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Les secrets oubliés de l’église de Rennes
(2ème partie) - Du pilier wisigoth à la fausse énigme des pommes bleues

 

Détour par d’impossibles ‘pommes bleues’

Suite à l'interrogation de plusieurs de nos correspondants ou adhérents à propos du 17 janvier et de l'activité qui se déroule maintenant chaque année à Rennes-le-Château à cette date, nous tenons à apporter plusieurs précisions ou explications sur notre position à ce sujet. Celles-ci nous ramènent curieusement au second pilier de l'église de Rennes-le-Château, connu sous le nom de 'pilier wisigothique'.
Cette manifestation, au départ, semblait avoir pour but une réunion axée sur le phénomène lumineux dit arbitrairement ‘des pommes bleues’, ayant précisément lieu dans l'église à cette période. Tout d'abord, il faut, pour que ces reflets de lumière soient au rendez-vous des curieux, des conditions météorologiques parfaitement favorables sur le plan solaire.... ce qui n'est pas toujours le cas à cette période hivernale. Ensuite, il faut bien admettre que l'appellation ‘pommes bleues’ est des plus arbitraires. Ceux qui ont assisté à ce fugitif phénomène diront avoir vu quelques taches bleutées, mélangées à d’autres multicolores, plus ovales que rondes, sur le mur opposé à la source de l'effet: le vitrail. Ces traces de lumière, si elles sont rondes ou ovales, durant quelques secondes, n'ont pas plus de ressemblance avec une pomme qu'avec une tranche de salami bleu ou une sous-tasse de bar. Elles pourraient correspondre, en vérité, à n'importe quoi de rond et légèrement bleuté...
La coloration bleue n'étant pas, non plus, l'apanage de la pomme, il risque d'y avoir loin de la coupe aux lèvres dans ce qui est devenu un bref numéro de cirque déplaçant un nombre considérable de curieux. Certes, un jour, un petit malin a lancé cette fantaisie qui, reconnaissons-le, tombe comme un cheveu sur la soupe du fameux décryptage d'un des parchemins, prétendus retrouvés dans le pilier wisigothique démonté par l'abbé Saunière dans son église en travaux.
Nous reviendrons très vite sur le pilier et sa cache ... Pour l'instant, nous voyons que ce fameux ‘parchemin’ est un faux, savamment fabriqué dans un but à deux facettes. La première est de rejoindre la ‘légende’ de Rennes-le-Château par la grande porte en s’auto - étayant avec le mythe présent dans cette énigme. La seconde serait bien plus secrète et ferait partie d’un plan complexe faisant intervenir d’autres acteurs que les lampistes Plantard, de Chérisey et Gérard de Sède… des acteurs inattendus sur lesquels nous mettrons des noms prochainement. On pourrait dire que ce faux cache un vrai document qu’il était prudent de retirer de la circulation au bénéfice de celui, ceux, que nous connaissons sous les noms de petit et grand parchemins!... Pour revenir sur le ‘faux parchemin’ aux ‘pommes bleues’, tous les spécialistes en la matière sont d'accord sur le fait qu'il y ait de grandes probabilités pour qu'il date tout au plus d'un demi-siècle... en ajoutant qu'ils sont tous admiratifs du travail d'orfèvre en matière d'imitation de manuscrit ancien.
Le message prétendu secret contenu dans ce long texte fabriqué pour le restituer fait mention effectivement de « pommes bleues »... Et l'occasion était trop belle pour celui qui colla, sur ces fruits colorés, le passage du message ‘décodé’ dont la seule analogie était uniquement le nom de la teinte bleutée. Le tour était joué pour que soit accrédité le passage contenu dans le message et, par rebondissement, le message lui même... et donc le parchemin qui se retrouvait, de fait, au rang d'incontestable document d'époque ....
Quant aux fruits de couleur franchement bleu pâle, il n'y a, du moins à notre connaissance, que les rocambolesques oranges... d'une aventure de Tintin qui aient eu cette particularité. Jusque là, monsieur Hergé, père du célèbre journaliste aventurier, n'a jamais été impliqué dans une telle affaire, sauf peut-être dans un ouvrage sur la société Angélique, et encore de manière assez laborieuse.
Nous pouvons donc supposer que le phénomène lumineux audacieusement baptisé de ce nom est des plus arbitraires. A ce jour, ce dernier n'a rien apporté de nouveau dans l'affaire en question, sauf une déferlante de curieux qui, parlant de tout sauf des pommes colorées, se faisaient tancer vertement lors de la visite dans l'église à ce moment particulier.
Ajoutons encore que la date du 17 janvier est elle aussi le prétexte de cette réunion car la curiosité n'est pas propre à ce seul jour. On peut, plus paisiblement, la constater, les quelques jours précédents, tout comme ceux qui suivent.
A ceci, nous apportons également quelques précisions. En effet, on peut également voir un phénomène lumineux quasiment similaire en de multiples endroits de France n’ayant rien à voir, de près comme de loin, avec Rennes-le-Château… Dans l’affaire qui nous concerne, on le retrouve aussi dans la basilique de Notre Dame de Marceille. Dans ce cas, les rayons solaires colorés frappent, de ‘ronds teintés’, le grand tableau de la tentation de St Antoine, d'une manière tout aussi remarquable... sans que pour autant il y ait là un mouvement de foule effervescente. Il y a ainsi tant d'autres manifestations similaires qu'il est impossible de concevoir une réalisation de cause à effet particulière à Rennes-le-Château.

