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Rennes-le-Château
selon l’abbé Bérenger Saunière : Refuge d’un mouvement terroriste ? |
L’auteur,
Elizabeth van Buren's, dans son ouvrage ‘Refuge de l'apocalypse :
La porte vers d'autres dimensions’, explique que proche de Rennes-le-Château
existerait ‘une porte des étoiles’. Cette porte, oubliée
de tous, qui s’ouvrirait vers une autre dimension, serait étroitement
liée avec l'Apocalypse. Le sens des mots de cet écrivain nous
paraît pratiquement similaire, sur le principe du ‘passage vers
ailleurs’, avec les affirmations de Ramon de Périllos concernant
son territoire et une ‘entrée vers l’autre monde’…
En ces termes, que pouvons-nous penser du rapport entre Ramon et Vincent
Ferrer, prédicateur religieux et apocalyptique, prêchant que
si l’Europe de l'ouest suivait son appel, l'Apocalypse aurait lieu
?
D'autres chercheurs croient également qu'un autre tel passage existe
près de Bugarach. Bien que quasiment aucun autre auteur que nous
n’ait proposé une étude en la matière, quelques
personnes se sont déplacées vers ce secteur énigmatique
dans l'espoir d'être celles qui seraient ‘élues’
pour être ‘sauvées’ d’on ne sait quelle catastrophe
humanitaire. Si l’on en croit la Bible, 144.000 personnes seront épargnées
par la fin de notre temps, ou plutôt choisies pour recevoir la ‘Révélation’
(qui est le mot correspondant à Apocalypse). De fait, quelques ‘crédules’
se disputent l’installation et l’adaptation sur ce secteur afin
d’y vivre tant bien que mal dans l’attente hypothétique
d’une prétendue catastrophe.
Saunière,
combattant de la liberté ?
Le
cours de nos recherches parfois nous emporte géographiquement loin
de nos régions habituelles. Dans ces moments là, il arrive
de rencontrer diverses personnes, des plus intéressantes… chacune
avec son lot d’aventures à raconter.
C’est ainsi que, récemment, nous avons trouvé une personne
nous prévenant que nous devions savoir, avant de prendre contact
avec lui, qu’il est, dans certains milieux, soupçonné
d’être un ‘terroriste’ … alors qu’il
se considère seulement comme un combattant de la liberté.
D’entrée de jeu, il explique avoir combattu, par le passé,
dans les rangs de l’IRA… politiquement et sans armes. Néanmoins,
il nous explique qu’il dut être d’une extrême prudence
pour rencontrer ses… ‘frères d’armes’, ou
autres, en raison du fait qu’ils peuvent être surveillés
en permanence. En ce cas, la personne qui les espionne n’est pas forcément
de la police mais de l’opposition. Dès cet instant, les deux
protagonistes sont en péril d’être à tous moments
abattus, soumis à des pressions ou au chantage. Tout ceci pour nous
dire que pour rencontrer ses ‘frères’, notre personnage
devait être d’une prudence extrême, pour ne pas dire plus.
Bien que tout ceci soit fascinant, on peut se demander en quoi nos recherches
sont impliquées dans les périlleux détails de la vie
des hommes de l’ombre… C’est alors que notre interlocuteur
nous informe qu’après le succès du ‘code Da Vinci’,
il décide de visiter Rennes-le-Château. Cependant, ses expériences
avec l’IRA lui permettent de voir ‘le monde’ avec une
perspective différente de la nôtre. Et bien que ne sachant
pas, en arrivant, ce qu'il trouverait dans cette affaire de Rennes-le-Château,
il est certain d’avoir ressenti que Saunière était comme
lui : un combattant de l’ombre ou… un terroriste de la liberté
!
