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Société Périllos ©

Saunière et l’occultisme - partie 1

Un aspect vigoureusement discuté du mystère de Rennes-le-Château est la possibilité de l’implication de Saunière à la vie des sociétés secrètes.
Il y a des preuves concrètes de son soutien à une restauration de la monarchie, confirmée par son sermon anti-républicain.
Il y a aussi un témoignage suffisant de la dévotion de l’Abbé Saunière au Sacré Coeur dans son domaine privé et à l’église au Rennes-le-Château. Le mouvement du Sacré Coeur, entrelacé avec le mouvement Monarchiste, a eu des liens et des soutiens très puissants avec des sociétés occultes et ésotériques.
Une idéologie sociopolitique, souvent désignée sous le nom de Synarchie, a résulté des mouvements consacrés à la restauration de la monarchie et de l’autorité catholique ; une idéologie partagée par plusieurs des sociétés occultes du temps.
Mais Saunière a-t-il été impliqué dans des activités secrètes que l’on n’attend pas habituellement d’un homme d’église vertueux ? Et s’il avait été attiré par ce monde réservé des sociétés occultes, qu’est ce qui avait pu l’y attirer ?

Par des rapports de villageois nous savons qu’il y avait plus à dire de Saunière que l’on ne peut attendre d’un prêtre de paroisse. Son refus pour permettre l’accès à sa citerne pendant un incendie du village ; ses fouilles secrètes nocturnes dans le cimetière ; l’installation d’une croix à l’envers ; son niveau exceptionnellement élevé de revenu financier et de dépense ainsi que son refus de les justifier à sa hiérarchie ; la lettre d’un collègue approuvant son droit à un tel revenu ; d’autres ragots de village ; tout tend à indiquer que Saunière a eu un côté caché et qu’il se complaisait au mystère.

Les documents du Prieuré de Sion, édités à partir des années 50, allèguent que Saunière aurait découvert d’anciens parchemins codés pendant la restauration de son église et qu’il a amené ces derniers au Séminaire de la rue Sulpice à Paris pour la traduction et le déchiffrage. Pendant cette visite, on dit qu’il a rencontré l’Abbé Hoffet (à ce moment-là seulement un débutant dans la formation religieuse mais intéressé par les études ésotériques). Par l’intermédiaire de Hoffet, Saunière, on le suppose, a été présenté aux cercles culturels et occultes parisiens fréquentés par Mallarmé, Debussy et Emma Calvé – avec laquelle on dit que Saunière eut une liaison amoureuse passionnée.
Aucune de ces allégations qui ont été publiées pour la première fois dans les premiers travaux de Gérard de Sède n’a reçu confirmation par une autre source. Cependant, un fait plus récemment établi a pu jeter une certaine lumière sur un épisode supposé de la vie de l’Abbé Saunière.

On sait maintenant qu’en 1900, Saunière a assisté au moins à trois réunions d’une loge de Martinistes à Lyon. Les pages du registre de loge indiquent sa présence en tant qu’invité d’honneur.
À De l’Orient Lyon Dans la registre de la Très Révérente Loge à l’Orient de Lyon “La haute Philospophie”... sur la liste le présent ‘d’honneur’, L’Abbe Sauniere.

Pour être invité à une réunion de loge en tant qu’invité d’honneur, Saunière doit avoir connu quelqu’un qui était déjà un membre de la loge de Lyon ; une loge qui était à une distance considérable de Rennes. Qui Saunière pourrait il avoir connu et pourquoi faire tout ce chemin vers Lyon ?
Nous savons qu’à l’époque la plupart de Martinistes étaient des ecclésiastiques ; mais qu’est ce qui les a attiré vers le Martinisme et comment pouvaient-ils concilier l’activité occulte avec leur foi ?
Pour essayer de répondre à ces questions il est nécessaire de commencer par regarder la nature du Martinisme et de ceux qui y sont impliqués.

Saint Martin

Bien que non connu sous ce nom jusqu’à très tard, le Martinisme s’est développé à partir des Elus Cohen ordre maçonnique fondé par Martinez de Pasqually autour de 1750. En 1768, Louis Claude De saint Martin, connu sous le nom du philosophe inconnu, est devenu son secrétaire et a par la suite pris le contrôle après la mort de Pasqually. A cette époque, il n’y avait aucune administration centralisée mais un certain nombre de loges indépendantes qui pratiquaient son système.

