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Société Périllos ©

Rennes-le-Château selon l’abbé Bérenger Saunière :
Refuge d’un mouvement terroriste ?

 

L’auteur, Elizabeth van Buren's, dans son ouvrage ‘Refuge de l'apocalypse : La porte vers d'autres dimensions’, explique que proche de Rennes-le-Château existerait ‘une porte des étoiles’. Cette porte, oubliée de tous, qui s’ouvrirait vers une autre dimension, serait étroitement liée avec l'Apocalypse. Le sens des mots de cet écrivain nous paraît pratiquement similaire, sur le principe du ‘passage vers ailleurs’, avec les affirmations de Ramon de Périllos concernant son territoire et une ‘entrée vers l’autre monde’… En ces termes, que pouvons-nous penser du rapport entre Ramon et Vincent Ferrer, prédicateur religieux et apocalyptique, prêchant que si l’Europe de l'ouest suivait son appel, l'Apocalypse aurait lieu ?
D'autres chercheurs croient également qu'un autre tel passage existe près de Bugarach. Bien que quasiment aucun autre auteur que nous n’ait proposé une étude en la matière, quelques personnes se sont déplacées vers ce secteur énigmatique dans l'espoir d'être celles qui seraient ‘élues’ pour être ‘sauvées’ d’on ne sait quelle catastrophe humanitaire. Si l’on en croit la Bible, 144.000 personnes seront épargnées par la fin de notre temps, ou plutôt choisies pour recevoir la ‘Révélation’ (qui est le mot correspondant à Apocalypse). De fait, quelques ‘crédules’ se disputent l’installation et l’adaptation sur ce secteur afin d’y vivre tant bien que mal dans l’attente hypothétique d’une prétendue catastrophe.

Saunière, combattant de la liberté ?

Le cours de nos recherches parfois nous emporte géographiquement loin de nos régions habituelles. Dans ces moments là, il arrive de rencontrer diverses personnes, des plus intéressantes… chacune avec son lot d’aventures à raconter.
C’est ainsi que, récemment, nous avons trouvé une personne nous prévenant que nous devions savoir, avant de prendre contact avec lui, qu’il est, dans certains milieux, soupçonné d’être un ‘terroriste’ … alors qu’il se considère seulement comme un combattant de la liberté. D’entrée de jeu, il explique avoir combattu, par le passé, dans les rangs de l’IRA… politiquement et sans armes. Néanmoins, il nous explique qu’il dut être d’une extrême prudence pour rencontrer ses… ‘frères d’armes’, ou autres, en raison du fait qu’ils peuvent être surveillés en permanence. En ce cas, la personne qui les espionne n’est pas forcément de la police mais de l’opposition. Dès cet instant, les deux protagonistes sont en péril d’être à tous moments abattus, soumis à des pressions ou au chantage. Tout ceci pour nous dire que pour rencontrer ses ‘frères’, notre personnage devait être d’une prudence extrême, pour ne pas dire plus.
Bien que tout ceci soit fascinant, on peut se demander en quoi nos recherches sont impliquées dans les périlleux détails de la vie des hommes de l’ombre… C’est alors que notre interlocuteur nous informe qu’après le succès du ‘code Da Vinci’, il décide de visiter Rennes-le-Château. Cependant, ses expériences avec l’IRA lui permettent de voir ‘le monde’ avec une perspective différente de la nôtre. Et bien que ne sachant pas, en arrivant, ce qu'il trouverait dans cette affaire de Rennes-le-Château, il est certain d’avoir ressenti que Saunière était comme lui : un combattant de l’ombre ou… un terroriste de la liberté !

