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| La Fête du Babau |
Basée
sur une légende de Rivesaltes datant du XIIème siècle,
la Fête du Babau remet en scène les temps forts de ce conte
médiéval en faisant revivre le Babau, monstre mi-iguane, mi-dragon
qui franchit les remparts de la ville et dévora plusieurs enfants.
Dès 11 heures du matin en plein mois d'août, le Babau fait
sa première apparition dans les rues de Rivesaltes, escorté
par le géant Galdric Trencavent et sa femme Radegonda, suivi de jeunes
cavaliers émérites, de chars représentant une catapulte
et une forge. Au fil des heures, échassiers, jongleurs, cracheurs
de feu et fanfares tonitruantes défilent et le cortège grossit.
En début de soirée, la musique se fait plus assourdissante,
comme pour étouffer les cris du monstre dont la fin est proche. Il
sera sacrifié dans un embrasement pyrotechnique dès la nuit
tombée.
La
légende
Tous les Roussillonnais ont entendu parler du Babau (prononcé Babaou) et ne se privent pas de menacer les enfants de la voracité de ce monstre légendaire. On sait ou il s'est manifesté, à Rivesaltes, il y a bien longtemps, mais en général peu de gens en connaissent davantage.
Le
vieux Rivesaltes
Depuis
quelques cinq cents ans, l'agglomération de Tura avec sa chapelle
Saint-Martin, sur la rive gauche de l'Agly, trop sujette aux inondations
a progressivement été abandonnée au profit de la rive
droite ou une centaine de maisons se serrent à l'intérieur
d'une épaisse muraille de remparts qui, au Nord, dominent l'Agly,
celle-ci renforçant la défense de la ville.
La rivière avait son moulin, la ville son four communal car peu de
famille étaient assez fortunées pour avoir le leur. Ce four
avait été aménagé dans l'épaisseur des
murailles surmontant l'Agly percées en divers endroits de trous permettant
l'évacuation des eaux (eaux pluviales et eaux ménagères)
vers la rivière.
Mais tout à coté de ce four paroissial existait un trou bien
plus grand que les autres. C'est par là qu'on jetait les cendres,
les ordures, et même les bêtes crevées. En raison de
son emplacement on l'appelait tout simplement : "El forat del forn”,
le trou du four...
Et
une nuit…
Les
Rivesaltais devaient s'en souvenir longtemps... C'était dans la nuit
du 2 au 3 Février 1290, une nuit sans lune mais étoilée.
Il gelait à pierre fendre, tout était calme dans la petite
ville endormie. L'époque était paisible en Roussillon sous
le règne du pacifique Roi Jaume II de Majorque. La population reposait
à l'abri des remparts dont les portes avaient été fermées
comme d'habitude.
Depuis des mois déjà, il n'y avait plus de veilleurs aux tours,
seul Fardoli le Sereno, ponctuel, parcourait à pas lent les rues
étroites, se bornant de sa voix chantante à annoncer l'heure
et le temps.
Il y avait bien un quart d'heure qu'à l'autre extrémité
du bourg on l'avait entendu proclamer "son las tres i sereno",
lorsque tout à coup, les voisins du four furent réveillés
par un grand bruit, un bruit affreux de pierres projetées avec force
comme si une maison s'était écroulée. Dans trois maisons
même, on eut l'impression d'un tremblement de terre.
Bientôt il y eu quelques cris d'enfants étouffés, des
pleurs et un grand hurlement rauque, puis, à nouveau, un tintamarre
de pierres qui roulent, et soudain le silence, un silence de mort.
Et c'est alors que le quartier put mesurer l'ampleur du désastre.
Au total six enfants avaient disparu, des tout petits, des bébés
et les clameurs des pauvres parents éplorés achevèrent
de réveiller le voisinage. On sonna le tocsin et bientôt, tout
Rivesaltes fut sur place.
Quelqu'un,quelque chose, une bête énorme à n'en pas
douter, était entré dans le "Forat Del Forn" agrandissant
le trou au passage, avait dans leur sommeil, arraché de leur berceau
ou de leur petit lit les pauvres proies innocentes dont elle devait se repaître
une fois revenu dans son antre...
La consternation, la désolation se lisaient sur tous les visages.
Le curé doyen renvoya à plus tard la procession de la Saint
Blaise qui devait se dérouler juste le 3 Février et annonça
pour le lendemain une cérémonie de prières à
la mémoire des innocentes victimes du fléau inconnu.
Nouvelles
visites
Deux
nuits encore la bête sévit et la peur fut à son comble.
