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Arques, ouverture sur un secret

 

Volontairement ou non, Bérenger Saunière laissa toujours supposer, ou deviner, à tort, que ses découvertes ‘monétaires’, ou autres, se situaient dans le premier périmètre de Rennes-le-Château. Cette méthode prouvera plus tard son efficacité redoutable, ce qui pourrait bien expliquer la quasi-inexistence, la pauvreté et la rareté des découvertes concernant cette énigme sur la commune même de Rennes-le-Château… Le triste résumé de cette situation pourrait être qu’à l’heure actuelle les mises à jour sur Rennes-le-Château sont diamétralement opposées à la masse des éléments énigmatiques et secrets découverts dont ‘on’ nous promet, à chaque fois, qu’ils seraient enfin révélateurs de la solution d’accès au fabuleux trésor de l’abbé Saunière !.. Et bien des ‘spécialistes’ de s’étonner de la baisse du taux d’intérêt de leurs lecteurs !
Tous les éléments retrouvés par Bérenger Saunière n’étaient pas tous dans le premier périmètre de son église, loin s’en faut. L’abbé entretenait des affinités avec quelques autres de ses collègues dont les paroisses pouvaient contenir les informations, qui lui manquaient et pouvant lui être utiles pour sa recherche… Nous savons qu’il rendait fréquemment des visites au curé d’Arques. On retrouve l’anecdote de ce prêtre qui voulait décorer son église d’un chemin de croix comme celui commande par Saunière… et qui avait tant prêché qu’il avait obtenu une somme pouvant lui en payer deux ! Ensuite on trouve derrière le Maître Autel de l’église d’Arques la Signature de ’B. Saunière – prêtre’ écrite à la mine de plomb près d’autres noms et prénoms… Mais Bérenger se rendait-il à Arques seulement pour de petites visites de bon voisinage… ou pour d’autres raisons plus profondes ? Comme nous allons le voir il semblerait que les lieux de cette paroisse et quelques décors de l’église pouvaient avoir de quoi intéresser notre curé. Nous avons de bonnes raisons de penser qu’ici il trouva des éléments permettant de définir globalement une région du Roussillon, et non des Corbières ou du Razès. Il est maintenant certain que l’abbé Saunière, depuis ces bribes d’informations retrouvés ici, à Brenac, N.D. de Marceille et ailleurs, put se rendre dans ce secteur roussillonnais où, très probablement, il eut confirmation d’une hypothèse déjà sous-entendue dans son église Sainte Madeleine à Rennes-le-Château. Mais à présent tentons de comprendre ce que pouvait chercher à Arques l’abbé Bérenger Saunière, curé de Rennes-le-Château.

Arques – généralités

cadastre d'Arques selon Albert FABRE en 1885

La commune d’Arques se situe au sud de Carcassonne, sur le canton de Couiza, arrondissement de Limoux. Son territoire est limité au nord par les communes de Bouisse et Valmigère, à l’est par celles de Bouisse et Albières, au sud par Fourtou et Sougraigne et enfin à l’ouest par la commune de Peyrolles. Ce village est situé à une altitude de 350m. Les monts environnants s’élèvent rapidement à des hauteurs respectables : la Grande Berque à 793m, le pic du Traou d’al Bivou à 804m, le Roubettou à 682m, Mont-Redon à 576m, et le Paradis à 479m. Le village d’Arques est desservi par la route départementale 613 (ancienne G.C. n°12 de Narbonne à Chalabre). Dans la description de l’accès à Arques, depuis Couiza, Albert Fabre (1885) nomme les sites traversés par la route… nous y retrouvons ceux qui illustreront Arques dans l’affaire R.L.C. par le biais de plusieurs éléments que nous reprendrons peu à peu : « Le vallon d’Arques avec ses hautes montagnes qui l’enserrent à droite et à gauche de la route et son cours d’eau dans un lit encaissé, offre au voyageur parcourant la route de Couiza à Arques, des échappées sur cette nature dont le caractère parfois sauvage et grandiose impressionne vivement l’imagination. Après avoir dépassé le chemin conduisant aux Bains de Rennes ( à présent Rennes-les-Bains), le petit village de Serres, et les hameaux des Pontils et de la Peyrade, on voit le vallon jusqu’alors très étroit s’élargir graduellement… ».

