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De
Sainte Angelina à un savoir perdu (2ième partie) - Une étoile pour Angélina |
Détour
par Prats de Mollo
Nous
sommes dans les Pyrénées, et plus précisément
en Catalogne du Nord, ce formidable territoire constitué de la Cerdagne
et du Roussillon si cher à nos travaux. C’est ici que repose,
dans l’ombre d’une étrange église, la statue de
Sainte Angélina, dont nous venons de révéler l’existence
surprenante. C’est en visitant tout d’abord Arles-sur-Tech,
puis surtout Prats de Mollo, que nous sommes arrivés sur le lieu.
Notre Dame de Coral, commune de Prats de Mollo
Avant de poursuivre notre chemin jusqu’à ce sanctuaire, nous
arrêterons nos pas brièvement vers cette église déjà
sous l’empreinte de l’énigme. L’intérieur
est une représentation notoire de l’art religieux catalan.
On y retiendra une profusion de retables, tous aussi admirables les uns
que les autres. Notre surprise, cependant, se portera sur le fait que nous
puissions y lire le chiffre 17 de très nombreuses fois et sous des
prétextes multiples… La visite de cette église, des
plus intéressantes pour nos travaux, sera abordée plus en
détails ultérieurement.
Nous retiendrons seulement pour cette fois que l’on trouve dans l’église
une sorte de coffre vitré (une chasse ?) contenant une statue
représentant le Christ mort, qui était porté lors d’une
procession de la Sanch. Quant aux seigneurs de Périllos, nous les
retrouverons présents dans ces lieux lors de notre troisième
volet.
C’est donc de Prats de mollo, qui a un lien étroit avec le
site où nous allons, que nous partons rejoindre la statue de Sainte
Angélina à… Notre Dame du Coral !
Il s’agit d’un des plus curieux sanctuaires voués à
la Vierge qui parsèment un itinéraire très particulier
au long des ‘hauts chemins’ catalans. Le site se trouve quasiment
à la frontière actuelle de l’Espagne et de la France.
Il faut, pour mieux comprendre l’attrait mystique et… mythique
du lieu, le situer pour le comprendre, dans son contexte Catalan, lorsque
cette région n’était pas partagée par l’annexion
du Roussillon à la France. Le hameau est en effet le dernier lieu
habité avant la ligne de frontière actuelle.
Survol
historique
Nous
sommes en présence d’un endroit où se déroulait
un pèlerinage organisé par les paroisses de Prats, Lamanère
et Serralongue depuis le XVe siècle. Le plus ancien document sur
le sujet remonte à 987, où l’endroit est connu sous
le nom de « Villa de Miralles ». Ensuite, on trouve l'église
Notre Dame dans les textes en 1267 (Sancta Maria de Coral). A ce moment,
l’ermitage est sous l’autorité de l’abbaye St Pierre
de Camprodon. Lors du terrible tremblement de terre de 1428, une grande
partie du hameau est détruite. Ce sont essentiellement les métairies
qui seront les plus touchées… miraculeusement, l’église
sera épargnée ! De l’ancien village de Miralles il ne
reste que quelques ruines informes depuis la catastrophe tellurique. C’est
en 1643 que l’évêché d’Elne, qui devient
‘directeur’ de l’ermitage, met fin aux quelques privilèges
que l'abbaye de Camprodon avait toujours sur le Coral. L’évêché
nomme lui-même un nouveau prêtre qui verse à Prats de
Mollo, pour le sanctuaire de Coral avec sa métairie, une rente annuelle
de 20 livres roussillonnaises. L'église proprement dite sera bâtie
en 1690, à l'initiative d’un prêtre : Vincent Boixéda.
Cependant, Prats de Mollo se sépare du domaine agricole qui compose,
avec les bâtis, l’ensemble d’un vaste domaine. Stéphane
Plana, paroissien de Miralles, fut le premier acheteur laïc des lieux
(400 livres pour les bâtiments extérieurs, le 24 août
1644).
