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L’affaire
Asmodée (2ième partie) - Les familiers d’Asmodée |
Un
modèle unique, copié ou… à multiples représentations
?
En
entrant pour la première fois dans l’église de Rennes-le-Château
nous étions surpris de la présence d’un démon
supportant péniblement le bénitier. L’étonnement
passé on s’est habitué à admettre une curiosité
de plus dans le décor voulu par l’abbé Saunière.
Il est vrai que la présence d’un Asmodée surveillant
le passage des visiteurs pose des interrogations. Nous tenterons au moins
d’en approcher les raisons et réponses.
Cependant avant d’interroger, sur son pourquoi, ce personnage épuisé
de fatigue, demandons-nous s’il n’aurait pas des familiers,
des cousins, des frères, dans une aussi surprenante posture et présence
dans une église. La réponse immédiate serait de dire
« jamais vu ce type de représentation ! ». Il est vrai
que ce genre de moulage dans un édifice religieux ne semble pas coutumier.
Pourtant à mieux chercher notre Asmodée de Rennes-le-Château
est bien moins seul qu’il ne le paraît d’abord... ce qui
ne veut pas dire que les démons porteurs de bénitier dans
les églises sont légions.
Ceux que nous avons retrouvés sont tous plus insolites les uns que
les autres. Force est d’admettre qu’aucun ne ressemble vraiment
à ‘notre’ Asmodée de Rennes-le-Château.
Cette remarque tendrait à laisser deviner chez Saunière une
volonté à donner quelques éléments dès
l’entrée du décor qu’il a voulu de toutes pièces
dans ce qui était devenue… SON église.
Plusieurs détails nous sont apparus au fil de notre curiosité.
Nous les présenterons plus loin et il se pourrait que Saunière
ait eu là une volonté farouche, mais pas vraiment démoniaque,
d’indiquer un ou plusieurs petits messages. En attendant ce moment
promenons-nous quelques instants dans une étrange galerie de portraits
de famille…
Le
cousin de Montréal (Aude)
Nous
commencerons par le parent le plus proche de Rennes-le-Château…
Il se trouve dans la collégiale Saint-Vincent de Montréal
à une soixantaine de kilomètres de Rennes-le-Château.
Cet édifice religieux (XIIIe – XIVe S.) d’un style gothique
fortifié comprend un intéressant clocher octogonal, un portail
latéral du XIVe S. et une remarquable nef unique.
C’est au fond à gauche, vers les orgues, que se trouve une
chapelle à vocation baptismale encombrée de brancards funéraires
et solidement défendue par d’épaisses grilles, le plus
souvent cadenassées. Les fonds baptismaux se présentent sous
la forme d’une cuve à pans - décorés de scènes
religieuses - droits coupés de faces planes en ceinture et de pans
en diamant convergeant vers le bas. On note la face avant figurant un saint
Michel dans une nuée. Le réceptacle repose par sa pointe basse
sur la tête d’un personnage ‘asmodéen’.
Celui-ci apparaît quasiment enterré et on n’en distingue
que le torse, semblant sortir de terre, péniblement arc-bouté
sur ses bras. La tête portant la cuve est pourvue de grandes oreilles
pointues, assurant sans doute plus de stabilité et solidité
au support qu’elles encadrent. Le visage ressemble tout de même
dans ses grands traits à ‘notre’ Asmodée…
les cornes en moins. Les membres supérieurs, agrémentés
d’une bande de toison, sont noueux et les mains terminées de
doigts griffus. L’ensemble, en marbre blanc laiteux, est d’un
effet pour le moins saisissant dans la pénombre.
Les
cousins de Bretagne
Le
diable de Dinan
En
Bretagne également l’imaginaire asmodéen semble être
présent au moins en deux endroits. Le premier serait à Dinan
(Côtes d’Armor). Dans l’église St-Malo nous y localisions
un diable supportant le bénitier.
Nous trouvons un autre Asmodée à Campeneac, à 8 kilomètres
de Néant sur Yvel, près de la Forêt de Brocéliande.
Dans cette église notre personnage n’a pas de rôle de
porte bénitier. Cette fois il supporte la chaire.
Il s’agit ici d’un démon bien dans le style d’Asmodée.
La main droite posée sur la cuisse droite dont le genou est à
terre. Le personnage n’est pas noueux et les ailes à moitié
déployées l’entourent de membrures solidement armées
de six griffes énormes réparties sur le bord d’attaque
des ailes.
