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Les
secrets oubliés de l’église de Rennes (3ème partie) - De la table d’autel au foyer de l’abbé Saunière |
A
l’hasard des modes et démolitions
Nous
revenons dans l’église de Rennes-le-Château en présence
de l’abbé Saunière et de ses ouvriers qui vont s’affairer
à démolir le vieux maître-autel du sanctuaire. Il est
vrai que le nouvel autel est l’œuvre du fournisseur Monna (Toulouse)
qui le facture, sept cents francs, à une généreuse
bienfaitrice, madame M. Cavailhé, de Coursan, le 27 juillet 1887.
Il est logique de dire que la facture date de cette réalisation et
non les travaux de démolition qui obligatoirement précèdent
la dernière mise en place. Il serait envisageable d’estimer
les travaux de dépose à la fin de 1886 ou tout début
de 1887 qui serait une date plausible puisque correspondant à l’installation
du vitrail circulaire dans le chœur. Le maître-autel que nous
voyons aujourd’hui correspond bien à l’esprit général
de la décoration voulue par Saunière. A ce propos, nous disons
brièvement que ce serait plutôt l’inverse qui serait
de bon ton. En effet, ne serait-il pas plus chronologique de dire que c’est
cet autel, surtout son style, qui donne le ton pour tout le reste des rénovations
dans l’église ? C’est en tous cas ce qui apparaît
comme rationnel dans ce raisonnement. On peut donc suggérer que cette
réalisation marque le départ d’une succession d’événements
qui conduiront Saunière à diverses découvertes.
Admettons également que ces dernières ne semblent jamais le
fruit du hasard, comme les situations le laissent supposer. Jamais nous
ne voyons Saunière conduire ses ouvriers à creuser ou rénover
en des endroits où rien n’est découvert. De deux choses
l’une, ou le curé de Rennes bénéficie d’une
chance des plus insolentes ou… il sait parfaitement où faire
ses travaux de réfection ! Le premier chantier étant celui
du vieil autel, pourquoi ne pourrait-on pas dire qu’il se trouve à
l’origine de tous les autres exercices de rénovation débouchant
sur des mises à jour… même si souvent les cartes sont
savamment brouillées afin que le doute puisse substituer sur leurs
‘objets’. Cependant, tout ceci se met en place après
le retour ‘d’exil à Narbonne’ de Saunière.
De fait, il est admissible qu’il ait agi sur ‘conseil’,
avec en acompte une petite prime d’encouragement à commencer
les recherches, octroyée par la comtesse de Chambord. Cette hypothèse
signifierait que le moment ‘d’ouvrir’ était venu,
demandé, et surtout qu’était programmé et connu
ce qui en remonterait.
L’origine
du maître-autel
Le
maître-autel d’origine… disons du ‘haut Moyen-Âge’,
aurait donc fait sans encombre un long voyage dans le temps, pour finir
sous les humeurs d’un curé le trouvant démodé…
Ce constat, avant d’aller plus loin, montre que ce qui pouvait surgir
de cette ‘casse’ ne pouvait qu’être extrêmement
ancien et important car, nous le verrons plus loin, il était impossible,
une fois la cache fermée, d’y accéder avant cette démolition.
Il faut donc tout autant admettre que, si volonté il y eut, le fond
du savoir voyagea aussi longtemps sans être perdu ou dénaturé.
Quoi qu’il en soit, les ouvriers ne peuvent faire champ libre des
lieux qu’en commençant leurs travaux par le haut de l’assemblage
qu’il nous faut localiser avant tout. Ce qui est simple car l’endroit
ne peut être ailleurs que dans l’axe du chœur et contre
le mur cintré, sous le grand vitrail circulaire de Marie Madeleine,
qui lui non plus n’existait pas auparavant.
Mais, avant d’aller plus loin, essayons de comprendre comment se présentait
cet assemblage religieux. C’est en principe le point crucial du chœur
d’une église… le lieu où se célèbre
la messe. C’est dire, pour le croyant, l’importance de cet emplacement.