En 1725, alors que la population se déplace régulièrement
à Notre Dame pour y faire ses pèlerinages et dévotions,
un capitaine d'arquebusier, Rafel Planella et plusieurs de ses partisans
désertent et trouvent refuge dans les locaux. Ils y restent 8 ans,
dérangeant les pèlerins adeptes du calme. En 1733, les consuls
de Prats de Mollo firent cesser l'occupation, en obligeant cette troupe
envahissante à n'occuper qu'une chambre au lieu de tout l'édifice.
A cette occasion, les consuls décidèrent de ne plus louer
plus de 3 jours une chambre dans l'hôtellerie.
A partir de 1730, et jusqu'en 1911, l'église sera habitée
par un ermite « forain », qui pratique le porte à porte
pour quêter des dons pour faire vivre la paroisse. Poste très
recherché, il se déplace avec la « Capelleta »,
c’est à dire un oratoire ambulant. Les paroissiens étaient
généreux, surtout les catalans du Sud, qui se souvenaient
qu’auparavant le monastère de Camprodon était possesseur
du Coral.
Mais en 1749, les relations franco-espagnoles se dégradent. Les ermites
sont tenus de disposer d'un passeport pour franchir la frontière
(ordre du viguier du Roussillon et du Vallespir). Alors que devait se célébrer
le centenaire de la création de l'église du Coral, en 1790,
la Révolution française éclate. Cet évènement
marque le début de la décadence de l’ermitage et de
ses pèlerinages. Le 2 novembre 1789, les biens de l'église
sont déclarés biens nationaux. A Notre Dame du Coral, la saisie
fut faite le 13 juillet 1790. Le conseil municipal détient à
présent le pouvoir sur Notre Dame de Coral.
Or, le 8 vendémiaire an IV, à 9h du matin, la commune met
ce bien aux enchères. Cinq personnes de Prats, qui veulent faire
revivre le culte à Notre Dame du Coral, proposent 850 livres pour
l'acheter : François Sales, Louis Arquer, Joseph Bartre, Sylvestre
Parès et François Gineste. Aucun autre habitant ne surenchérit
en raison de l’intention des acquéreurs souhaitant que le site
reste préservé de toutes souillures et déprédations
La foudre tombe le 7 janvier 1793 sur le sanctuaire, tuant l'ermite Jean
Delclos. A partir de 1800, le Coral redevient un lieu de ferveur populaire,
entretenu par les nouveaux propriétaires et les dons qu'ils reçoivent.
Un administrateur ecclésiastique sera nommé par les propriétaires
jusqu'en 1931.
Le 21 octobre 1894, le dernier forain nommé par le conseil d'administration
est Joseph Canal, qui le restera jusqu'au 31 mai 1911. Certains anciens
se souviennent encore de Mr Canal. Pendant que les ermites forains parcouraient
le pays en quête de dons, quelques gardiens restaient afin de veiller
sur l'église.
L'administrateur du Coral, l'abbé Gibrat décède le
19 décembre 1926. Il est remplacé par l'abbé Claverie
qui entre en conflit avec les propriétaires (passés à
24 personnes entre temps) et profite de la sénilité de l'évêque
d'Elne pour imposer ses vues. Face à l'opposition entre l'abbé
et les propriétaires, l'évêque d'Elne finit par interdire
l'église au culte, qui ne reçut plus aucune messe à
partir du 18 mai 1931.
On note que le renouveau du site, et surtout de son pèlerinage, se
déroule à la fin du XIXe siècle ! Cette époque
marque, comme pour la Sanch -et aussi l’abbé Saunière-
une période de prospérité remarquable pour le site
et un culte sur lequel nous ne disposons pas de nombreux éléments.