Le livre “Traité de la Réintégration” de Pasqually explique sa croyance dans la théorie de la réintégration. La croyance centrale étant que l’homme peut retourner à sa nature divine qu’il est supposé avoir connu avant la chute ; c’est-à-dire, il peut devenir plus proche de Dieu.
Le système du rituel conçu pour réaliser la réintégration a utilisé un modèle spécifique de magie appelé ‘théurgie’. La théurgie était le fusionnement de la volonté personnelle avec la volonté de Dieu et était appelé dans le Martinisme authentique, ‘la voie intérieure ‘ou le ` la voie du coeur ‘. On croyait que la puissance créatrice de l’homme était un cadeau de Dieu, le créateur ultime ; et que l’Homme peut acquérir la capacité que la volonté fasse se produire ou se manifester quelque chose.
Mais comme Theurgiste, l’initié pour provoquer une manifestation ou un événement en appellait à la volonté de Dieu. Ainsi l’homme devient un agent de la volonté de Dieu.

Saint-Martin a rejeté certains des rites magiques de Pasqually, qui utilisait l’intervention des esprits, comme une conception médiévale, et il leur a substitué une théurgie davantage centrée sur le Christ et Dieu, qu’il a appelée “Magisme de Dieu”.
Le but final était, comme indiqué, par Saint-Martin “de restaurer l’ordre, la paix et la vie dans le monde “. Il a plus tard déclaré que c’était le devoir de l’individu de travailler à la réintégration : une réaffirmation de l’enseignement de Pasqually si non de ses méthodes.
Il y avait une dimension gnostique résumée par la croyance que la sagesse de l’homme (Sophia) se développe quand l’individu retrouve sa ‘sensibilité’, c’est à dire sa spiritualité qui est normalement submergée par son obscurité intérieure. Ainsi le progrès vers la réintégration va de pair avec une connaissance spirituelle accrue : une plus grande compréhension de la divinité de l’homme et du but de Dieu.

Saint-Martin est mort en 1803 ; il y eu un certain nombre de tentatives de restaurer le martinisme et bien que beaucoup de d’autres ordres, Rose-Croix et ordres ésotériques aient été créés à cette époque, ce n’est qu’aux environs de 1890 que le Martinisme lui-même a connu une renaissance importante sous forme du nouvel Ordre Martiniste. Le Grand Conseil basé à Paris a inclus des occultistes aussi notables que, Papus (Gerard Encausse), Stanislas de Guaita, Sedir, Maurice Barres, Georges Montieres et Joseph Peladan.
Le Grand Maître désigné, Papus a commencé à réunir les diverses loges du Martiniste en créant un mouvement plus structuré.

Papus

“En tant que jeune homme, Encausse a passé beaucoup de temps à étudier la Qabalah, le Tarot, les sciences de la magie et de l’alchimie, et les écritures d’Eliphas Lévi à la le Bibliothèque Nationale“. Papus a également étudié le matériel en provenance de Charles Nodier bibliothécaire, écrivain, occultiste et directeur de la célèbre bibliothèque de l’Arsenal en 1824. Papus est devenu un familier d’un cercle de Gnostiques, de Rosicruciens, et d’"anciens Martinistes", tous étudiants du défunt Eliphas Levi.

Sa rencontre avec M Philippe de Lyon en 1886 bouleverse sa vision du monde. De ce moment Papus devient le propagateur du mysticisme chrétien et “de la voie du coeur”, que Saint-Martin a appelé “la voie intérieure”. Le coeur de cette philosophie, comme décrit par Papus, est édité dans son "voie du coeur ou mystique". Papus s’occupe dans cette oeuvre de l’importance de la simplicité et de la purification du corps, de l’âme et de l’esprit dans la quête spirituelle. Un autre texte de Papus qui reflète la philosophie ‘de la voie intérieure ‘s’appelle convenablement ‘la voie du coeur ‘;

Sur l’objectif et le but de l’ordre de Martiniste Papus a écrit ;
“… l’ordre, dans l’ensemble, est particulièrement une école de chevalerie morale, essayant de développer la spiritualité de ses membres par l’étude du monde invisible et de ses lois, par l’exercice de la dévotion assistée de l’intellect et par la création dans chaque esprit d’une foi plus solide car elle est basée sur l’observation et la science”.

