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Société Périllos ©

Les secrets oubliés de l’église de Rennes
(1ère partie) - Le balustre par lequel l’abbé B. Saunière est peut-être devenu riche

 

Les rescapés du nettoyage par le vide…

En visitant l’église de Rennes-le-Château, notre regard ne sait où se poser tant les décors voulus par l’abbé Saunière sont… pour le moins ‘voyants’. Des couleurs, des formes luxuriantes ornent l’ensemble du sanctuaire jusque dans ses moindres recoins. Certes, cette année nous allons reprendre notre investigation de certains détails peu approchés du grand public et nous ne manquerons pas de surprises. Cependant, nous ne devons jamais, au moment de la visite de ce lieu sacré, perdre de vue que cette avalanche d’éléments de style sulpicien n’est due qu’à la volonté de Saunière. De l’ancien édifice, il ne reste de visibles que les gros de murs et les ouvertures dormantes ayant reçu les nouveaux vitraux. Plus rien du mobilier… plus rien des décorations, verrières et statues. On peut pratiquement parler d’une purge radicale ou d’un nettoyage par le vide de l’intérieur de cette église. Le plus curieux est un manque chronique d’informations sur le sort qui fut réservé à tout le contenu du lieu. Nous reviendrons également sur ce point dans un autre chapitre.
Un petit voyage dans le temps nous conduit à ces instants où Saunière entame les grandes modifications intérieures. Pour cette fois, nous retenons seulement le démontage et le remplacement du maître-autel, et ensuite la même opération en ce qui concerne la chaire.
Nous sommes en l’année 1886 pour Gérard de Sède, ou en juillet 1887 pour d’autres chercheurs. Concernant le premier élément, qui fera l’objet d’un chapitre plus détaillé, nous savons que sa démolition a apporté une découverte importante dans cette énigme. Pourtant, pratiquement tous les ténors de cette énigme se sont faits piéger sur un détail que nous développerons ultérieurement. Pour le moment, les ouvriers s’affairent au démantèlement des pierres de la table et de ses soutènements, qui semblent être de l’époque wisigothique. Au cours de ce travail délicat et pénible, une mise à jour a lieu. Et, puisqu’il est question de Gérard de Sède, nous lui laissons la parole : « Or voici que ces bouleversements de l’année 1886 donnèrent lieu à une singulière découverte : celle d’anciens parchemins dissimulés dans un pilier creux. Ce fait est bien établi car il repose sur les récits des derniers témoins oculaires ayant participé aux travaux de démolition dans l’église.
Ces témoignages divergeaient toutefois sur un point. Selon les uns, les documents avaient été trouvés par Saunière lui-même dans la ‘capsa’ du pilier wisigothique, enfermés dans un rouleau de bois lui-même recouvert de fougères sèches. Selon les autres, ils étaient dissimulés dans un balustre de bois, enfermés dans une sorte de bouteille, quand ils furent découverts par le carillonneur Captier qui les avait aussitôt remis au curé.
Cette divergence, bien excusable trois quarts de siècle après l’événement, peut sembler négligeable: l’âge venant, certains témoins ont pu confondre la trouvaille des reliques par le carillonneur et celle des parchemins et le pilier de pierre avec le balustre de bois, d’autant plus que ces deux découvertes furent, à quelques jours près, simultanées.
Il eût pourtant été d’un grand intérêt de pouvoir déterminer avec exactitude le lieu où se trouvaient ces parchemins qui, depuis lors, n’ont fait couler, comme on le verra plus loin, que trop d’encre. » (Rennes-le-Château. Le dossier, les impostures, les phantasmes, les hypothèses. Robert Laffont 1988).
Gérard de Sède résume admirablement la situation à ce moment des découvertes. Nous ajoutons seulement à ses remarques que les deux découvertes ne sont pas « à quelques jours près, simultanées » mais que la démolition du maître-autel se serait déroulée en juillet 1887, et non en 1886, et la découverte ‘dans le balustre’ correspondrait forcément au moment du changement de la chaire en septembre 1891… mais ce ne sont que des dates et, comme dans cet étrange absolu, seuls les faits semblent compter, nous nous efforcerons de ne considérer que ces derniers. D’ailleurs, 1891 correspond à une série de travaux extérieurs importants tels que le calvaire, la grotte et ce qui est appelé maintenant ‘le reposoir’, autrefois le bureau bibliothèque de l’abbé, construit sur une citerne (voir cet article). Aussi, nous nous arrêtons à ce que Gérard de Sède appelle le ‘balustre’ et dont la découverte se situe lors des travaux intérieurs.