«
Réunions clandestines »
De tels propos sont
difficiles à retranscrire, pouvant toujours prêter à
confusion. Aussi, il paraissait plus important de laisser poursuivre notre
narrateur, qui ne semblait pas donner visiblement de signes de faiblesse
d’esprit, ce qu’il fit en ces termes : « Durant ma discrète
participation avec l'IRA, je me suis toujours soigneusement assuré
que je n’étais pas suivi lors de la rencontre avec mon correspondant,
afin que nul ne puisse nous identifier l’un ou l’autre. Mais
ce n'était pas toujours facile. Si certains endroits étaient
impossibles pour de telles réunions, en échange, d’autres
lieux s’y prêtaient idéalement. Avec le temps, que j'ai
eu besoin ou pas de considérer une ville, ou un paysage, pour d’autres
raisons et regards que ces ‘contacts clandestins’, je ne pouvais
m’empêcher de les présumer ou non compatibles avec une
rencontre furtive, secrète ou dangereuse ». Notre personnage
explique alors que, dans cette optique précise, son opinion s’est
faite systématiquement sur le sujet, à propos du site de Rennes-le-Château
et plus particulièrement les installations du domaine de l’abbé
Bérenger Saunière. Il ressortirait que celles-ci soient réalisées
de telle manière que des réunions très discrètes
aient pu s’y dérouler sans que personne à l'extérieur
ne puisse savoir la teneur de ce qui se passait à l’intérieur
ni avec qui. On observe, par exemple, qu’il suffit de très
peu de moyens pour assurer surveillance, et sécurité, du domaine
de Béthanie. A cet effet, la Tour Magdala est un excellent observatoire,
au demeurant voulu ainsi par Saunière lui-même. Ce constat
nous conduit rapidement à savoir ce qu’il voulait observer…
ou voir arriver ? De ce point de vue, il est facile d’observer chacun
aller et venir, et ce jusqu’au plus loin de la vallée. Si à
première vue on peut penser la villa Béthanie innocente et
facile d’accès, c’est une erreur et peut-être un
piège fonctionnant à merveille.
Un
autre regard sur un domaine
Mais
le domaine de notre abbé n’est peut-être pas le seul
point stratégique à se trouver sous discrète surveillance.
Précédemment, nous démontrions que Saunière
s’était attaché à certains aménagements
en ce qui concerne aussi le cimetière. On peut à la fois s’en
étonner et féliciter une initiative de rénovation de
cet enclos du silence. Cependant, sur ce genre de site et à cette
époque, les pensionnaires ne cherchent pas forcément à
s’en aller… ni les vivants à montrer une impatience à
s’y rendre. Si des travaux de propreté ou talutage sont une
initiative louable, en échange, on peut s’étonner des
mesures de ‘sécurité’ choisies par Saunière.
Ces dernières présentent toutes les apparences d’une
certaine méfiance débouchant sur une série de ‘mécanismes
de défense’ plus que de sauvegarde de l’intimité
de la nécropole: installation d’une porte de fer pour sécuriser
l’entrée du cimetière et construction d’un mur
autour de l’enclos. Ces mesures suggèrent surtout qu’une
fois dans ce périmètre quiconque en verrouillant l’entrée
se garantit de tous regards indiscrets ! Cependant, nous gardons à
l’esprit que pour les paroissiens et visiteurs, ces actions ont tout
l’aspect de l’innocence et du vouloir bien faire…
Ce
n’est pas encore tout. Nous voyons l’abbé Saunière
devant son église, créer également un jardin soigneusement
clôturé et fermé d’une autre porte de fer. Pouvait-on
craindre que le grand calvaire s’en aille promener, ou que le fait
d’aller se recueillir ou méditer dans cet agréable jardin
exige un strict contrôle ou un ‘laisser passer’ ?
Plus tard, il achète la parcelle devant le presbytère et y
fait construire la villa Béthanie dans le prolongement de laquelle
il fait aménager un parc d’agrément ainsi que d’autres
annexes qu’on peut visiter maintenant. L’ensemble forme ce qu’il
y a lieu d’appeler ‘le domaine de Saunière’.
Ce grand espace magnifiquement arboré atteignant toute l'extrémité
de la falaise est clos d’un autre mur massif sur le vide et d’une
clôture métallique côté village. Tout au bout
des constructions, à l’ouest, se dressent les citernes formant
une sorte de large rempart. Ce dernier est surmonté d’une part
par une haute verrière appelée ‘tour de verre’
et, en opposition, par la célèbre ‘tour Magdala’
en forme de petit donjon fortifié d’une rangée de créneaux.
Il est remarquable que le ‘domaine’ vu de la vallée a
fière allure et donne la sensation d’une forteresse, au point
que certains touristes prennent cet ensemble pour le vieux castel médiéval.
L’impression, évidemment, s’estompe dès le franchissement
des premières constructions du village.
