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Société Périllos ©

Brenac
Introduction dans l’énigme des Courtades

 

Autrefois Bernacum

Nous sommes au pied du plateau de Nébias à une petite dizaine de kilomètres de Quillan, d’abord par la route départementale 117 et depuis ‘La Londe’ la D2 qui s’achève à Brenac. Cette commune formée de son village et des hameaux de Fauruc, Lasserre, Monsec et Prax est occupée depuis l’époque incertaine de la préhistoire comme en témoignent plusieurs vestiges.
Le nom de Brenac est probablement d’origine Gallo romaine. Le Chapitre de Narbonne en détient la propriété depuis déjà le IXe siècle. On en trouve mention dans un cartulaire de St Just en 870 sous le nom de Bernacum.
Par agrément royal le Chapitre de Narbonne (St Just) instaure le lieu en un fief seigneuriale. Brenac est érigé en châtellenie. C’est au XIe siècle qu’une église est construite. On en trouve de rares vestiges dans les réemplois de l’église actuelle pourtant plusieurs fois remaniée. La population vers 1760 s’élève encore à 124 familles… dont près de ‘400 communiants ’.
Le nouveau village eut à souffrir dans ses constructions de la croisade contre le catharisme et des guerres de religions du XVIe siècle. La chronique dit que tout était à reconstruire ou presque… L’église fut de cette remise en état. Elle aura à pâtir des moments troubles de la Révolution mais, cependant, ne fut pas détruite comme d’autres dans la région.

Le lieu choisi pour la chapelle wisigothe de St Antoine

Le village est remarquable par de beaux vestiges médiévaux bien entretenus valant largement le détour du touriste. Cependant ce sera vers l’église paroissiale que nous dirigerons notre attention. En effet une rumeur persistante mentionnerait ce lieu en liaison, pour plusieurs raisons, avec le village de Rennes-le-Château. Nous retiendrons tout d’abord, bien évidemment des échanges possibles, habituels et normaux, entre les curés en exercice sur les deux paroisses. Ensuite il existe encore sur le territoire communal une petite chapelle isolée (on peut y accéder cependant en voiture) qui est le prolongement d’un oratoire wisigoth toujours sous le vocable de St Antoine. Il y a de nombreux points élevés, tout autour de Brenac, où cette vénérable chapelle pouvait être édifiée. Nous remarquerons que curieusement le choix semble s’être porté sur ce point d’où l’on voit, clairement au loin, un village qui n’est autre que Rennes-le-Château. Cet emplacement est-il le fruit unique du hasard, du point de vue, d’une tradition, ou… d’une autre volonté ?
A ceci nous ajouterons que, comme à RLC, quelques vandales s’illustrèrent en saccageant un site de la commune dans l’espoir d’y découvrir le fameux trésor du Razès… heureusement en vain !

Histoire de curés

Evidemment qui dit oratoire, chapelle et église dit également religion et surtout religieux. Mais encore nous nous demanderons s’il peut y avoir des liens entres les prêtres de Rennes-le-Château et ceux de Brenac.

La fuite vers l’Espagne

Avant de nous pencher sur une époque qui nous intéresse, revenons sur la période tragique de la Révolution. Il semblerait qu’avec d’autres prêtres celui du lieu ait envisagé le chemin de l’exil vers l’Espagne. Dans cette éventualité avérée aurait-il fait route avec celui de Rennes-le-Château, l’abbé Bigou ? pourquoi pas… après tout ils n’étaient pas si loin l’un de l’autre et pouvaient s’être concertés avant cette grave décision sans retour possible. Ce sera un certain abbé Capel (?) qui ayant prêté serment sera curé à Brenac en 1793.

Quelques travaux, dans l’église, insolites mais classés au M.H.