Il faut aussi préciser que la réunion de ce jour peu à peu se déplace vers d'autres sites et sujets divers... On en profite surtout pour assister au rassemblement d'échantillonnage étincelant de personnages effectivement hauts en couleurs ou... en janvier 2006, à des démolitions radicales d'hypothèses débridées, par un ‘Rex Mundi’ au mieux de sa forme! En fin de compte, le seul vrai grand bénéficiaire dans cette opération est le restaurateur assurant la pitance de cette déferlante providentielle en cette morte saison touristique. Cette manifestation, très en vogue, où il est de bon ton de se montrer pour être considéré comme ‘in’, est la conséquence d'une amusante erreur d'aiguillage orchestrée depuis un faux document n'ayant aucune chance de provenir du pilier wisigoth... s'achevant sur de fausses ‘pommes bleues’ tout juste bonnes à faire une écoeurante compote indigeste, n’ayant ni pédoncule ni tête, sans le moindre rapport avec la date fatidique d'un énigmatique 17 janvier qui, lui, est sans doute réellement lié à l'énigme qui nous concerne.
Ce petit détour par les ‘pommes bleues’ du 17 janvier nous ramène, plus sérieusement, maintenant, à nos piliers démolis et surtout détournés de l'église de Saunière.

Un vieux maître-autel ?

Nous sommes en 1887 et les travaux de mise hors d’eau de l’église de Rennes sont réalisés; la toiture ne fuit plus et les offices peuvent se dérouler au sec… A ce moment, Saunière se tourne vers le maître-autel et le trouve indigne de son grandiose projet de réaménagement du sanctuaire. Il projette donc de le démolir au bénéfice d’un autre qu’il juge adapté à ses désirs.
Mais qui peut dire, encore aujourd’hui, si cette démolition est un des premiers caprices mégalomanes de l’abbé Bérenger Saunière ou, au contraire, une action mûrement concertée donc l’objet nous est inconnu ?... Peut-être savait-il qu’en démolissant la table du maître-autel, une découverte importante en surgirait ? Toujours est-il qu’à ce moment les moyens financiers sont encore insuffisants pour lui donner toute l’autonomie nécessaire à ce qui semble se concevoir comme un plan établi. Il dut s’en confier à quelques personnes de confiance puisque rapidement une riche croyante, madame Cavailhé de Cousan, lui propose de prendre l’opération à sa charge. C’est un 27 juillet 1887 que débutent les travaux de démolition de cet ensemble. Nous reviendrons en détails dans le troisième volet de ce dossier sur ce maître-autel, son emplacement et son agencement, car d’autres surprises nous attendent, et certaines seront de taille !
Nous passons donc sur la description de l’appareillage pour nous concentrer sur le moment où la table de pierre est enlevée. A cet instant, l’un des piliers laisse apparaître l’ouverture d’une cavité emplie de végétaux… des fougères, nous dit-on. Et là commence une partie incertaine mais cruciale de l’histoire de Saunière.