Pourtant, bien que la luxueuse ‘villa’ et ses annexes soient
rapidement disponibles et fonctionnelles, nous savons que Saunière
continue à vivre et demeurer dans le vieux presbytère qui
jouxte à la fois l’église à l’est et son
domaine à l’ouest… Depuis ce bâtiment et plus particulièrement
l’ancienne cuisine ou salle commune, il met à jour sous la
cheminée un des accès souterrain à la crypte de l’église.
Par l'implantation de sa villa Béthanie, Saunière semble s’être
assuré la garantie de rester à vie sur ce secteur dont il
devient le farouche gardien sur ce royaume souterrain.
Cependant, nous ajoutons qu’il est possible que tout ceci ne soit,
une fois de plus, qu’une sorte de leurre et que le système
de sécurité imaginé par l’abbé Saunière
soit bien plus complexe et astucieux qu’il ne le paraît de prime
abord. En effet, le point central, une sorte de donjon dirons-nous, n’est
pas la ‘villa’ mais bel et bien le presbytère ! D’ailleurs,
l’abbé ne s’y trompe pas et, en seigneur du royaume des
morts, c’est dans cet ultime bastion qu’il vit et… meurt.
Ce bâtiment est en effet au centre d’un système bien
construit et pourtant d’apparence innocente. Le mécanisme de
défense est simple et c’est là toute son efficacité.
L’église est refaite à neuf, donc aucun travail ‘indiscret’
n’y aura plus lieu ; le cimetière est sécurisé
par la nouvelle muraille et… la superstition des morts. Si ceci assure
une protection à l’est et au nord, l’ouest et le sud
sont défendus par le rempart, la villa et la clôture de fer
! Enfin, Saunière assure sa forteresse contre la curiosité
d’un voisinage immédiat en établissant un jardin (lui
aussi enclos de fer et de murs) et la récupération du petit
bâtiment devant le presbytère et son jardin intérieur,
lui-même fermé par une lourde porte grillagée. Le système
est terminé… notre curé de Rennes s’assure l’exclusivité
des passages et contrôle, en détenant TOUTES les clés,
tant le grand jardin que le cimetière, l’église et son
domaine tout entier !!! En effet, à bien y réfléchir,
le domaine visible et invisible de Saunière dans Rennes-le-Château
se présente comme une véritable forteresse. Pourtant, il nous
reste la question essentielle : qui ou que défend-il ?... Saunière
ou autre chose ?... l’abbé craindrait-il quelques malandrins
ou cambrioleurs ?... ou une atteinte à sa vie comme nous le verrons
plus loin.
Trésor,
ou sûreté personnelle ?
Saunière
défend-il un trésor ?... quelque chose reposant, depuis les
origines du premier domaine féodal, sous le presbytère et
l'église ?... l’ouverture sur un réseau souterrain rejoignant
l’église primitive du village ou encore les antiques parties
basses du vrai château de Rennes ??? La série de portes verrouillées
des cimetière, jardin et domaine, sous un simple aspect anodin, garantit
de tenir les paroissiens à distance respectable de chaque point où
pourrait se trouver Saunière seul, avec Marie, sa fidèle servante…
ou toutes autres personnes avec qui l’abbé voudrait s’entretenir
discrètement. Il en est de même pour le cimetière où,
comme nous l’avons vu, personne ne peut apercevoir la moindre activité
s’il n’en a les clefs. Quel terrible savoir ou secret peut-il
justifier un pareil luxe de précautions qui finiront par coûter
à ce prêtre bien d’irrémédiables ennuis
et dépits à la fin de sa vie ?
Si Saunière a mis à jour un trésor en ces lieux, pense-t-il
que quelqu'un puisse tenter de le lui voler? Dans un premier temps, ce n’est
guère plausible car il faudrait que ce ‘quelqu’un’
sache quoi et où le dérober… et si c’est en sous-sol,
il faudrait de tels moyens que la discrétion les rend impossibles…
Ce n’est guère plausible ! Il reste également des craintes
pour sa propre sûreté personnelle qui justifieraient cette
construction de plusieurs lignes de défense assurant qu’on
ne puisse sans coup férir l'assassiner… Il est vrai qu’ainsi
défendu Bérenger ne risque pas, par exemple, la fin aussi
dramatique et monstrueuse de son honorable collègue, l’abbé
Gélis, massacré dans son presbytère à la veille
de sa retraite… faute d’avoir pu ‘filtrer’ son visiteur
qu’il ne pouvait que bien connaître. Pour Saunière, une
telle éventualité est devenue impossible et personne, sauf
madame la Mort, ne viendra s’inviter en indésirable dans son
retranchement.