Ce
territoire appartient maintenant à la commune de Prats-de-Mollo,
ainsi que l’ensemble des bâtiments. Pour y accéder, on
poursuit la route en direction du col d’Arès. Peu avant la
frontière, on tourne à gauche en suivant un chemin balisé
en direction de l’ermitage. Ce chemin se poursuit au-delà du
Coral et nous le suivrons à la fin de notre visite, pour une dernière
curiosité que nous avons seulement découverte lors de notre
‘exploration’ du WE du 1er mai… Ajoutons que la fréquentation
du site en hiver est impossible, voire dangereuse, en raison d’un
enneigement important, d’amas de glace et de l’accès
peu dégagé en raison d’une fréquentation quasiment
inexistante.
Les guides touristiques sont laconiques sur ce site, pourtant extraordinaire.
En quelques mots, on nous dit seulement que l’endroit est «
un ermitage peu fréquenté de nos jours »… Cette
remarque voudrait-elle insinuer qu’à d’autres époques
il en était tout autrement ? Nous n’en doutons pas car nous
savons, par d’autres documents plus précis, que l’église
enclavée dans les bâtiments, à l’ombre de laquelle
se trouve Ste Angélina, dispose d’un ‘balcon’,
autrefois réservé aux rois d’Aragon !
A
l’origine d’un nom
L'étymologie
de Notre Dame du Coral porte à discussion et plusieurs possibilités
sont proposées pour ce nom. Il pourrait s'agir d'un dérivé
de Kon, Ker ou Kan, signifiant « rocher » durant l'Antiquité
(Par exemple le nom de Bolquère provient de cette étymologie).
Une autre possibilité serait que Coral vienne du latin Cor Altum,
qui a donné ‘Cor Alt’ puis ‘Coral’. On trouve
également, dans certains textes, le nom écrit « Notre
Dame de la Bergerie » en raison du fait que Corral (avec deux ‘r’)
en Catalan signifie effectivement une bergerie. Cependant, ce mot avec un
seul ‘r’ signifie « Coeur de chêne ». Il correspondrait
ici à la légende racontant qu’un berger voit un de ses
taureaux toujours arrêté devant un chêne. L’homme
intrigué finit par ouvrir le tronc de l’arbre et y découvre…
une statue de la Vierge. Ce ‘miracle’ est identique à
ceux de Los Masos et de Taillet. Faut-il voir ici la substitution, par la
religion chrétienne, d’un ancien culte dendrolâtrique
(antique dévotion rendue aux arbres)? Pourquoi pas… Cependant,
il faut ajouter que l’animal ‘indicateur’ est un taureau
et qu’il pouvait s’agir également d’un culte solaire
s’ajoutant à celui des arbres…
Depuis cette hypothèse, nous pouvons observer également que
près de ce lieu était un gisement de grenats. Ces pierres
fines pouvaient être interprétées comme les gouttes
de sang de la terre… puis celles, récupérées,
de Jésus, pour enfin terminer à cette dernière étymologie
qui pourrait découler de « el terrer rog de Corall »
qui signifie « la terre rouge de Corail »…
Une
étoile inversée
Enfin,
nous ne pouvons pas passer sous silence que ‘Coral’ est l’anagramme
parfait… d’ALCOR ! Alcor. Cette étoile est la deuxième
de la Grande Ourse. Son nom viendrait de l’arabe al-qur, le cavalier.
Elle représente la clé de l’énigme dans un roman
(juillet 1924) de Maurice Leblanc ‘La Comtesse de Cagliostro’.
Dans ce roman, le nom serait le résultat des initiales des mots de
la célèbre phrase, bien connue dans l’affaire de RLC,
« Ad lapidem olim currebat Regina » (« Vers la pierre
courait autrefois la Reine ») : ALCOR.