Papus a activement cherché une alliance entre le clergé et les occultistes pour reconstituer les forces de la tradition contre la tendance de la modernisation qu’il a considérée comme responsable d’une perte d’ordre social.

Jusqu’ici nous n’avons rien rencontré qui pourrait être considéré comme contradictoire avec la foi d’un prêtre traditionaliste. Et certainement le message sociopolitique aurait semblé également acceptable par l’église catholique. Mais pourrait-il y avoir eu un autre aspect du Martinisme qui aurait pu avoir attiré l’Abbe Saunière et d’autres prêtres ?

Le Spiritisme, populaire en Amérique, était apparu en Europe dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle et était devenu un trait caractéristique du rituel Martiniste. Nous savons que Papus lui-même a tenu des séances pour des spirites entrants en contact. On peut facilement imaginer combien une telle activité pouvait être tentante pour un prêtre. En dépit de son interdiction par Rome, le contact direct avec les morts devait fasciner ceux dont les vies étaient consacrées à la préparation pour la vie après la mort.

Papus et sa participation dans les mouvements ésotériques étaient largement connus parmi ceux qui avaient un intérêt pour l’occultisme. En 1905, Papus a été appelé à la cour de Tsar Nicolas II pour tenir “un Séance spirite” durant laquelle l’esprit de son fils, Alexandre III, a été évoqué. La cour russe a été témoin de beaucoup de telles séances compte tenu de l’intérêt manifesté par le Tsar Alexandre II et son épouse pour l’occultisme. En fait dès 1861, le médium écossais DD Home, accompagné de l’écrivain français Alexandre Dumas, tenait des séances au palais d’hiver, à Saint Petersbourg pour le Tsar, la cour et d’autres aristocrates russes.

C’est pendant cet épisode que nous avons eu connaissance des "protocoles des Sages de Sion". Documents censés être le compte rendu du Congrès Mondial Sioniste qui a eu lieu à Bâle en 1897, ils ont causé une énorme agitation à la cour russe où ils ont été employés pour propager des rumeurs sur certaines factions politiques.
Contraire à la croyance populaire, ils ne sont pas un contrefaçon, ni une fiction ; mais ils ne sont pas non plus d’origine sioniste. En fait ils ont formé la base d’un plan Martiniste de gouvernement : la Synarchie. Papus lui-même a écrit q’un tel plan était nécessaire pour s’opposer à ce qu’il voyait comme une anarchie rampante. Connaissant leur potentiel politique, une fraction des exilés russes dissidents les a utilisés pour critiquer les nobles russes impliqués dans la franc-maçonnerie, nobles qui étaient censés être impliqués dans une conspiration pour influencer le Tsar.
Ce document de Martiniste a été alors vu par Sergei Nilus ; qui a confondu le symbole du Martinisme – une étoile à six branches - avec le Symbole Sioniste de l’étoile de David. Il a immédiatement interprété le document comme étant un plan sioniste faisant partie d’une conspiration sioniste. Les Martinistes ont été dûment attaqués comme appartenant à cette conspiration Judeo-maçonnique illusoire. De plus les tendances anti-sémites du temps ont considérablement aidé à alimenter cette confusion et ont accrue la croyance du public en elle, croyance qui continue encore jusqu’à aujourd’hui.

Mais l’infatigable Papus a eu d’autres intérêts et croyances.
En 1896, il a édité le Tarot des bohémiens. Un regard à la préface du livre indique une autre partie de sa croyance occulte:
“Le jeu de cartes du Tarot, communiqué par les bohémiens de génération en génération, est un livre primitif d’initiation antique. … le lecteur non-initié trouvera en lui l’explication de la philosophie et de la haute science de l’Egypte antique…”
Papus de plus déclara que la sagesse de la Qabalah, de la Franc Maçonnerie et de l’Egypte antique avait été maintenue vivante par le Tarot de ces bohémiens nomades.
Très influencé par la Franc Maçonnerie, Papus a évidemment cru en la transmission de la sagesse sacrée et de la science occulte depuis les temps les plus anciens par les bohémiens, les Rosicruciens, les Templierrs, le Christ, l’ancien testament, l’Egypte antique et ce jusqu’au jardin d’Éden et à la chute de l’Homme. Sa quête était de découvrir et de formuler la synthèse qui selon ses propres termes “condense dans quelques lois simples la totalité de la connaissance acquise.”

