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De
Sainte Angelina à un savoir perdu (3ième partie) - Une ouverture vers la Sanch, et Périllos |
Où
l’on commence par une visite de l’histoire de Prats-de-Mollo
A
l’instant de visiter le sanctuaire de Notre-Dame du Coral, nous avions,
tout d’abord, fait une halte à l’église de Prats-de-Mollo, avant d’en repartir vers la statue de Sainte Angélina.
C’est donc dans ce sanctuaire que nous revenons encore pour tenter
de retrouver des éléments apparentés à Périllos,
ses seigneurs, ses légendes et d’autres réalités.
Nous avions remarqué une anormale série du nombre ‘17’
ornant, notamment, les nombreux retables du plus pur style traditionnel
de l’art catalan… Nous retiendrons, car c’est notoire,
que le ‘17’ se trouve en de multiples occasions dans l’affaire
de Rennes-le-Château, que l’abbé Saunière ne pouvait
ignorer!
La présence, dans l’église, d’une sorte de coffre
vitré (une châsse ?) contenant une statue du Christ mort, retenait
également notre attention. Il s’agit d’une œuvre
étonnante qui pousse le réalisme à son paroxysme. Un
corps, à la couleur cadavérique, porte tous les stigmates
de la passion : piqûres d’épines à la tête,
balafres laissées par les coups de fouets, plaies laissées
par les clous aux mains et aux pieds, traces sanglantes aux genoux illustrant
les trois chutes de Jésus accomplissant son calvaire, et enfin le
coup de lance au côté gauche. Ce sinistre coffre était
porté, le Vendredi Saint, lors d’une procession identique à
celle de la Sanch à Perpignan… illustrant par là, la
présence des pénitents de cette corporation que nous connaissons
bien et qui finança Saunière dans une besogne assez obscure.
Le Christ représenté dans cette châsse porte une chevelure
étonnamment abondante. En réalité, il s’agit
de la véritable chevelure d’une femme qui en fit don à
l’usage de ce gisant… en mémoire de l’événement
de Marie-Madeleine présente lors du supplice, de la mort et de la
résurrection du Christ, explique cette très ancienne tradition
catalane du don de la chevelure. Il s’agit là d’un culte
à la mort de l’homme-dieu… oui, mais à la mort
tout simplement, ou aux décédés tout aussi simplement.
Et ici, ce rite pouvait se dérouler à grande échelle
et quasiment en public, à la vue et au respect de tous ! Un culte
des morts entretenu par la Sanch comme dans l’affaire de Rennes-le-Château
que l’abbé Saunière ne pouvait pas ignorer non plus,
lui qui lorgnait sur les processions, les miracles et… les sanctuaires
de ce genre!
L’ombre des
Périllos : le fort Périllous
Il
nous faut maintenant aborder l’ombre des Périllos à
Prats-de-Mollo. Nous allons rencontrer cette présence par au moins
deux fois.
D’abord, le fort primitif qui défendait la cité de Prats-de-Mollo
aurait été construit par un seigneur de Périllos -
écrit « Perellos » - dans des temps très reculés…
sans doute tout au plus un retranchement fortifié, sans aucune mesure
avec les hautes murailles que l’on voit aujourd’hui et qui datent
d’une époque récente jusqu’aux défenses
de Vauban, des années 1680. On note plusieurs fois l’allusion
aux Périllos - par plusieurs déformations du nom - dans les
textes anciens concernant les fortifications primitives. Ainsi, on trouve
en 1670 le nom de « fort de Perella » qui devient en français
le mot Périlloux… et Vauban, devenu Commissaire Général
des fortifications du royaume, lui-même écrit en 1679: «
château de Prat de Mouillou et fort de Périllous »…
Mais, alors comment expliquer l’implication médiévale
des seigneurs de Périllos sur cette contrée quelque peu éloignée
de leur territoire ? Certes, on les retrouve maîtres de Mantet, un
lieu moins éloigné de Prats-de-Mollo. Ceci suffit-il pour
justifier leur présence, ou sont-ils appelés, ou spontanément
disponibles, pour l’édification des défenses du vieux
comté de Besalù ? Peut-être n’apparaissent-ils
qu’au moment de la récupération, en 1111, du territoire
par le comte de Barcelone qui devient, par alliance, roi d’Aragon.
A ce moment, par ses connaissances militaires, un des seigneurs de Périllos
est-il appelé à cet effet ?... Toujours est-il que le lien
est quasiment certain.