Les étoiles de la grande ourse dans ce roman, par effet miroir, s’alignent
sur un secteur du territoire français selon sept abbayes du pays
de Caux. Depuis cette constellation projetée, il serait permis de
situer au sol l’emplacement de l’étoile Alcor qui est
la petite étoile près de la Grande Ourse… et là
se situerait un trésor des rois de France. De quoi rêver face
au Coral, qui pourrait être un reflet inversé, comme bien d’autres
inversions dans l’affaire de l’abbé Saunière,
et depuis lequel on pourrait peut-être accéder à une
autre pièce du puzzle « sacré et royal ». D’autres
détails pourraient enrichir ce petit clin d’œil à
Maurice Leblanc qui, plusieurs fois au fil de ses romans d’Arsène
Lupin, fera allusion à différents détails de l’affaire
de Rennes-le-Château… Hélas, nous ne pouvons trop nous
consacrer ici à cette piste, sinon souligner l’intéressant
hasard qui se trouve face à nous à l’entrée des
bâtiments de Notre-Dame du Coral… Ajoutons simplement que Leblanc
fait souvent appel aux trésors des rois de France, leurs énigmes
et leurs héritiers mystérieux en queste d’un fabuleux
secret…
Des
bâtiments pour l’ombre du passé
Nous
resterons dans le domaine du fabuleux pour suivre notre visite des lieux.
Notre Dame du Coral nous amène dans l’imaginaire du célèbre
roman « Le Nom de la Rose », d’Umberto Eco. On a la sensation,
évidemment toute proportion gardée, en visitant les lieux,
de plonger au sein de cette aventure romancée conduisant au savoir
interdit par l’Eglise. Le sanctuaire est enclavé au milieu
des bâtiments d’habitation et on ne peut y accéder directement.
L’édifice est grand de 7 par 23 mètres. L’ensemble
de l’ermitage vu de l’extérieur et du chemin d’accès
ressemble à un grand mas trapu. La partie Ouest accueille la bergerie,
tandis qu’au Nord se trouve l'hôtellerie, dans le prolongement
du toit de l'église. C'est dans cette partie qu'on logeait les pèlerins.
On pense, qu’à l’origine, le parvis de l'église
était ouvert. Mais l'affluence de nombreux pèlerins a obligé
la construction de nouveaux bâtiments. La bergerie étant dans
le prolongement de l'église, on a construit des murs de part et d'autres
du parvis jusqu'à faire rejoindre les deux bâtiments, puis
on a construit un toit. Le parvis s'est ainsi transformé en pièce
supplémentaire. La défense de l'église était,
en partie, assurée par la présence d'une meurtrière
près de la porte, et le fronton clocher abrite deux cloches. Les
bénitiers sont à l'extérieur… ce qui pourrait
fort bien, comme à Sainte-Croix-en-Jarez, signifier que des cathares,
ou autres ‘faydits’ parvenaient jusqu’ici.
Ajoutons que, s’il est question d’ermitage, et de vie sédentaire,
il est obligatoire qu’il faille supposer des décès,
donc un cimetière. Or, nulle part on trouve une trace écrite
de l’emplacement de cette nécropole. Cependant, lors de la
visite de l’église, on remarque à droite en entrant
une sorte d’enclos à ciel ouvert… qui pourrait être
ce que nous appellerions un ‘petit cloître’ qui, dans
certaines communautés religieuses (les chartreux par exemple), était
le champ des morts restant parmi les vivants…
Le hameau actuel est toujours situé au sommet de son éperon
rocheux de moyenne altitude, sous lequel se trouvent les vestiges du vieux
village de Miralles. Dans les vieux soubassements, on devine encore des
empierrements très anciens. On trouve, par exemple, dans la façade
d’angle Nord de l’entrée, deux belles pierres réutilisées
dans l’appareillage des murs. Un morceau de fût de colonne montrant
qu’il y eut ici une construction comportant des colonnes antiques.