Martinez de Pasqually

Ceci confirme très précisément la présence de la Gnose au coeur de Martinisme. Nous pouvons maintenant comprendre plus facilement le rôle de Jules Doinel, fervent du catharisme, dans ce monde ésotérique et ses relations avec l’Abbé Saunière.
En 1888, alors qu’il travaillait comme archiviste à la bibliothèque d’Orléans en France, Jules Doinel découvrit une charte originale datée de 1022, qui avait été écrite par « canon Stephan d’Orléans », un maître et précurseur des cathares qui enseigna une doctrine gnostique (il fut brûlé pour hérésie cette même année). Doinel eut une vision dans laquelle « l’Eon Jésus » lui est apparu et l’a chargé de la tâche d’établir une nouvelle église. Doinel était “un franc-maçon du Grand d’Orient” et il pratiquait le spiritisme. “En mai 1890, Jules Doinel organisa ‘une séance dans l’oratoire de la ‘duchesse de Pomar (la contesse de Caithness).... On lui dit que les esprits désincarnés des anciens albigeois, accompagnés par une voix merveilleuse, ont posé leurs mains sur Doinel, le consacrant “Valentinus II, évêque de l’Assemblée Sainte du Paraclet (Saint Esprit) et de l’Eglise Gnostique”.

Ainsi l’église gnostique a été fondée par Jules Doinel en 1890. En 1892, Doinel a consacré Papus comme Tau Vincent, évêque de Toulouse ; il a également consacré d’autres Martinistes, tel que Paul Sedir et Lucien Chamuel. Ces trois hommes ont formé le ‘noyaux’ de l’Eglise Universelle Gnostique nouvellement construite.

Jules Doinel, patriarche de l’église gnostique est entré dans la loge Martiniste de Papus en 1891. Comme nous l’avons vu il a consacré Papus évêque gnostique de Toulouse et en 1893, il a fondé Ordre Gnostique de la Colombe du Paraclet. En 1896, il a été nommé Archiviste à la Bibliothèque de Carcassonne et deux ans après il est devenu secrétaire de la société pour des arts et des sciences de Carcassonne : c’est à cette époque que l’on pense qu’il a visité Rennes-le-Château. Ceci devient une éventualité encore plus crédible quand on sait que le collègue de Saunière, l’Abbé Boudet, curé de Rennes-les-Bains, était également un membre érudit de la société.
Mais le plus intéressant est qu’en 1900, l’année où Saunière a assisté aux réunions de Martinistes à Lyon, Doinel est devenu l’évêque gnostique de Mirepoix – qui inclut Montségur, et d’Alet les Bains – qui inclut le Rennes-le-Château.

Joanny Bricaud

On ne sait pas si Saunière a continué à s’intéresser au Martinisme ou même s’il est jamais devenu un membre à part entière. Cependant, le lien inextricable entre l’Eglise Gnostique et le Martinisme offre quelques possibilités intéressantes.
“En 1908 un schisme s’est produit dans l’église gnostique : la branche de Lyon sous la direction de Joannie Bricaud a pris un autre nom ; ‘Église Gnostique Catholique ‘(EGC) ; plus tard changeant encore en l’EGLISE GNOSTIQUE UNIVERSELLE (EGU). L’EGU changera plus tard une fois de plus son nom en “EGLISE GNOSTIQUE APOSTOLIQUE”.
En 1911, l’E.G.A. dirigé (depuis 1908) par Joannie Bricaud, patriarche de l’église gnostique, est devenu l’église officielle de l’“ORDRE MARTINISTE” de Papus.
En outre, Joannie Bricaud lui-même devait arriver plus tard à la tête de cet ordre Martiniste.

Mais les croyances du Martinisme, ou celles de l’Eglise Gnostique, étaient-elles en conflit avec la doctrine de l’église catholique ?

Jules Doinel, le fondateur de la première église gnostique avait rêvé d’une église qui donnerait de nouveau au christianisme sa dimension gnostique. Mais la gnose doit être définie pour ne pas confondre la gnose très sainte qui, comme Clément d’Alexandrie l’a dit, ne s’oppose pas à la foi mais la perfectionne, avec la “gnose dont le nom est un mensonge“ dénoncée par Saint Irenée dans son traité contre les hérésies au 2ème siècle.

Plusieurs des églises gnostiques peuvent être considérées hérétiques, mais celles qui sont restées fidèles à la tradition de Doinel ne le sont pas.

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