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Société Périllos ©

Vol au-dessus des ouvrages attribués
à l’abbé Henri Boudet

 

LA VRAIE LANGUE CELTIQUE… et les autres

Page de garde du LAZARE seconde édition

L’abbé Boudet aurait été l’auteur de plusieurs écrits dont le plus connu : « LA VRAIE LANGUE CELTIQUE et Le Cromleck de Rennes-les-Bains ». Cet ouvrage édité, en 1886, par l’imprimerie François POMIES, à Carcassonne, fit couler bien plus d’encre qu’il n’en fallut pour l’imprimer. Nous citerons également un écrit, resté à l’état de manuscrit, à propos du nom de Narbonne et sur lequel nous reviendrons séparément.
A bien lire entre les lignes, on peut considérer que les ouvrages de Boudet contiennent tous un élément se rapportant à « l’affaire de Rennes-le-Château ». Chacune de ces œuvres mérite toute notre attention, malgré, ou surtout en raison des commentaires parfois désobligeants de quelques critiques étonnés par la teneur des ouvrages en question.

Arbitrairement nous pouvons classer ces éditions en deux catégories :
1) Les écrits dont l’auteur est indiscutablement l’abbé Henri Boudet :
- Du Nom de Narbonne -1880.
- La vraie Langue Celtique – 1886.
- Remarques sur le Dialecte Languedocien – 1894.
- Le Livre d’Axat – 1896.

2) Les écrits habituellement catalogués comme faux :
- Lazare Véni Foras - version « 1891 »
- Lazare Véni Foras - version « 1914 » - 317 pages (avec la p. 295 manquante).
- Lazare Véni Foras - version « 1914 » - 327 pages.
Ces derniers ouvrages sont habituellement considérés comme des canulars. Cependant nous nous arrêterons, pour l’instant, à ce curieux ouvrage, « Lazare Véni Foras », repris par trois fois sous le même titre. Les variantes, nous le verrons, se situent surtout au niveau des premières de couverture, du nombre de pages et des illustrations.

L’affaire LAZARE VENI FORAS

L’affaire du livre « Lazare Véni Foras » apparaît tout d’abord dans le premier ouvrage de Gérard de Sède sur l’énigme de Rennes-le-Château. Il y affirme tenir de l’abbé Courtauly que ce livre, avec son manuscrit original, aurait été détruit par l’autorité religieuse régionale en présence de l’auteur… en 1914. Gérard de Sède ajoute qu’il est impossible que cette destruction ait eu lieu en raison des dates qui ne peuvent correspondre à la réalité chronologique d’une édition de 1915 !

Pierre Jarnac, ensuite, avec raison, semble être le premier à proposer une sévère critique sur ces livres qui lui apparaissent pour le moins douteux. On lira, avec attention, son étude sur le propos dans « Les Archives du Trésor de Rennes-le-Château » (en référence : l’édition de 1987). Ce livre incontournable était édité par les Editions Bélisane et représente une référence, des plus sérieuses en la matière, toujours d’actualité.
On retrouve ensuite dans « Histoire du Trésor de Rennes-le-Château », de Pierre Jarnac, édition de 1998 parue chez Bélisane, quelques commentaires sur le même sujet (pages 294-295). L’auteur y affirme avec, toujours, la même fermeté que les éléments concernant le « Lazare Véni Foras » ne sont ni plus ni moins que des… ‘Âneries’. Il est certain que les arguments avancés sont tels qu’on ne peut qu’adhérer à la conclusion de faux ouvrages… et tout aurait été dit.

Une couverture pour un faux… Boudet ?

Lazare. 1ère édition. couverture

Aujourd’hui cette affaire semble définitivement classée et pratiquement plus personne ne revient sur cette étrange littérature.
Le fait d’avoir été confronté, récemment, avec un exemplaire de ces livres nous permet de faire cependant, quelques remarques sur le sujet.
En premier lieu nous soulignons que ces « faux » ouvrages sont attribués à l’abbé Henri Boudet et, en tant que tels, contestés par plusieurs auteurs. Nous nous arrêtons donc sur ce « détail » puisque cette « paternité » signerait le faux.
Deux de ces éditions sont généralement en cause sous un même titre : celle de 1891 et celle de 1914. Non seulement les dates d’origines ne sont pas identiques mais le nombre de pages et les couvertures non plus.
Prenons la couverture de 1891. Nous y voyons, sur un visage de profil, le titre en lettres capitales : « LAZARE VENI FORAS ».
Sous cette illustration nous trouvons la répétition du titre, en lettres majuscules, plus petites, phrase ponctuée d’un point d’exclamation donc écrite à la forme exclamative ! La date 1891 est en bas de page dans l’axe de l’illustration générale.
A la page 184 des ‘Archives du trésor de Rennes-le-Château’, Pierre Jarnac nous explique qu’il a retrouvé le texte d’origine de cette fausse édition ainsi que les montages ayant permis la supercherie… Il s’agirait simplement d’un ouvrage d’un certain R.P. Charles Parra publié en 1924, pour la première édition. Donc la cause est entendue, il s’agit bien d’un canular !