Tournons cette page tragique de notre Histoire pour arriver au 19e siècle. A ce moment l’église est en piteux état. En 1809 Mgr de Laporte, évêque de Carcassonne, s’inquiète de l’entretien du bâtiment. Il a raison d’être inquiet… le toit menace de s’effondrer, la charpente étant totalement vermoulue. Le fronton de l’église se fend dangereusement et le clocher n’a plus qu’une cloche. Il faut pourtant attendre 1837 pour que soit accolé au pignon principal un porche d’entrée permettant de construire, dans le reste des prolongements gauche et droite, deux chapelles sur lesquelles nous reviendrons.
En 1843 de belles, mais étranges, fresques seront peintes dans les panneaux du plafond… elles sont inscrites à l’inventaire des Monuments Historiques depuis le 9 avril 1987 (comme la cloche de 1646 classée, elle, en 1943). Là encore nous étudierons ces énigmatiques décors de plafond un peu plus loin.

L’église de Brenac

La dédicace
Elle est placée sous la protection de Saint-Julien et Sainte Basilisse, tous deux vivant au IVe siècle et ayant subi leur martyre à Antioche. Ces deux personnages sont assez fréquents dans le département où l’on compte près de vingt églises sous leurs patronages. Dans le seul pays de Razès, sous ce vocable on trouve les églises de Espezel, Magrie et Villar-Saint-André. Pour Brenac, la célébration des protecteurs se déroulait le 19 janvier. C’est le jour de la St Marius, mais auparavant c’était celui de St Germanique. Le lendemain, 20 janvier, il était dit un office pour les morts.

Un curé soigneux de son église…
Sans mépriser, le moins du monde, les autres religieux nous en retiendrons cependant un plus particulièrement : un certain abbé… François Courtade !
Né en 1820, il fréquenta le grand séminaire de Carcassonne pour être nommé prêtre à la cure de Brenac le 10 mai 1848, où il restera durant 40 ans. Ajoutons qu’il est l’arrière petit-neveu de l’abbé Félix Armand, célèbre pour avoir fait percer un tunnel dans les gorges de l’Aude.
François Courtade, s’il est curé, n’en est pas moins sculpteur et peintre. On lui doit la statue de l’évêque Petrus Amelius dressée au dessus de la fontaine près de l’église, inaugurée en 1878. Petrus Amelius (Pierre Amiel) était natif de Brenac. Il s’est illustré comme évêque en Avignon et joua un rôle important dans le retour du Saint-Siège à Rome auprès de Grégoire XI.

L’abbé Courtade
Il s’est illustré comme particulièrement attentionné pour son église. Il en sculptera lui-même la chaire et fera don d’un tableau remarquable dont il est l’auteur. IL s’agit d’une œuvre s’inspirant du style de Raphaël (peintre de la Renaissance) montrant Pierre Amiel de Brenac célébrant l’office en présence du dernier pape français : Grégoire XI.
C’est un homme âgé lorsque Saunière est nommé curé de RLC. Et au demeurant rien de particulier ne pouvait rassembler ces deux prêtres sinon leur fonction et des relations anodines de bon voisinage religieux. Pourtant… oui pourtant, il existe quelques courriers mentionnant un intérêt particulier et commun pour des détails historiques et locaux concernant les anciens édifices religieux des deux communes. L’échange sera aussi bref qu’intense. On est étonné, de plus, que cet échange n’apparaisse dans aucun carnet de correspondance de Saunière ou de Courtade. Il y serait question de l’oratoire wisigoth, en vue de RLC, et de découvertes faites lors de travaux fermiers s’y étant déroulés peu avant la Révolution. A cette occasion on aurait mis à jour plusieurs sarcophages dont le contenu aurait été transféré ‘sous la vieille église près du château de Brenac’. Les courriers échangés laissent deviner un intérêt pour un ‘registre’, sans plus de détails. Les deux prêtres semblent parfaitement savoir de quoi il s’agit car à aucun moment l’un ou l’autre ne fait preuve d’étonnement ou d’interrogation, et la conversation se poursuit en toute normalité sur le sujet.