Plus haut, à hauteur des fenêtres, une très belle croix
presque pattée inscrite dans un cercle, nous rappelle celle ornant
un tombeau près de Périllos… cependant, celle du Coral
se termine au bas par une petite flèche. Que pouvait veiller ou indiquer
cette sculpture que personne ne remarque vraiment ? On entre par l’ombre
dans une église au style roman particulier qui ne semble être
faite que pour une ombre oubliée mais toujours tapie dans les recoins
de ses pierres…
Le
silence et la musique des anges pour Notre Dame
Les
ornements sont nombreux dans l’édifice du silence… Vers
le chœur, des angelots jouent, de divers instruments, une musique céleste
impossible… le chant des anges ? Un chant pour un angélique
oubli ? Un langage fredonné à voix basse pour une Sainte Angélique
attentive à son livre fermé ?... Qui sait ? Même
l’extraordinaire et foisonnant baroque catalan prend ici une dimension
discrète, comme si lui aussi voulait honorer un savoir endormi. Des
ouvertures de vitraux obstruées… mais dont les tableaux sont
ornés de ramages sombres… qu’aurait fort bien pu dessiner
un certain Jean Cocteau ! Un sol de nef en dalles de pierres patinées
nous rappelle qu’il est sans doute de l’édifice d’origine…
et incliné ostensiblement vers une direction… Et surtout nous
admirons un christ en croix baroque portant une couronne en or. La particularité
de cette représentation est surtout que le Christ est revêtu
d’un long manteau (et non du simple pagne qui lui entoure habituellement
les reins). Aucune plaie, ni saignement ou tourments, comme le veut la tradition
baroque catalane en ce qui concerne la crucifixion… et que nous retrouvons
sous cette forme au-dessus de l’autel à droite dans la nef.
Nous pourrions rester admiratifs devant cet intérieur d’une
église remarquable et empli de sa mémoire intacte en hommage
à une ‘dame’ issue du chœur d’un chêne
trônant avec majesté dans son domaine. Oui, nous pourrions
nous arrêter là et en être satisfaits.
Cependant, nous observons qu’au-dessus du maître autel s’ouvre
un balcon surélevé. Par son ouverture, nous apercevons une
statue grandeur nature qui tourne le dos à la nef. Un passage s’ouvre
dans l’épaisseur des murs de part et d’autre de l’avant
-chœur. Cette invitation à s’engager dans ce couloir permet
de suivre le chœur par son arrière tout en montant à
un étage surplombant l’intérieur de l’église.
Plusieurs statues ornent ce parcours, dont une superbe Ste Marthe qui terrasse
un dragon aussi hideux que celui de St Michel de Périllos.
Le
balcon d’un roi oublié
Enfin,
nous arrivons dans un volume éclairé de verrières colorées.
Des fresques ornent les murs en nous rappelant le miracle de la découverte
de Notre Dame dans son chêne ouvert… en mandorle. Une vitrine
contient le ‘trésor’ du Coral (plats, ostensoirs et autres
ciboires…). Nous sommes à présent dans une ‘Chapelle
Haute’. Dans cette région des Pyrénées, ce genre
d’installation est quasiment unique, du moins à notre connaissance.
La particularité majeure de cette chapelle réside dans le
fait qu’elle est réservée à l’usage d’un
roi qui se déplace, un prince, un prélat ou un personnage
de très grande importance pour le royaume. Or, nous sommes ici en
France que depuis peu de temps… dans ce qui était la Catalogne.
Cet endroit ne pouvait donc qu’être réservé à
un prince catalan ! Oui… mais lequel fut à l’origine
de cet hommage qui lui est rendu ici ? Plus personne ne le sait et d’ailleurs…
personne ne remarque la présence de cette ‘Chapelle Haute’
! Un autre détail qui est une particularité supplémentaire
étonnante. L’office est célébré d’en
bas. Autrefois, l’officiant tournait le dos aux croyants pour se trouver
face au levant et au maître autel. Mais de ce fait la messe, ici,
était dite face à celui, d’importance majeure, qui se
tournait face au prêtre et aux participants réunis en contrebas.