Sous les fougères… le mystère

On comprend la surprise des ouvriers face à cette ouverture inattendue… On imagine aussi ce qu’ils peuvent supposer de merveilleux à cet instant, et la fébrilité qui dut régner avant que les mains ne plongent dans les débris végétaux secs comme de l’amadou. Effectivement, sous le mince rempart de feuilles, le mystère attend les impatients. De cet instant nous ne savons pratiquement rien, malgré les ‘tartines’ interminables de tous les ténors en la matière; et le choix est grand dans les diverses possibilités qui nous sont proposées. Pour certains, il s’agit de « quatre rouleaux de bois cachetés de cire ». Immédiatement, toujours d’après les mêmes auteurs, Saunière les aurait décachetés et aurait trouvé dedans des rouleaux de « parchemins rédigés en latin, mais dans un latin archaïque » (d’après Elie Bot, le maçon qui aida Saunière dans ses travaux)… Pour d’autres ténors, il y avait trois rouleaux, et pour quelques ‘connaisseurs’, seulement deux.
On ajoute, à cette ‘foire d‘empoigne’ du contenu, un inventaire qui dérive sensiblement de l’un à l’autre ou de quatre documents à point du tout. Se bousculent âprement sur ces listes : d’abord « Les documents avaient été trouvés par Saunière lui-même dans la capsa du pilier wisigothique, enfermé dans un rouleau de bois » (G. de Sède). Ensuite, nous avons « deux ou trois rouleaux de bois : ils renfermaient des documents manuscrits sur parchemins » (Pierre Jarnac)… puis encore «des parchemins qui sont des actes : Un acte généalogique de 1243 (sceau de Blanche de Castille). Un acte généalogique de 1608 (F.P.d'Hautpoul), un acte généalogique du 24/4/1695, et enfin un recto/verso du chanoine JP. de Nègre de Fondargentdaté »… un peu plus loin, nous trouvons une autre liste composée de « 3 tubes de bois renfermant 4 parchemins : un ‘Evangile de St Jean où le Christ est reçu à Béthanie par Lazare’, un autre document intitulé ‘Marthe et Marie de Magdala’, ensuite un ‘condensé des versets de Luc (VI,1-5), Matthieu (XII, 1-8) et Marc (II, 23-28)’, et enfin un ‘arbre généalogique sur la descendance inconnue de Dagobert II’ »… Mais il y a encore plus cocasse si on lit le livre de monsieur Jean-Jacques BEDU (‘Rennes-le-Château autopsie d’un mythe’ – Loubatières, 1990). On y trouve, page 26, une affirmation en ces termes « Ce pilier est plein et n’a donc pu contenir des parchemins ». Dommage que cet auteur, pourtant prétendu (en 4ème de couverture de son ‘Les Sources secrètes du Da Vinci Code’- 2006) « au début des années 1990 parvenant à lever définitivement le voile sur l’énigme du trésor de Rennes-le-Château »… ne se soit pas renseigné un peu plus ou n’ait visité au moins le vrai pilier avant d’en régler si simplement le procès. Quoi qu’il en soit nous restons provisoirement, dans ce chapitre, sur le sujet de ce pilier.

