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Un
caveau et des sous-sols sous Notre-Dame de Marceille |

Les
vides de l’histoire et du sous-sol ne sont pas compatibles
«
Y eut-il des parties souterraines sous la basilique ? » est une question
souvent d’actualité. L’épisode de l’enlèvement
de la vierge noire suffirait à lui seul pour en attester. Il s’agirait
dans ce cas d’une simple galerie de circulation et ceci terminerait
la discussion. Pourtant, l’ancienneté, voire l’antiquité
du site, justifierait plus qu’un boyau de réemploi. Souvent,
ces édifices, construits à des époques de mouvements
guerriers, justifiaient des systèmes d’évacuation et
de ravitaillement des plus discrets pour être efficaces. Ensuite,
n’oublions pas que nous sommes sur un site religieux. Ces sites, la
plupart du temps, comportaient dans leur sol des tombes ou caveaux de notables
religieux ou locaux. Egalement il faut prendre en compte souvent tous les
remaniements de constructions entrepris pour des raisons diverses. Tous
ces réaménagements, souvent dans le sens d’agrandissement,
accumulaient des superpositions, en créant, parfois, des vides utilisés
à fin de tombeaux, caveaux ou autres… Enfin, pratiquement toutes
les anciennes églises construites sur un passé riche en cultes
antiques se trouvent sur de vénérables cryptes romanes primitives
pieusement conservées par les maîtres d’œuvre et
d’ouvrage…
Pourquoi N.-D. de Marceille ferait-elle exception à ces probabilités
logiques, religieuses et habituelles ? Le fait est que peu d’ouvrages
sur le site, pour ne pas dire aucun, n’en font mention. Parfois, au
gré des pages, on nous donne un détail attestant de l’existence
de ‘quelque chose’ sous la basilique et ses dépendances…
mais jamais rien de direct ou de précis. Le sujet semble radicalement
banni de l’ordre du jour… le ‘pourquoi’ en serait
sans doute des plus édifiants.
La
tombe d’Antoine Daude
«
Le XVIIe siècle nous donne le nom d’un ermite, Antoine Daude.
Cet ermite fut témoin dans un contrat de mariage, le 3 novembre 1611,
entre deux personnes de Limoux. Comme il est dit 'bien connaître les
parties’, il avait donc, avant d’embrasser la vie érémitique,
vécu à Limoux, d’où il était peut-être
originaire. C’est Mgr de Vervins qui lui avait donné l’habit
vers 1610. Il mourra à l’âge de 80 ans environ, et sera
enseveli, le 17 septembre 1656, dans l’église de Notre-Dame
de Marceille. ».
A lire cet intéressant passage de la brochure du R.P. Migault, il
est facile de comprendre que l’ermite A. Daude est enterré
‘dans l’église’ et ceci pourrait être admis
comme ‘sous le sol de l’église’ de Notre-Dame.
De là il est facile de supposer qu’il ait existé sous
l’église quelques tombes d’abord modestes, pour un ermite
par exemple, et pourquoi pas ensuite des tombeaux et caveaux, à l’usage
de personnages d’une plus haute extraction. En soit, ceci n’aurait
rien d’extraordinaire car il était courant pour des ecclésiastiques
de rang, ou quelques nobles seigneurs locaux, de se faire ensevelir dans
le sol des églises et le plus souvent dans l’axe général
de la nef, en signe d’ultime humilité (humilité qu’ils
ne pratiquaient guère durant leur vie). De plus, ces sites religieux
étaient recherchés pour leur aspect particulièrement
sacré, miraculeux, sujet à un culte destiné à
une pérennité certaine.
Peu
d’élus pour une tombe ‘sous’ la nef !
Concernant
Notre-Dame de Marceille, force est de reconnaître que, si nombreux
sont les hauts personnages qui influent, interviennent, trament et s’intéressent
de très près au devenir du site, fort peu de documents font
état de sépulture nobiliaire dans la nef… à vrai
dire aucun écrit ne donne cette mention.
Et si l’on sait qu’à l’origine le sol de l’église
est fait en galets de l’Aude, il est spécifié que très
vite ils furent remplacés, pour des raisons pratiques évidentes,
par des dalles de pierre. Mais nulle mention, à cette occasion, de
dalles funéraires dans la nef… La mémoire traditionnelle
n’aura guère plus d’informations.
Il nous reste à considérer que si le puits antique était
le point funéraire focal jusqu’au début du Moyen-Âge,
cette tradition semblerait, à l’évidence, se tarir avec
l’agrandissement de la nef et ses différentes modifications
de bâtis. Comme il serait logique qu’il y ait eu des demandes
pour ce genre de dernière demeure, il est clair qu’elles furent
sans doute toutes purement et simplement refusées… même
avec les formes, dans des cas notoires. La seule explication plausible,
de prime abord, serait qu’une autorité supérieure ne
veuille absolument pas que quelqu’un, même de noble origine,
ait sa sépulture dans cette église. Nous allons tenter d’en
comprendre les causes.
