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Où
il est question de Durban dans l’affaire de Bérenger Saunière et de Rennes-le-Château |
Il
faut bien admettre que sans l’abbé Bérenger Saunière
et les événements connus dans l’affaire dite «
de Rennes-le-Château » que nous connaissons, Gérard de
Sède, ignorant donc les faits, aurait cherché un autre sujet
sensationnel pour construire un autre ‘best-seller’ …
Pourtant, le destin, le hasard, la providence, ou tout autre volonté
dissimulée ou non, suit un cours implacable, car Saunière
est bel et bien devenu curé de la petite paroisse de Rennes-le-Château…
Cependant, et en échange, sans Gérard de Sède, jamais
cet abbé n’aurait acquis la notoriété, discutable
pour certains, ou fait son entrée dans la légende extraordinaire
qui est devenue la sienne aujourd’hui.
C’est
donc en toute logique que nous ouvrons notre recherche sur un court passage
du livre de cet auteur :
« Le trésor maudit de Rennes-le-Château » dans
la version ‘J’AI LU – L’AVENTURE MYSTERIEUSE’
– 1971, rééditée depuis l’édition
René Julliard de 1967.
Où
pour la première fois il est question de Durban
En
résumé : en 1902, Mgr de Beauséjour succède,
au siège épiscopal de Carcassonne, à Mgr Billard. Ce
dernier, durant sa fonction, ne semblait pas donner à l’abbé
Saunière plus d’importance et de publicité que celui-ci
ne souhaitait en montrer vis à vis de ses supérieurs.
Il en est différemment pour Mgr de Beauséjour qui commencera
par se poser de sérieuses questions sur les origines financières
de la soudaine et tapageuse aisance financière de Saunière.
L’affaire avance inexorablement vers les conclusions que nous savons.
Mais citons simplement le texte de G. de Sède dès la 4ème
ligne de la page 38 :
« Le nouvel évêque procède prudemment, par étapes.
Il ordonne d’abord à Bérenger d’aller, pour quelques
semaines faire retraite dans un couvent mais il fallait bien autre chose
pour brider une nature de cette pâte. En janvier 1908, il lui offre
la cure de Coustauge (Lire Coustouge !); la chartreuse de Durban n’est
pas loin et on imagine que ce voisinage suffit à inquiéter
notre homme ! Saunière prend sa plus belle plume et répond
insolemment à son évêque : « je ne puis quitter
une paroisse où mes intérêts me retiennent ».
De
ce passage de texte nous retiendrons plusieurs choses :
- L’auteur, G. de Sède, n’accorde pas d’importance
particulière aux informations qu’il présente. Pour lui,
jusqu’ici, ces remarques sont d’une limpidité indiscutable.
Elles lui semblent tellement logiques et quelconques qu’il ne revient
pas une seule fois sur les détails et les présentent comme
si chaque lecteur pouvait en être naturellement à propos. De
fait, personne ne soulignera jamais ce passage, ou ne cherchera à
en tirer des déductions, le début d’une piste ou des
éléments nouveaux et jamais abordés… et pourtant
la suite de nos travaux montrera que c’est un regrettable oubli!
- Ensuite nous retenons deux mots : ‘chartreuse’ et ‘Durban’.
Et ces deux mots ouvrent sur des constats.
Une chartreuse énigmatique
Prenons
d’abord ce mot ‘chartreuse’ car, depuis ce dernier, plusieurs
remarques s’imposent. ‘Chartreuse’ ne peut s’entendre
que pour un monastère cloîtré de l’ordre cartusien.
En effet, s’il s’agit d’un bâtiment annexe appartenant
aux chartreux, il est question soit de ‘correrie’, soit simplement
de ‘maison’ ou grange’. Cet ordre encore actif est bien
connu et une abondante documentation est facilement accessible sur le sujet.
En consultant quelques ouvrages généraux sur la question nous
voyons qu’il ne fut jamais question d’une ‘chartreuse’
à Durban…
Ensuite nous savons que le seul ordre masculin ayant fait des dons substantiels
à l’abbé Saunière est… celui des Chartreux
! De plus il semble que ces dons furent assez importants pour l’époque.
Nous reviendrons sur ces dons plus loin. Ajoutons, cependant, que ce détail
échappe aux habituels ténors de RLC en la matière.
Mais ce n’est pas là le détail le plus conséquent.
Deux
questions sont générées par ces remarques :
1- Où de Sède apprend-il que Saunière ‘prend
peur des chartreux de Durban’ ? Il ne peut, en effet, avoir ‘improvisé’
un détail impliquant les chartreux qui peut, à tous moments,
remonter à l’attention d’un chercheur plus pointu que
les autres reprenant ce détail à la loupe et le confondre.