Les premières occupations de l’Homme, sur le secteur, remontent aux époques préhistoriques (collections Budillou et surtout Guinardet). Puis l’Antiquité stabilisera un habitat statique devenu carrément sédentaire. La conquête romaine imposera des établissements agricoles encadrés de postes militaires chargés de la sécurité des premiers colonisateurs des lieux (vestiges trouvés au ‘Col Paradis’ par D. Roché). La situation stratégique d’Arques motiva très vite des constructions fortifiées définitives. Dans l’idée de ‘castel’, il faut bien séparer le château extérieur au village tel qu’on le visite aujourd’hui, de l’enceinte primitive encore en fonction jusqu’au XIIe S. située sur l’emplacement du village actuel dont certains vestiges sont encore visibles. Le nom d’Arques évolua toujours sur la même racine : ARC. Ainsi dans les documents et chartes, on retrouve cette évolution : Arces, Arcae, Archés, Archis (1260), Arquis (1320), Arcas (1538)… On dénombre aussi seulement 5 homonymes de ce nom : 3 pour la France : Arques dans le Pas-de-Calais, Arques en Seine-Maritime, Arques dans l’Aveyron. Un autre au nord-est de l’Italie : Arqua, et Arqué enfin en… Bolivie. Nous ajouterons que cette commune se trouve à très courte distance du Méridien de Paris, appelé aussi ‘Méridienne zéro’. Précisons encore qu’Arques est une paroisse d’Alet, sous l’autorité de l’archiprêtré d’Alet et du Haut-Razès.

Arques – un peu d’histoire

L'église

Les origines du village, bien qu’antiques, comme en témoignent de nombreux vestiges archéologiques, sont assez flou concernant la conquête romaine. Il faut attendre les Wisigoths pour retrouver les premiers éléments certains d’implantation définitive du bourg. Après avoir fondé ‘Rheddoe’ (orthographe selon A. Fabre), qui deviendra plus tard Rennes-le-Château, le second souci des Wisigoths fut d’édifier la forteresse d’Arces (Arques). La situation stratégique du lieu n’échappa plus désormais aux conquérants de toutes les époques suivantes, car l’emplacement permet de surveiller efficacement toute la plaine alentour et de verrouiller la seule voie d’accès possible de cette vallée. En vérité le premier château, digne de ce nom, se situait à l’emplacement du village ; En observant le plan cadastral du bourg on constate bien que le quartier ouest, celui de l’église, s‘inscrit dans le tracé d’une fortification primitive très compacte.

L’église actuelle formait alors l’extrême sud de la forteresse, comme le confirme le clocher actuel (tour carrée de 5m x 5m à sa base), vestige d’une tour d’angle du premier castel. Près de la maison de Déodat Roché, face à la place de la mairie, se trouve la ‘Maison Granger’ qui abritait le four banal des seigneurs d’Arques. On remarquera la façade de ce bâtiment, datant probablement du XIVe S., comportant de beaux vestiges architecturaux du Moyen-Age. De plus, lors de travaux de terrassement, au nord du bourg primitif, on retrouva des sarcophages mérovingiens et des tombes wisigothes.
Le château, tel qu’on le visite à présent, est situé à l’extérieur du village en direction de Rennes-les-Bains. Sa construction remonterait à la fin du XIIIe S., époque à laquelle Gilles de Voisins choisit Arques pour résidence féodale principale. Globalement ce second fort s’inscrivait dans un grand quadrilatère entouré de solides remparts probablement délimités par des tours carrées. Ce premier système de défense était renforcé par un large fossé toujours rempli d’eau courante. L’entrée au sud de l’enceinte ouvrait sur une cour d’où on accédait au donjon faisant encore aujourd’hui l’admiration des connaisseurs d’architecture militaire qui le qualifient unanimement comme « l’un des plus beaux spécimens de l’art gothique appliqué à l’architecture militaire du midi de la France ».