Le conseiller municipal décida de rétablir aussitôt
les veilleurs sur les sept tours défendant la ville. Tous les gardes
étaient munis de lances, d'arbalètes, et avaient d'amples
provisions de flèches, de pierres et d'huile bouillante.
La bête revint. Imaginez d'abord un gros bouillonnement d'eau remontant
d'aval en amont sur les eaux habituellement calmes de l'Agly, puis un bruit
de piétinement sur la berge avec comme un fracas de cascade du à
toute l'eau que le monstre soulevait en sortant de la rivière et
qui retournait à son lit.
Tous furent unanimes à estimer sa longueur aux environs de 80 à
100 pams de la tête à la queue ; D'après leur description,
l'allure générale l'apparentait à l'iguane préhistorique,
mais avec une bien plus grosse tête. Avec des yeux ronds énormes,
brillants et démoniaques comme ceux d'un chat, une mâchoire
puissante, des dents redoutables, un coup long, un corps épais terminé
par des doigts courbes et mobiles ornés de griffes impressionnantes,
le tout recouvert d'écailles affreuses et dures sur lesquelles les
flèches des veilleurs rebondissaient comme sur du roc.
Au conseiller municipal qui lui demandait la description de la bête
qu'il avait vue, l'un des veilleurs de la tour la plus proche du trou et
qui était devenu bègue de frayeur ne put qu'articuler «
Vavau » (prononcé Babau) c'est-à-dire, il a... il a...
Le mot fit fortune et, depuis, le monstre fut dénommé le Babau.
La
contre attaque
C'est
le seigneur des Fraisses et Périllos, Galdric Trencavent qui devait
tirer d'affaire les Rivesaltais. C'était un fort bel homme, de haute
stature, puissamment musclé, chasseur intrépide, terreur des
sangliers du voisinage ; il avait en outre un joli talent d'arbalétrière.
Il se proposa, pour tuer le Babau. Le conseiller municipal accepta avec
joie et au cours d'une réunion mémorable à laquelle
participait Galdric, deux consuls et les conseillers, on établit
un plan minutieux. Dés la nuit suivante, il était mis à
exécution.
Le "Forat Del Forn" fut dégagé de ses pierres et
un jeune porc attaché à une quarantaine de pams du trou comme
appât.
La quatrième nuit le bouillonnement des eaux attira l'attention des
veilleurs. Galdric, alerté, se plaça à bonne portée
du pourceau et vaillamment, attendit.
Du bruit sur la grève, un frottement puissant contre les murs, et
soudain la tête du monstre apparu jaillissant violemment du trou.
C'est au moment ou le Babau se jetait sur le pourceau que Galdric, prompt
comme l'éclair, lui décocha une flèche qui pénétra
dans la gueule ouverte du monstre. Il ne fut pas pour autant tué
mais de la tour proche les veilleurs le virent agiter la tête avec
colère en tous sens pour essayer de se débarrasser du trait
qui meurtrissait sa gorge.
La
curée
A
quelques temps de là, les Rivesaltais apprirent qu'une sorte de monstre
blessé était allé s'échouer près d'Ortolanes
ou il était mort d'épuisement.
Une délégation fut envoyée sur place, sous la conduite
du conseiller municipal. Il y avait le valeureux Galdric bien sur, et les
mieux placés des veilleurs, ceux qui pourraient le mieux reconnaître
l'adversaire des nuits d'épouvante.
Ils furent formels, c'était bien le Babau, qui avait fini par succomber
aux blessures infligées par ses ennemis.
Pour que tous les habitants gardent un souvenir du monstre qui les avait
tant fait souffrir, la délégation ramena trois côtes
du Babau.
Une fut exposée à l'église Sainte-Marie, une autre
à la chapelle Saint-André et la troisième constitua
le trophée que la population reconnaissante offrit à Galdric
Trencavent au cours d'une fête mémorable qui débuta
par un Te Deum Somennel chanté en église Sainte-Marie. On
fit une procession d'actions de grâces, puis on dansa et fit ripailles,
le Babau était enfin mort.
De
nos jours
Une seule des trois côtes du Babau de Rivesaltes est parvenue jusqu'à nous, ce qui est déjà bien extraordinaire après tant de siècles de vicissitudes. Elle est actuellement exposée à l'office d'animation et du Tourisme de Rivesaltes et les visiteurs peuvent l'admirer et évaluer ainsi, les imposantes dimensions du Babau.
Filip
Coppens
Le 25 septembre 2007