On pourrait ajouter, aujourd’hui, que c’est là que repose
l’Eucharistie dans son ciboire car souvent cette pièce est
surmontée d’un tabernacle. A cet effet, on lit effectivement,
sur la facture de l’autel offert par madame Cavailhé, qu’il
est bien surmonté d’un « ciborium ». Plus en avant
et face aux fidèles rassemblés dans la nef, une autre table
‘du sacrifice’ est dressée et ne sert ainsi qu’à
l’Office.
Cependant, ‘le tombeau’ des reliques, ou pièces de consécration,
s’il n’est plus ‘enfoui’ dans ces pièces
(souvent en bois à présent), est remplacé par ‘une
pierre d’autel’ incluse et dissimulée sous la nappe recouvrant
l’ensemble… Pourtant, cette considération n’est
pas forcément valable au Moyen-Âge car le réceptacle
sacré était le plus souvent entreposé séparément
de la table où se célèbre l’office majeur. Ce
dernier, de plus, se pratiquait avec le prêtre tournant le dos aux
fidèles, comme on le voit encore parfois dans les milieux intégristes
ou conservateurs. A ce moment, ‘la Communion’ était rangée
dans une petite armoire dans le mur du chœur, comme on en voit souvent
les restes dans les églises anciennes rénovées.
Mais
où était l’autel ?
Pour
l’église de Rennes, si on est certain d’une table faite
d’une dalle de pierre, on ne sait pas en échange si elle reposait
sur un ou deux piliers. Si on regarde attentivement le pilier, dit ‘wisigothique’,
on voit nettement que la partie ‘arrière’ ne comporte
ni décor ni ‘chanfrein’. Ces détails montrent
bien que ce support était placé contre le mur et non décalé
en avant. Ce détail, présentant également le défaut
de ne pas supporter la ‘table’ en son axe longitudinal, pouvait
provoquer un porte-à-faux qui, à la longue, risquait de déchausser
la partie horizontale. Pour cette raison, peut-être, a t’il
été nécessaire de prévoir un second pilier.
Nous imaginons assez facilement un ensemble classique ayant une forme générale
assez élégante et stylée. Pourtant, nous sommes surpris
de ce que nous dit Jacques Rivière (‘Le fabuleux trésor
de Rennes-le-Château’ -1983- Belisane) : « L’abbé
ne va pas briser l’ancien autel, mais tout au contraire, le conserver
bien précisément. Il s’en servira plus tard pour sa
chapelle privée, derrière la villa Béthanie, où
il existe encore ». Il s’agit là d’une information
tout à fait erronée, qui n’a aucun sens puisque nous
savons qu’un pilier se trouvait sous une statue de la Vierge, dans
un jardinet extérieur, comme nous l’avons vu dans le chapitre
précédent. De plus, il suffit de regarder cet autel, dans
l’espace sous la véranda d’entrée côté
jardin de la villa Béthanie, pour constater qu’il est tout
au plus du 19e siècle.
Une question revient régulièrement sur l’appareillage
de soutènement de la table car certaines informations font souvent
état de deux piliers alors qu’un seul fut retrouvé.
Il est vrai que Saunière, en matière de démolition,
n’y est pas allé ‘de main morte’ en utilisant la
méthode du nettoyage par le vide des plus anciens témoignages
mobiliers de son église. Soulignons quand même, une fois de
plus, que cette action expéditive ne fut qu’une apparence comme
nous allons le voir plus loin, car notre abbé s’est bien gardé
de tout faire disparaître… loin s’en faut.

Le
plus bel ornement de l’église… sur un ou deux piliers
?