Les
raisons sans raison
Le
premier motif peut, avant tout, avoir de simples raisons matérielles
et techniques, par exemple: une nappe phréatique menaçant
des tombes ou une pollution, facile à deviner, empoisonnant quelques
sources environnantes… Pourtant, cette hypothèse ne tient guère
si l’on considère que le puits ‘sacré’ ne
trouve son eau qu’à près de 8 mètres de fond…
approximativement d’ailleurs à la profondeur, en niveau géographique,
de la source miraculeuse extérieure.
On note aussi que les premiers
habitants du lieu utilisèrent le périmètre rituel du
puits pour y installer des fosses funéraires. Ce rite mortuaire perdura
même à une époque où les connaissances (romaines)
hydrauliques étaient suffisantes pour supposer, et savoir, ce qui
pouvait être nocif à l’utilisation de l’eau pour
les besoins humains…
De plus, la nature du sous-sol ne poserait aucun problème à
l’élaboration de tombes, ou caveaux au niveau du dallage, comme
on en trouve fréquemment sous tant d’autres églises.
La raison doit en être assez impérieuse car, sans entrer dans
quelques polémiques que ce soit, les tombes nobiliaires enfouies
dans le sol d’une nef rapportaient pas mal de subsides en prières,
messes, et offrandes à la vie et aux intérêts du lieu…
opportunité qui ne fut jamais méprisée, bien au contraire,
au demeurant.
Il nous faut donc chercher dans d’autres directions sans doute plus
difficiles et secrètement gardées. L’existence d’un
seul tombeau, même concernant un personnage extraordinaire, ne justifie
pas non plus ce genre d’interdiction inavouée ou éludée
discrètement, car nous en reviendrions aux intérêts
pécuniaires importants s’engendrant de ce seul fait.
Il nous reste alors une dernière possibilité. Il se pourrait
tout simplement que le sous-sol de Notre-Dame de Marceille contienne, dissimule,
un élément dont personne ne doit avoir connaissance…
exception faite pour quelques rares personnes dûment mandatées
pour en perpétuer le savoir. Il serait alors à craindre, en
effet, qu’aménager des tombes dans l’axe, la nef ou le
chœur de l’église permette inopinément de découvrir
tout ou partie de ce qui ne doit l’être à aucun prix
! Des accès, des parties de constructions souterraines par exemple
! Car des aménagements souterrains, il y en a sous N.-D. de Marceille…
n’en déplaise aux historiens!
Quelques
travaux discrets
Observons
déjà simplement que seule la travée de droite de la
nef comporte des chapelles latérales. A l’inverse, le côté
gauche est rectiligne et sans autre extension vers le sanctuaire que la
chapelle de la fameuse Vierge Noire. Certes il reste la sacristie, mais
pour celle-ci, aucun risque de voir un caveau, une tombe, être aménagés
sous elle. On notera encore que c’est sur ce côté gauche
que se trouvent le puits, la Vierge et cette sacristie sans risque d’être
investie…
Nous reprendrons ensuite le texte d’un certain vicaire César
Brudinou (17e S). Il est question, dans cette notice de quelques feuillets,
d’un travail décrit et accompli, sous son autorité,
par un puisatier et deux maçons de passage (romains). Les 3 hommes
travaillent durant 21 jours sans arrêt, à curer et remettre
en état des ‘maçonements tenues scellées en sous
le sol du sanctuaire’. Puis ils repartent aussi vite et mystérieusement
qu’ils sont venus. Brudinou laconiquement fait état ‘d’ouvriers
volontaires en queste de pénitence’ qui accomplirent le vœu
d’œuvrer 21 jours sans relâche, repos journalier ou rémission,
avant la fin de cette ‘pénitence’… ‘sauf
pour suivre le très saint office du jour’.
Certes, pour la discrétion, on ne peut faire mieux que d’utiliser
des ouvriers parlant seulement l’italien… étrangers au
pays et n’y ayant aucune attache … S’ils viennent de Rome,
rien n’interdit de supposer qu’ils aient l’habitude de
travailler pour… les plus hautes autorités religieuses, ce
qui expliquerait leur étrange et journalière dévotion
et ce rythme ‘pénitencier’ des travaux de restaurations.