De plus, ici, à ce moment de la vie de Saunière, il n’y
a pas utilité, pour l’auteur, de compliquer les faits, ni encore
moins d’ajouter du mystère ou faire intervenir quelques éléments
falsifiés, occultes ou énigmatiques. Pour de Sède,
l’info coule de source, il l’a eue ainsi, elle est juste, sans
importance immédiate, donc il n’y voit aucune malice, raison,
ni mauvaise intention.
2- Ensuite : si Saunière reçoit des dons cartusiens, il n’a,
de fait, aucune raison de craindre la proximité, dans un exil ponctuel,
de généreux bienfaiteurs pouvant tout au contraire lui adoucir
des conditions de retraites plus austères que sa vie maintenant aisée
à Rennes-le-Château… avec un peu de leur excellente liqueur
par exemple…
Alors pourquoi deux incohérences sur un même mot, en un endroit
du texte ne nécessitant aucun ‘forçage’ ou ‘invention’?
De plus, n’importe quel lecteur peut rapidement affirmer, source documentaire
à l’appui, qu’il n’y eut jamais de chartreuse à
Durban… Alors pourquoi courir le risque d’ajouter cette erreur,
sans le moindre intérêt, à une liste qui ira en s’agrandissant
au fil du temps et des études ‘anti-de Sède’ ?
Pourquoi donner un bâton supplémentaire pour se faire battre
un peu plus ? Ce n’est pas très logique.
Si Durban ne fut jamais un domaine cartusien, on peut se demander quel est
le cloître chartreux le plus proche et s’il pouvait y avoir
doute sur le sujet?
Les nourritures éclectiques de l’abbé Saunière
Nous
avons vu Bérenger Saunière craindre, d’après
les écrits de G. de Sède, de se trouver d’abord à
proximité des chartreux et ensuite sur le secteur de Durban dans
les Corbières.
Si nous avons maintenant une possibilité de solution concernant les
chartreux, il reste à comprendre pour quelles raisons le village
de Durban générait un tel refus de la part de Saunière.
En effet Saunière, depuis son affrontement avec Mgr de Beauséjour
à propos de Coustouge, n’ira jamais ‘se faire oublier’
dans aucune petite cure paisible de la région. Ce refus apportera
à l’abbé d’importants ennuis, et une dérive
religieuse inflexible… Fallait-il que ses motifs soient à la
hauteur des graves inconvénients qui en découlèrent
? Nous allons le savoir.
Etrange
comportement que celui de l’abbé Saunière face au fait
de se trouver à proximité de Durban. Conduite d’autant
plus étrange que nous savons qu’il se rendait assez régulièrement
dans le village auprès de deux familles qui l’accueillaient
aussi volontiers que discrètement. Certes, nous savons que l’une
des tables recevant Bérenger était l’une des plus fines
de la commune. Mais cette raison est-elle la seule ? Saunière aurait
fait tout un long parcourt seulement pour un repas aussi fin et gastronomique
soit-il ? C’est une raison qui n’est guère satisfaisante.
D’autant moins que la seconde famille à le recevoir n’avait
pas une réputation culinaire du même ordre… Il faut donc
admettre un motif moins ‘pantagruellique’. Alors, peut-être
était-ce tout simplement une raison religieuse qui poussait Saunière
à diffuser la bonne et sainte parole dans ce canton ? Ou une assistance
d’éducation et préceptorat religieux ? Apportait-il
un réconfort moral et spirituel à quelques âmes en peine
ou paroissien en ‘crise de foi’? Toutes ces raisons ne sont
toujours pas plus satisfaisantes… En effet, la paroisse de Durban
dispose d’un prêtre visiblement appliqué en matière
de religion et d’attention pour ses ouailles et en tous cas pas submergé
par des problèmes de croyance si insurmontables qu’il faille
appeler l’abbé Saunière à la rescousse.
Deux familles d’accueil bien différentes pour Saunière
Voyons
d’un peu plus près ces deux foyers d’accueil pour notre
abbé de Rennes-le-Château.
La première famille est assez réservée, discrète
et formée de plusieurs érudits en matière d’art,
de culture et d’histoire, avec en plus une possibilité en droit
non négligeable. Si Saunière n’y trouve qu’une
nourriture matérielle assez moyenne, il trouve sur les rayons de
la bibliothèque du maître de maison une nourriture plus intellectuelle
sous la forme d’ouvrages et témoignages historiques peu communs.
En effet, parmi les livres rares, il y a là des cartes territoriales
très anciennes, des correspondances avec César-François
Cassini de Thyry (maître d’oeuvre de la célèbre
carte du royaume de France à l’échelle du 1/86400°)
et autres documents terriers attenant au versant roussillonnais peu éloigné.
A son retour pour Rennes-le-Château,
l’abbé Saunière emporte souvent un ou deux volumes qu’il
rapporte ou fait toujours rapporter rapidement.
Nous savons que Saunière profitait d’aller sur Perpignan pour
faire une halte chez cet érudit local avec qui il entretenait une
relation courtoise mais peu épistolaire. Il a été possible
de recenser 4 ou 5 de ces visites dans cette famille en l’espace de
moins de deux ans.