La tête est ornée de cornes pointues avec un visage plutôt
serein. Le modèle sur son genou gauche élevé pose le
coude et de sa main gauche semble se boucher l’oreille … sans
doute pour éviter la douleur du prêche ? Ses doigts et orteils
sont griffus.
Nous sommes ici en présence d’une statue en bois de belle facture.
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Le diable de Campeneac
Les
‘Asmodée’ italiens…
Il
y a d’autres parents de notre Asmodée bien plus éloignés
et ce jusqu’en Italie.
Nous retiendrons d’abord le plus remarquable situé dans l’église
de sainte Lucie de Piave (Treviso). Il s’agit d’une composition
en marbre de Carrare formée d’un démon à genoux
portant sur sa tête et son avant-bras une conque d’eau bénite
dans laquelle se dresse une statue en bronze de la vierge.
Cette sculpture, commandée par le père Morando, exécutée
en 1927, est l’œuvre du moine franciscain Claudio Granzotto (Riccardo
son état civil avant d’entrer en religion). Nous voyons notre
démon là encore écrasé sous le poids d’un
bénitier en forme de coquille marine.
Le genou droit à terre, le bras gauche remonté vers son front
semble tenter d’alléger la charge de la conque. Les ailes sur
ce sujet sont repliées vers l’arrière les pointes stabilisant
le bénitier. Le visage tourmenté n’est pas orné
de cornes mais d’oreilles pointues.
Le démon porte, autour des reins, une ceinture faite d’une
peau de serpent déroulée dont la tête repose sur la
cuisse droite du personnage. Les doigts et les orteils sont également
griffus.
Sur le socle une inscription prévient le démon qu’il
est écrasé par la vierge.
L’auteur de ce travail remarquable meurt à Padoue le 15 août
1947… comme la vierge le lui avait annoncé dans un songe. Béatifié
par le pape Jean Paul II le 20 novembre 1994, il repose à Chiampo
devant la réplique de la grotte de Lourdes qu’il avait édifiée
en l’honneur de la Vierge Marie.

Ile
de Barbana
On
trouve ici une copie du précédent simplement différente
en ces points :
Le personnage est de marbre rouge vif, le socle et la coquille sont en marbre
blanc. De plus ce modèle ne comporte pas de statue de la Vierge marie
dans le bénitier.
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D’autres
cousins d’Italie peu ressemblants…
Vérone,
l’église de Sainte Anastasie. Edifié vers 1290 par les
architectes dominicains Benvenuto de Bologne et Niccolo d’Imola, l’édifice
est le plus vaste de Vérone. Dans le bras gauche du transept se trouve
la chapelle Giusti contenant la célèbre fresque de Pisanello
« St Georges délivrant la princesse du dragon ».
C’est dans cet édifice que nous trouvons un autre bénitier
mais cette fois porté par un petit personnage bossu. L’ensemble,
de 1495, connu sous le titre de « le bossu de Sainte Anastasie »
est l’œuvre de Grabiele Caliari. On caresse encore la bosse droite
du personnage pour avoir de la chance. Le personnage de marbre clair, assis
sur la marche d’un pilier en pierre rouge, porte un bénitier
en marbre noir.
Enfin un second bénitier est lui aussi posé sur le dos d’un
personnage d’apparence humaine. Les couleurs sont semblables au bénitier
précédent. La tradition explique que le noir et le blanc illustrent
la soutane des dominicains et le rouge représente le sang de Saint
Pierre martyr patron de la basilique. Il s’agit ici d’un sujet
assis les jambes croisées. La main gauche posée sur son genou
droit. La main droite semble soutenir sa tête du poids d’un
bénitier à pans coupés… Cette sculpture, de 1591,
est de Paolo Orefice et s’appelle Pasquino. On retiendra que ce personnage
montre son genou gauche dénudé.
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Retour
à Rennes-le-Château
Un autre Asmodée se trouve maintenant à Rennes-le-Château. Il s’agit d’une superbe représentation de la statue de l’église en marbre de plusieurs couleurs et à l’échelle 1/1. Cette œuvre est à visiter dans les locaux de la Librairie Empreinte. A notre connaissance il s’agirait de la dernière copie de ce modèle fort belle au demeurant.
Cette
série de portraits de famille de l’Asmodée de Rennes-le-Château
ne saurait être exhaustive. D’autres de ses cousins existent
forcément. Nous nous attacherons tant que faire se pourra à
compléter cette étrange galerie asmodéenne le mieux
possible…
Mais à présent il est temps de revenir au gardien de l’église
de l’abbé Saunière et à ses secrets soigneusement
voulus et dissimulés… puis révélés un
peu à la manière d’Edgar Poe…