La
côte gigantesque du Babaos
A ce constat plutôt guerrier s’en ajoute un autre tout aussi intéressant qui se présente sous la forme d’un vestige ‘superstitieux’, encore en place au-dessus du porche de l’église Saintes Juste et Ruffine. Il s’agit d’une des trois côtes ramenées par Ramon de Périllos lors de son combat contre le monstrueux Babaos… Revenu victorieux, Ramon dépèce la bête pour rapporter un trophée prouvant son exploit. Il ne fait pas dans la facilité car il choisit d’arracher trois côtes de la bête malfaisante. C’est un de ces ossements qui, fiché dans le mur de manière à se trouver au-dessus de tous visiteurs, rappelle le glorieux combat d’un Périllos contre la Bête qui peut, à tout instant, ressurgir et ‘planer’ sur nos existences. La superstition, et la légende, d’un acte héroïque engageant les Périllos, auraient-elles pu se prolonger jusqu'au porche de cette église si ces seigneurs y avaient été de sombres inconnus ?
Aux
confins de la Méridienne Zéro…
Mais
ce n’est pas tout… Et nous allons quitter les temps légendaires
pour ceux de la science. En effet, nous sommes à la fin du 17ème
siècle et nous suivons cette nouvelle méridienne qui, à
présent, parcourt le territoire français dans sa plus grande
longueur en passant par l’observatoire de Paris. Ce tracé dérive
des travaux du topographe Cassini… qui passa deux ans et demi à
Opoul Périllos, sans que l’on en sache la vraie raison. Ce
long tracé méridien traversait la France de Dunkerque jusqu’
à… Prats-de-Mollo, qui est l’ultime et plus élevé
point construit avant la frontière avec l’Espagne. Ce dernier
site balisant le méridien se trouve dans les terres de Roussillon.
Etrange pays dont les seigneurs furent les ‘Cousins’ des rois
de France, et dont les premières dynasties remonteraient aux Urséolus
légendaires : les seigneurs Ours ! Or, le symbole de l’Ours
nous renvoie au méridien, à savoir ‘l’Axis Mundi’,
l’axe du Monde, présidant aux constellations de la grande Ourse
et de la Petite Ourse, donc la Polaire, axe immobile de notre voûte
céleste. Mais cette ultime étape de la méridienne nous
rappelle qu’elle est tracée de couleur rouge et que le Roussillon
est aussi le ‘Sillon Roux’. Et un sillon roux est une ligne
rouge !
L’ours
rituel et celui de Notre Dame du Coral
A
propos de Roussillon, rappelons que l’animal totem de cette région
est l’ours. Cet animal symbolise « l’Homme sauvage
des Pyrénées ». On célébrait cet événement
par un carnaval à Arles-sur-Tech et Prats-de-Mollo. Cette fête
plongerait ses antiques origines païennes dans les ‘Saturnales
Romaines’. Mais une manifestation plus typique se déroule,
encore de nos jours, dans cette dernière ville du bout de la Méridienne…
rouge. Il s’agit de el dia de l’Os (jour de l’Ours) qui
avait rituellement lieu le 2 février, jour de la Chandeleur. Ce folklore
relate une légende intéressante et unique dans toute la région,
reliant intimement Prats-de-Mollo et Notre-Dame du Coral (le refuge de Ste
Angélina).
La
légende raconte qu’une bergère est enlevée par
un ours qui l’emporte dans sa cova (grotte) afin d’en abuser
et lui voler son âme. Mais, voyant approcher le plantigrade, la jeune
bergère invoque, à haute voix, Notre-Dame du Coral. Poussant
des hurlements effroyables, la bête s’enfuit à chacun
de ses nouveaux assauts. Le neuvième jour, qui est celui de la Chandeleur,
des chasseurs sont attirés par les cris et délivrent la captive.