« Réunions clandestines »

De tels propos sont difficiles à retranscrire, pouvant toujours prêter à confusion. Aussi, il paraissait plus important de laisser poursuivre notre narrateur, qui ne semblait pas donner visiblement de signes de faiblesse d’esprit, ce qu’il fit en ces termes : « Durant ma discrète participation avec l'IRA, je me suis toujours soigneusement assuré que je n’étais pas suivi lors de la rencontre avec mon correspondant, afin que nul ne puisse nous identifier l’un ou l’autre. Mais ce n'était pas toujours facile. Si certains endroits étaient impossibles pour de telles réunions, en échange, d’autres lieux s’y prêtaient idéalement. Avec le temps, que j'ai eu besoin ou pas de considérer une ville, ou un paysage, pour d’autres raisons et regards que ces ‘contacts clandestins’, je ne pouvais m’empêcher de les présumer ou non compatibles avec une rencontre furtive, secrète ou dangereuse ». Notre personnage explique alors que, dans cette optique précise, son opinion s’est faite systématiquement sur le sujet, à propos du site de Rennes-le-Château et plus particulièrement les installations du domaine de l’abbé Bérenger Saunière. Il ressortirait que celles-ci soient réalisées de telle manière que des réunions très discrètes aient pu s’y dérouler sans que personne à l'extérieur ne puisse savoir la teneur de ce qui se passait à l’intérieur ni avec qui. On observe, par exemple, qu’il suffit de très peu de moyens pour assurer surveillance, et sécurité, du domaine de Béthanie. A cet effet, la Tour Magdala est un excellent observatoire, au demeurant voulu ainsi par Saunière lui-même. Ce constat nous conduit rapidement à savoir ce qu’il voulait observer… ou voir arriver ? De ce point de vue, il est facile d’observer chacun aller et venir, et ce jusqu’au plus loin de la vallée. Si à première vue on peut penser la villa Béthanie innocente et facile d’accès, c’est une erreur et peut-être un piège fonctionnant à merveille.