Un faux abbé… Boudet peut en cacher un autre

Cependant nous tenons à ajouter une remarque au formidable travail d’enquête de P. Jarnac…
Si nous regardons attentivement la première de couverture de ce montage, il nous faut nous arrêter sur le nom de l’auteur. Une petite surprise nous attend ici car si nous lisons effectivement « Abbé …. Boudet », ce mot et ce nom sont séparés par le prénom ou son initiale. L’abbé Boudet qui nous intéresse avait Henri pour prénom usuel… d’ailleurs le second ouvrage de 1914 est bien conforme au prétendu ‘canular’ avec pour auteur ‘l’Abbé H. BOUDET’, ‘H’ sous-entendant le prénom Henri.
Or, si nous revenons à notre premier ‘faux’ chronologique, son auteur s’appelle bien Boudet mais avec le prénom Edmond puisque nous lisons « ABBE ED. BOUDET » !!! Donc, dans l’absolu, personne ne peut prétendre que cet ouvrage soit un faux endossé par l’abbé Henri Boudet ! Et c’est pourtant ce qui s’est passé dans la plus complète indifférence de tous les chercheurs…

En épluchant un canular

La première illustration, sur 35
, du Lazare seconde édition

A présent, reprenons la théorie d’un canular avec un faux fabriqué de toutes pièces que l’on veut prétendre d’Henri Boudet.
- Nous constatons que Gérard de Sède en fait mention. Il faut donc admettre obligatoirement qu’à cette époque le ‘faux’ est terminé… avec ou sans la complicité de De Sède.
- Ensuite, prenons en compte la somme de travail que représente un tel montage, qui, à cette époque, ne peut se faire qu’avec une photocopieuse pour tout outil. Il faut bien admettre qu’il faut une connaissance approfondie d’un sujet religieux précis, celui de Marie-Madeleine, pour trouver justement un choix d’ouvrages s’y rapportant. Ensuite, il faut choisir un livre aussi peu connu que possible pour rendre difficile toute investigation à sa source à toute fin d’en dévoiler la supercherie. Ceci représente un travail important, par un connaisseur chevronné sur le sujet. Enfin, il faut faire une copie parfaite et lui donner tous les aspects d’un livre dûment édité. Toute cette mise en scène demande beaucoup de temps… et de mise en œuvre, en fin de compte.
- Ce travail, à l’évidence, demande à son (ses ?) auteur(s), une excellente connaissance du sujet « Boudet ». Or, voici qu’après tant d’efforts et de minutie ce (ces ?) dernier(s) commet une erreur importante sur le prénom de l’auteur du « faux » livre. Personne ne semble s’être rendu compte de ce manque de précision risquant de discréditer la tentative… pas plus le commanditaire que l’exécuteur, que l’auteur… que ceux qui ensuite inscriront cet ouvrage comme un faux de l’abbé HENRI Boudet ! C’est pour le moins étonnant pour une filière dont chaque étape, même antagoniste, se devait d’être particulièrement attentive à cette première de couverture… pour des raisons contradictoires sur ce prénom permettant tout ou ruinant l’assemblage si minutieusement échafaudé !

Ainsi tout ce travail pour déboucher sur une erreur… que personne ne remarque ? Peut-on admettre que tout ce travail n’avait pour seul but… qu’un vulgaire faux, facile à identifier et à démolir ? Tout ce temps passé pour une mise en scène de quelques minutes ? Et si cet arbre cachait une forêt ?

Une seconde parution du ‘Lazare Véni Foras’

Lazare. 2ème édition. couverture

La seconde parution de 1914 serait-elle, peut-être, un rattrapage permettant d’aiguiller le chercheur sur la piste primitive : un faux ouvrage de l’abbé HENRI Boudet sous le prénom Edmond.

Observons à présent la couverture de la seconde « parution ».
- Cette fois, pas d’erreur sur l’auteur, le livre est bien prétendu écrit :

Par
L’Abbé H. BOUDET
CURE DE RENNES-LES-BAINS (AUDE)

- Sous ce texte un visage de Jésus et les informations concernant l’imprimerie. Le « faux » est bien ficelé car on retrouve, évidemment, les coordonnées du fameux imprimeur François POMIES de Carcassonne.