L’ours furieux de sa déconfiture se venge alors en dévastant
les troupeaux de moutons des environs du Coral. Il faudra l’intervention
de l’ermite du Coral pour débarrasser la contrée du
monstrueux animal… De cet événement est né la
fête de Prats-de-Mollo. On y voit deux ou trois ‘Ours’
dévalant en courant les rues de la ville depuis le vieux fort de
Périllous. Ces créatures, barbouillées de noir et vêtues
de peaux de mouton, cherchant à ‘mâchurer’ leurs
féminines victimes, sont pourchassées par de valeureux chasseurs
qui finissent par les terrasser. Interviennent alors des personnages, de
blanc vêtus, qui, à l’aide de haches, rasent les ‘Bêtes’
ténébreuses pour leur redonner leur pureté d’hommes
ramenés à la lumière… Les êtres vêtus
de blanc ne nous rappelleraient-ils pas les Fécos de Limoux et leurs
étranges déambulations processionnaires ? Notre-Dame de Marceille…
comme Notre-Dame du Coral… n’est-elle pas une antique église
miraculeuse, abritant aussi une vierge sombre trouvée par un bovin…
N’est-ce pas aussi une église miraculeuse où se déroulait
des processions importantes et un autre rite des morts lié à
celui si cher à l’abbé Saunière…
Sans aller plus loin dans ce récit, nous notons des similitudes entre
la Bête solaire qu’est l’Ours et le Babaos tout autant
dévastateur et dévoreur de jeunes femmes… Les deux créatures
sont détruites par un homme pur ou l’intervention des prières
à ND. L’intéressant réside aussi dans le fait
que les deux légendes se retrouvent à Prats-de-Mollo et finissent
à ND du Coral… lieux que ne pouvaient ignorer ni les Périllos…
ni l’abbé Saunière, en quête de miracles et de
processions votives liées à la vie et donc aux rites mortuaires
en découlant ! Nous quittons le parvis de l’église Saintes
Juste et Ruffine, non sans avoir porté un dernier regard à
son imposante porte à doubles battants. Nous y remarquerons des ferrures
extraordinaires, elles aussi issues de l’habileté des ferronniers
catalans. Elles se déroulent en de nombreuses spirales à gorges
dont peu d’exemplaires existent encore dans la région. Cependant,
nous trouverons la même qualité et les mêmes formes artistiques
dans une autre église qui sera la fin de notre périple près
de l’ermitage du Coral…

Retour
obligé à l’ermitage de Notre-Dame du Coral
Il est temps, à présent, de retourner, une fois encore, vers l’ancien ermitage. Nous y retrouvons l’étrange statue identique, par plusieurs caractéristiques que nous avons vues précédemment, à celle retrouvée dans une grotte de Périllos. Les deux œuvres avaient-elles un même modèle ou l’une était-elle la copie de l’autre ? En tous les cas, elles sont toutes deux issues du tronc de poirier… et toutes deux sont dépourvues de jambes… Ce détail est-il significatif d’une origine prenant ses profondes racines dans un symbole identifiant les puissants seigneurs de Périllos ? Ce manque de membres inférieurs nous indique, peut-être, que cette tradition solidement enracinée mourrait, s’éteindrait, si on la déplaçait… si on la déracinait ? L’itinéraire de la vicomté de Périllos pour se rendre à Notre-Dame du Coral prévoit-il impérativement son passage par Prats, sa procession, son Christ à la chevelure de Marie-Madeleine, son église, son os… et sa fête de l’ours, totem du Roussillon ? Mais pourquoi pas, si ceci confirmait, un peu plus, le fait d’une connaissance oubliée des seigneurs de Périllos ?!
La
vision de Sainte Angélina
Il reste la présence insolite, discrète mais persistante, de cette statue ‘sulpicienne’ de Sainte Angélina dans l’ombre du sanctuaire érémitique. C’est par elle que nous sommes arrivés sur cette piste après avoir suivi le massacre du curé de Coustaussa. Nous admettons, cependant, n’avoir pas croisé le nom de l’abbé Gélis ou sa présence sous une forme ou une autre. Il n’en reste pas moins que longtemps, dans l’affaire de ce meurtre épouvantable, la trace d’une Angélina, puis d’une Sainte de ce nom, fut l’objet de recherches opiniâtres… sans succès. Si l’on admet le fait du hasard, comment admettre en échange cette représentation en un lieu isolé, oublié, mais qui à l’étude devait forcément être connue des seigneurs de Périllos. Il est impossible également de négliger, ne serait-ce que pour l’aspect miraculeux, l’existence d’un lien étroit entre le Coral, les Périllos et la ville de Prats-de-Mollo, aux traditions religieuses appréciées par l’abbé Bérenger Saunière, grand amateur de sanctuaires miraculeux, passés historiques, et cultes mortuaires oubliés… D’ailleurs, ce dernier et son ami Henri Boudet ne sont-ils pas venus à Arles-sur-Tech, si proche du lieu de Ste Angélina… peut-être à l’occasion d’une visite à l’un des amis de Bérenger Saunière… l’abbé Grassaud qui habitait Amélie les Bains, un village pas très éloigné de tous ces lieux pyrénéens !
