rapidement après l’accident survenu aux environs de 15h30 ».
Ce qui aurait été plus grave eut été que les
fameuses circonstances du décès ne soient pas très
claires dans ce cas d’accident.
La
force du désespoir ?
Pourtant,
nous ajoutons une dernière remarque sur ce détail horaire
et les dites ‘circonstances’. On nous explique que, lors de
la progression des explorateurs souterrains, un bloc rocheux se détache.
Ce dernier dans sa chute blesse mortellement le malheureux moniteur, et
un des deux autres prospecteurs (une femme, semble t-il). Ensuite, lors
des propos retenus, il est dit que ce bloc a considérablement ralenti,
voire arrêté la progression des secouristes à qui il
faudra plusieurs heures pour parvenir près des blessés.
Alors tentons ce petit raisonnement : visiblement, il faut à des
hommes expérimentés, et pressés par la gravité
extrême de cet accident, plusieurs heures pour arriver vers les victimes.
En ce cas, comment expliquer que la troisième personne (une autre
femme, dit-on) bloquée par l’éboulement… sans
doute choquée (et on le serait à moins)… après
avoir probablement fait un bilan de la situation... franchisse l’obstruction
(qui ralentit considérablement les secours)… remonte en surface…
parcoure les ‘400m’ qui séparent le ‘trou de Ste
Barbe’ et se rue jusqu’à Périllos pour appeler
les secours ?… et tout ça en une demi-heure ! Reconnaissons
que, même en une heure, ce genre de description des faits est un véritable
exploit physique dont peu de spécialistes seraient capables. Comment,
surtout, expliquer qu’elle ait pu passer si vite un mortel obstacle
là où des hommes, en excellente condition physique, bien équipés
et entraînés, ont mis plusieurs heures ??? Ceci sans parler
du temps pour une remontée délicate, en solitaire, sur 150
m de hauteur dans un boyau difficile. Ces remarques nous semblent pour le
moins difficiles à expliquer.
Si nous ne pouvons que déplorer ce terrible accident, nous resterons
cependant très attentifs aux suites qui ne pourraient manquer de
survenir et d’être relayées par les médias.
Quant
au gouffre, situé dans un ravin servant de lit de ruissellement,
on ne peut qu’en rappeler la dangerosité et conseiller de ne
pas en tenter l’approche. Ajoutons également que le lieudit
annoncé n’est pas le bon. Quoi qu’il en soit, le site
serait susceptible d’être condamné définitivement,
selon les propos de « M. Alzéari et le colonel Hubert évoquant
la possibilité d’une fermeture administrative du trou de Sainte-Barbe
». Il semblerait encore, selon ce qui fut entendu à la télévision,
que la responsabilité de cet accident incomberait aux services communaux
qui n’auraient pas mis en place les préventions indispensables
à ce genre d’exploration en site très dangereux…
Cependant, reconnaissons qu’il est carrément impossible de
baliser les dizaines d’endroits, sur les terres d’Opoul, où
des amateurs peuvent pratiquer la spéléologie. Là encore,
les prolongations de cette affaire sauront apporter le fin mot.
A ce jour, après le drame, l’endroit est accessible sans difficulté
ni panneaux d’interdiction ou de prévention. Seule une bande
de délimitation rouge et blanche en signale l’ouverture béante…
Nous ne pouvons que recommander à tous nos lecteurs et adhérents
de ne surtout pas tenter d’aller pratiquer un ‘voyeurisme’
aussi morbide qu’inutile et dangereux, car les terres oubliées
des seigneurs de Périllos ne se laissent jamais envahir sans coup
férir… Les violer n’est jamais un bon exercice…
Dernière
minute
Au
moment d’entrer ce texte dans nos colonnes, nous tenons à apporter
quelques derniers éléments. Nous nous sommes rendus ce jour
sur les lieux de ce drame. Le silence veillait sur l’endroit et personne
ne semble s’y être rendu dernièrement depuis l’accident.
Il semble bien que cette équipe de spéléologues fréquentait
assidûment cet endroit… avec un luxe de discrétion remarquable.
En effet, ils avaient réaménagé une ancienne construction
en… ‘camp retranché’. Les murs avaient été
remontés soigneusement et la toiture refaite entièrement en
bardage métallique. La couleur grise choisie en fonction du décor
environnant s’y dissimulait parfaitement. Le mimétisme est
accentué par une couverture de pierres locales, ce qui rend le refuge
quasiment invisible à courte distance. De plus, le gouffre semble
lui aussi avoir été aménagé depuis des années
! Au-dessus de l’orifice, trois barres de fer, dont une munie d’une
solide chaîne, montrent à l’évidence que la descente
au fond de cet aven se pratiquait depuis longtemps, en raison d’un
mur longitudinal installé en protection des eaux torrentielles possibles
en cas de forte précipitation. Cette muraille parfaitement ouvragée
est recouverte d’un lierre solidement installé ici, ce qui
montre l’indiscutable ancienneté de cet appareillage. Aux alentours,
d’autres vestiges de murailles témoignent d’une occupation
pratiquement sédentaire de l’endroit. Cependant, on peut rester
surpris par les difficultés rencontrées pour accéder
à l’endroit… soit par le talweg emprunté par les
secours, soit par le cheminement oublié que notre guide nous a fait
emprunter. D’autres vestiges de constructions parfaitement maçonnées
à la chaux se retrouvent un peu plus haut. De nombreux tessons de
tuiles et ‘planes de terre cuites’ se retrouvent sans effort
en surface. On relève aussi que des éclats de poteries, destinées
à la conservation des liquides (huiles ?) et céréales,
ainsi que des éclats d’ustensiles de terre cuite sombre et
rouge se trouvent au gré d’une simple promenade. Une ancienne
partie de serrure ‘à clanche’ et autres pièces
de métal se trouvent toujours en place.
Il est donc impossible de dire que le lieu ne recèle qu’un
simple aven inconnu et jamais fréquenté. De toute évidence,
les amateurs espagnols de grande profondeur ne sont pas les premiers à
avoir fréquenté le gouffre ni les environs. A ce propos, il
paraîtrait que leur nombre n’était pas de trois mais
de huit… ce qui ne change rien au drame. La durée du trajet
que nous avons emprunté, moins difficile que celui pris par les secours
(ce qui nous surprend !), interdit formellement de compter une demi-heure
de trajet à pied pour rejoindre Périllos… même
en courant, ce qui de toute manière est impossible en raison du relief
difficile à pratiquer!
Ayant fait d’autres observations sur, et depuis, la localisation du
site, nous reviendrons prochainement sur nos investigations en la matière,
et peut-être une explication quant à l’usage de cet accès,
sans jamais tenter d’en approcher ou inciter l’ouverture extrêmement
dangereuse. Cette dernière mérite d’être effectivement
définitivement condamnée par les autorités compétentes.
André Douzet