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| Saunière et l’occultisme - partie 2 |
Ainsi,
que recherchaient les Martinistes attirés par Papus, puis par ses
successeurs à la tête de l'ordre ?
C’était l'Eglise unique, la seule fidèle à la
tradition des apôtres et les pères de l'église, celle
qui possède et dispense la gnose énoncée par Clément
d'Alexandrie.
Depuis son origine, une telle église est restée vivante dans
l'est, après qu’elle eut disparu à l’Ouest au
Moyen age au bénéfice du catholicisme romain. C'est l'église
orthodoxe. Son retour providentiel dans l'ouest permet au Martinisme aujourd'hui
de trouver de nouveau une pratique ecclésiastique authentique, parallèlement
à ceux qui suivent la pratique des quelques rares églises
gnostiques dignes de ce nom, églises où les fidèles
sont souvent à peine plus nombreux que les prêtres.
Cette réconciliation efficace de l'orthodoxie et du RCC est l'un des objectifs affichés du Hiéron de du Val d'Or et de L'Eglise d'Avignon qui jouent un rôle majeur dans le registre ésotérique de la Dévotion au Sacré Coeur
Un examen de la foi de l'Eglise Gnostique Universelle à Lyon, en 1908 ne montre rien qui aurait causé un conflit ou une crise avec la foi d’un prêtre catholique. En fait, la foi prend les enseignements catholiques prosaïques à un niveau spirituel et intellectuel plus élevés. L'addition principale à la foi existante n'étant rien d’autre que la recherche consciente et engagée de la réintégration : la recherche vers un état de spiritualité divin.
Extrait
du sermon de H. H. + Johannes Bricaud (Jean II) à l'occasion de sa
nomination comme patriarche de l'église gnostique universelle à
Lyon, en 1908.
1. que soit dite par Sa bouche et nous soit enseignée la Gnose et
la véritable vie sainte, de sorte que nous soyons libérés
de l'esclavage du Démiurge et de ses Archons terrestres, et qu’il
rende possible notre retour au monde pneumatique duquel nous sommes issus
et où il est retourné après Sa mort.
2. - nous croyons en la troisième personne de la trinité,
la vie, qui relève du père comme du fils, et qui se révèle
elle-même dans le Pneuma-Agion, l’ Esprit Saint.
3. – qu’il nous donne la joie dans la vie, et nous mène
sur le chemin de la vérité et de la sainteté, qui unit
tous les êtres, et qui est adoré dans le père comme
dans le fils.
4. - nous croyons en un univers pneumatique, église incommensurable
de l'esprit, aussi ancien que Dieu lui-même, et plus vieux que l'univers
[hylique] matériel, où notre globe se trouve comme une colonie
dans le Périsphère, où nous les hommes descendons en
tant qu’esprits.
5. - nous professons les deux baptêmes, et les trois autres mystères
de la purification et de la conversion de l'humanité.
Amen.
Lyon, 1908.
Ainsi
nous pouvons voir l'attraction de Martinisme et de l'église gnostique
sur peut être les plus intellectuels des prêtres. Naturellement
nous ne devons pas oublier que ces mouvements chrétiens ésotériques
ont été également profondément impliqués
dans les mouvements Monarchistes, particulièrement ceux qui soutenaient
Charles Naundorff.
Mais il y a une croyance politico-philosophique fondamentale, partagée
par monarchistes et Martinistes, qui fournit une explication pour le raccordement
possible de Saunière avec un monde occulte plus vaste.
Comme précédemment mentionné, les publications du Prieuré
de Sion allèguent que Saunière, en voyage à Paris,
a été bien accueilli dans la société occulte
parisienne où il a fait la connaissance de certaines personnes très
notables telles qu'Emma Calvé et Debussy. Les publications postérieures
d’auteurs proches du Prieuré de Sion ont repris cette affirmation
sur cet aspect de la vie de Saunière. Nous devons également
nous rappeler que la liste des grands maîtres du Prieuré inclut
Charles Nodier, Victor Hugo, Claude Debussy et Jean Cocteau, tous reliés
d'une manière ou d'une autre à ce monde occulte ; plus spécifiquement
au courant artistique du symbolisme.
Un aspect de la philosophie politique commun à ces différentes sociétés, mouvements et personnes, est leur foi inébranlable dans la tradition et la hiérarchie comme instruments nécessaires à l'ordre social.