Sainte
Angélina, le roi secret et le chant angélique
Cette
statue de Sainte Angélina ne pouvait-elle pas leur être contemporaine
? N’en remplacerait-elle pas une autre plus ancienne… emmenée
on ne sait où et qu’on ne retrouvera jamais… comme les
vieilles statues de l’église de Rennes-le-Château, remplacées
et dont nul ne se soucia jamais? Pourquoi pas, au fait ? Quel terrible secret
portait l’abbé Gélis pour subir un tel acharnement et
la mort dans d’épouvantables conditions… Des conditions
telles qu’elles s’achevèrent par un rite mortuaire aux
postures étranges, mais surtout par un sanguinolent… «
viva Angélina » !!! Quel honneur avait été ici
lavé dans le sang d’un profanateur ? L’ombre sécurisante
de ND du Coral ne serait-elle pas, à la fois l’abri d’un
secret scellé dans la mort et connu de trois prêtres du Razès,
mais également le seul lieu permettant d’en exorciser les aspects
négatifs… mais indispensables à sa compréhension
?
Quel roi pouvait venir ici et suivre un office exceptionnellement pratiqué
face à lui ? Qui repose dans l’oubli des entrailles de la crypte
du Coral ? Toutes ces remarques ouvriraient sans doute sur un élément
de convergence peu orthodoxe, mais sous le regard insondable d’une
sainte qui elle… est bien orthodoxe ! N’oublions pas qu’Angélina
est originaire de la Serbie de l’Europe ancienne…A ce propos,
n’est-il pas utile de se souvenir d’une autre étrange
statuette retrouvée dans une cavité des terres de Périllos
et dont des semblables auraient été découvertes aux
confins de la Serbie ? Certes, ce ne sont que des hasards, mais peut-être
un peu trop convergents pour être totalement innocents. Et pourquoi
ne pas admettre que cette sainte Angélina pourrait illustrer tout
simplement une voie plus ‘secrètement’ angélique
… qu’orthodoxe ? Pourquoi n’y aurait-il pas, dans ces
murs, l’ombre des ailes ‘angéliques’, dont le bruissement
serait le chant accompagné par la musique des six anges … autour
du ‘coralien’ balcon de cette chapelle royale… et sacrée
?
Quand
les saints pyrénéens sont orthodoxes !
Puisqu’il
est question d’orthodoxie, il ne nous faut pas oublier que d’autres
saints personnages en ont la même origine : les saints Abdon et Sennen.
Ils sont les patrons protecteurs… et miraculeux, d’Arles-sur-Tech,
fêtés le 30 juillet (en peine période caniculaire, ce
qui semble de bon ton dans ce secteur) et bien présents dans l’église
de Prats-de-Mollo et en divers autres endroits des Pyrénées
Orientales… et du massif du Pilat !
Mais alors, cette concentration de saints personnages orthodoxes dans ce
secteur miraculeux et processionnaire à souhaits, aurait-elle une
signification soigneusement oubliée ? Oui !… bien sûr
!... ceci est encore le fruit du hasard diront les grincheux de services.
Mais alors, que nous diront-ils si nous observons, sur notre petit calendrier,
que Sainte Angélina était célébrée le
30 juillet (jour de la St Pierre pour les catholiques)… le même
jour où l’on fête justement les saints Abdon et Sennen
!!!! Quand le hasard entre en action, il ne fait décidément
pas les choses à moitié !
Au
fil des jours sacrés et des anciens calendriers
Gélis et Halloween
Gélis est massacré le 30 octobre. Nous avons souligné
que cette date pouvait fort bien avoir été un choix délibéré
pour son… ‘exécution’. En effet, il se trouve que
ce jour correspond, par hasard, à celui de l’antique fête
d’Halloween.
Angélina,
Abdon, Sennen et les fêtes celtes
La
fête de Ste Angélina, dans l’ancien calendrier, nous
l’avons vu, est célébrée le 30 juillet (dans
le nouveau calendrier, il s’agit du 12 août), en même
temps que les Saints Abdon & Sennen, si chers à Prats-de-Mollo
et surtout à Arles-sur-Tech. Dans les Vosges, les cendres issues
de la coupe de fougères brûlées ont le pouvoir purificateur
de chasser les insectes et autres nuisibles. Ce rituel est directement lié
à celui de St Abdon qui est le saint patron de l’hygiène.