Précédemment
nous avions soulevé, en même temps que la table d’autel,
le problème d’une cache dérisoire dans le haut du pilier
‘wisigoth’ mais possible si elle était aménagée
dans la partie manquante de ce vestige. Comme il est certain que des documents
très anciens ont été mis à jour lors de cette
dépose, nous pouvons aussi admettre qu’un dépôt
se soit trouvé ailleurs ou même qu’il se soit agi de
plusieurs éléments dissimulés dans l’ensemble
du maître-autel. De fait, il nous reste deux parties quasiment toujours
passées sous silence : le second pilier et la table de pierre. Deux
piliers sont parfaitement possibles en raison d’une plus grande stabilité
de l’appareillage. Gérard de Sède, qui ouvre les hostilités
sur cette affaire, est formel pour cette solution en déclarant, dans
son ouvrage ‘L’or de Rennes’ (Juillard-1967), «
Le maître-autel est le plus bel ornement de l’église
; il repose sur deux antiques piliers, d’époque wisigothique,
où sont finement sculptés des croix et des hiéroglyphes
…//… On ôte la lourde dalle. Surprise! un des piliers,
creux, est bourré de fougères séchées. Dans
ce nid de feuilles, on découvre trois tubes de bois scellés
à la cire. On les ouvre : ils renferment des parchemins ».
Sur ces derniers, pas de doutes, car la mairie en a été informée
à l’époque puisque le maire en demande un ‘calque’
de la main de Saunière. L’ennui est que ces reproductions furent
faites mais on ne les retrouve plus déjà au moment où
de Sède publie son livre. Deux certitudes : des manuscrits et une
cavité. Cependant, à relire le texte de cet auteur, il est
effectivement question « d’un pilier » soutenant la table
d’autel qui délivre son secret… oui, mais lequel ? La
première réaction de tout un chacun serait de soupçonner
le pilier richement décoré, plus que l’autre simple
et sans ornement. Or, il est possible que la personne ayant fait le dépôt
ait pensé à cette réaction humaine et qu’un leurre,
ou élément de peu de valeur, ait été disposé
afin de satisfaire et berner celui qui découvrirait le dépôt…
de telle manière qu’emporté par la folie de l’instant
de la découverte, personne ne songe à ausculter le second
pilier sans le moindre intérêt décoratif ! Gérard
de Sède a sans doute rencontré un des témoins de cette
révélation. Il est donc question d’un pilier sans autre
indication. De fait, rien n’empêche de supposer que le second
élément de soutènement ait été le plus
important… et que Saunière en ait été à
propos et laisse l’attention se porter pleinement sur le plus beau
des sujets. Il pouvait alors en toute quiétude, le soir venu, revenir
et récupérer la plus importante partie des documents, dans
une cache hors soupçon. Ceci impliquerait évidemment qu’il
ait été ‘téléguidé’ ou informé.
Admettons que cette hypothèse expliquerait pourtant bien qu’il
se soit dirigé directement aux endroits lui ayant à chaque
fois apporté un résultat plus que positif. Alors… peut-on
encore parler d’un hasard en rafales ???
Mais ce n’est pas encore tout. En effet, nous avons vu qu’il
fallait, pour libérer les piliers, tout d’abord déchausser
la table de pierre dont l’épaisseur du fond est forcément
prise dans la muraille pour que l’ensemble ne tombe sur les pieds
de l’officiant. Certes, nos lecteurs et les grincheux habituels nous
diront qu’on ne sait rien de cette table et que, de fait, il est impossible
d’en faire état sérieusement. Erreur !!!!!! Erreur,
car nous allons bientôt voir qu’il était facile de pouvoir
la retrouver et la regarder. Mais, avant d’en arriver au devenir de
cette pièce, regardons comment elle se trouvait enchâssée
dans le mur. Reposant sur des piliers de soutènement, elle enfonçait
assez profondément sa longueur côté mur dans ce dernier.
Pourquoi ne pas supposer une autre cache dans l’épaisseur conséquente
de la muraille primitive… c’est un autre endroit que personne
ne pouvait soupçonner, sauf s’il en était averti. Maintenant
que nous avons plusieurs possibilités de caches, il nous faudrait
savoir ce que sont devenus ces intéressants vestiges.