Arques – Ses seigneurs

Retenons de toute la chronologie seigneuriale d’Arques, trop longue à présenter entièrement ici, quelques remarques historiques sommaires.
En 800 : l’un des grands vassaux de Charlemagne sera le ‘comte Guillaume’. Il léguera à son fils Béra la charge, concernant le château d’Arques, de « le garder pour le roi de France » (Fédié, Histoire du comté du Razés). Une singularité nous surprend dans ce texte : à cette époque il n’y a pas de roi, Charlemagne est empereur comme son successeur Louis le pieux. IL ne saurait donc être question du mot ‘Roi’. De plus le terme ‘France’ n’existe encore dans aucun écrit. Toujours pour cette époque il n’est question que d’un ‘empire’ et c’est tout ! Alors, demandons-nous pour quel ‘roi de France’ ce château doit être conservé à cette date ? Seule, et un peu plus tard, l’Eglise nous entretiendra du mot ‘France’ et encore pour nous dire que le pays de ce nom est ‘sa fille aînée’!!! Prémonition avant l’heure ? Ou erreur de Monsieur Fédié au moment de traduire ?
L’appellation ‘Seigneurs d’Arques’ se prolongera du XIe S. (Béranger d’Arques) à 1118, époque où Bernard Aton entre en guerre contre le seigneur d’Arques qui lui conteste sa suzeraineté sur cette contrée. Arques fut inféodé au seigneur de Termes et le restera jusqu’à la croisade contre les Albigeois.
1217, l’invasion du Razès par Simon de Montfort atteint Arques. Le château, malgré sa résistance, est pris et détruit ainsi que tout le bourg attenant. Béranger d’Arques, rangé sous la bannière de la croisade en profite pour demander la restitution de ses terres.
La charte de Louis IX confirme Pierre de Voisins comme ‘baron d’Arques’.
Ce Pierre de Voisins, il est utile de le souligner ici, est à cette époque non seulement ‘baron d’Arques’ mais encore : ‘Pierre de Voisins, chevalier, seigneur de Rennes (Rennes-le-Château) en 1304 et encore en 1315’ (Dom Vaissette, page 125 et 162, tome 4, d’ HISTOIRE GENERALE DU LANGUEDOC). Nous savons encore que Pierre de Voisins est parti pour les croisades en Palestine… avec l’ultime expédition commandée par Guillaume de Roussillon, seigneur de Châteauneuf (dans le Pilat, secteur de la chartreuse de Ste Croix en Jarez, et tout à côté des terres de Lupé… si chères, des siècles plus tard, à B. Saunière qui y trouvera son modèle pour Marie Magdeleine sous son maître autel). Cette expédition se rangera sous les ordres de Guillaume de Baujeu, Grand Maître du Temple… Curieusement les fameuses et ‘inestimables’ reliques, faisant la fierté légitime de l’église d’Arques, auraient été rapportées justement de Palestine par ce seigneur… Reliques qui, si elles étaient authentiques, pourraient d’une part soulever bien des interrogations, et d’autre part expliquer bien des détails dans l’affaire de Rennes-le-Château !
Ce sera Gilles 1er de Voisins qui commencera les travaux du second, et définitif château, à moins d’un demi-kilomètre du village. La construction sera terminée en 1316. Les de Voisins resteront seigneurs des lieux jusqu’en 1518, date à laquelle la dernière héritière, Françoise de Voisins, épouse Jean de Joyeuse. Ainsi les de Joyeuse seront seigneurs d’Arques au moins jusqu’à la fin du XVIe S.
En 1683, les barons et marquis du Bourg seront barons et marquis d’Arques jusqu’en 1733. Puis ce seront les « De Rébé », les « De Castanier » et enfin les Poulpry qui se succéderont à Arques jusqu’à la Révolution Française. A cette époque le château d’Arques sera vendu comme bien national. L’enceinte sera démantelée et il ne restera plus que le donjon… il faudra attendre le XXe S pour que ce dernier soit enfin classé aux Monuments Historiques et heureusement conservé au patrimoine de notre pays.