Cette date du 30 juillet est très proche de celle de Lammas, célébrant
les moissons qui commenceront à partir du jour suivant, qui est évidemment
le 31 juillet. Bien entendu, il peut s’agir ici d’une coïncidence,
même si l’on se souvient que ce 31 était au Moyen-Âge
l’ancien jour de célébration des Saints Abdon et Sennen
! Doit-on voir dans ces ‘hasards calendaires’ les derniers vestiges
d’un culte « primaire » en l’honneur des diverses
saisons dont les fêtes scandaient, de manière importante, la
vie des humains ?
Patrick,
le serpent, le Babaos et les Périllos
En Irlande, le dimanche précédent la fête de Lammas,
les pèlerins arpentent les montagnes et les endroits élevés,
et tout particulièrement le site de Croagh Patrick, où St
Patrick a jeûné et lutté contre des démons durant
40 jours. Avant l’arrivée du saint homme, cette montagne était
dédiée à une divinité païenne : Crom Cruach
(Crom de la mauvaise odeur). Le pèlerinage jusqu’au sommet
de cette montagne est souvent effectué les pieds nus.
Croagh Patrick
On dit que St Patrick, sur cette montagne mythique, a chassé tous les serpents d’Irlande (il n’en reste plus, en effet!). On note alors qu’en son temps le saint personnage a détruit les serpents, ces reptiles si proches des dragons (en fin de compte des serpents ailés), ou du Babaos… et de celui de St Marthe au Coral (qui n’est autre qu’un serpent avec des pattes). Pour conclure ce détour en Irlande (où s’est rendu Ramon de Périllos pour son pèlerinage au Puits Saint Patrick), les légendes ajoutent que « le dieu Serpent » d’Irlande est chassé de Croag Patrick… Il prend la fuite vers le nord (en direction de l’étoile Draco !), poursuivi sans relâche par le saint chasseur… Dans un ultime combat céleste, Patrick coupe le serpent en plusieurs morceaux qui, tombant sur terre, deviennent les îles du Lough Derg… Une de ces îles deviendra celle abritant le fameux « Puits St Patrick » où viendra se recueillir Ramon de Périllos, inquiet pour l’âme de son roi Juan 1er !
Deux
lieux, deux autres, Périllos, Sainte Angélina et la Pentecôte
Ainsi,
on trouve deux endroits en Irlande…et deux endroits en France : Périllos
et Prats-de-Mollo… deux lieux qui passent entre les mains d’un
seigneur de Périllos… qui, en revenant de son long pèlerinage
d’Irlande, semble détenir des clés lui permettant de
savoir certains mystères déposés sur ses propres terres…
comme par exemple « l’ouverture vers l’autre monde ».
Pour en revenir aux processions de notre Catalogne pyrénéenne,
on retient que les pèlerinages à Notre-Dame du Coral, depuis
Prats-de-Mollo, se déroulaient le lundi de la Pentecôte (comme
la messe à Périllos !), mais également le 12 août…
qui est maintenant la ‘fête moderne’ de St Angélina...
Encore un coup du hasard qui décidément se dépense
sans compter ! Mais il est temps, à présent, de quitter l’ermitage
de Notre-Dame du Coral et de reprendre notre périple …
De
Notre Dame du Coral à Serralongue
L’ermitage
n’est pas la fin d’un chemin sans autre issue. Depuis la route
de Prats-de-Mollo vers le col d’Arès, on emprunte le chemin
de montagne conduisant au Coral. De celui-ci, on poursuit jusqu’au
village de Serralongue, où on s’arrête une dernière
fois.
Ce nom viendrait de « Serra-Llonga », signifiant « la
longue montagne ». Le passé de Serralongue est des plus anciens.
Probablement habité dès le néolithique, sans qu’on
en ait de preuves flagrantes, il est certain, en échange, que les
celtes, aux alentours de 900 avant JC, y avaient établi un lieu d'habitat.
Une ancienne nécropole a été découverte au sud
du village.
Les
anciens seigneurs locaux s’allient aux Périllos ?
La
seigneurie de Serralongue apparaît au XIe siècle sous le nom
de seigneurie de Cabrenc, en référence aux chèvres,
l'un des seuls animaux à être capable de grimper à flanc
de montagne jusqu'au château. Cette seigneurie disposera d’un
grand pouvoir sur le Haut-Vallespir et son territoire s’étendait
jusqu’à Lamanère et Coustouges.
Le premier seigneur de Cabrenc était un certain Oriol de Cortsavi.
D'héritiers en héritiers, il fut le patriarche de la dynastie
de Serralongue qui régna sur le territoire de Cabrenc jusqu'en 1313.