Un autre regard sur un domaine

Mais le domaine de notre abbé n’est peut-être pas le seul point stratégique à se trouver sous discrète surveillance. Précédemment, nous démontrions que Saunière s’était attaché à certains aménagements en ce qui concerne aussi le cimetière. On peut à la fois s’en étonner et féliciter une initiative de rénovation de cet enclos du silence. Cependant, sur ce genre de site et à cette époque, les pensionnaires ne cherchent pas forcément à s’en aller… ni les vivants à montrer une impatience à s’y rendre. Si des travaux de propreté ou talutage sont une initiative louable, en échange, on peut s’étonner des mesures de ‘sécurité’ choisies par Saunière. Ces dernières présentent toutes les apparences d’une certaine méfiance débouchant sur une série de ‘mécanismes de défense’ plus que de sauvegarde de l’intimité de la nécropole: installation d’une porte de fer pour sécuriser l’entrée du cimetière et construction d’un mur autour de l’enclos. Ces mesures suggèrent surtout qu’une fois dans ce périmètre quiconque en verrouillant l’entrée se garantit de tous regards indiscrets ! Cependant, nous gardons à l’esprit que pour les paroissiens et visiteurs, ces actions ont tout l’aspect de l’innocence et du vouloir bien faire…
Ce n’est pas encore tout. Nous voyons l’abbé Saunière devant son église, créer également un jardin soigneusement clôturé et fermé d’une autre porte de fer. Pouvait-on craindre que le grand calvaire s’en aille promener, ou que le fait d’aller se recueillir ou méditer dans cet agréable jardin exige un strict contrôle ou un ‘laisser passer’ ?
Plus tard, il achète la parcelle devant le presbytère et y fait construire la villa Béthanie dans le prolongement de laquelle il fait aménager un parc d’agrément ainsi que d’autres annexes qu’on peut visiter maintenant. L’ensemble forme ce qu’il y a lieu d’appeler ‘le domaine de Saunière’.
Ce grand espace magnifiquement arboré atteignant toute l'extrémité de la falaise est clos d’un autre mur massif sur le vide et d’une clôture métallique côté village. Tout au bout des constructions, à l’ouest, se dressent les citernes formant une sorte de large rempart. Ce dernier est surmonté d’une part par une haute verrière appelée ‘tour de verre’ et, en opposition, par la célèbre ‘tour Magdala’ en forme de petit donjon fortifié d’une rangée de créneaux. Il est remarquable que le ‘domaine’ vu de la vallée a fière allure et donne la sensation d’une forteresse, au point que certains touristes prennent cet ensemble pour le vieux castel médiéval. L’impression, évidemment, s’estompe dès le franchissement des premières constructions du village.
Pourtant, bien que la luxueuse ‘villa’ et ses annexes soient rapidement disponibles et fonctionnelles, nous savons que Saunière continue à vivre et demeurer dans le vieux presbytère qui jouxte à la fois l’église à l’est et son domaine à l’ouest… Depuis ce bâtiment et plus particulièrement l’ancienne cuisine ou salle commune, il met à jour sous la cheminée un des accès souterrain à la crypte de l’église. Par l'implantation de sa villa Béthanie, Saunière semble s’être assuré la garantie de rester à vie sur ce secteur dont il devient le farouche gardien sur ce royaume souterrain.
Cependant, nous ajoutons qu’il est possible que tout ceci ne soit, une fois de plus, qu’une sorte de leurre et que le système de sécurité imaginé par l’abbé Saunière soit bien plus complexe et astucieux qu’il ne le paraît de prime abord. En effet, le point central, une sorte de donjon dirons-nous, n’est pas la ‘villa’ mais bel et bien le presbytère ! D’ailleurs, l’abbé ne s’y trompe pas et, en seigneur du royaume des morts, c’est dans cet ultime bastion qu’il vit et… meurt. Ce bâtiment est en effet au centre d’un système bien construit et pourtant d’apparence innocente. Le mécanisme de défense est simple et c’est là toute son efficacité. L’église est refaite à neuf, donc aucun travail ‘indiscret’ n’y aura plus lieu ; le cimetière est sécurisé par la nouvelle muraille et… la superstition des morts. Si ceci assure une protection à l’est et au nord, l’ouest et le sud sont défendus par le rempart, la villa et la clôture de fer ! Enfin, Saunière assure sa forteresse contre la curiosité d’un voisinage immédiat en établissant un jardin (lui aussi enclos de fer et de murs) et la récupération du petit bâtiment devant le presbytère et son jardin intérieur, lui-même fermé par une lourde porte grillagée. Le système est terminé… notre curé de Rennes s’assure l’exclusivité des passages et contrôle, en détenant TOUTES les clés, tant le grand jardin que le cimetière, l’église et son domaine tout entier !!! En effet, à bien y réfléchir, le domaine visible et invisible de Saunière dans Rennes-le-Château se présente comme une véritable forteresse. Pourtant, il nous reste la question essentielle : qui ou que défend-il ?... Saunière ou autre chose ?... l’abbé craindrait-il quelques malandrins ou cambrioleurs ?... ou une atteinte à sa vie comme nous le verrons plus loin.

Trésor, ou sûreté personnelle ?