Enfin, peut-être Saunière est-il tout simplement devenu un
peu paranoïaque et suppose sa vie en danger sans que rien ne le justifie
en apparence. La mort abominable de son collègue Gélis lui
donne peut-être des craintes que lui seul peut savoir envisageables
ou non, car en effet… qui aurait intérêt à ce
que soit assassiné ce prêtre tout juste un peu inhabituel pour
l’époque ? Si nous ne pouvons répondre, il est possible
que Bérenger Saunière ait eu des raisons d’avoir peur…
Les projets de travaux démesurés de l’abbé, prévus
pour 1917, jamais effectués puisqu’il décède
cette année là, sont bien connus. On sait qu’il projette
l’alimentation du village en eau courante… ainsi que la réalisation
d’une route goudronnée depuis la vallée en raison de
sa volonté à acheter une automobile. Pourtant, moins souvent
mentionné, est l’étrange plan de Saunière à
faire élever un rempart de protection autour du village. Cette mesure
disproportionnée ne peut s’imaginer à une époque
où il ne sert plus à rien de se croire en sécurité
derrière de hautes murailles… sauf si elle repose, en fait,
sur une vision personnelle plus en conformité avec l'idéologie
médiévale des seigneurs d’autrefois. On trouve cette
même sensation de démesure incohérente avec son dernier
projet consistant à faire rehausser la tour Magdala dans des proportions
découlant plus de la mégalomanie qu’autre chose. Le
prétexte invoqué par Saunière s’appuie sur le
projet d’une bibliothèque grandiose répartie en rayonnages
tout au long de la montée au sommet de ce minaret dans le Razès…
Tout ceci ne tient pas vraiment non plus si l’on considère
que le personnage a le cœur de plus en plus épuisé et
qu’une telle escalade pour récupérer un livre tiendrait
de l’odyssée… Toujours est-il que ces rêves invraisemblables,
s’ils semblent totalement débridés, pourraient bien
correspondre à une volonté de sécuriser à l’extrême
l’ensemble du village dont il occupe le centre, sans que l’on
puisse savoir contre quoi ou qui.
Bérenger
Saunière, un paranoïaque ?
Il
reste, face à ce déploiement d’incroyables travaux,
la possibilité que tous les alcools et la bonne mais trop copieuse
nourriture que notre homme absorbe aient fini par faire chanceler sa raison…
Si oui, il est clair que sa stabilité mentale lui a coûté
beaucoup d'argent, et surtout allait lui en coûter encore plus. Le
résultat final de tout cela est en effet que personne dans le village
ne peut voir que ce que Saunière fait dans son presbytère,
ni même tenter un regard curieux dans la villa Béthanie ou
le domaine. Cette construction de type ‘bourgeois’ a été
des milliers de fois prise en photo en toutes saisons. Cependant, personne
n’observe qu’il est difficile d’obtenir la villa sous
l’angle de la façade principale, celle orientée au sud.
Même encore aujourd’hui, avec les appareils à objectifs
sophistiqués, il est quasiment impossible d’obtenir cet angle
de vue, sauf péniblement depuis le parking… qui n’existait
pas à l’époque de l’abbé. Observons que
pour obtenir une vue de face sud, il faut être dans le jardin se trouvant
de l’autre côté de la ruelle. Autrefois, le problème
était encore plus difficile à résoudre car, pour avoir
cette vision, il fallait entrer dans le jardin potager de Bérenger
Saunière et donc l’en informer en lui demandant l’autorisation
d’accès qu’il pouvait refuser à qui bon lui semblait.
Plus on avance, plus on observe de grandes difficultés à pouvoir,
à cette époque, regarder, même distraitement, le domaine
de saunière dans son intimité… Le bâtiment dispose
de larges et hautes fenêtres sur cette fameuse façade. Le passant
peut donc supposer risquer un regard à l’intérieur par
ces généreuses ouvertures. Hélas, on s’aperçoit
très vite que c’est peine perdue en raison du fait que la ruelle
descend rapidement et sa déclivité nous entraîne très
vite sous le niveau de l’allège de ces baies. Ces remarques
sont rarement faites par les touristes, avides de clichés ‘généraux’
plutôt destinés à la statue surmontant le chaînage
supérieur du bâtiment… Ce qui fait, en résumé,
que personne ne se rend compte qu’il est impossible de visualiser
l’intérieur de la Villa Béthanie. L’abbé
Saunière aurait-il gagné son pari que personne ne puisse l’observer
dans son retranchement ?