Les
‘tables rases’ de l’abbé
L’abbé Bérenger Saunière a fait table rase du passé mobilier de cette église en Razès. Nous avons signalé que toute la statuaire a disparu… les vitraux et le confessionnal ont suivi le même chemin en compagnie de la chaire. Pourtant, l’auteur de ce nettoyage radical voulut conserver plusieurs des éléments sans utilité à présent. Etait-ce par nostalgie, économie (???), foi ou autre nécessité ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Seule cette information présente un intérêt certain car ce souci de ne pas détruire ou se débarrasser de ces témoins nous permet d’en tirer des constats. Bien entendu, le lecteur se demande où sont alors passés ces objets. Nous avons déjà donné la réponse pour le balustre, toujours chez ses légitimes propriétaires, Claire et Antoine Captier. Le pilier ‘wisigoth’ fut, par contre, laissé par Saunière à la vue de tous, mais tronçonné sans qu’on n’en sache la raison, en soutènement de la statue de la Vierge, dans le jardinet, à gauche de l’entrée du presbytère. Celui que le public voit aujourd’hui est évidemment un faux, l’original étant déposé dans le musée de Rennes. Dans ce dernier, reste également visible la fameuse ‘dalle des chevaliers’, retrouvée aussi par Saunière dans le chœur de son église, lors d’une autre recherche… Décidément, quelle chance pour ce brave curé ! Dans cette liste d’oubliés, il nous manque à présent la table de l’autel médiéval. Si les ténors n’en font jamais état, c’est sans doute qu’ils n’en savent pratiquement rien et c’est à la fois inquiétant et bien attristant. En effet, retrouver cette partie importante de la table d’autel n’était guère difficile à ceux qui pouvaient entrer dans le presbytère avant qu’il ne devienne d’abord le musée de l’association ‘Terre de Rhedae’ et ensuite celui, officiel, de Rennes.
Saunière
à table au coin du feu
Retournons
près de Saunière, une de ces soirées frileuses où
il s’assoupissait devant l’âtre de la grande cheminée
de la cuisine. N’oublions pas que si la Villa Béthanie fut
l’accomplissement du début de ses rêves mégalomanes,
elle n’en fut pas pour autant son lieu de résidence sédentaire.
Même si l’abbé y donnait des réceptions remarquables,
et remarquées, il est notoire qu’il n’y vivait pas.
Etrangement, nous avons
vu qu’il préférait se cantonner dans son presbytère
qui, certes, avait été entièrement restauré.
Le prêtre (voir notre travail sur le sujet)
avait forcément trouvé une entrée souterraine qui conduisait
sous l’église depuis l’emplacement de la cheminée.
Pour mémoire, nous montrions ce passage très bas au moment
des derniers travaux de remaniement du musée actuel. Cet accès
se trouvait dissimulé sous le foyer de l’immense cheminée.
Ces détails permettaient d’émettre l’hypothèse
qu’il souhaitait garder un œil vigilant sur cet endroit qui lui
avait forcément permis d’aller visiter une partie des sous-sols
du lieu (voir notre chapitre sur le sujet ‘presbytère’).
Cependant, si ce foyer reposait sur une ‘sole’ en fonte, celle-ci
se trouvait elle-même, et c’est évident, sur une sorte
de dalle légèrement surélevée par rapport au
sol en tomettes de la cuisine. Ceci est quasiment le cas pour toutes les
cheminées anciennes, à feu ouvert, disposées au ras
du sol.
Saunière, dans ces moments de lassitude cardiaque qui l’assaillaient
de plus en plus, en regardant nostalgiquement les flammes de son âtre,
songeait-il à cette série formidable de péripéties
vécues au moment de ses premières découvertes dans
son église à l’abandon ?… Nous pouvons en être
certains. Oui certains, car notre abbé ne s’est jamais défait
non plus de cette table d’autel médiéval, au même
titre qu’il ne se sépara pas plus du balustre ou du pilier
‘wisigoth’… même tronqué.
Cette table d’autel, le prêtre l’avait simplement utilisée,
sans doute après ses recherches sous la cheminée, pour en
fermer l’entrée souterraine. Il avait du même coup sous
les yeux cet emplacement oublié de tous et la dalle horizontale de
l’autel ‘wisigoth’. Combien de personnes entrées
dans le presbytère ont eu sous les yeux ce vestige, ignoré
de tous, réduit à une vague pierre supportant la sole de cheminée
?