« et c’est grâce à moi que le curé est devenu riche »

Effectivement, plusieurs années -de quatre à cinq selon les auteurs- après le remplacement du maître-autel d’origine par celui que nous voyons maintenant, l’abbé Saunière décide de faire changer la chaire. Nous pouvons supposer que cette dernière était en bois. A cette époque, elle ne pouvait qu’être en pierre pour les églises luxueuses et en bois pour les autres. De fait, si nous sommes en présence d’un balustre de soutènement en bois, nous pouvons supposer que cet assemblage l’était lui aussi. Toujours est-il que le pilier en pierre wisigothique du maître-autel et le balustre en bois de la chaire sont toujours existants, l’un dans le musée du presbytère et l’autre restant la propriété d’Antoine Captier. C’est ce dernier qui nous raconte comment son ancêtre fit cette découverte fortuite.
Les ouvriers, ayant eu la mission de démolir la chaire, la déposèrent. Lors de cette manœuvre, ils basculèrent la pièce de bois massive soutenant l’ensemble surélevé d’où prêche le prêtre. Rappelons tout de suite que ce ‘meuble’ n’était ni dangereux, ni dégradé, puisque c’est d’ici que l’abbé prêcha avec véhémence pour que ses paroissiens votent contre l’Etat… ce qui lui coûta, nous le savons, d’être suspendu de traitement par le préfet. Toujours est-il que le démontage dut se faire assez durement et le balustre être jeté à terre sans ménagement. Alors qu’il vient de sonner l’angélus, le bedeau (Antoine Captier), en sortant du clocher, eut son regard accroché par un reflet inhabituel. Près de la sortie du vieux beffroi gît la lourde et torse pièce de bois et, d’une cassure de cette dernière, semble luire quelque chose dans la partie supérieure. Il s’avère alors que sous le choc de la chute, une sorte de glissière se soit démise en laissant deviner une cache dans l’épaisseur profonde du bois. C’est de cette partie ouverte qu’un objet retient l’éclat de la lumière. L’homme intrigué s’en approche et trouve, dans l’espace découvert par la fracture d’une longue clenche de bois, une ampoule de verre contenant un petit parchemin qu’il remet aussitôt à l’abbé Saunière. Et l’homme, pour conclure son récit à son petit-fils, aurait ajouté: « et c’est grâce à moi que le curé est devenu riche » !