Cet
accent sur la tradition a été spécifique des ordres
de la Rose-Croix de Josephin Péladan, qui nous devons le rappeler
était un membre du premier Grand Conseil Martiniste sous Papus. Péladan
avait achevé son éducation en Italie et pendant cette époque
il tomba amoureux de l’art italien. En 1882 il est arrivé à
Paris, se présentant en tant que critique d'art. Ses vues peuvent
mieux se résumer dans ses propres mots, "je croient en l’Idéal,
en la Tradition, en la Hiérarchie." Nous verrons comment sa
conception de l'art devait exercer une influence majeure sur l'art symboliste
et les sociétés occultes. C’est à la suite de
sa rencontre avec l'occultiste renommé, Stanislas da Guaita , qu'il
a décidé de rétablir le Rosicrucianisme du 17 s. Son
association avec da Guiata l'a introduit dans le monde des magiciens noirs,
qui comprenait que des satanistes décadents, tels que J K Huysmans,
et le célèbre Abbé Boullan dont nous examinerons plus
tard les activités.
En 1892, Péladan a organisé le premier de ses Salons annuels de la Rose-Croix dans lesquels sa vision de l’art traditionaliste, étroitement liée au mouvement symboliste, devait être mise en avant avec force. Nous savons par ses propres écrits exactement ce a quoi il adhérait, dont un ensemble de règles à respecter rigidement. On affirme clairement que le dogme catholique et le symbolisme devaient être prioritaires, même si l'exécution était imparfaite. Il a cru que l'église catholique était devenue un dépôt de la sagesse antique qui pourrait être redécouverte par l’étude de son symbolisme. Bien que parfois ses écritures aient côtoyé l’hérésie, et que certains de ses anciens ordres de Rose-Croix plus tard aient été condamnés pour devenir excessivement influencés par le mysticisme oriental, Péladan lui-même parvint à échapper à la censure de l'église. Cependant, dans son esprit, Péladan s'est considéré comme étant bien plus catholique que les voix apparemment libérales du Vatican.
D'abord mentionnée par Gérard de Sède, d'autres chercheurs en accord avec lui ont convenu par la suite que la présence de roses, sur la chasuble de Saunière décorée de broderies ainsi que dans de nombreux motifs trouvés dans la décoration de son église, particulièrement dans les stations du chemin de croix, était la preuve de la participation de Saunière à des mouvements de la Rose-Croix. C'est possible, mais nous devons être prudents dans cette interprétation, car la rose est aussi généralement trouvée dans le symbolisme catholique traditionnel.
Un visiteur fréquent des salons de Péladan était le compositeur Claude Debussy, un ami du grand auteur ésotérique, Stéphane Mallarmé, et d'autres principaux occultistes. Le commanditaire de Péladan dans cette entreprise était le comte Antoine de la Rochefoucauld, qui lui était intimement lié à la suite d’une apparition du Sacré Coeur. Après une rupture avec Péladan en 1893, Antoine de Rochefoucauld a créé une revue et a nommé comme rédacteur un sataniste connu, Jules Bois. Jules Bois était l'amant d'Emma Calvé, la célèbre chanteuse d'opéra censée avoir eu un "liaison" avec Saunière. Ce lien avec Jules Bois est une piste intéressante, même si l’indice est plutôt mince pour notre l'enquête.
Bois avait une réputation de magicien noir mais il était également étroitement relié à d'autres occultistes notables qui prétendaient être des catholiques et des défenseurs traditionalistes de la revendication au trône de Naundorff.
Mais comment pouvons-nous concilier l'association d'un prétendu magicien noir avec le monde des traditionalistes catholiques ?
Les Satanistes (magiciens noirs) sont souvent confondus avec les Lucifériens, et les termes sont souvent pris l’un pour l’autre de manière erronée. Les Lucifériens font partie d'une tradition connue sous le nom de Prométhéens. Bon nombre d'entre eux ont identifié le Christ en tant qu'un des prophètes dans le sens que Christos (en grec) équivaut à Lucifer qui (en latin) signifie le "Porteur de la lumière". Lucifer est pour les Lucifériens le prophète qui apporte le message authentique des textes sacrés (évangiles), message occulté et déformé par l'église catholique. Cette croyance peut être vue comme une forme de Gnosticisme plutôt que la perception plus populaire du culte du diable. Une conclusion confirmée dans les écritures de Stanislas da Guaita le poète, qui dans 1887 avait fondé l'ordre Cabalistique de la Rose Croix avec Péladan et Papus. Ses travaux montrent qu’il était un gnostique mais il a également écrit sur Satan et la magie noire.
Retour à Rennes-le-Chateau et à Saunière et nous trouvons encore un autre mystère. En 1891, Saunière a installé une statue de la Vierge Marie sur un pilier antique sur lequel une croix gravée semble à l'envers. Aucun prêtre n’aurait pu ignorer cette anomalie et il aurait pris des mesures pour la rectifier. Mais Saunière a réalisé cette singularité en gravant deux inscriptions sur le pilier, confirmant ainsi son intention de mettre en évidence publiquement une croix à l'envers.
Ce
n'est sûrement pas une coïncidence si la croix à l'envers
avait été adoptée par les occultistes français
catholiques pour représenter non seulement le martyre de Saint Pierre
mais, d'une manière plus importante, l’enseignement de la tradition
à l’intérieur même de l'église.