Description
d’une table
Après les travaux de ‘Terre de Rhedae’, longtemps la dalle est restée posée contre le mur, dans la cour de ce qui est le musée aujourd’hui. Tombée dans l’oubli, elle est restée ignorée de tous ceux qui passaient sans la regarder. Il serait juste d’ajouter que cette dernière remarque ne s’adresse pas aux lecteurs de monsieur D.Baudreu qui en donne non seulement les proportions mais l’emplacement d’où l’objet a été retiré et qui rejoint notre affirmation : « D’autre part, en préalable au réaménagement du presbytère, la plaque foyère de la cheminée a été déplacée car son aspect évoquait celui d’une table d’autel, hypothèse confirmée lors du soulèvement ». Si nos constats peuvent être l’objet d’un doute, ceux de cette personne le seront beaucoup moins quand il ajoute que « la rédaction de ces quelques lignes a bénéficié des avis de M. Marcel Durliat (Professeur honoraire d’histoire de l’Art, Université de Toulouse-le-Mirail), de Mme Nelly Pousthomis (Université de Pau) et de M. André Bonnery (Docteur ès Lettres) ». Ayant consulté sur le sujet Antoine Captier, ce dernier nous confirme les dimensions de cette dalle qu’il eut l’opportunité de mesurer: pour une longueur hors tout de 147cm, elle est large de 93 et épaisse de 19 cm (ces remarques ont été faites, dans la plus grande indifférence, aux environs de 1991 et insérées dans un numéro du bulletin de ‘Terre de Rhedae’). Nous avons là quasiment les mêmes cotes que la table d’autel d’origine de Périllos. Ajoutons qu’un chanfrein a été ajouté à cette dalle, au moment où se substitue la fonction de sole de cheminée… afin de pouvoir l’ajuster en rebord au parterre de tommettes en terre cuite. L’abbé Saunière avait donc sous les yeux, et sous son foyer, à la fois l’accès sous l’église, et le dessus plat de la table de l’autel ‘wisigoth’ qui venait d’être démoli pour donner son secret… ou ses secrets. Il ne peut en être autrement car sinon comment pourrait-on expliquer que ce prêtre ait, sans autre forme de procès, condamné la table de la transsubstantiation à servir de vulgaire soutien au foyer utilisé pour la cuisson de sa soupe quotidienne (faute de pain quotidien) ou pour le réchauffer les soirs de grand froid ??? C’est une hypothèse impossible à imaginer.
La
‘dalle des chevaliers’
A
ces ‘secrets’, il est utile d’ajouter un dernier, celui
de la dalle dite ‘des chevaliers’. Cette dernière marque
également un moment très important dans les découvertes
de Saunière. Pour certains auteurs, elle se situe devant le maître-autel
d’origine ; pour d’autres, incluse dans le sol de chœur
et enfin pour les derniers, près du fameux balustre ou en pièce
de séparation verticale du chœur à la nef. Toujours est-il,
qu’une fois de plus, Bérenger Saunière bénéficie
d’une chance d’une rare insolence. Là encore, il y a
des témoins qui varient souvent, selon l’habitude, d’un
auteur à l’autre. L’intérêt, dans cette
affaire, est de disposer de témoignages se rejoignant avec assez
de précisions pour être crédibles. L’importance
de ce vestige provient du fait que son retournement permet de trouver sur
son verso une superbe sculpture montrant des personnages à cheval,
dont le symbolisme se débride selon les auteurs, voulant y trouver
des scènes hautement ésotériques, d’autres la
fuite d’un enfant royal se réfugiant à Rennes ; nous
en passons et des meilleures… En ce qui nous concerne présentement,
nous retiendrons qu’il s’agit d’une œuvre remarquable
que les Monuments de France estiment une nouvelle fois du ‘haut Moyen-Âge’.
La notice officielle ajouterait que cette dalle aurait été
« trouvée en 1884-1885 sous l'autel de l'église romane
de Rennes-Le-Château ». Les dates proposées et surtout
le lieu « sous l’autel » sont des plus intrigants et il
serait tout aussi intéressant de savoir d’où proviennent
ces informations… officielles.