Il en sera de même pour le rythme de fréquentation du second
foyer.
Dans ce dernier, l’abbé Saunière ne trouve pas une littérature
conséquente mais fait bonne chaire… Il y mange de si bon appétit
et en si grosse quantité qu’à l’issue du repas,
il s’impose chaque fois une petite promenade digestive et méditative…
sans doute sur la précarité et les faiblesses de l’Humanité
?
Le paysage provoquant à l’abbé des réflexions
philosophiques semble si fortement l’inspirer qu’il ne choisira
pas d’autre endroit et ira toujours au même. Puis il poursuivra
son voyage et ses affaires vers Perpignan ou Rennes-le-Château.
A tout ceci peu de choses à redire car rien de secret ne semble se
dissimuler derrière ces visites bien anodines à première
vue. En effet, nous savons Bérenger Saunière amateur de bonne
cuisine, mais aussi de belles et rares éditions littéraires.
Pourtant, à mieux y regarder, quelques détails laissent deviner
d’autres attentions et intentions. Tout d’abord, son intérêt
littéraire va, selon les dires de la descendance de la première
famille durbanaise, toujours vers les mêmes ouvrages ou consultations
attentives des mêmes documents. Il recopie avec soin, sur place, des
passages entiers de notes que le maître des lieux ne souhaite pas
voir quitter ses rayons, même pour un temps très court. Il
s’appliquera par exemple à la lecture de chapitres entiers
du colossal travail de Dom Veysset dans sa première édition
dédicacée et annotée (au nom des ancêtres de
ces durbanais) de plusieurs pages de l’auteur lui-même en considération
d’un important service rendu alors. On peut considérer que
l’abbé Saunière était en queste d’informations
précises qu’il pensait trouver sur Durban…
Le
Roc Combach
Sur
Durban, il conduisait, de toute évidence, sa recherche vers d’autres
détails qu’il dissimulait, semble t’il avec malice, derrière
son intérêt pour la bonne nourriture auprès de la seconde
famille. Dans cette famille, peu d’intérêt pour la littérature,
l’histoire, le passé, la connaissance. Aussi Saunière
pouvait-il s’afficher sans autre forme de procès. Mais ceci
n’était que prétexte à une autre observation.
Dès le copieux repas absorbé, l'abbé demandait de vouloir
l’excuser car il souhaitait quelques instants pour ‘méditer’
et faire quelques pas solitaires.
Qui aurait refusé ce droit bien légitime à un prêtre
recherchant un peu de calme pour prier et sans doute remercier Dieu de cette
providentielle et délicieuse nourriture. Puis l’abbé
se retirait chaque fois dans une courte promenade systématiquement
sur le même lieu. Les pas de Saunière le conduisaient alors
au ‘Roc Combach’, sorte de gros et haut rognon rocheux surplombant
un quartier du village. On y avait découvert deux petits dépôts
de bronze lors de l’édification de la ligne du petit train
régional.
Cependant ce n’est pas le souvenir de cette époque préhistorique
que recherchait notre homme. Il venait ici regarder un lieu bien précis
visible de Durban uniquement de ce point de vue : le Mont des Oliviers de
Périllos ! mont où, nous l’avons vu dans un dossier
précédent, il n’y eut jamais le moindre olivier, mais
au nom fleurant bon la toponymie biblique rattachée à la lecture
de la maquette de B. Saunière…
A Durban encore, il ne manquait d’aller saluer son collègue
et s’entretenir avec lui de longs moments dont il ne reste aucun souvenir…
'titre'
des Durban Périllos
Durban
eut un passé historique sans grande particularité notoire.
Le seigneur des lieux, lors de la croisade contre les Albigeois, prit honteusement
fait et cause pour le roi de France et contre les Cathares…
Durban qui se trouve aussi être une place forte frontalière
de la couronne de France contre la Catalogne et donc contre le Roussillon
et aussi contre les seigneurs de Périllos qui, eux, prennent fait
et cause pour le Catharisme… Mais aussi Durban dont les seigneurs
deviendront au fil des temps possesseurs des terres de Périllos et
du titre envié de Vicomte de Périllos! Durban encore où
l’on trouve tant de vestiges mérovingiens et wisigoths : des
tombes, une chapelle, une voie de communication avec les mines de Cascastel…
et où plusieurs petits dépôts très intéressants
furent mis à jour dans les deux derniers siècles. Durban qui
semblait tant intéresser la société fantôme ‘LES
CHARTREUX’… et la curiosité de Bérenger Saunière…
Mais Saunière fut-il le seul curé de notre affaire à s’intéresser à ce chef-lieu de canton ? Nous allons voir que d’autres prêtres ayant un intérêt dans cette affaire y vinrent aussi.
A suivre...
A.
Douzet