– Eugene Vintras fut un personnage clé parmi ces occultistes
catholiques. Il professait être catholique et il avait formé
sa propre église du Carmel et portait une croix inversée sur
ses vêtements de cérémonie. C’était un
monarchiste confirmé, qui a activement prêché que Charles
Naundorff était le roi légitime. En dépit de son excommunication,
prétendument pour pratique de rites magiques noirs, il a continué
à recevoir l'appui significatif de factions à l’intérieur
de l'église catholique.
Mais se peut il que la vraie raison de son excommunication ait été
qu’il prêchait une forme de Gnosticisme considérée
comme une menace pour l'église catholique ?
Quand
Vintras est mort dans 1875 l'Abbé Boullan, le prêtre défroqué
est devenu son successeur à Lyon, ainsi qu’un défenseur
du prétendant Naundorff,. Précédemment, à La
Salette il avait rencontré une nonne Adèle Chevalier, une
amie de Mélanie Calvat la visionnaire. Boullan a eu une relation
intime avec Adèle ce qui a attiré sur lui l’accusation
d’activités sexuelles suspectes. On dit que Mélanie
avait révélé le secret de La Salette à Adèle,
avec qui elle avait créé l'ordre de la Mère de Dieu.
Elle et Boullan ont créé la « Société
pour la réparation des âmes » en vue de traiter des «
maladies diaboliques ». Condamné par l'église catholique
il a été emprisonné pendant trois années, mais
à sa libération il est retourné à sa mission
d’exorciste.
Ses propres écritures prouvent que Boullan participait en effet à
l'activité sexuelle diffamée ce qui s’est avéré
inacceptable pour la majeure partie du monde occulte. En fait après
une réunion avec Boullan en 1886, le collègue de Péladan,
da Guiata, a rapporté qu'il (Boullan) était tombé profondément
dans l'erreur.
Mais en dépit de sa réputation pour pratiques sexuelles et
autres bizarreries, Boullan est plus connu pour sa "loi de la régénération
sacrée", qui est plus ou moins identique à la théorie
de réintégration trouvée au coeur de Martinisme.
Le biographe de Boullan, Joanny Bricaud, a écrit "puisque la
chute a résulté d'un acte illicite de l'amour, le rachat de
l'humanité peut seulement être réalisé par des
actes d’amour accomplis d'une façon religieuse". On croyait
que "l'amour coupable doit être combattu par l'amour pur, par
une approche sexuelle, mais d'une manière céleste, jusqu’aux
esprits afin de s’élever soi même : c'est l'union de
la sagesse ".
Il est intéressant de noter qu’en 1908, Bricaud a été
nommé patriarche de l'église gnostique universelle et qu’en
1918, il est également devenu le dirigeant de l'ordre de Martiniste
de Papus.
Ainsi nous voyons qu’au coeur, du Martinisme, de l'église gnostique et de tradition des Lucifériens il y a une croyance commune : croyance qui n’est pas nécessairement en conflit avec une interprétation large du dogme catholique, particulièrement pour un prêtre qui se pose des questions. Ce n’est pas dans les enseignements que le conflit a surgi mais dans les méthodes. L'église catholique a considéré que le salut de l'homme résidait dans les sacrements du baptême de la communion, la confession, le repentir etc., qui pouvaient être reçus seulement dans l'église catholique. Alors que pour le gnostique, on pensait que la seule manière pour que l'homme retourne à l'état de grâce qu'il avait connu avant la chute, était dans la gnose authentique, en travaillant et en se confrontant à son instinct sexuel terrestre naturel.
Cependant
bien qu’à l'heure actuelle il n'y ait aucune preuve sérieuse
pour placer Saunière dans ce monde ésotérique et gnostique,
ceci ne parait certainement pas improbable. Tout bien pesé, l'exposé
des faits présentés ici montre que cette possibilité
est fort crédible.
Mais la question finale pour des chercheurs de Rennes demeure toujours.
Quelle était la vraie nature de la relation de Saunière avec
sa femme de charge Marie Denarnaud qui a refusé de parler de tels
sujets ?
Qu’il y ait eu une dimension ésotérique dans les rapports entre Jules Bois et Emma Calvé ou même entre le célèbre Joseph Boullan et Adèle Chevalier, nous ne le saurons probablement jamais. Mais il est possible que même s’ils se sont fourvoyés, ils ont partagé le but de la réintégration : le retour à un état de grâce parfaite. Etait ce en fait la base pour le rapport durable et fidèle établi entre Saunière et Marie ? N'est-il pas possible qu'ils aient imité le rapport exemplaire, comme suggéré dans les évangiles gnostiques, celui de son seigneur, Jésus Christ avec Marie Madeleine, sa disciple la plus aimée et sa pécheresse repentante ?
Guy Patton