A partir de 1313 et jusqu'en 1644, les seigneurs sont ceux de la famille
de Rocaberti (une dynastie de 10 générations successives).
Ajoutons également que les seigneurs de Rocaberti ont eu une alliance,
par le mariage, avec les Périllos.
De 1644 jusqu'en 1792, soit le moment de la récupération par
l'Etat français des communes, c'est la famille Ros qui en tient la
seigneurie. En 1792, Abden Senen de Ros, baron de Cabrenc, fuit la France
et s'installe en Espagne. On note que le choix des prénoms patronymiques
(Abden pour Abdon et Senen pour Sennen) est pour le moins judicieux pour
le dernier seigneur d’un lieu si proche du dépôt des
reliques des Saints Abdon et Sennen.
Les seigneurs de Serralongue demeuraient au château de Cabrenc. Ce château fut construit vers 1086. Initialement, il s'agissait d'une simple fortification située au sommet d'un pic rocheux dominant le village. Il fut d’abord étendu, au XIe siècle, par un donjon disposé sur le deuxième pic tout proche, puis ensuite, au XIVe siècle, par une enceinte et une tour à signaux. Cette tour était en relation avec le château de Corsavy, la tour de Mir (Prats-de-Mollo), la tour de Cos (Ste Cécile de Cos) et la tour de Batère (Cortsavy). Il était ainsi facile de communiquer vers la vallée de la Têt ou du Tech, malgré le site éloigné de tout et de tous. Le dispositif complet formait à l'époque un ensemble redoutable, la forteresse étant très haut perchée et en total surplomb de la vallée du Vallespir.
Petite
visite de l’église Ste Marie de Serralongue
Cependant,
si l’historique du lieu mérite notre attention, celle-ci sera
surtout orientée vers d’autres détails. Par exemple,
nous visiterons l’église du village dédiée à
Ste Marie, dont l’origine romane remonte aux XIe et XIIe siècles.
C’est au porche de ce sanctuaire que nous trouvons un portail à
deux battants, ‘ferroné’ à l’identique de
celui de Prats-de-Mollo. Il s’agit, une fois encore, d’un des
témoignages de l’art extraordinaire déployé par
les forgerons catalans qui de tous temps surent montrer leur virtuosité
en la matière. On retrouve ici toutes les similitudes attendues :
enroulement des spirales à deux gorges (très rares) représentant
l’infini et l’univers, le symbolisme des clous du Christ, de
la trahison de Judas, des invasions maures et de la victoire de la Croix
sur le mal…
Le lourd verrou orné de la tête de Bête et de trois croix,
gravées au burin, porte l’inscription : « Bernardus Faber
Velim ma fecit. » L’ensemble de ferronnerie serait daté
du XIIIe siècle. Au seuil de l’entrée se trouve une
meule, et un cadran solaire se situe à gauche du portail.
Une fois dans le sanctuaire, on peut voir que l’endroit était
prévu pour devenir le dernier bastion de résistance du village
: meurtrière et astuces de stockage des vivres indispensables à
un siège. Nous notons qu’avec l’arcade en ‘damier’
du porche, ces appareillages défensifs sentent bon l’Ordre
du Temple… Cependant, nous remarquons vers le chœur une pièce
quasiment unique dans la région : une roue carillon contre les démons
! Il s’agit d’une roue en bois entourée de douze clochettes
aux sons différents qui représentent les douze apôtres
(XIIème siècle). Il est amusant, mais étrange, de souligner
que notre guide nous explique que le son peu harmonieux des clochettes chasse
les mauvais esprits! Serait-ce à dire que le son ‘produit’
par les douze apôtres soit… si discordant ? Au-dessus de l’oratoire
de droite (en entrant) se voit un tableau représentant la crucifixion
avec un personnage féminin portant un vase… Serait-ce là
une représentation de Marie Madeleine ?
Enfin, puisque nous avons vu dans cette église une ‘roue carillon
contre les démons’, nous allons poursuivre et trouver une autre
curiosité, maintenant devenue unique en France : un conjurador !
L’ultime
Conjurador
De
nombreux villages catalans avaient un édifice de ce genre. Cependant,
ils ont tous disparu au fil des temps… ou d’une autre volonté
plus obscure ? Toujours est-il que celui de Serralongue est le dernier exemplaire
du Roussillon, et, paraît-il, de toute la Catalogne. Il a été
construit au début du XIXe siècle sur les ruines d'une tour
détruite en 1270, très haute et ronde.