Le prêtre, de plus, devait lever la tête en direction de son
prince, roi ou… autre qui méritait une telle place… en
lieu et place du tabernacle ! Et cette étrange statue qui tournait
le dos à la nef se trouvait donc face à cette personnalité
qui pouvait également, par cette place reculée et haute, ne
pas montrer son visage et assister ici à des cérémonies
sans être reconnue ni aperçue le cas échéant!
Les
statues du poirier
Etrange statue en effet, qui mérite encore toute notre attention. Son aspect et certains détails la font similaire à celle retrouvée dans une grotte de Périllos. Nous retrouvons la même couronne rayonnante derrière sa tête, même robe, même couleur et expression du visage… comme s’il y avait eu un seul et même sculpteur pour les deux modèles. Mais surtout, nous retiendrons deux détails qui la rapprochent encore plus, dans sa ressemblance, de celle de Périllos. Ces détails pouvaient nous conduire à une particularité spécifique. C’est alors, avec beaucoup de respect, que nous avons levé la robe de cette statue… Comme nous le devinions, dès le buste passé, la sculpture, identique à sa sœur de Périllos, est le prolongement à peine écorcé du bloc de bois massif ! Le bas du corps n’a aucun détail, ni pour les jambes ou autres… Le second ‘détail’ est également remarquable, car le bois utilisé est… un tronc de poirier, comme l’oeuvre de Périllos ! Si un personnage royal suivait l’office du haut de sa chapelle, il avait face à lui une statue identique à celle de Périllos ! C’est dans la descente de l’autre côté que, dans l’ombre du passage, veille la représentation de Sainte Angélina… qui ferme ainsi la déambulation dans ces couloirs allant et venant de la nef… d’en bas à la chapelle haute… d’en haut ! Mais pour qui cet étrange périple discret « royal et sacré » ?
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L‘étrange
place de la mémoire
Le
cœur religieux de Notre Dame du Coral, qui continue de battre lentement,
apparaît, bâti sur les restes de l’ancienne chapelle primitive,
et pourquoi pas, sur une antique crypte restée intacte, mais fermée
définitivement, dont il est question dans l’écrit de
1532. Que contenait ce lieu souterrain ? Quel caveau abritait-il ? Aujourd’hui,
le sanctuaire est parfaitement entretenu et restauré avec un souci
du respect de ce que fut l’édifice, en architecture et décor…
mais alors, s’il y eut un tel souci de la mémoire… quelle
était la place de cette Sainte Angélina orthodoxe dans une
église catholique ? A ces questions une autre remarque peut s’ajouter:
pourquoi n’y a-t-il plus d’office ici, même dans un esprit
commémoratif ?
Quant au lien avec nos recherches, sur le secret de Saunière, nous
savons d’abord que Saunière avait un intérêt prononcé
pour le site d’Arles-sur-Tech… S’il suivait la piste des
Périllos (et qui pourrait à présent en affirmer le
contraire ?), il ne pouvait pas ignorer le site de Prats de Mollo... si
proche d’un village du nom de… Coustouge ! Et nous pouvons même
ajouter, tout simplement, qu’il ne pouvait pas ignorer ce site dans
son ensemble. Ainsi il ne pouvait pas, non plus, ne pas savoir l’existence
des miracles et processions en direction de Notre-Dame du Coral ! De plus,
nous verrons, dans la troisième et dernière partie de ce travail,
d’abord les liens des seigneurs de Périllos avec Prats de Mollo,
et qu’un peu plus loin du Coral existe un lieu d’exorcisme dont
il ne reste plus qu’un seul exemplaire intact pour TOUTE la France.
Le culte à certains morts passait-il par ces sites encore intacts
aujourd’hui ? La présence insolite et rare de Sainte Angélina
et d’une crypte oubliée au Coral avait-elle un rapport avec
‘l’exorcisme’ d’un autre site plus… royal
et sacré ? Dans tous les cas, nous verrons également que les
Périllos ne pouvaient pas être restés dans l’ignorance
de ce lieu extraordinaire qu’est Notre-Dame du Coral !
André Douzet