La partie de la villa la plus exposée au regard est le mur pignon
est, donnant sur le jardin du calvaire. Habituellement, en architecture,
les parties de bâtiment exposées ainsi disposent d’ouvertures
pour capter la lumière du matin (tout comme à l’ouest
pour un éclairage naturel de l’après-midi). C’est
donc légitimement que nous nous attendrions à trouver ici
plusieurs ouvertures donnant sur le levant et sur un agréable paysage
formé de l’église,
du
jardin du grand calvaire et, plus loin, le château de Rennes et le
pays de Razès à l’horizon. En lieu et place, nous avons
un mur pignon quasiment blanc seulement percé d’un insignifiant
petit châssis au second niveau de la villa. L’intérêt
de cette façade est tellement minime que quasiment personne ne s’aventure
à en faire un cliché, préférant de loin les
éléments qui sont à sa base : le pilier wisigoth inversé
surmonté de la statue de la Vierge. Ce qui, de prime abord, semble
n’être qu’une décevante conception architecturale,
pourrait s’avérer être une excellente prolongation du
système de discrétion de Saunière !
Le
judas
Il
reste encore un intéressant détail sur la vigilance qu’exerçait
Bérenger Saunière sur ses propriétés ou l’église
qu’il avait fini par considérer aussi comme sa propriété.
Depuis le presbytère, Saunière fait installer un appareil
optique appelé ‘judas’ capable de donner une grande vision…
sans être vu ! Cet astucieux et simple système permettait à
l’abbé de surveiller de son presbytère tout ce qui pouvait
se passer dans le sanctuaire, sans se montrer. S’agissait-il là
d’un exercice de simple contrôle ou plutôt d’une
réaction maladive du type voyeurisme. Si la curiosité est
un point spécifique à l’humain, elle peut très
vite devenir ‘saillante’ et se transformer en vice. Cependant,
maintenant que nous venons de survoler les efforts de Saunière afin
de s’isoler de l’extérieur, sans en donner l’impression,
ce pourrait être révélateur d’une crainte ou d’une
précaution extrême à voir sans être vu, à
des fins personnelles… ou demandée par des intervenants extérieurs
sur lesquels nous savons fort peu de choses.
Depuis ce constat, demandons nous, lorsque nous disposons d’un judas,
où il prend toute son utilité, et la réponse sera essentiellement
sur une porte d’accès. La raison en sera simple puisque cet
instrument permet de visualiser qui frappe à notre porte. De là
nous décidons, en connaissance de cause, si l’arrivant est
bienvenu ou non.
Face aux mesures prises par l’abbé Saunière pour se
protéger des intrusions et curiosités, que peut faire la personne
voulant s’introduire à tous prix dans la place ? Le dispositif
est sérieux et, à moins d’agir en force et perdre l’effet
de surprise, il ne reste qu’une solution, un seul point faible : l’église.
Le sanctuaire ne peut être tenu fermé ; Saunière le
sait, aussi n’importe qui peut y entrer sans avoir à se justifier
ou s’identifier. Seulement, une fois dedans, quelqu’un peut
s’y cacher. L’ennui pour l’intrus est qu’à
l’intérieur de l’édifice il n’y a pas vraiment
de cachette efficace. Cependant, à bien réfléchir,
on peut quand même trouver une cache très ambiguë. En
effet, il est possible de se glisser dans la sacristie et, si on en connaît
l’existence, entrer dans la pièce que l’abbé a
fait construire bien secrètement. Le plus étrange est que
ce petit local soit des plus discrets, l’entrée se trouvant
cachée dans un faux placard (voir notre chapitre sur le sujet), comme
si Bérenger voulait précisément s’y cacher ou
y dissimuler quelqu’un ! Cependant, l’église reste le
point faible de la forteresse de l’abbé, aussi ce judas braqué
sur l’intérieur du bâtiment reste le seul moyen permanent
d’en vérifier l’intégrité.