Le retour du balustre prodigieux

Si cette affirmation est juste, nous ne le savons pas… Par contre, cette découverte est sans doute intéressante à plus d’un titre.
Pratiquement, on peut dire que dans l’église de Rennes-le-Château, il y eut deux ‘dépôts’ de mise à jour dans des ‘piliers’ (le pilier dit ‘wisigothe’ et la pièce de bois soutenant la chaire… qui peut avoir fonction de ‘pilier’), et un troisième au moment où Saunière fait soulever une dalle (la fameuse dalle dite ‘des chevaliers’) devant le maître-autel. Cependant, le troisième dépôt se présente sous la forme d’un petit magot, fait de monnaies, contenu dans une poterie en terre alors que les deux premiers sont composés de documents écrits, parchemins… et d’un hypothétique reliquaire.
Pour l’instant, nous cantonnons notre intérêt sur le balustre. Il s’agit d’une pièce de tournage en bois, sans doute formée d’un assemblage de quatre pièces. Fort heureusement, comme le pilier en pierre du maître-autel, l’objet a été conservé. Ce constat, que personne n’a souligné, débouche sur une réflexion indéniable. Nous avons dit, en ouverture de cet article, que dans l’église, l’ensemble des décors, ornements, meubles et vitraux avait été modifié ou radicalement enlevé sur initiative de l’abbé Saunière. Tout, oui, sauf deux choses : le pilier en pierre et le balustre. A ceci, peut-être, on peut ajouter la boîte à aumônes qui se trouve à présent près de l’entrée droite de la sacristie. Sur une photographie, on la montre près d’Asmodée à l’entrée du sanctuaire (Gérard de Sède, « Rennes-le-Château. Le dossier, les impostures, les phantasmes, les hypothèses » - Robert Laffont- 1988). Nous poserons la question, dans un autre chapitre, de savoir pourquoi Saunière a voulu, expressément, ne conserver que ces objets au détriment des autres ? Les grincheux nous diront que tout était dans un tel état de délabrement qu’il était plus judicieux, effectivement, de tout jeter… et que l’abbé n’a conservé que ce qui pouvait encore servir. Pourtant, nous avons vu que la chaire était utilisable sans ennui plusieurs années avant son grand nettoyage par le vide.
A cet effet, comme nous pouvons le vérifier sur le terrain, il aurait réutilisé le pilier du maître-autel en tant que socle d’une statue de la vierge, à l’extérieur, face au calvaire. Oui… bien entendu, c’est une réponse des plus logiques. Cependant, nous ajoutons aussitôt que si cette théorie est acceptable pour ce dernier, on observe la réflexion d’Antoine Captier (le sonneur de cloches) en ce qui concerne le balustre. Celui-ci ne semblait pas vraiment destiné à une réutilisation puisqu’il avait été jeté au sol sans ménagement… au point que sous le choc il révéla une cache et quelque chose que personne n’avait vu dans les gravats. Il semble alors que Bérenger Saunière ait tout à coup donné à l’objet une importance qu’il n’avait, visiblement, pas prévu initialement. Cette importance est telle que non seulement il conserve l’objet, au lieu de lui faire subir le même sort que les anciens décors, mais il ne s’en défera jamais. A ceci on peut ajouter qu’il ne s’en sert pas comme d’un matériau de réemploi, à l’image du pilier en pierre, mais il le conserve jalousement près de lui… comme une précieuse relique ?
Admettons que si Saunière voulait simplement ne pas le jeter, il pouvait l’entreposer dans la sacristie, sa pièce ‘isolée’, dans le réduit de la montée au beffroi… ou encore lui donner une seconde vie dans l’église elle-même, comme socle sur lequel déposer la boîte aux offrandes, par exemple… Ce qui nous permet de dire, sans grand risque de nous tromper, que l’abbé Saunière a conservé près de lui ce balustre qui, à première vue, ne semble pas avoir une valeur artistique, religieuse ou archéologique particulière… sinon peut-être une valeur sentimentale ou nostalgique! Oui, mais alors, de quelle nostalgie, ou impérative raison, s’agissait-il ?

Balustre et symbolisme ?