Ensuite, pas de jour de repos… donc aucun contact avec la population
locale, ni distractions de cabaret au cours desquelles les langues peuvent
se délier sous les effets débordants de l’excellente
blanquette de Limoux… Pas de trace, pas de rumeur, pas de paiement,
pas de mémoire… tout est parfait ! Il ne restera que ce rapport
de travaux, rédigé par le vicaire Brudinou, qui de plus arrive,
pour cette circonstance, d’un ordre de pénitents de la région
de St Bertrand de Comminges ! … région où nous avons
retrouvé ce texte dans un lot de documents et mémoires religieux
perdus dans les archives de propriété du château de
Barbazan (dont un collectionneur des Pyrénées Orientales a
bien voulu nous donner connaissance), tout proche de Montsaunès (Ariège).
Nous avons donc la certitude qu’il existait bel et bien des appareillages
de galeries ou autres locaux sous les bâtiments de Notre-Dame de Marceille
dont l’état de dégradation exigeait d’impératives
rénovations.
![]()
Un
puits énigmatique
D’autre
part, nous savons que le puits pouvait avoir, avant même une hypothétique
fonction miraculeuse ou hydraulique, un rôle régulateur et
drainant d’une nappe d’eau souterraine. Ce puits, nous le verrons,
n’a plus aucune utilité depuis longtemps… ni curative,
ni technique. Pourtant, il est conservé, avec son avertissement lisible
seulement pour l’initié, le plus longtemps possible, car peut-être
peut-il encore servir à quelques usages tenus secrets…
Puis vers le XXe siècle, résolument, il est décidé
de le clore totalement. Les raisons avancées seraient, d’abord
l’inutilité d’une telle ‘verrue’ dans le
décor religieux, et ensuite un danger potentiel. On peut, à
juste titre, se demander quel danger potentiel représente une margelle
de puits, surtout réputé miraculeux, défendue par des
barreaux ? A moins que le vrai ‘danger’ ne réside dans
l’ultime possibilité, depuis ce puisard, de situer l’antique
cavité mystérieuse sous le ‘mégalithe incliné’
détruit depuis l’aube du christianisme local. Par ce cheminement
d’investigation, pas mal de choses pourraient très vite devenir
irritantes pour l’autorité religieuse.
Le
savoir des pénitents bleus
A
la Révolution Française, nous avons vu que la statue de Notre-Dame
disparaît mystérieusement au nez des patriotes révolutionnaires
en faction autour de l’église. De toute évidence, l’évacuation
de la vierge noire s’est faite de l’intérieur et par
un passage connu, là encore, par les rares initiés ‘habillés
de noir’… Notons aussi que, dès ‘l’opération
commando’ terminée, celui qui récupère ce ‘trésor
sacré’ est François Lasserre, justement prieur des pénitents
bleus. La filière s’étoffe si l’on considère
que Brudinou, vers St Bertrand du Comminges, dépend lui aussi de
cette même catégorie de pénitents.
Il serait alors fort possible que la ‘filière’ connaissant
le sous-sol du sanctuaire passe, peut-être momentanément, par
quelques ordres de pénitents… Ajoutons que les 3 ouvriers travaillant
à récurer et
restaurer
les maçonneries sont ici par le biais d’une ‘pénitence
volontaire’ ! Ainsi toutes les opérations concernant ces étranges
constructions souterraines sont restées dans un milieu extrêmement
fermé et secret qui est celui des pénitents. Ce milieu, même
extérieur officiellement à la hiérarchie religieuse,
pouvait à tout moment échapper, entièrement ou partiellement,
au contrôle de la plus haute autorité de l’Eglise…
sans doute pour les grands intérêts des deux et du secret à
conserver, secret qu’un ordre tel celui des Dominicains n’aurait
eu de cesse, lui, de détruire à jamais !
A ce moment de notre constat ‘pénitentiel’, nous remarquons
que Bérenger Saunière fera graver sur le pilier wisigoth renversé
: « pénitence, pénitence ». cette sentence était-elle
le fruit du hasard ou… une volonté de sous-entendre un lien
entre les deux sites de N.-D. de Limoux et Rennes-le-Château ? Le
saurons-nous jamais ?
L’étrange
ermite Antoine Daude
Poursuivons
plus avant et ajoutons que cette remise en état (des sous-sols de
la basilique) se produit juste au moment où Mgr de Vervins nomme
un ‘ermite’ en résidence permanente sur le site…
et aussi à l’époque où Mgr de Rébé
intervient pour faire enterrer quelques statues fort gênantes (nous
l’avons vu précédemment)… mais surtout pour réclamer
quotidiennement, peu avant la nuit, sous un prétexte ridicule, la
fermeture de l’église« et enjoint aux dits ermite et
Marguilliers de fermer l’église une heure avant la nuit.. ».
Cette injonction pourrait le cas échéant permettre la poursuite
discrète de travaux pouvant justifier quelques bruits susceptibles
d’intriguer des fidèles en prière… Il est vrai
que tous ces détails convergent vers un seul et même besoin.