Une cavité doit être ouverte ou fermée

Quand on regarde le pilier d’origine dans le musée communal de Rennes-le-Château, un détail est certain, mais ne fut jamais souligné par aucun ‘spécialiste’. En effet, si l’on observe ce vestige, on le voit tourné dans le bon sens, à l’inverse de la copie dans le jardinet à gauche de l’entrée du presbytère - musée. Il suffit d’être assez grand pour vérifier qu’effectivement une cavité y est ménagée… mais qu’en plus, cette dernière comporte un chanfrein creux forcément prévu pour recevoir un… couvercle. Or, aucun des témoins de l’époque ne fait mention de ce ‘détail’. Le fait qu’il y ait une fermeture avant le contact avec la lourde table d’autel en pierre prouve que les auteurs du pilier et responsables de son contenu voulaient assurer une bonne ‘étanchéité’ à cet ensemble. Certes, on peut rétorquer que le chanfrein ne servait que de ‘mortaise’ pour recevoir un ‘tenon’ entre la table et le pilier, pour assurer une bonne stabilité et jonction entre les deux pièces de pierre de l’autel. En ce cas, le découpage dans le haut du pilier pouvait être simple et sans autre découpe supplémentaire… seulement prévu à usage d’un bouchon de pierre. Cependant, nous observerons que ce ‘bouchon’ dut être fixé solidement (avec un mortier fin de liaison) et que, s’il arasait le sommet du pilier, un levier ou ciseau devenait indispensable pour le faire sauter.
Si personne ne fait état de cette fermeture, c’est qu’elle n’existait plus. Et si ‘elle n’existait plus’, c’est peut-être qu’à une époque reculée on l’avait enlevée, sans la remettre après une certaine intervention. Il est imaginable, qu’en raison de cette absence, les ouvriers n’en aient fait la réflexion, sinon nous pouvons supposer qu’ils ne se seraient pas permis, de leur propre initiative, d’ouvrir un bouchon de pierre dans un maître-autel vénérable. Si plus rien ne protégeait le réceptacle, on peut se demander à quelle époque remonte cet ‘oubli’. Nous avancerons, en ce qui nous concerne, le moment où la chapelle castrale, sous le vocable de Ste Marie, passe au statut d’église de Rennes, sous le vocable de Ste Madeleine…
A présent, regardons de plus près ce témoin des temps anciens de la religion. Celui-ci pourrait avoir deux époques d’origine car on le désigne ‘wisigothique’ ou ‘carolingien’. Certes, il est de bon ton pour les inconditionnels des origines des rois wisigoths que seule cette époque soit retenue. Nous n’entrerons pas dans ce débat réservé, à l’évidence, à des experts chevronnés. Ce qui est certain, c’est qu’il s’agit d’une pièce archéologique de belle qualité.

Descriptif technique sommaire

Il s’agit d’un pilier, de section pratiquement carrée, taillé d’une seule pièce. Si les informations techniques des services fonctionnaires compétents sont exactes, nous avons les dimensions suivantes :
Pour une hauteur de 75cm, nous avons une largeur de 40cm (face avant) pour une profondeur de 39cm (côtés gravés). Cependant, nous sommes étonnés de dimensions si ‘franches’ car nous notons que la base de la pièce est sensiblement moins large que le sommet. Ces indications officielles, curieusement, ne font pas mention de la cavité, pourtant bien visible au musée (ces honorables fonctionnaires des M.H., comme J.J. Bedu, ne se seraient-ils pas donnés la peine de venir sur place constater les détails ???). Pour son époque d’origine, on reste dans un flou chronologique du plus bel effet, car elle est vaguement définie comme « haut Moyen Age »… un point c’est tout !
Un site explique, à propos de ces dimensions, que celle de la hauteur d’origine était de « 0,95 m »… information des plus curieuses mais intéressante car on se demande, à juste titre, où cette cotation, redoutable de précision, a pu être prise depuis une partie manquante dont tous ont perdu la trace… Cette mesure, pour D. Baudreu serait « avant sectionnement » d’environ 1,15m et nous pensons que cette hypothèse est sans doute la plus juste si on estime que les décors haut et bas étaient similaires… ce qui est loin d’être la réalité.
De plus, cette portion inexistante à présent devait avoir des dimensions encore plus réduites puisque l’élément montre une différence ‘haut et bas’ légèrement rétrécie…
En ce qui concerne la cavité, ouvrant depuis le dessus, nous avons les mesures suivantes : il s’agit d’un creux désaxé à gauche, de section carrée de 12cm de côté pour une profondeur de 8cm. L’entaille de fermeture, bien centrée en échange, est d’une moyenne de 2cm de large pour un carré de 17cm de côté.