Arques – Noces nobiliaires

Nous retiendrons un événement que peu d’historiens et chercheurs soulignent dans les alliances et chronologies familiales nobiliaires.
C’est au 17e S. qu’a lieu une étrange et double alliance méritant notre attention. Il s’agit d’un double mariage entre les De Joyeuse et les De Gaste. En effet Anne de Gaste épouse François de Joyeuse, tandis que simultanément Claude de Gaste (frère d’Anne de Gaste) épouse Françoise de Joyeuse… tante du célèbre cardinal de Joyeuse. Ce qui eut pour effet d’allier les terres et la seigneurie d’Arques à celles de Lupé dans le massif du Pilat… juste au-dessus de ‘Péage de Roussillon’. Personne n’expliquera jamais les raisons de cette alliance familiale insolite faite dans la plus grande discrétion. Nous retiendrons seulement que Lupé est le fief des De Gaste et que ce château fut le berceau d’une des rares familles descendantes de Mérovée par filiation directe. Cet insolite château de Lupé (Loup), pourtant discret et sans prétention, abrita bien des personnages énigmatiques et initiés de toutes époques et se trouva, hélas, mêlé étroitement à la tentative de reconstitution du St Empire de Charlemagne. Sur ces mêmes terres, Béranger Saunière viendra chercher, d’abord son modèle de Marie-Magdeleine (dans une chapelle du château des Lupé ) pour son bas-relief du maître autel de R.L.C., ensuite des éléments et objets qu’il récupéra très discrètement dans ce secteur pour son plus grand profit. Pour mémoire, rappelons qu’après ces ‘recherches’, B. Saunière entre en contact avec un orfèvre et un courtier en pierres précieuses, tous deux en région lyonnaise. (voir ‘La piste des Loups’ dossier N°1 RLC). A propos du cardinal de Joyeuse, neveu de Françoise de Joyeuse, il est utile de rappeler son intérêt disproportionné (3 siècles plus tard) pour les reliques d’Arques que nous avons vues, au chapitre précédent, ramenées de Palestine par Pierre de Voisins, seigneur de Rennes-le-Château…

Arques – Petites déclinaisons pour un nom

Du nom d’Arques peuvent dériver plusieurs interprétations que nous retrouverons au fil des écrits divers, ou besoin ponctuel de tel ou tel écrivain. Si l’on utilise la ‘Langue Oiselée’ ou ‘Langue verte’, il est nécessaire ‘d’entendre’ le mot et non de l’écrire… donc d’user de la seule phonétique. Sur ce registre nous retiendrons, en conservant toujours les racines ‘ARQUE’ et ‘ARC’ : phonétique parfaite de ‘ARQUES’ : ARCes : commandement (latin traduit du grec). Ce qui conviendrait à une place forte ou ayant une importance impérative. ARCa : (latin) coffre, cassette, cercueil… en tous cas une idée de récipient à contenant précis. Il sera plus loin intéressant de retenir la correspondance ‘cercueil’, donc ‘tombe’, ‘tombeau’, ‘caveau’ avec la double analogie du célèbre tableau de Nicolas Poussin : ‘Les Bergers d’Arcadie’ !
Nous retiendrons encore de ce mot la traduction ‘borne’ dans le sens de ‘limite’, ce que pourrait nous indiquer le menhir local qui pour certain serait ‘La pierre de la reine’.
ARCas : serait un lien avec le roi éponyme d’Arcadie et aussi le rapport direct avec la racine ‘ARKos’ : l’Ours ! (voir ‘La piste des Ours’ dossier N°1 RLC)
Si nous retenons ARCas comme racine avec ARCadie, nous obtiendrons la fameuse dérive avec ARCadien habitant de l’ARCadie ou un de ses occupants.

Enfin comment passer sous silence ces dernières déclinaisons :
ARC – ARCanum – ARCanus : secret, caché comme ARChé en grec. De ce mot ARCanum nous pourrons retrouver, l’ARCane : mystérieux et dissimulé, mais aussi ARCanne (du latin alcanna) la craie rouge du tracé des charpentiers… ce mot nous indiquerait, ici, le tracé rouge de la méridienne qui passe près d’Arques sur… le soi-disant ‘tombeau’ des ‘Bergers d’ARCadie’ de Nicolas Poussin. Notons pour mémoire que ce peintre interviendra dans les sous-sols de l’Observatoire Royal au moment de la mise en place de la méridienne d'origine : ‘la Méridienne zéro’ donc la méridienne rouge !
Moins usité par les chercheurs de l’affaire RLC :
ARCh : le premier des 2 trônes attribués à Dieu ou encore ‘terre en usufruit collectif’ !
ARChe : arche d’alliance, arche de Noë… ARChée : le Principe vital en alchimie. ARCot coulée de fonderie tombée dans la cendre !
Nous rencontrerons plus loin des rappels de ces déclinaisons dont certainement nous avons oublié d’autres traductions ou interprétations… des pires et des meilleures !