Le balustre mesure 0,85 mètre de haut et le plateau du dessus forme un carré de 29 centimètres. Pour ce dernier, on voit qu’un des côtés était destiné à se trouver contre le mur puisque qu’on le voit dépourvu de son ‘chanfrein’ afin de convenablement plaquer et supporter sa charge sans problème. Sa décoration est celle que l’on trouve parfois sur certains chapiteaux d’église. Gérard de Sède y voit un élément datant de la Renaissance et dont le « chapiteau est décoré de feuilles de grenadier, ce qui prouve que celui qui le sculpta était instruit, car ‘grenade’, en grec, se dit ‘balaustion’, mot d’où provient celui de balustre ». Certes, la corrélation devait être tentante et facile pour cet auteur dont le fort est de montrer les approches ésotériques de cette affaire. Cependant, il est étonnant qu’il ne se soit pas engouffré dans le lien entre le grenadier, son fruit et le rapport avec la franc-maçonnerie et ses décors de grenades… disposées en ‘pile’ aux sommets des colonnes ‘B’ et ‘J’ de l’entrée en loge. Cependant, si le motif de ‘plat’ (décor inscrit en haut et au centre du pilier, s’il est de section carrée) entre les angles du chapiteau est bien une représentation végétale, pouvant être inspirée du feuillage d’un grenadier, il n’en est pas forcément de même pour les ‘volutes’ d’angles. Ces dernières semblent surtout styliser l’enroulement d’une ‘crosse de fougère’, ou plus vaguement d’une acanthe. Ce motif de fougère suggèrerait-il alors les rouleaux de bois trouvés dans le pilier en pierre ‘reposant dans des fougères sèches’ ? Ce n’est qu’une remarque mais, dans ces détails, il est préférable de ne « rien négliger ». Il y a encore un détail amusant dans les ornements du chapiteau. En regardant le tracé du ‘plat’, de ce que De Sède appelle un ‘feuillage de grenadier’, on distingue un second tracé suggérant les huit pattes, le corps avancé avec la tête d’une araignée ou… d’un poulpe. Certes, là encore, il serait dangereux, voire irresponsable, d’affirmer que l’un est la représentation de l’autre. Cependant, une fois de plus, se dessinerait de manière suggestive une forme que l’on retrouve, en filigrane, dans la mouvance d’un Prieuré de Sion… ou, mieux encore, sous la forme d’un idéogramme à usage d’une société restée parfaitement dans l’ombre de l’énigme de Rennes-le-Château. Dans l’ombre oui, mais avec parfois un détail suffisant pour que celui, apte à comprendre, puisse le faire en toute discrétion.
En ce qui concerne sa forme, la colonne commence, au sol, par un socle massif en octogone (première partie indépendante de l’ensemble) pour se prolonger par le début d’une section circulaire allant en diminuant au fil de 3 ou 4 profils de tour. S’ensuit un fût cylindrique sans décor jusqu’à l’amorce du chapiteau démesurément haut à 4 côtés (seconde partie indépendante de l’ensemble). Un décor en crosse vu plus haut avec des ‘plats’ à motif végétal. Le plateau final est de section carrée en 7 profils consécutifs. Le ‘bouchon’ de la cache est aussi long, bien qu’incliné, que les 7 sections carrées et la partie décorée du chapiteau (dont l’ensemble forme la dernière partie indépendante du balustre).

Une cache… qu’y a-t-il à l’intérieur d’une cache ?... qu’est-ce qu’on y voit quand elle est ouverte ?...

Nous savons que Saunière ne s’est jamais défait de ce vestige sur lequel s’appuyait l’ancienne chaire qu’il venait de détruire sans état d’âme. Ce geste fut-il nostalgique en raison d’une découverte majeure depuis ce que la cache, découverte fortuitement, pouvait lui révéler ? On ne le sait pas dans l’état actuel des choses. Cependant, il y avait bel et bien une petite fiole de verre contenue dans une réserve pratiquée dans le haut du balustre. Mais ce n’est pas tout. Antoine Captier nous révélait que la glissière cachant le contenu devait être vermoulue pour expliquer qu’elle se soit ouverte sous le choc. Or, ce que nous distinguons est une clenche diagonale épousant parfaitement une entaille pratiquée dans toute la profondeur du chapiteau. Mais cette pièce de bois, à bien l’observer, n’est pas dans la veine des fibres végétales du socle et peut-être pas de la même essence. C’est en tous cas ce qu’on peut distinguer sur la pièce elle-même. On peut estimer la déclinaison de cette ‘glissière’ à près de 20° (pour ne pas dire 22 !) qui prend toute la hauteur du chapiteau décoré de volutes végétales ou non. Si cette dernière assurait la fermeture d’une cache, on pourrait, avec surprise, dire qu’elle était inclinée, donc non verticale, et réglait les dimensions du flacon de verre dissimulé à l’intérieur. C’est ainsi qu’il ne pouvait excéder, c’est évident, les dimensions du passage qui lui était offert: moins de 29 cm de long pour moins de 5 de large. La profondeur pose un autre problème. Selon les dires d’Antoine Captier qui connaît bien son balustre, la cache, si elle est longue, en échange, est peu profonde. Trois solutions s’offrent à nous pour la capacité et le contenu de cette cachette.
1 : Elle renfermait effectivement une fiole, et cette dernière ne pouvait absolument pas être renflée en raison d’une profondeur quasiment inexistante dans la masse du pilier. En ce cas, le ‘flacon’ ne peut pas contenir un long et large document… et encore moins une relique, ou alors en poudre…
2 : Elle contenait un document qui, plié serré, pouvait alors tenir dans le faible espace laissé entre la ‘fermeture’ et le fond de l’entaille. En ce cas, seul un document de courte longueur peut s’y cacher…
3 : Il y avait bien un petit récipient et il ne pouvait tenir, s’il était légèrement ventru, que dans une alvéole aménagée pour lui dans la ‘glissière’, ce qui le fragilisant expliquerait sa cassure lors du choc de la démolition.
C’est à peu près les seules possibilités offertes par cet assemblage ‘secret’.