Petite visite de l’église
Nous proposons au visiteur de se munir du petit guide de l’église paroissiale (en vente à la mairie) fort bien documenté grâce aux textes de R. Gougaud et à la participation de messieurs J.C. Baer (maire de Brenac) et G. Kiess, des habitants de Brenac et du Service des Archives.
En ce qui nous concerne nous répartirons notre curiosité en plusieurs chapitres : D’abord la chapelle de gauche en entrant dans l’église – Ensuite l’ensemble des statues de la nef – Les peintures réparties en panneaux dans l’abside et caissons de plafond – Nous finirons avec l’intéressant chemin de croix.
La construction d’un porche d’entrée vers 1837 créant un local vide de part et d’autre de celui-ci, il y fut créé deux chapelles. En entrant, celle de gauche est consacrée aux fonts baptismaux.
Nous nous arrêterons maintenant dans la seconde, celle de droite.

Une chapelle, de belles statues et une signature

Trois statue et un gisant
Il s’agit d’un local, éclairé d’un vitrail à gauche, soigneusement décoré de peintures murales simulant un voilage vert couvert de motifs bruns à feuillages. Les nervures de colonnes soulignant les ogives sont de couleur ‘bleu roi’ parsemées de fleurs de lys dorées. Le reste des encadrements peints est enrichi de frises géométriques répétitives.
Le mur occidental est occupé par un autel de bois de style néo-gothique, avec tabernacle, simple mais de belle facture. Au dessus de ce dernier trois statues, sur des supports, se partagent la hauteur. Au pied de l’autel, l’insolite représentation d’un gisant finit de donner le ton de l’inattendu.
Les trois statues de la gauche vers la droite représentent :
- un homme que nous pourrions prendre pour Joseph s’il ne tenait une palme dans sa main droite. Aucune mention sur le socle ne permet une identification du personnage, ni détail hagiographique particulier propre à un martyr. Il reste provisoirement inconnu.
- Au centre il s’agit de Marie, couronnée, portant de ses deux bras un enfant Jésus bras écartés.
- A droite pour le visiteur se trouve la représentation de Sainte Germaine. En effet de son tablier s’échappent les roses miraculeuses lui épargnant les foudres de son père.

… pour un seul style
Cet ensemble est de toute évidence d’une seule facture, réalisé à la suite, et provient du même sculpteur. Le type également est identique pour les trois sujets. Tous portent une vêture recouverte d’une dorure soigneuse, probablement ‘à la feuille’ ou simulant ce travail. Le reste des personnages, visages, mains et pieds essentiellement, est de couleur chair. Notons que ces trois statues semblent identiques, dans le traitement et les détails, à celles de Saint-Julien et Sainte-Basilisse. Il en est de même pour le gisant de la chapelle dont le bas du corps est recouvert d’un drapé doré.

Ni nom ni détail hagiographique

Aucune des trois représentations de cette chapelle ne porte son nom, pas plus d’ailleurs que celles des patron et patronne de l’église de Brenac. Sans doute l’originalité du sculpteur ? ou volonté du commanditaire ? Oui… justement parlons un peu du généreux commanditaire des statues ‘dorées’. On aurait pu ne pas connaître son identité s’il n’y avait eu un détail apporté avec les fameuses statues de la chapelle qui nous intéresse. Si cette dernière est bien la conséquence de l’ajout du porche en 1837 les statues ont été forcément apportées après cette date. Le style de ces dernières pourtant semblerait antérieur mais ce pourrait être d’excellentes copies depuis des modèles plus anciens. La remarque serait identique pour Julien et Basilisse qui se trouvent dans des niches pouvant avoir été aménagées au moment des grands travaux de rénovations début 19e siècle. La statuaire daterait donc logiquement de cette époque. Mais alors si ce raisonnement est logique nous ne trouverions aucune trace de statues plus anciennes qui devaient forcément orner l’église avant sa remise en état ? S’il y en avait, que sont elles devenues ? Ajoutons enfin que l’auteur de ces modèles a une tendance à montrer ses personnages légèrement déhanchés, s’appuyant sur la jambe gauche, le genou droit légèrement plié avançant visiblement sous les vêtures.
Aucun nom pour ces personnages… peu de renseignements sur le commanditaire… peu oui, mais un détail nous le révélera pourtant.
Revenons à la statue de Marie couronnée portant l’enfant. Elle est représentée avec une hauteur sensiblement plus élevée que les deux autres personnages. Sans doute a t’on voulu montrer une supériorité sacrée pour Marie. De plus une sorte de dais, dans le style du tabernacle, se trouve au-dessus du sujet. Le socle de cette statue disparaît d’ailleurs derrière les décors du tabernacle ouvragé laissant la sensation qu’il est littéralement incorporé dans ce dernier.