Saunière défend-il un trésor ?... quelque chose reposant, depuis les origines du premier domaine féodal, sous le presbytère et l'église ?... l’ouverture sur un réseau souterrain rejoignant l’église primitive du village ou encore les antiques parties basses du vrai château de Rennes ??? La série de portes verrouillées des cimetière, jardin et domaine, sous un simple aspect anodin, garantit de tenir les paroissiens à distance respectable de chaque point où pourrait se trouver Saunière seul, avec Marie, sa fidèle servante… ou toutes autres personnes avec qui l’abbé voudrait s’entretenir discrètement. Il en est de même pour le cimetière où, comme nous l’avons vu, personne ne peut apercevoir la moindre activité s’il n’en a les clefs. Quel terrible savoir ou secret peut-il justifier un pareil luxe de précautions qui finiront par coûter à ce prêtre bien d’irrémédiables ennuis et dépits à la fin de sa vie ?
Si Saunière a mis à jour un trésor en ces lieux, pense-t-il que quelqu'un puisse tenter de le lui voler? Dans un premier temps, ce n’est guère plausible car il faudrait que ce ‘quelqu’un’ sache quoi et où le dérober… et si c’est en sous-sol, il faudrait de tels moyens que la discrétion les rend impossibles… Ce n’est guère plausible ! Il reste également des craintes pour sa propre sûreté personnelle qui justifieraient cette construction de plusieurs lignes de défense assurant qu’on ne puisse sans coup férir l'assassiner… Il est vrai qu’ainsi défendu Bérenger ne risque pas, par exemple, la fin aussi dramatique et monstrueuse de son honorable collègue, l’abbé Gélis, massacré dans son presbytère à la veille de sa retraite… faute d’avoir pu ‘filtrer’ son visiteur qu’il ne pouvait que bien connaître. Pour Saunière, une telle éventualité est devenue impossible et personne, sauf madame la Mort, ne viendra s’inviter en indésirable dans son retranchement.
Enfin, peut-être Saunière est-il tout simplement devenu un peu paranoïaque et suppose sa vie en danger sans que rien ne le justifie en apparence. La mort abominable de son collègue Gélis lui donne peut-être des craintes que lui seul peut savoir envisageables ou non, car en effet… qui aurait intérêt à ce que soit assassiné ce prêtre tout juste un peu inhabituel pour l’époque ? Si nous ne pouvons répondre, il est possible que Bérenger Saunière ait eu des raisons d’avoir peur…
Les projets de travaux démesurés de l’abbé, prévus pour 1917, jamais effectués puisqu’il décède cette année là, sont bien connus. On sait qu’il projette l’alimentation du village en eau courante… ainsi que la réalisation d’une route goudronnée depuis la vallée en raison de sa volonté à acheter une automobile. Pourtant, moins souvent mentionné, est l’étrange plan de Saunière à faire élever un rempart de protection autour du village. Cette mesure disproportionnée ne peut s’imaginer à une époque où il ne sert plus à rien de se croire en sécurité derrière de hautes murailles… sauf si elle repose, en fait, sur une vision personnelle plus en conformité avec l'idéologie médiévale des seigneurs d’autrefois. On trouve cette même sensation de démesure incohérente avec son dernier projet consistant à faire rehausser la tour Magdala dans des proportions découlant plus de la mégalomanie qu’autre chose. Le prétexte invoqué par Saunière s’appuie sur le projet d’une bibliothèque grandiose répartie en rayonnages tout au long de la montée au sommet de ce minaret dans le Razès… Tout ceci ne tient pas vraiment non plus si l’on considère que le personnage a le cœur de plus en plus épuisé et qu’une telle escalade pour récupérer un livre tiendrait de l’odyssée… Toujours est-il que ces rêves invraisemblables, s’ils semblent totalement débridés, pourraient bien correspondre à une volonté de sécuriser à l’extrême l’ensemble du village dont il occupe le centre, sans que l’on puisse savoir contre quoi ou qui.

Bérenger Saunière, un paranoïaque ?