Saunière le nostalgique ?

Deux choses sont cependant certaines. D’abord, nous disposons du témoignage d’Antoine Captier, dont aucun chercheur ne mettrait la bonne foi en doute, qui connut directement son ancêtre et qui garantit la véracité des propos rapportés par ce dernier. Ensuite, Antoine et Claire (son épouse) possèdent le balustre dans son ‘état primitif’. Ceci nous permet de voir la cache avec sa clenche et de vérifier que les deux affirmations se confortent en s’étayant d’elles-mêmes. Nous pouvons donc supposer que le carillonneur Antoine Captier, en redescendant du clocher, a bel et bien vu dans les décombres de la chaire briller faiblement un flacon contenant… un document. A ceci, nous ajoutons que visiblement ce balustre peut avoir au maximum des origines Renaissance, mais difficilement plus ancienne et que, de plus, il supportait la chaire sans doute depuis sa mise en place. Ces détails signifient d’abord que la cache ne pouvait contenir un élément remontant avant la Renaissance, ou alors au mieux qu’un écrit, un étui, bien plus ancien, y aurait été déposé au moment du montage de la chaire qui par son poids en aurait garanti l’inviolabilité… jusqu’au moment où l’abbé Saunière décide de tout modifier ou… tout effacer comme dans le vieux cimetière ! Seul en ce cas, répétons-le, aurait survécu ce qui lui semblait de la plus grande importance de conserver. Le balustre visiblement ne faisait pas partie des ‘rescapés’… du moins jusqu’au moment de la remise à jour. Peut-être n’est-ce pas si téméraire de supposer que Saunière, cherchant quelque chose de précis, ait entamé de le retrouver. Sachant cet ‘élément’ dans son église, mais ne disposant plus de l’information de l’endroit précis, il aurait pratiqué la politique du nettoyage par le vide jusqu’à la remise à jour espérée. Antoine Captier, grand-père d’Antoine Captier, revenant de carillonner, aurait alors retrouvé la pièce du puzzle manquant à Saunière, ou à ses commanditaires. En ce cas, le bedeau n’aurait pas fait péché d’orgueil en affirmant à son petit-fils : « et c’est grâce à moi que le curé est devenu riche »…

Cachez cette cache que le commun ne saurait savoir

Cependant, ce n’est pas encore tout en ce qui concerne cette cache astucieuse qui se trouvait, comme la fameuse lettre d’Edgar Poe, à la vue de toutes personnes circulant dans l’église. Et nous allons voir qu’en certaines occasions quelques personnages s’en approchaient au plus près… Regardons le registre laissé par l’abbé Bigou qui accéda, par l’ultime confession de Marie de Négri d’Ables, dame d’Hautpoul, à ce que savaient les seigneurs de sa famille sur le secret de Rennes-le-Château. Sur cette chronique paroissiale, en date de 1705, il est question de l’inhumation d’une ‘Dame Anne Delsol’ à Rennes. Il est écrit laconiquement, car cette remarque semble tomber sous l’évidence, qu’elle est ensevelie « dans l’église, au tombeau des seigneurs qui est auprès du balustre ». Cette phrase montre, sans contestation, que le point de repère de l’endroit à dégager pour ouvrir l’accès à la crypte des seigneurs du lieu (qui ne furent pas tous des Hautpoul, loin s’en faut !) se retrouve grâce à l’emplacement du fameux balustre en question ici. Il aurait été plus simple qu’existe, une fois pour toutes, une sorte de trappe de bois, ou une dalle de pierre visible ouvrant sur le royaume des nobles morts de Rennes-le-Château… Si le seul moyen de signaler cette ouverture se résume au balustre, c’est peu dire qu’il fut très important. Mais c’est dire aussi qu’au moment de la descente au tombeau, tous les participants passaient obligatoirement près du pilier de bois. La face recevant la clenche étant à l’opposé du mur (voir notre photo), un observateur attentif ne pouvait que remarquer l’anomalie et deviner l’astucieuse cache… La découverte, due au hasard, du sonneur Antoine Captier et l’empressement de l’abbé à en dédramatiser l’importance montrent que l’astucieux dispositif remplit parfaitement son rôle jusqu’à la démolition de la chaire sur ordre de Saunière. Ce dernier, par tâtonnement, espérait-il ce résultat par cette action masquée sous un désir de revaloriser la maison de Dieu ?... Pourquoi pas puisqu’il savait déjà au moins, pour avoir consulté le vieux registre de Bigou, qu’on pouvait accéder « dans l’église, au tombeau des seigneurs qui est auprès du balustre »? Toujours dans cette hypothèse, Bigou en sut forcément tout autant, et plus encore par l’ultime confession de la Dame d’Hautpoul, dont il transcrivit l’essentiel sur une des dalles mortuaires de cette dernière (comme nous l’avons démontré dans un de nos chapitres sur le sujet) à l’usage de qui de droit.

