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Société Périllos ©

L’affaire Asmodée
(6ième partie) - Quand un démon peut en cacher un autre

 

De Gérard de Sède à l’hébreu

Nous sommes tous entrés dans l’église de Rennes-le-Château et avons été surpris, la première fois, par la présence de l’étrange statue qui en orne le seuil. Un démon, écrasé par un bénitier, est surmonté par quatre anges suggérant les quatre étapes du signe de croix. Nous avons largement développé sur nos colonnes cette représentation dont il existe plusieurs exemplaires réalisés, jusqu’en Italie, sur le principe d’un démon supportant un bénitier en forme de coquillage.
C’est Gérard de Sède qui le premier affirme à ses lecteurs que ce personnage imaginaire serait Asmodée. Nous ne reviendrons pas sur ce curieux choix voulu par l’abbé Saunière, prêtre aussi étrange qu’intéressant.
Nous nous attardons cette fois sur cette dénomination dont l’origine se trouve seulement dans l’ouvrage de cet auteur qui mit le feu aux poudres de l’affaire Rennes-le-Château. Cependant, en résumé, nous rappelons que ce nominatif vient de l’hébreu, Achemedai, Asmeday, Chammadai ou encore Hashmodai, qui serait le commandant des Shedim (démons ayant sacrifié leurs épouses et leurs filles). Nous retrouvons l’inquiétant sujet exterminant les époux successifs de Sara, dans l’épisode de Tobi (3,8). Toujours est-il qu’il finit, maîtrisé par l’ange Raphaël, emmuré dans une grotte profonde de la Haute-Egypte. On se demande si le fait qu’il présida à la géométrie et aux subtilités du mécanisme ne fut pas considéré autrefois comme une œuvre diabolique, comme celle de dire que le soleil tournait autour de la terre…

En survolant Grillot de Givry

La similitude pouvant expliquer le choix de G.de Sède pourrait venir du fait que ce démon, ayant donné un sérieux coup de main à Salomon pour construire son temple, puisse permettre l’accès à de nombreux trésors terrestres dont il est précisément le gardien. Certes, ces approches ont de quoi créer un lien ou du moins l’intérêt de ces parallèles.
Cependant, nous avons eu l’opportunité de survoler quelques ouvrages traitant sommairement de démonologie. C’est dans l’ouvrage de Grillot de Givry que nous sommes tombés nez-à-nez avec une représentation du sympathique Asmodée… Notre surprise fut grande car sur ces gravures, certes destinées à être spectaculaires, nous vîmes une créature extravagante en forme de serpent surmonté de trois têtes (de taureau, bélier et au centre celle d’un homme couronné à haleine de feu), dotée de différentes pattes d’animaux à griffes et d’autres terminées par de petits tridents palmés. Ces dernières, trop grêles, selon les écrits démonologiques, lui imposent de se déplacer à dos de dragon en brandissant lance et bannière.
Face à une telle épouvantable créature, il faut bien reconnaître que la statue postée à l’entrée du sanctuaire de Saunière fait figure d’inoffensif veilleur. Peut-être l’expression de stupeur, marquant les traits du gardien agenouillé, n’est-elle que le reflet de l’accablement d’être confondu avec son répugnant collègue car, à part les ailes de ptérodactyle, rien d’autre ne semble leur être commun.

Monsieur ou madame Eurynome ?

C’est sur ce registre de l’iconographie démoniaque que nous trouvions, enfin, une illustration nettement plus ressemblante à l’image de la statue de l’église de Rennes-le-Château… sous une autre appellation démoniaque du doux nom d’Eurynome.
Celui-ci, comme nous le voyons, s’il n’est guère plus sympathique que ses congénères, a cependant l’avantage de ressembler au modèle de l’église de Rennes-le-Château. Le Breton nous le montre un genou en terre, les membres noueux, les doigts et les orteils crochus, avec un faciès nettement plus proche du nôtre que l’image du fameux Asmodée. La tête surtout montre des cornes latérales assez longues, des yeux exorbités et la bouche ouverte sur des dents alignées. Son habit, dont cependant on ignore la couleur, laisse paraître une épaule dénudée. La différence notoire serait le manque d’ailes dans le dos, remplacées ici par une… peau de renard. La démonologie le montre personnifiant la mort dont au demeurant il est le prince… Ses actions durent être remarquablement exceptionnelles (???) puisqu’il est décoré de la grand-croix de l’Ordre de la Mouche, une distinction que Le maître des Enfers réserve à ses dignitaires les plus efficaces et fidèles.
Il est également curieux que le nom d’Eurynome désigne également une divinité de la mythologie grecque qui créa le cosmos. Cependant, détrônée par Rhéa, elle fut précipitée dans l’océan ou encore le Tartare qui est le lieu le plus reculé et effroyable des Enfers…

L’envisageable d’un symbole démoniaque

Que penser de ces images ne correspondant pas à la réalité de Gérard de Sède ?… Certes, rien ne permet non plus d’affirmer que l’abbé Saunière ait voulu un démon plutôt qu’un autre. De plus, le terrifiant Asmodée ne correspond pas du tout à l’image du dictionnaire infernal de Collin de Plancy datant de 1863. Si tel était le cas, la morphologie de la statue de l’église de Rennes serait inspirée par Eurynome plus que par Asmodée.
S’il est envisageable d’imaginer un symbolisme secret tenu dans cette œuvre portant en grimaçant les eaux du bénitier, celui d’Asmodée correspondait bien à une idée ‘trésoraire’ liée à l’ésotérisme de Salomon et de son temple.
Cependant, le domaine de prédilection du sinistre Eurynome, consacré à la mort et aux dépouilles mortuaires qu’il dépèce, ne dépareille pas vraiment dans le cas où Saunière se soit adonné à un certain culte des morts… Ceci reste entièrement valable que ce soit en ce qui concerne les sous-sols du secteur de Rennes que ceux de Périllos, aux seins desquels reposeraient deux des plus importantes sépultures de la chrétienté !

Deux pistes valent mieux qu’une… ou la volonté de Saunière

Peut-être même le double sens dualiste, masculin féminin, d’Eurynome était-il un autre indice ? Pourquoi pas si on considère que cette divinité fut pensionnaire forcée du plus profond des Enfers, comme certains gouffres de Périllos peuvent en être les orifices… et à la fois habituée des océans sur lesquels certaines barques sans rames, gouvernails ni voiles, s’aventurèrent pour échouer en des contrées méditerranéennes sans doute proches des terres qui nous intéressent au plus haut point… Ces contrées, au demeurant, furent aussi fréquentées par un certain St Pierre qui « s’en va pêcher durant deux jours en mer » avant de revenir à Périllos… ou s’échouer en vaisseau de pierre vers Peyriac, tout près de Bages où l’abbé Saunière avait un de ses bons collègues. Bien entendu, nous n’affirmons rien mais nous présentons ces détails à l’acuité des autres chercheurs.
Evidemment, en la matière, la limite de ce que fut la volonté de l’abbé Bérenger Saunière, et ce que nous pouvons en retirer, est si fine qu’elle en reste imperceptible… Seul ce prêtre pouvait en connaître les plus profonds tenants et aboutissants. Cependant, ces détails, s’ils n’en sont pas pour autant preuves convaincantes, ont le mérite de peut-être ouvrir d’autres pistes de compréhension sur les raisons ayant conduit à l’installation de cet inquiétant gardien posé à l’entrée du sanctuaire de Rennes-le-Château.

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André Douzet