Le décor, comme le montrent les photographies, est certainement très ancien, pouvant effectivement remonter aux âges wisigothiques, bien qu’évalué quasi officiellement de la période carolingienne (Durliat, en 1973). Pour nous, la meilleure description est celle faite, une fois encore, par D. Baudreu. Il nous explique que ce genre de décor reçut l’influence d’un centre situé primitivement en Italie du Nord, qui se serait répandu par la Suisse et la Provence jusqu’aux contrées du Languedoc. Pour cet expert, il s’agit bien de motifs carolingiens « le type de croix pattée aux extrémités recourbées, les lettres grecques alpha et oméga, la combinaison des entrelacs. De façon un peu imprécise on peut avancer les VIII° – IX° siècles comme proposition de datation. La croix serait la reproduction d’une croix de procession ou d’une croix d’autel avec sa hampe et sa surface bosselée évoquant un assemblage de gemmes ou un travail d’orfèvrerie. Au dessus de la croix, les motifs semblent représenter des grappes de raisin sur leurs sarments, figuration sans doute en rapport avec l’eucharistie ».

Nous verrons ensuite que ce genre de décor n’est pas propre à la seule église de Rennes, car on la retrouve en de multiples endroits, comme le musée de Narbonne, Boutenac, Oupia, St Polycarpe et… à Périllos !

L’impossible réceptacle

Après cette partie des plus techniques, nous revenons à notre petite cavité. Sa fonction semble avoir été celle, assez répandue, d’un réceptacle de reliques. En effet, il devait être, dans les temps très anciens de l’Eglise, de coutumes religieuses de déposer des saintes reliques dans le soutènement de la table du maître-autel. Il pouvait aussi s’agir d’une cache recevant une sorte de dédicace écrite et datée du sanctuaire… ou d’un événement religieux des plus importants pour le lieu. Peut-être faut-il aussi envisager un mélange des deux dépôts… Notons qu’en cas d’un petit reliquaire, la cavité le recevant prenait le nom de ‘tombeau’… ce qui est des plus curieux si l’on considère ce que l’abbé Saunière voulut inscrire sur son moulage géographique représentant deux lieux précis sous le même nom de « tombeau de… »… mais les grincheux de service diront qu’il ne peut, là, s’agir que d’un hasard qui s’ajoute à la longue liste de tous ceux qui parsèment nos travaux sur ce moulage ! Cet emplacement devenait, on s’en doute, un point sacralisé digne de la transsubstantiation se célébrant juste sur son dessus. Ce genre de réceptacle prend également le nom de ‘capsa’.
Pourtant, nous dirons que peu importe le nom face au volume de la cache. Car n’oublions pas que c’est depuis celle-ci qu’auraient surgi les parchemins qui causeront tant de nuits blanches à tant de chercheurs et traducteurs. Nous invitons le lecteur à regarder la surface que représente ce qui est communément appelé maintenant le « grand et le petit parchemins ». Ce constat se passe de plus de commentaires lorsque nous dirons que bien malin sera celui qui fera entrer ces deux documents dans des étuis de bois capables de se loger dans la capsa… En effet, n’importe qui peut reproduire le volume du pilier (dans du carton par exemple) et tenter d’y introduire un, deux, trois ou quatre tubes de bois et leur garniture de fougères sèches… C’est totalement impossible…
Pourtant, un détail doit nous retenir d’éclater de rire face à cette énormité qui relèguerait à un inextricable casse-tête, ou au ridicule, ceux qui considèrent bêtement que ces documents sont issus d’une si petite cache… et qui, de fait, peuvent dire adieu aussi aux pommes bleues du 17 janvier… Car, si en ce qui nous concerne, nous sommes persuadés que la cache ne pouvait pas abriter plus d’un petit reliquaire et un minuscule document écrit en forme de ‘dédicace’, nous ajouterons d’autres réflexions.