En lisant Courtade

Et pourtant c’est ce socle, le seul difficile à discerner, qui comporte probablement l’identité du généreux commanditaire. A mieux regarder on distingue quelques lettres sur ce socle : ‘C O U R’ d’un côté du tabernacle, et ‘R E S’ de l’autre. Pour avoir la dédicace complète il faut pouvoir se hisser et faire prudemment pivoter la statue jusqu’à lire la totalité du texte. Et c’est ainsi que l’on peut lire : COURTADE FRERES.
Plusieurs solutions depuis cette inscription : Le nom de Courtade est la référence, certes peu discrète, du fabricant de statue, ou celui du commanditaire, ou celui des donateurs. En raison du mot ‘FRERES’, au pluriel, nous pouvons exclure une seule personne… La signature d’un fabricant est acceptable car on trouve parfois le terme ‘frères’ dans une entreprise de famille, ‘Courtade Frères’ pourraient en être le cas. On peut aussi supposer que ce sont plusieurs frères d’une famille ayant fait don de ces statues…
Ce qui nous ferait déjà deux possibilités de ‘Courtade’.
- une entreprise familiale.
- de généreux frères.
Mais nous devons ajouter l’abbé Courtade qui s’est vivement intéressé à son église et sa remise en valeur artistique. Serait-il un des donateurs ? pourquoi pas…Les dates de possibilités d’ajouter des statues dans une chapelle récente, à ce moment, peuvent tout à fait correspondre : travaux vers 1840 et arrivée de l’abbé Courtade en 1848… rien à redire.
Dans tous les cas les Courtade semblent apparaître, discrètement dans la décoration de l’église. Et il n’y aurait en cela rien de bien intéressant.

Courtade, notaire Royal

Cependant il y a un autre Courtade qui nous intéresse sur un autre plan et que nous ne pouvons négliger dans cette affaire. Il s’agit en effet du fameux notaire royal Bernard Courtade qui s’occupa du rassemblement d’actes notariés concernant les préparatifs administratifs des propriétés au moment du rattachement du Roussillon à la France. Celui-ci exerçait depuis Quillan - situé à 3 kilomètres de Brenac par l’antique chemin wisigoth de desserte de La Devèze - et dont la famille était originaire fortuitement de Brenac.

Des détails dans l’ombre de Brenac

Et si des documents intéressants l’abbé Saunière avaient été encore en possession de l’abbé Courtade ou sa famille… et si ces documents étaient ceux évoqués dans le bref mais intense échange épistolaire entre les deux curés ? Et si la générosité d’un… Courtade… avait quelques raisons d’être discrètement abritée dans une chapelle et justifiée par un choix particulier de personnages exposés à la vue de tous… mais dont certains détails précis permettaient d’accéder à quelques infos oubliées… ou judicieusement dissimulées ? De plus d’autres détails, à première vue anodins, pourraient bien avoir été dispersés dans le décor de l’église de Brenac selon un procédé ayant fait toutes ses preuves dans d’autres églises telle celle de Rennes-le-Château. Enfin nous retiendrons que le notaire Courtade est celui qui fut en charge du ‘recollement’ des territoires de Périllos et que c’est après la correspondance avec l’abbé Courtade que Bérenger Saunière se dirige sur Durban et Périllos avec le modèle d’une maquette géographique.

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