Un contenu jamais expliqué

Ensuite, personne ne sut jamais en quoi consistait le contenu de la fiole.
Pour le carillonneur, il s’agissait d’un ‘parchemin’ remis à Saunière. En ce cas, ce personnage avait-il ouvert le flacon ? L’abbé aurait prétendu, en échange, qu’il se serait agi de reliques sans valeur. Ce dernier l’aurait-il ouvert à son tour sans attendre d’être seul ? En ce cas, peut-on imaginer A. Captier incapable de distinguer un petit reliquaire d’un parchemin ? Certainement pas, et cette remarque peut sans doute soulever d’autres interrogations sur le rapport entre le curé et son carillonneur ! Et puis… ces reliques sans valeur… que sont-elles devenues puisque prétendues sans intérêt ? Pourquoi Bérenger Saunière les aurait-il soustraites à tous, au risque de voir devenir son bedeau interrogatif ?
Les suppositions et les hypothèses vont bon train dans le chœur de nos ténors préférés… l’un voit dans ce petit récipient ni plus ni moins que « La fiole contenait en fait 3 parchemins, signés de Blanche de Castille : un arbre généalogique, révélant la généalogie de Dagobert II, ainsi que deux textes codés tirés des évangiles ». On croit rêver ou alors, peut-être, s’agissait-il de ‘micro format’ avant l’heure ? Enfin, on nous dit également que le compartiment ne contenait que quelques ex-voto sans intérêt… Quoi qu’il en soit, et quelque fut le contenu, il avait assez d’importance pour être serré dans une cache impraticable sous le poids de la chaire qui en bloquait le système d’ouverture. Pouvait-il être quelconque pour se trouver sous un pareil sceau du silence des siècles? Certainement pas puisque Saunière dut l’inclure dans les éléments qui finirent par le conduire à la finalité de cette énigme !
D’autre part, on note la totale absence de cet événement, incident ou coup heureux du hasard, dans les notes de Bérenger Saunière. Et ce silence se poursuit jusqu’aux fameux ‘carnets oubliés’ de ce dernier qui devaient, selon les ‘experts’, contenir la totalité absolue des actes et faits de l’abbé jusqu’aux plus minimes. A ce sujet, on se souvient qu’il y eut, dans la plus parfaite indifférence générale, une gourmande levée de boucliers, orchestrée par les inconditionnels admirateurs de ces carnets aux révélations creuses. Le propos s’axait essentiellement, bien entendu, sur certains voyages n’ayant pas laissé de reçus, ou traces comptables, dans ces précieux, et inutiles, carnets (tels les reçus de trajets à dos de mulet ou en carrioles ou en vélo de l’abbé)… Cette vague de prétendue indignation se prolongerait-elle jusqu’à nier sur le même ton l’événement du balustre, puisqu’on n’en trouve aucune trace dans ces formidables documents passoires?