Arques – Le tombeau qui n’est pas à Arques

Il est de notoriété, dans l’affaire de Rennes-le-Château, que l’énigme du tombeau dit ‘des Bergers d’Arcadie’ liée étroitement à Arques pour deux raisons. La première découle logiquement du jeu de mot Arques – Arcadie et ses dérives. La seconde raison est en rapport avec l’existence d’un tombeau improprement dit ‘d’Arques’, ou des ‘Bergers d’Arcadie’, de Nicolas Poussin.
Nous commencerons donc par l’étude de ce tombeau et de ses propriétaires. Curieusement, quasiment tous les ouvrages relatifs à l’énigme font un détour plus ou moins accentué, selon les convictions de leurs auteurs, par le secteur où se trouvait cette curieuse construction mythique aujourd’hui détruite.… Mythique, car il est évident que :
1) le paysage de la peinture et celui de la réalité n’ont qu’un seul rapport d’identité bien maigre : leurs fonds montagneux.
2) le ‘tombeau de Poussin’ ne pourrait dater tout au plus que de 1630 et celui en place fut édifié en 1903.
3) la littérature sur ce propos est souvent une vision personnelle de l’écrivain et non une réalité géographique ou historique.
En 1973, paraît « La race fabuleuse » de Gérard de Sède. Et commence la ‘saga’ du tombeau d’Arques ! L’auteur nous conseille de nous diriger vers Alet, puis « A quelques kilomètres de là, engagez-vous sur la R.N. 613, jusqu’au point précis où cette route coupe le méridien de Paris. Vous êtes à la cote d’altitude 297, sur un petit pont, sur le territoire de la commune d’Arques. De là part, à droite, un petit sentier long à peine d’une vingtaine de mètres. Prenez-le car au bout, voici, entouré de ses arbustes, la tombe des Bergers d’Arcadie.

C’est bien elle, taillée à pans coupés, posée sur un socle. Tout y est, même la petite excroissance de pierre sur laquelle le berger découronné du tableau appuie son pied gauche. Et regardez bien les montagnes qui se découpent de part et d’autre du massif d’arbustes : ce sont exactement celles qu’a peintes Poussin. Celle de gauche à nom Bézil Grand ; celle de droite est le roc de Blanchefort. »
Dans cette brève présentation nous constatons 4 erreurs :
1- Le tombeau n’est pas sur la commune d’Arques, mais sur celle de Serres (à la limite de Peyrolles, la rivière servant de frontière).
2- Aucun berger n’est découronné dans le tableau.
3- C’est le berger de droite qui appuie son pied gauche sur une excroissance de pierre.
4- Bézil est le nom d’un ruisseau, la montagne s’appelle Berque Grande.

D’autres erreurs émailleront la description que G. de Sède fait du tableau de N. Poussin, en 1973. Ces erreurs simples à déceler avec un peu d’attention n’empêcheront pas de nombreux auteurs de reprendre à leur compte les mêmes observations et de les amplifier.
Bérenger Saunière, affirmait-on, se serait procuré à Paris une reproduction des ‘Bergers d’Arcadie’ en raison du fait que la tombe de Marie Nègre d’Ables comportait, comme sur le tableau de Poussin, le texte latin « ET IN ARCADIA EGO ». Le message secret des parchemins précisait : « Que Poussin, Teniers gardent la clé… » Tout était clair désormais. Si Poussin a réalisé ce tableau, c’est de toute évidence, pour y dissimuler les secrets qu’il transmet au surintendant Fouquet ; dans la foulée Louis XIV fait emprisonner Fouquet qui en meurt, puis rachète l’œuvre de N. Poussin. Forcément ce secret est celui de RLC… Et bien des lecteurs fascinés suivront cette hypothèse quelque peu fragile, pour ne pas dire complètement débridée !
« Les Bergers d’Arcadie » est considéré comme le chef-d’œuvre de Poussin. Hor mis le fait que ce tableau est une formidable réflexion imagée sur le thème de la mort, c’est aussi la personnification de ‘l’Arcadie’ qui prendra le devant de la scène et sera largement soulignée, et utilisée, dans l’affaire de RLC.
L’Arcadie est une région de Grèce où les poètes antiques situèrent le royaume idéal du bonheur. La phrase « et in arcadia ego » est une formule très ancienne associée à la mort se traduisant , entre autres , par : « et moi aussi j’existe en Arcadie », mais d’autres interprétations sont possibles et tout aussi justes. En vérité, la ‘sentence’, pour être la bonne, doit ‘coller’ à sa représentation iconographique, rendant les deux éléments indissociables pour conserver ensemble leur véritable sens. De fait, seul Nicolas Poussin pourrait donner la traduction authentique de « et in arcadia ego » dans ses ‘Bergers d’Arcadie’… S’il l’a fait nous n’en avons plus connaissance aujourd’hui.