- Tout en haut le titre en lettres italiques :

Lazare Véni Foras !

On notera que le titre est repris avec le point d’exclamation du sous-titre répété sous le visage de la première édition. Est-ce pour en souligner l’esprit d’une « suite » ? Et pourquoi pas ?

Une fausse vente pour neuf exemplaires

A la suite d’une annonce, dans une revue d’ésotérisme, un certain Nacim Djama propose à la vente un exemplaire du « Lazare Véni Foras » de l’abbé H. Boudet.
Ceux qui le commandèrent reçurent, non pas l’original envisagé, mais une copie complète d’un ouvrage où Lazare n’a pas de place mais où il est entièrement question de… Marie-Madeleine.
On retiendra, cependant, que les copies étaient limitées à neuf exemplaires. Sur la couverture est apposé un cadre du type « tampon administratif » en bas de page, comportant des références de ‘Dépôt Légal’ de cette reproduction déposée à la B.M. de Toulouse. En haut de page le numéro dans la série de neuf. Pour celui qui se trouve entre nos mains, il s’agit du numéro 1. Au dos une autre information concerne le quantième de la copie :

Edition à tirage limité
Exemplaires numérotés
De 1 à 9
N° 01

Lazare. 2ème édition. 1ère et 4ème de couverture

Quand Lazare allait en cure à Rennes-les-Bains…

Ensuite, apparaît une page mécanographiée avec le titre : « AVANT-PROPOS DU REEDITEUR ». Il concerne les ouvrages de l’abbé Henri Boudet, « La Vraie Langue Celtique » et le « Lazare »… Aucune mention n’est faite sur les autres ouvrages de cet auteur. Il y est question de la conspiration du silence sur ces deux ouvrages et des mesures prises par l’autorité religieuse à cet effet. Quelques commentaires suivent sur les travaux et la mort de l’abbé Boudet. Enfin, on trouve un avertissement expliquant que ce livre n’apporte pas vraiment d’information sur… « La tombe de Lazare ou sur un des dépôts précieux de Rennes »… mais que le lecteur attentif y trouvera des éléments « dans un style particulier à l’Abbé Henri BOUDET ».
On apprend enfin que Lazare serait venu en cure thermale à Rennes-les-Bains !... En effet, à la lecture de cet ‘avant-propos’, il y a de quoi rester perplexe face à ces affirmations pour le moins curieuses ! Trente-cinq illustrations ornent l’ouvrage, plus une photo ‘hors texte’ en début d’ouvrage qui montre uniquement la face du Christ imprimée sur le Linceul de Turin…
La première et la dernière de couverture forment le corps d’une seule feuille coupée au format 28,5x18,8 de couleur rose pour l’exemplaire dont nous disposons. Les pages sont photocopiées sur une seule face. La reliure est assurée par un système de deux larges pinces. Enfin, nous avons localisé deux autres exemplaires de cet ouvrage.

Page avec la seule photo de la seconde édition du LAZARE

Encore une fois… toute cette mise en scène laborieuse, néanmoins minutieuse, n’aurait été réalisée que pour un leurre que les auteurs savaient forcément vite repéré et, de fait, voué à l’échec ? Tout ça en fin de compte pour rien ? Pour un travail tourné en ridicule et inexploitable?
Une autre question reste à poser. Ceux qui « enquêtèrent » sur ce « trafic de faux » se rendirent forcément à l’adresse du fameux monsieur NACIM DJAMA à Toulouse… Pourquoi ne nous informent-ils pas sur ce qu’ils découvrirent à cette adresse et à ce nom ? N’ont-ils pas demandé des comptes, en direct, à ce personnage sur les tenants et aboutissants de cette étrange affaire ? Il serait difficile de croire que non ! Mais alors pourquoi ne pas exposer cette suite logique lorsqu’on connaît la ténacité de certains chercheurs en la matière? Le compte rendu de cet entretien aurait été des plus intéressants et donnerait un éclairage définitif sur cette farce… qui cache peut-être autre chose qu’un peu d’argent rapidement gagné, ou une supercherie facile…

Nous reviendrons au chapitre suivant sur certains aspects de cette affaire des « faux de l’abbé H. Boudet » et sur le troisième ouvrage que curieusement ne citent ni Gérard de Sède, ni Pierre Jarnac, ni personne d’autre à notre connaissance.

Pour information : nous envisageons de reproduire cet exemplaire du « Lazare Véni Foras », de 1914, en notre possession, à l’usage exclusif des adhérents de la Société Périllos.

André Douzet