Le bâtiment est de forme ‘cubique’ (4m par 4), surmonté
d’une toiture ‘pyramidale’ à quatre pentes. Chaque
côté de la construction correspond à une orientation
méticuleuse (nord, est, sud et ouest). Une ouverture perçait
chaque face et disposait, au-dessus et à l’extérieur,
d’une niche abritant un évangéliste. Il y a 80 ans,
il restait encore les statues de Jean, Luc, Marc, Mathieu… Le pillage
habituel eut raison, une fois de plus, de ces vénérables protecteurs…
Ce bâtiment s’appelle un Conjurador ou… Reliquer ; nous
allons maintenant voir pourquoi.
Autrefois, l’édifice avait pour vocation de ‘conjurer’
(évidemment), pour sa paroisse, le ‘mauvais sort’ sous
toutes ses formes : guerre, famine, épidémie, calamités…
Ce rite et cette tradition sont très anciens. On pense que cet ensemble
(rite et bâtiment) remonte au paganisme. Ajoutons que ce mot ‘paganisme’
ne signifie rien d ‘autre que l’usage d’une pratique locale
de divers cultes voués aux anciens dieux locaux… qui savaient
souvent se montrer plus miséricordieux envers leurs ouailles que
bien d’autres démiurges. Certes, à ce moment, les niches
extérieures devaient contenir d’autres personnages que les
évangélistes… Sans doute, ces derniers prirent, bon
gré mal gré, le relais des suppliques au moment où
l’Eglise reprit ce culte tenace dans la population locale…
Du
Conjurador au Babaos… les Périllos ?
La
tradition explique qu’au moment d’une calamité le prêtre
et ses fidèles se rendaient en procession au Conjurador avec le Saint
Sacrement. L’officiant se tournait alors en direction du ‘mauvais
sort’ et bénissait l’orientation du mal… en lisant
l’Evangile selon le saint ‘orienté’. Ensuite, était
psalmodiée une formule en vieux catalan : « Sant Joan, Sant
Matheu, Sant Marc i Sant Roch, gardere nos de pedra i de foc. Sant Luc i
sante Creu, Sante Barbe no ems dexeu »… ce qui signifie : «
St Jean, St Mathieu, St Marc et St Roch, gardez-nous de la grêle et
de la foudre. St Luc et Ste Croix, Ste Barbe ne nous abandonnez pas ».
La tradition n’a pas retenu si ce rite était aussi efficace
que l’action des anciennes divinités pour lesquelles le Conjurador
était initialement construit… Celui de Serralongue fut remis
en état, curieusement, en 1860. A cette époque nous devons
bien admettre que la superstition n’était pas de mise. Alors…
quelle autre raison fut à l’origine de cette reconstruction
unique dans la région ? Nous pouvons ajouter qu’il ne s’agissait
pas, en tous cas, d’un initiative à effet touristique !...
Le Conjurador, en finalité, serait une sorte de ‘réceptacle’
sacré, permettant l’expulsion de certains démons. Cette
action, rappelant le combat de Saint Patrick sur le Croagh Patrick, classe
cet endroit dans la catégorie des ‘hauts lieux’ d’où
on peut chasser les démons. Ramon de Périllos, lui-même,
« conquit » une autre bête démoniaque : le Babaos…
Si l’on substitue ce monstrueux Babaos à une bête mythique,
comme le serpent de Patrick, on se trouve devant un Ramon de Périllos
perpétuant un rite oublié mais essentiel… dont il remontera
des reliques, comme l’exigeait la Tradition antique et sacrée…
car admettons qu’il n’y a pas vraiment loin de la côte
d’une bête fabuleuse (un démon ?) pour aller au sang
magique de la Gorgone (qui tue ou donne l’immortalité).