Le retour du balustre sur une fresque

Toujours est-il, quand on voit le balustre aujourd’hui, que celui-ci reçut de la part de l’abbé une rénovation complète et minutieuse du système de fermeture, remis à neuf… comme si cet objet tout à coup avait pris une valeur inestimable pour ce prêtre dont la découverte bouleversa, et bouleverse encore de nombreux milieux.
En vérité, cet objet traversa le temps sans grand bruit… et aurait dû continuer ainsi si Gérard de Sède n’en avait réactivé le souvenir et le mystère de son contenu. Son contenu, nous l’avons vu, ne pouvait être une anodine et obscure relique. Au contraire, le soin apporté par l’abbé pour conserver l’objet en silence montre que la pièce cachée était un élément majeur. Cet élément caché, uniquement dans un orifice tenu au plus profond de la seule partie haute (le chapiteau) de la colonne, a peut-être frappé l’esprit de Saunière plus qu’on peut l’imaginer. En effet, si le balustre fut sorti du décor de l’église, avec la démolition de la chaire, il est possible que l’abbé Saunière en ait manifesté discrètement la présence sous une autre forme. Pour retrouver ce souvenir, et sans doute son sens caché, il suffirait, sans doute, de regarder la grande fresque sur le confessionnal et Asmodée.
Cette fresque, qui cache l’antique porche d’entrée de la chapelle wisigothe des seigneurs de Rennes, contient à sa droite, en bas, dans une zone de teinte sombre, un certain nombre de détails rarement observés. On y voit un personnage âgé courbé (une femme ?) sous le poids du temps. Au loin, un étrange village mort entouré de collines (de quel village mort pourrait-il s’agir ?…). Le premier plan est formé d’énormes roches avec une autre arrondie, et, dans l’ombre, un chapiteau de colonne abandonné occupe le bord extrême du décor. A bien regarder ces détails, on retrouve la forme simplifiée du chapiteau du balustre de Saunière. De plus près, on reconnaît, à peine schématisé, l’ornement que Gérard de Sède appelle ‘feuille de grenadier’, et surtout les angles en crosse de fougère… L’abbé, auteur de cette étrange fresque, rappelant que bienheureux seront les malheureux et les pauvres, a-t-il voulu laisser dans l’ombre, mais toutefois facilement visible, un rappel du précieux témoin à l’attention de ceux qui sauraient en comprendre le sens, mais ne le verraient plus… car, depuis la Révolution, on n’accède plus « dans l’église, au tombeau des seigneurs qui est auprès du balustre » ??? En ce cas, comme en d’autres points de cette énigme, le relais était ainsi transmis depuis des siècles, de balustre en fresque, par des hommes jalons tels que messieurs les prêtres : Bigou, Boudet et Saunière… surtout Saunière !

Aujourd’hui… le balustre

Aujourd’hui, nous voyons Antoine Captier cherchant à entretenir son pilier balustre dont certaines pièces se déchaussent. Arrivés à ce moment, nous avons pu voir l’objet démonté en deux pièces. Nous pouvions alors vérifier que du lourd socle octogonal en contact avec le sol se devinent deux sortes de ‘chevilles’ profondément engagées dans la masse du bois. On peut simplement supposer qu’il s’agit du système rassemblant la base à la colonne cylindrique qui reçoit, elle-même, le tenon circulaire engageant le chapiteau supportant la nacelle de la chaire. Il n’y aurait là aucun mystère. Cependant, si le balustre abrite une cache, pourquoi n’en aurait-il pas eu une seconde… invisible celle-ci, et plus importante que la première. Si Saunière finit par savoir ce contenu et par y accéder, tout l’aurait porté à conserver jalousement cette preuve… à toutes fins utiles, ou en monnaie d’échange le cas échéant. Ainsi, ces réflexions montrent, d’abord qu’il n’est pas utile d’aller chercher bien loin ce qui est sous nos yeux, et ensuite qu’il faut admettre la possibilité que le balustre n’ait pas livré les derniers secrets qu’aurait compris l’abbé Bérenger Saunière, curé de Rennes-le-Château. C’est ce dernier que nous retrouverons dans un autre élément ‘pilier’ de son église au prochain chapitre.

suite>>

André Douzet
Merci à Nathalie pour les prises de vue de cet article

Nous tenons à remercier chaleureusement Claire et Antoine Captier, propriétaires incontestables du balustre, qui nous reçurent chaleureusement, nous donnèrent toutes les explications utiles sur cet objet, et nous permirent de réaliser des photographies des éléments défaits. Cet article leur est dédié en reconnaissance.