Les certitudes et la volonté de l’abbé Saunière

Puisque nous avons des certitudes en ce qui concerne la mise à jour de… parchemins lors de la démolition du maître-autel du ‘haut Moyen Age’, nous envisageons l’hypothèse suivante.
Tout d’abord, nous voyons que le pilier en question se trouve converti en socle pour une statue de la vierge, dans un jardinet à gauche de l’entrée au presbytère. Cette étrange fin de parcours est voulue par Saunière qui décidément semble tenir à la conservation des ‘piliers’ de son église pendant qu’il rejette radicalement toutes les autres décorations religieuses. Cependant, si le balustre en bois finit ses jours en compagnie de l’abbé, le pilier de l’autel, non seulement se trouve relégué dehors, mais de plus, il est tronçonné et pire encore… renversé ! Car le visiteur le constate comme nous, cet élément est bel et bien inversé sur lui-même. Ainsi, ce qui est en haut passe en bas et vice versa !
Georges Kiess remarque avec beaucoup d’humour : « Mais alors, une telle chose : mettre la Sainte Croix à l’envers… comment un catholique a-t-il pu ?... et de surcroît, un ecclésiastique ! un croyant de métier ». George souligne encore avec beaucoup de perspicacité qu’il est étonnant que son évêque, Mgr Billard, venu plusieurs fois en ces lieux, n’en ait pas fait la remarque et proposé, sinon ordonné, que le nécessaire soit fait pour réparer une telle… hérésie. Nous ajouterons à ces remarques que nombreux ont dû être les collègues de l’abbé Bérenger Saunière qui durent voir cette anomalie et sans doute en faire la réflexion. Visiblement, l’abbé ne dut pas considérer tout ceci et maintint coûte que coûte son choix : le pilier et ses ornements devaient se retourner vers le bas.
Nous ajoutons alors que vers le bas signifie « dans la terre » et mieux encore… « sous terre ». Y aurait-il là une autre partie du message destiné à être lu par quelques élus, seuls capables de lire ce qui se doit ? Et pourquoi pas ? Et Georges Kiess d’enchaîner : « Pourquoi cet homme aurait-il fait ça ? Un esprit critique, fusse-t-il croyant ou non, ne peut que demeurer perplexe en présence d’un tel fait. Si le prêtre désirait attirer l’attention, par exemple sur un détail précis, mais pas forcément l’attention de tout le monde, quelle pouvait bien être sa motivation profonde ? Avait-il quelque chose de spécial à dire sur le symbolisme de la croix… ? » Certes, nous allons fortement irriter nos grincheux de service en demandant si cette inversion à propos du symbole du Christ, et « d’un sous-sol », n’aurait pas un rapport avec un moulage. Un moulage que Saunière intitulera de bien étrange manière, en l’inversant aussi sur lui-même, en faisant mention d’un tombeau et de Jésus ? Rassurons tout de suite nos grincheux, en disant qu’après tout nous n’avons pas même besoin de la réponse pour rejoindre l’autre ‘croix du silence’ qui se trouve à Périllos.

Le limonadier maçon… complice de l’abbé ?

Mais alors la question reste entière à ce stade : d’où sortent de tels documents ? Car il y eut bien des documents comme nous le voyons avec l’homme qui aida Saunière dans ses travaux de démolition du maître-autel. Il s’agit d’un certain Elie Bot, limonadier au village de Luc sur Aude et qui devait avoir de solides connaissances en maçonnerie. C’est lui qui, au sujet des manuscrits, aurait affirmé, après la découverte de la cache dans le pilier, qu’ils « restèrent à peu près illisibles et qu’en tous cas ils ne se rapportaient pas à de l’argent ». Cette remarque, pour nous, mérite plusieurs interrogations logiques. D’abord, sans mépriser le moins du monde la mémoire de ce limonadier, nous sommes étonnés qu’il affirme d’abord les « parchemins rédigés en latin, mais dans un latin archaïque »… pour ensuite dire qu’ils « restèrent à peu près illisibles et qu’en tous cas ils ne se rapportaient pas à de l’argent ». De deux choses l’une… soit les documents restèrent à peu près illisibles… soit ils le sont encore suffisamment pour dire qu’ils sont en latin archaïque … et en plus ajouter qu’ils ne se rapportent pas à de l’argent !... serait-ce à dire qu’Elie Bot, limonadier de son état, lit clairement le latin pour tirer de telles conclusions ?
Ces brefs constats nous amènent à supposer qu’il y ait eu une connivence certaine entre Saunière et son maçon limonadier… oui, mais laquelle ? En tous cas, nous pouvons affirmer que jamais nulle part il n’est fait allusion à la moindre petite relique ! Pour un pilier chargé d’abriter un reliquaire, c’est une conclusion des plus attristantes.