Les lieux où furent déposés les trois ‘témoins’
(les 3 côtes du mythique Babaos) : Perpignan, Rivesaltes et Prats-de-Mollo,
étaient-ils des endroits placés sous une protection magique
exceptionnelle ? On note ensuite que ces trois ‘lieux-reliquaires’
deviennent ensuite des emplacements de choix pour le culte funéraire
de la Sanch…
Le
Reliquer trop vite oublié
Il reste encore un point sur ce sujet étonnant. Il s’agit de l’oubli d’une explication de la seconde appellation du Conjurador : le Reliquer. Plus aucun document ne fait mention des raisons de ce nom qui fit place au seul Conjurador. Si ce dernier mot est parfaitement adapté à l’effet attendu, il n’en est pas de même pour le Reliquer. Certes, on comprend là aussi le sens du mot, qui correspond sans doute au terme Relique. Des reliques étaient, effectivement, promenées lors de grandes tragédies locales. En ce cas, la mémoire populaire en a gardé trace, même sous une forme exagérée ou légendaire. Ici, rien ne provient du mot relique… A moins d’imaginer qu’à l’origine de cette tradition, remontant aux temps de l’Antiquité, les deux termes étaient étroitement liés. On peut supposer que la ‘conjuration’ ne pouvait s’accomplir entièrement sans la présence d’une relique majeure ou d’un précieux reliquaire. Ce dernier ayant été soustrait à la vénération, pour une raison impérative, l’action se serait prolongée coûte que coûte par une seule conjuration… aux effets sans doute moins redoutables pour les maux dévastateurs… voire un résultat si insignifiant que l’usage du Conjurador ait fini par sombrer dans l’oubli !
La
relique de la Grande Conjuration ?
Cependant,
en ce qui nous concerne, de quelle relique formidable pouvait-il s’agir
? Quelle était son importance, ou ses risques, pour qu’on ait
fini par la soustraire à la dévotion et en faire disparaître
jusqu’à son existence passée des mémoires ? En
ce cas, pourquoi seul le Conjurador près de ND du Coral eut la chance
d’être reconstruit et entretenu depuis 1860 ? Ce lieu pouvait-il
apporter le secours attendu, ou s’agissait-il du réveil…
d’autre chose ? Nous pourrions aussi supposer que le retour du ‘RELIQUER’
était possible (annoncé ?) et qu’ainsi soient réunis
de nouveau les deux éléments indispensables à la…
« Grande Conjuration ». A propos de ‘relique’, il
en est une très énigmatique et qui serait partiellement en
possession de certains membres de la Sanch. Cette ‘phalange’
de l’honorable confrérie de la Sanch aurait mis en œuvre
tout ce qu’elle pouvait pour récupérer la partie manquante
de… « La Grande Relique ». Mise en œuvre du pouvoir
de l’argent, mais aussi celle d’autres moyens de pression dont
l’efficacité semblait donner des résultats surprenants
dans différents milieux. Certes, ceci pourrait être un ‘chimérique’
scénario pour un ‘da Vinci code’ brumeux… Pourtant,
tous les ingrédients étaient rassemblés dans ce secteur
oublié de tous… sauf peut-être des Périllos, d’un
roi ‘discret’, de certains ecclésiastiques, et de trois
abbés venus des confins du Razès… dont un fit, sans
doute, les frais regrettables (surtout pour lui) d’un dérapage
incontrôlable…
Gélis
et un certain Jésus…
Au
moment de conclure, provisoirement, ce petit travail, nous voyons qu’il
y est souvent question de rites obscurs et oubliés (peut-être
pas par tous). Puisque nous avons ouvert ce chapitre sur l’exécution
de l’abbé Gélis, un confrère de messieurs les
curés Boudet et Saunière, nous ne pouvons terminer sans une
pensée pour cet homme qui fut tué selon… une façon
lugubrement rituelle. Le symbolisme du ‘pendu’, que cette victime
représentait à sa mort, nous projette vers une autre exécution,
celle d’un certain… Jésus, dont les aspects hermétiques
nous dépassent totalement. Ces deux ‘rappels’ sacrés
et royaux semblent vouloir nous guider vers un étrange reliquaire…
suggéré sous la forme inattendue d’un ‘Jésus
gisant’ vénéré par l’honorable confrérie
de la Sanch… S’agit-il, ici d’une autre histoire ou de
l’Histoire en question ? bien malin qui pourra répondre…
André Douzet & Filip Coppens
Infos utiles pour la visite des sites - Les églises d’Arles-sur-Tech et Prats-de-Mollo sont en principe ouvertes chaque jour, et libres d’accès. -
Le site de Notre-Dame du Coral est un lieu privé,
mais librement visitable en saison (le grand portail est ouvert durant
les heures d’ouverture). L’accueil y est chaleureux et
l’on peut y trouver un gîte d’étape convivial,
ainsi qu’un excellent couvert (produits locaux écologiques).
Attention aux véhicules bas !... le chemin n’étant
pas toujours facile.
- Pour le site de Serralongue: église romane fortifiée
avec retable baroque catalan (XVIIIe s.), conjurador – lieu
où l'on conjurait les mauvais sorts – et musée
avec maquettes animées sur l'artisanat régional du Moyen-Age. |