Couloirs
secrets
Nous
savons que, depuis le presbytère, existait un tunnel secret dont
nous avons facilement démontré l’existence. A présent,
regardons la remarquable maquette articulée du domaine de Saunière,
pensée et réalisée par Alain Féral. Certaines
parties intérieures s’ouvrent sur d’autres portions des
aménagements. On sait que l’auteur de ce travail d’horloger
connaissait bien l’intégralité des réalisations
de Saunière. Aussi sommes-nous à peine surpris de trouver
des endroits s’ouvrant derrière des plaques de cheminée
où se trouve une cache suffisante pour une personne… Qui, ou
que, voulait cacher de telle façon l’abbé Saunière
en divers points de son domaine ? Mais au fait, dans l’absolu, pour
quel besoin un prêtre ordinaire du Razès aurait-il besoin de
cacher quelqu’un ? En effet, nous ne sommes plus à l’époque
de la Révolution où certains religieux ne devaient leur vie
qu’à quelques caches ou fidèles dévoués.
On peut, à la rigueur, supposer que son statut de prêtre l’oblige
au droit d’asile même envers un homme en rupture de ban ; cependant,
de là à supposer une cache dans chaque église ou presbytère,
il y a une marge difficile à franchir… A moins que pour notre
curé il y ait eu une catégorie de personne qu’il ait
à héberger si discrètement qu’une cachette s’impose
en cas de visite imprévue. Pourtant, une fois encore, la discrétion
ou l’asile réservé à une sorte de frère,
d’une société parallèle par exemple, n’impose
pas forcément un compartiment secret digne du Moyen-Âge.
Saunière
craignait-il pour sa vie ?
Saunière
craignait-il pour sa vie ? Pensait-il qu’on pouvait attenter à
ses jours et, si oui, vers qui tendaient ses soupçons ? Nous ne le
savons pas exactement. Peut-être le sort terrible réservé
à son collègue Gélis hantait ses craintes… Il
reste la solution, pour ce prêtre hors du commun, qu’il appartienne,
comme nous le devinons dans un autre chapitre, à une confrérie,
société ou mouvement que nous qualifierons pudiquement de
‘souterrain’. En ce cas, cette appartenance exigeait, pourquoi
pas, que chaque membre influent dispose d’un ‘asile sécurisé’,
où l’un de ses semblables -voire mandatés- trouve refuge
en cas de danger ou de visite impromptue. Un compartiment secret, dans ce
genre d’incident, est opportun et même indispensable.
Et maintenant, Saunière est-il un terroriste, membre d’un mouvement
extrémiste inconnu, ou un combattant de la liberté? Il nous
reste une remarque à faire qui peut cependant sembler un peu…
forcée et qui concerne un document que nous ne pouvons oublier dans
nos recherches. Il s’agit de ce petit registre des règles de
la A.A. Nous sommes bien obligés d’admettre que ce livre oublié
se lit comme un manuel de terrorisme, allant jusqu’au sabordage sans
état d’âme de l’atelier, et la dispersion, voire
le sacrifice, des membres ! Et cette société concernait seulement
le milieu religieux… Un étrange milieu ecclésiastique,
en vérité, où l’on s’entretient d’un
secret lié à la kabbale des prêtres et que ces derniers
se doivent de protéger quoiqu’il advienne… le secret
de la A.A. Naturellement, ce que sont le secret et
son véritable contenu n’est malheureusement pas expliqué
dans cet ouvrage. Ce dernier s’avère être uniquement
un strict manuel sur la façon dont fonctionne le mouvement. Et le
document, en effet, présente tous les aspects du manuel du terroriste,
déclarant que celui qui se trouve en présence d’un membre
de la AA se doit de ne pas le reconnaître, doit l’ignorer s’il
y a d’autres personnes autour d’eux.
C'est, avec précision, le type de directives que notre sympathisant
de l'IRA apprit et dut effectuer. C'est cette connaissance et cette similitude
qui l'incitent à distinguer les endroits sûrs et ceux qui ne
le sont pas… C’est ce savoir, à la longue devenu instinctif,
qui lui permit de voir le domaine de Saunière comme un parfait ‘lieu
de réunion secret’... De la AA ?...
Au moment de conclure ce petit travail, il est amusant d’ajouter que dans l’église de Rennes-le-Château, il y eut une simulation de prise d’otages par un groupuscule de terroristes, il y a près d’une année. Les services de gendarmerie et ceux compétant en la matière, évidemment, ‘réglèrent’ la situation dans la journée. Le bon droit triomphait dans le sanctuaire de Saunière… mais pour qui le droit est-il bon ?
Filip
Coppens