Une cache et trois solutions

Tout ceci nous amène enfin à une autre considération. Nous sommes certains qu’une cache fut retrouvée dans « un » pilier. Puisque ces mises à jour de parchemins sont faites lors de la démolition du maître-autel du ‘haut Moyen Age’, il nous reste donc seulement trois solutions.

1/ La cache se trouve dans le pilier dit ‘wisigothique’. Pourtant nous voyons que la ‘capsa’ ne peut contenir, en raison de son trop faible volume, ce qui a été retrouvé. Ceci nous amène à dire que la ‘cache’ n’est pas celle désignée mais une autre… que nous pourrions bien supposer avoir été dans l’autre partie du fameux pilier… S’il ne reste qu’une alvéole et qu’elle ne peut être la bonne… c’est qu’il y en avait une autre ! Cette autre cavité pouvait fort bien se trouver à l’autre extrémité du pilier. Cependant, Saunière sait qu’il ne peut mentir sur deux caches en prétendant un seul dépôt. Aussi, sans autre forme de procès, il fait couper le pilier et disparaître la preuve de l’emplacement. Mais il est très probable qu’il dut être tenu de laisser une sorte de balise de sa découverte. Aussi, à cet effet, il renverse le pilier, selon un code convenu, et le place bien à la vue de tous. Ensuite, il l’aménage d’une sentence « PENITENCE – PENITENCE »… qui, nous l’avons vu, s’écrivait à l’origine « PENITENCE – PENITENSE » (voir notre article sur ce sujet). Depuis, le ‘S’ (du second ‘pénitence’) a été habilement transformé en ‘C’ et l’affaire est jouée ; plus personne n’y voit goutte.
Ajoutons, pour cette hypothèse, que la hauteur manquante du pilier est estimée au tiers de la hauteur, ce qui nous fait près de 35cm qui disparurent sans laisser de trace et sans la moindre raison valable puisque pour mettre un pilier dehors, la hauteur n’avait pas beaucoup de conséquences. En échange, cette dimension de 35cm devient correcte pour recevoir deux étuis de bois contenant des écrits conséquents… Ceci expliquerait, en ce cas, cela !

2/ La cache ne se trouve pas dans le pilier wisigothique qui n’est mis en lumière qu’en raison d’une petite ‘capsa’ qui captera toutes attentions vers elle en les détournant de l’endroit réel. En ce cas, tous les chercheurs se sont trompés car il pourrait bien s’agir de l’autre pilier pour lequel rien n’est dit et qui disparaît tranquillement et sans bruit de la circulation. L’inversion du pilier ‘wisigoth’ ne serait ici qu’une information destinée à la compréhension de la substitution de B. Saunière par ceux qui en sont mandatés.

3/ La cache est ailleurs… et l’abbé Bérenger Saunière a toutefois conservé l’étrange pièce, par laquelle il arrive à ses fins, dans la démolition du maître-autel de l’église de Rennes !

Nous aborderons, dans notre troisième partie, les hypothèses 2 et 3 plus en détails, ainsi que d’autres vestiges supprimés de l’église par Saunière qui les conserva cependant toute sa vie sous son regard ou en des lieux que lui seul savait... lui et peut-être ses commanditaires.

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André Douzet