La découverte pour Gérard de Sède se serait faite avec
le concours de deux ouvriers maçons… laissons-lui la parole
: « Aidé par deux maçons, il déplace une dalle
qui se trouvait devant l’autel. C’était une dalle sculptée,
posée à l’envers, c'est-à-dire la face ouvragée
tournée vers le sol. A la vue de ce qu’il y avait en dessous,
l’abbé Saunière renvoya les deux maçons présents
en prétextant que c’était l’heure du déjeuner.
Mais ces derniers avaient eu le temps d’apercevoir une ‘ola’
(une marmite) remplie d’objets brillants. A l’un des maçons
qui lui demandait ce que c’était, il répondit : ‘Ce
sont des médailles de Lourdes’. Comme le maçon souhaitait
en avoir quelques-unes, l’abbé lui dit : ‘elles sont
sans valeur et vous ne pourriez rien en faire’ ». Si cet échange
de propos est stupéfiant, on retient aussi l’aide des deux
maçons que de Sède présente comme ceux qui participèrent
à la découverte du pilier ‘wisigoth’…
Pierre Jarnac (‘Histoire du Trésor de Rennes-le-Château’-
Belisane - 1998) fait état de seulement deux enfants qui aident l’abbé
: « Dans sa tâche, le curé se fit aider par des jeunes
garçons du village. Le petit Rousset, qui avait alors 10 ans, et
Antoine Verdier ont, pour leur part, gardé un souvenir très
précis des événements qui allaient ponctuer ces travaux.
En effet, un dimanche, après la messe, l’abbé Saunière
demanda à ses enfants de chœur, tout au moins à ceux
qui avaient 9 ou 10 ans, d’effectuer pour lui le jeudi suivant, après
le catéchisme, un petit travail…//…Et, le jour prévu,
après le catéchisme, Saunière ferma l’église
de l’intérieur. Sur le sol de l’allée centrale,
non loin de la marche de pierre par laquelle on accédait au chœur,
des barres de fer étaient disposées près d’une
grande dalle unie…//…Enfin, la bonne volonté et les efforts
de tous donnèrent un résultat : la dalle se souleva peu à
peu. Ils la décalèrent un peu, ce qui leur permit d’apercevoir
quelques marches d’escalier. Malheureusement, il faisait sombre, malgré
un rayon de soleil qui éclairait la nef. Comme il était midi,
Saunière les remercia en leur disant : Ecoutez, nous arrêtons
le travail ; vous pouvez aller vous amuser».
De ces deux versions, nous tirons certaines affirmations différentes.
D’abord, ici, il n’est pas question de la moindre allusion aux
‘médailles de Lourdes’… brillant bien étrangement
dans la pénombre. Ensuite, ce ne sont pas des ouvriers mais des enfants.
Encore, dans la version de P. Jarnac, sous la dalle se devinent des marches
d’escalier… descendant vers où ??? Enfin, l’emplacement
de cette découverte change de place et, du maître-autel contre
le cintre du chœur, nous allons allègrement contre la marche
qui différencie la nef du sanctuaire. Cependant, cette dernière
version serait à retenir au moment où nous lisons sur le vieux
registre paroissial : « dans l’église, au tombeau des
seigneurs qui est auprès du balustre ». Ce qui revient à
dire que cette dalle ‘des chevaliers’ se trouvait tout près
de la chaire et, de fait, du balustre la soutenant. Admettons que les pièces
de soutènement du mobilier médiéval de cette vénérable
église sont sujettes à des découvertes étonnamment
intéressantes… naturellement, il va sans dire, de manière
toujours hasardeuse. Si nous suivons toujours P. Jarnac dans ses commentaires,
nous nous trouvons cette fois effectivement sur l’emplacement du vieux
maître-autel, mais après la découverte de la ‘dalle
des chevaliers’. Elie Bot et son ouvrier sont cette fois les témoins
d’une autre découverte, en présence d’autres personnes
dont « une des sœurs de lait de Marie Denarnaud ». Tout
ce monde a pour mission de s’activer, sous les ordres du curé,
à « débarrasser l’emplacement du maître-autel
»… nous explique cet auteur. Mais l’événement
arrive, car « en creusant l’endroit, les pelles heurtèrent
des briques qui, en se déplaçant, laissèrent apparaître
une cache dans laquelle les témoins distinguent très nettement
‘une oule remplie d’objets brillants’/// Comme la découverte
s’était produite un samedi midi, Saunière, prudent,
rendit la liberté à ses ouvriers, prétextant l’heure
du repas et le moment de prendre du repos. Cette fois, pourtant, il crut
bon de leur rappeler ‘qu’ils étaient gens d’honneur’
». Pierre Jarnac d’ajouter que cette découverte s’ébruita
mais cependant sans suite…
On s’étonnera de certains détails assez curieux, comme
le fait que pour ce genre de travail qui nécessite tout de même
des ‘bras’ d’ouvriers maçons… Saunière
ait fait appel à des femmes ! Sans douter une seconde de la capacité
physique de ces dames à soulever des gravats, on peut toutefois être
pour le moins surpris de cette main d’œuvre peu expérimentée
en matière de démolition ou de terrassement. A moins que ces
dames aient eu l’avantage de garantir une certaine complicité,
comme celle que nous avons soupçonnée envers Elie Bot ‘limonadier
maçon’ aux propos étranges. Pourquoi pas ? Décidément,
le périmètre du maître-autel de l’ancienne chapelle
castrale de Rennes semblait receler de bien étranges surprises dans
ses soutènements et sous-sols.