Revenons à l’arrivée de l’ermite Antoine Daude
à Notre-Dame.
Nous relevons la remarque du R.P. Migault à son sujet : il écrit
que Daude reçut ‘l’habit d’ermite des mains de
Mgr de Vervins’… étrange façon, en vérité,
d’être ermite. Il semble bien que cette forme de ‘réception’
s’apparente plus à une initiation qu’à l’entrée
dans une vocation érémitique. Il doit être assez rare
que les ermites aient ‘un habit distinctif’ ou alors c’est
qu’ils font formellement partie d’une confrérie.
Pour celui qui nous intéresse, il est aussi très curieux qu’il
s’appelle Antoine DAUDE… et que la rivière coulant au
pied de Notre-Dame soit… l’Aude ! Quant au prénom Antoine,
il est un élément non négligeable dans l’affaire,
peu éloignée géographiquement, de Rennes-le-Château!
De plus, mais c’est peut être le hasard, si nous avons la certitude
qu’il y eut un ermite à ce moment, nous n’avons trouvé
nulle part l’authenticité civile de cet ermite arrivant si
fort à propos dans le déroulement de l’affaire de Notre-Dame..
Toujours est-il que ce personnage pourrait fort bien avoir été
choisi selon des critères inconnus, dans l’état actuel
de nos recherches. Des critères qui garantissent la discrétion
et une bonne connaissance du lieu, car Migault le soupçonne d’être
natif de Limoux.
Ces critères tous réunis, Daude pouvait être initié
à un secret tenu par la congrégation à laquelle il
appartient désormais. Sa fonction d’ermite en fait un célibataire,
sans doute aussi lié à un certain recul vis-à-vis de
la société et aux croyants se rendant en quantité au
lieu du pèlerinage. C’est d’ailleurs un détail
très paradoxal, car le critère d’un ermite est de vivre
le plus possible éloigné du monde et de ses turbulences…
et le site de Notre-Dame est plutôt un site extrêmement fréquenté,
peu adapté à une vie solitaire!!..
Cet ensemble de réflexions fait de cet ‘ermite’ l’homme
de confiance idéal pour veiller sur un point précis du site,
veiller aussi à ce que quelques visiteurs locaux n’insistent,
ou ne se renseignent pas plus particulièrement sur telle ou telle
chose devant rester ‘occultée’. L’ermite est tout
indiqué, en cas d’insistance, pour éconduire les curieux
ou les aiguiller sur d’autres pistes stériles ?
Retour
aux caveaux sous la basilique
Dans
ce qui reste des archives locales, il n’est pas fait régulièrement
état d’un ermite séculaire en ces lieux…
et cette présence officialisée par ‘l’imposition
d’un habit’ distinctif est pour le moins étrange et surtout
entre 1610 et 1656, date du décès d’Antoine Daude, ermite
à Notre-Dame de Marceille. Mais il y a plus insolite encore :
Le R.P. Migault mentionne que l’ermite, à sa mort, est enseveli
en l’église de N.-D. de Marceille le 17 septembre 1656…
étrange que personne ne puisse se faire ensevelir ici et que l’ermite
lui, illustre inconnu, y ait eu droit ? Une très rare faveur ? Insigne
remerciement pour un service rendu ? Le droit peut-être de dormir
de son dernier sommeil dans le lieu et le secret sur lequel il avait honorablement
et fidèlement veillé ? Qui saura jamais ?…
Sur le propos des caveaux hypothétiques du lieu, le plus insolite
encore est que G. Migault dans son introduction, donc bien avant qu’il
développe son étude sur le sujet, évoque pour des propos
de cimetière, en 1641, l’enterrement de l’ermite qui,
sans qu’on comprenne très bien les tenants et aboutissants,
justifie l’affirmation que « des caveaux avaient été
comblés vers 1860 dans la chapelle de la Croix ».
A l’évidence, il est assez difficile de saisir le rapport entre
ces dates et faits. Pourtant, le révérend Père G. Migault
devait bien savoir ce qu’il en était vraiment, ayant alors
de bonnes raisons de lancer ce lien, suite sans doute à des informations
obtenues par sa fonction de religieux.
Ainsi, et de manière anodine, nous avons la preuve qu’il existait
bel et bien des caveaux sous N.-D. de Marceille, mais sans qu’il soit
possible de savoir à qui, à part l’ermite Daude, ils
servaient de sépulture.
Le secret devait être tel qu’il exigeait que toutes traces écrites
et visibles soient irrémédiablement effacées à
jamais. Mais pour quelle raison devait-on impérativement combler
des caveaux en 1860 ? Ceci restera sans doute une énigme difficile
à résoudre et liée au reste de l’ensemble ‘occulté’
de ce site remarquable.
André
Douzet
Le 23 Mai 2005