Nicolas Poussin

On retiendra globalement que l’Arcadie sera toujours, pour les peintres célèbres, un rappel sentencieux de l’état de simple mortel. Cette formulation sera aussi utilisée par Le Guerchin qui, dans un tableau, met en scène des bergers contemplant un crâne humain sur une pierre cubique comportant ce même texte. Il y eut deux tableaux des ‘bergers d’Arcadie’ de N. Poussin. Le second, déposé au Louvre, est celui qui nous intéresse présentement.
L’Arcadie est aussi considérée comme le « pays des ours ». La déesse Arcas, compagne de chasse d’Artémis, après avoir été séduite par Zeus, eut un enfant. Pour la soustraire à la punition d’Artémis, Zeus cache Arcas et son enfant dans deux constellations : Arcas deviendra la Grande Ourse, et son enfant la Petite Ourse. Il est curieux de constater que plusieurs auteurs littéraires comparèrent le Razès à l’Arcadie. Si la comparaison géographique peut se comprendre facilement… il sera intéressant de s’interroger sur ce curieux prolongement concernant le plan héréditaire des antiques familles ‘Ursus’ issues du Roussillon et qui échappa, heureusement, aux habitués du sujet.
Pour nous il est évident que le tableau ‘Les Bergers d’Arcadie’ ne constitue pas ‘LA clé du secret’… dans le sens vu par certains auteurs. Force est de convenir que ni son paysage, ni son tombeau, ni sa chronologie, n’ont de rapport direct avec ce secteur audois qui aurait dû rester logiquement paisible et ‘sans histoire’. Cependant les associations d’idées suggérées par le tableau et son auteur pourraient bien avoir un lien ‘discret’ avec l’affaire de Rennes-le-Château.
Des hypothèses et des questions ne demandent qu’à se dégager de ces constats afin de nous indiquer des détails que nous allons reprendre et examiner ici.
A- Les tombeaux sont identiques, mais le réel est construit en 1903, sur le modèle du tableau de Poussin, et non l’inverse. Poussin prend donc valeur de modèle dans ce cas.
B- L’Arcadie mythique pourrait avoir sa correspondance réelle dans le Razès.
C- ‘L’autre’ Artémis fut introduite en Gaule, puis christianisée et amalgamée à Ste Marie-Madeleine.
D- Marie-Madeleine pourrait avoir son refuge et son tombeau dans le Razès, la ‘Nouvelle Arcadie’.
E- Arcas, compagne de chasse d’Artémis en Arcadie, a été transformée en constellation. Les bergers connaissent les étoiles et ont leur astre propre : ‘l’étoile du berger’. Marie-Madeleine fut guidée par une étoile.
F- L’Arcadie était le pays des ours. Artémis, comme Artios, est symbolisée par un ours. Mais les bergers craignaient plutôt le loup.
G- La consonance ‘Arcadie’ évoque ‘Arcade,’ pièce d’architecture soutenue par deux piliers ou colonnes.
H- La manne, au sens figuré, évoque une ‘richesse’ providentielle énorme ; dans ‘La manne’, autre tableau de Poussin apparaît une arche ou ‘porte’ naturelle.
I- Dans son autoportrait, Poussin dissimule à l’arrière plan une femme coiffée d’un diadème orné d’un œil. Et enfin :
J- Quelles informations circulèrent entre Poussin et la fameuse ‘Société Angélique’ ?
K- Quels rapports entretenait Poussin avec les chartreux en général, et avec Bonnaventure d’Argonne ?
L- Et aussi, pourquoi un original a-t-il voulu reproduire, en 1903, le décor des ‘bergers d’Arcadie’, justement en ce lieu précis ?

Mais qui était le personnage qui fit édifier cette copie du tombeau des ‘bergers d’Arcadie’ ?