Le
pied du calvaire et la mission De Cassini
Saunière
eut pour cette dalle l’attention de la poser au pied « du calvaire
» nous dit-on. Il peut s’agir de la base du pilier soutenant
N.D.de Lourdes ou également de la grande croix de mission qu’il
fit dresser dans le jardin et inaugurer par son évêque monseigneur
Billard. Cette dernière réalisation mérite seule, sans
doute, le terme de calvaire. On notera que cette ‘croix de mission’
est PRECISEMENT face au pilier ‘wisigoth’ surmonté d’une
‘Notre-Dame de Lourdes’… et que, sur ce pilier, l’abbé
Saunière fera inscrire au bas, c'est-à-dire au haut véritable
du pilier à l’endroit, le mot MISSION, avec ‘1891’
dessous. Sur ce pilier ‘wisigoth’ est une ‘croix de procession’…
Nous pourrions dire qu’une croix de mission est face à une
autre croix de mission par la volonté d’un prêtre initié,
l’abbé Bérenger Saunière. On ajoute que le pilier
provient des plus anciens éléments de la chapelle castrale…
tout comme la ‘dalle des chevaliers’ en provenait de même.
Deux vestiges oubliés se retrouvent dehors mais dans la conception
de Saunière pour l’extérieur de son église. En
échange, deux autres vestiges de la même chapelle iront se
placer sous les yeux de l’abbé. Sans doute ces jeux de deux
en intérieur et extérieur peuvent n’être, une
fois de plus, que l’effet d’un hasard des plus pervers. Seulement,
il nous reste à nous demander ce que peuvent signifier ces assemblages
par deux, si toutefois ils n’étaient pas une petite coïncidence
ordinaire ? Une ‘croix de procession’… comme on dut en
utiliser une, lors d’une procession qui se déroulait, il y
a longtemps, depuis l’église de Périllos jusqu’en
un lieu sacré : la grotte ‘oursv’. Et une autre croix
qu’on retrouve en ‘croix du silence’ (même forme,
mais sans décor extérieur et intérieur), datée
de 1681, en un point précis du territoire de ses seigneurs! On suppose
que ce calvaire aurait été mis là en mémoire
du passage de la première équipe de repérage ‘De
Cassini’ dans ce secteur. Signalons tout de suite que cette croix
ne date pas de 1681 mais… de 1891 et est inscrite ‘commémorant
la mission du premier relevé cartographique…’ La mission
!!! On croit rêver ! Précisons que les vues de ce ‘calvaire’
seront présentées lors de notre prochain travail sur les calvaires
du vieux territoire de Périllos entourant la zone ‘minière’
oubliée dont une partie jouxte les tombes désignées
par le moulage de l’abbé Saunière. Il nous semblait
utile d’en faire sommairement état ici.
Retour
à la mémoire de l’église primitive de Rennes
?
Retournons
encore une fois en compagnie de ce prêtre qui accéda à
un secret fabuleux depuis un itinéraire commencé à
son arrivée à la cure de Rennes-le-Château. Tous ces
témoins mobiliers, qu’il détruit méthodiquement,
tout en en conservant quand même les éléments ayant
permis la reconstitution du message pouvant -devant ?- le conduire au savoir
ultime, étaient-ils tous issus de cette église dans laquelle
il effaça toute mémoire ? C’est tout autant probable
que non.
Mais en ce cas, d’où proviendraient ces vestiges des temps
les plus anciens du lieu ? Nous répondrons qu’ils peuvent provenir
partiellement de l’église primitive, celle de St Pierre aux
liens (voir notre article sur le sujet).
Au XIVe siècle, la seule église de Rennes sera détruite
lors de l’assaut des mercenaires catalans d’Henri de Trastamare,
en 1362. Elle ne fut jamais reconstruite et la chapelle castrale devint
l’église à sa place, sous le vocable de Sainte Madeleine.
Il serait alors possible, à ce moment, qu’aient été
récupérées les pièces mobilières essentielles,
comme le maître-autel wisigothique (afin que ses ensemble et contenu
cachés ne soient profanés ou perdus), et la chaire (dont le
style correspond plus facilement au XIVe siècle qu’au ‘haut
Moyen-Age’), gisant dangereusement dans les ruines calcinées.
Ces importants vestiges auraient été sauvegardés et
incorporés le mieux possible, par ceux qui ‘savaient’,
dans le décor de la chapelle des seigneurs afin que perdure le message…
jusqu’à cette époque où ‘on’ sait
que, d’une année à l’autre, l’église
locale va s’effondrer en livrant, dans ses ruines, ce qui ne doit
pas l’être. C’est sans doute là que l’abbé
Bérenger Saunière intervient, soit en toute innocence au début,
soit ‘téléguidé’ depuis sa suspension et
son ‘stage’ à Narbonne. La suite de l’odyssée,
on la connaît jusqu’à Périllos ! Reste que, dans
cette histoire, l’accès aux souterrains (conduisant jusque
sous l’église de St Pierre) et à la nécropole
des seigneurs de Rennes, est en place dès l’origine des premiers
maîtres des lieux jusqu’aux derniers… les Hautpoul. En
ce cas, la dalle dite ‘des chevaliers’ serait la seule pièce
qui soit originaire de la chapelle primitive du lieu et maintenue à
sa place d’ouverture vers les sépultures et réseaux
souterrains locaux.
Un
dernier vestige…
Au
moment de notre conclusion, il reste à donner encore l’emplacement
d’un dernier témoin de ces époques de l’église
primitive de Rennes. Cette fois, le visiteur ne devra pas tenir son regard
fixé au sol mais l’élever vers les nues. En effet, c’est
au sommet du clocher qu’on peut trouver cette pierre totalement oubliée
de tous. Il s’agit, à cet endroit, d’un chapiteau du
même style que le pilier wisigothique. Comme son compagnon d’époque,
peut-être dans une ultime tentative de mimétisme ou pour en
renforcer l’allusion, il se trouve retourné sur lui-même.
Ultime facétie d’un maçon, peut-être limonadier,
ou renversement voulu par un commanditaire exigeant.
Ce chapiteau se trouve plus au sommet du clocher depuis les dernières
rénovations des toitures de l’église de Rennes. On peut
cependant le voir en visitant le musée. Il se trouve à présent
protégé des intempéries dans la salle où sont
déposées les pierres gravées et sculptées récupérées
sur les lieux (le pilier Wisigothique également).
Pour le chercheur pointilleux, ce détail renversant montre une dernière
fois, au plus haut de ce sanctuaire porteur d’ultimes secrets, que
ce qui est en haut est en bas et doit se considérer en inversion…
comme doit se lire la matrice prévue pour le moulage voulu par Bérenger
Saunière, prêtre de Rennes-le-Château… Bien malin
qui pourra prétendre le contraire.
André
Douzet
Nous remercions chaleureusement Antoine Captier pour sa confiance,
les mesures de la table d’autel et les informations qu’il a
bien voulu nous confier.