Il reste, face à ce déploiement d’incroyables travaux, la possibilité que tous les alcools et la bonne mais trop copieuse nourriture que notre homme absorbe aient fini par faire chanceler sa raison… Si oui, il est clair que sa stabilité mentale lui a coûté beaucoup d'argent, et surtout allait lui en coûter encore plus. Le résultat final de tout cela est en effet que personne dans le village ne peut voir que ce que Saunière fait dans son presbytère, ni même tenter un regard curieux dans la villa Béthanie ou le domaine. Cette construction de type ‘bourgeois’ a été des milliers de fois prise en photo en toutes saisons. Cependant, personne n’observe qu’il est difficile d’obtenir la villa sous l’angle de la façade principale, celle orientée au sud. Même encore aujourd’hui, avec les appareils à objectifs sophistiqués, il est quasiment impossible d’obtenir cet angle de vue, sauf péniblement depuis le parking… qui n’existait pas à l’époque de l’abbé. Observons que pour obtenir une vue de face sud, il faut être dans le jardin se trouvant de l’autre côté de la ruelle. Autrefois, le problème était encore plus difficile à résoudre car, pour avoir cette vision, il fallait entrer dans le jardin potager de Bérenger Saunière et donc l’en informer en lui demandant l’autorisation d’accès qu’il pouvait refuser à qui bon lui semblait. Plus on avance, plus on observe de grandes difficultés à pouvoir, à cette époque, regarder, même distraitement, le domaine de saunière dans son intimité… Le bâtiment dispose de larges et hautes fenêtres sur cette fameuse façade. Le passant peut donc supposer risquer un regard à l’intérieur par ces généreuses ouvertures. Hélas, on s’aperçoit très vite que c’est peine perdue en raison du fait que la ruelle descend rapidement et sa déclivité nous entraîne très vite sous le niveau de l’allège de ces baies. Ces remarques sont rarement faites par les touristes, avides de clichés ‘généraux’ plutôt destinés à la statue surmontant le chaînage supérieur du bâtiment… Ce qui fait, en résumé, que personne ne se rend compte qu’il est impossible de visualiser l’intérieur de la Villa Béthanie. L’abbé Saunière aurait-il gagné son pari que personne ne puisse l’observer dans son retranchement ?
La partie de la villa la plus exposée au regard est le mur pignon est, donnant sur le jardin du calvaire. Habituellement, en architecture, les parties de bâtiment exposées ainsi disposent d’ouvertures pour capter la lumière du matin (tout comme à l’ouest pour un éclairage naturel de l’après-midi). C’est donc légitimement que nous nous attendrions à trouver ici plusieurs ouvertures donnant sur le levant et sur un agréable paysage formé de l’église, du jardin du grand calvaire et, plus loin, le château de Rennes et le pays de Razès à l’horizon. En lieu et place, nous avons un mur pignon quasiment blanc seulement percé d’un insignifiant petit châssis au second niveau de la villa. L’intérêt de cette façade est tellement minime que quasiment personne ne s’aventure à en faire un cliché, préférant de loin les éléments qui sont à sa base : le pilier wisigoth inversé surmonté de la statue de la Vierge. Ce qui, de prime abord, semble n’être qu’une décevante conception architecturale, pourrait s’avérer être une excellente prolongation du système de discrétion de Saunière !

Le judas

Il reste encore un intéressant détail sur la vigilance qu’exerçait Bérenger Saunière sur ses propriétés ou l’église qu’il avait fini par considérer aussi comme sa propriété. Depuis le presbytère, Saunière fait installer un appareil optique appelé ‘judas’ capable de donner une grande vision… sans être vu ! Cet astucieux et simple système permettait à l’abbé de surveiller de son presbytère tout ce qui pouvait se passer dans le sanctuaire, sans se montrer. S’agissait-il là d’un exercice de simple contrôle ou plutôt d’une réaction maladive du type voyeurisme. Si la curiosité est un point spécifique à l’humain, elle peut très vite devenir ‘saillante’ et se transformer en vice. Cependant, maintenant que nous venons de survoler les efforts de Saunière afin de s’isoler de l’extérieur, sans en donner l’impression, ce pourrait être révélateur d’une crainte ou d’une précaution extrême à voir sans être vu, à des fins personnelles… ou demandée par des intervenants extérieurs sur lesquels nous savons fort peu de choses.
Depuis ce constat, demandons nous, lorsque nous disposons d’un judas, où il prend toute son utilité, et la réponse sera essentiellement sur une porte d’accès. La raison en sera simple puisque cet instrument permet de visualiser qui frappe à notre porte. De là nous décidons, en connaissance de cause, si l’arrivant est bienvenu ou non.
Face aux mesures prises par l’abbé Saunière pour se protéger des intrusions et curiosités, que peut faire la personne voulant s’introduire à tous prix dans la place ? Le dispositif est sérieux et, à moins d’agir en force et perdre l’effet de surprise, il ne reste qu’une solution, un seul point faible : l’église. Le sanctuaire ne peut être tenu fermé ; Saunière le sait, aussi n’importe qui peut y entrer sans avoir à se justifier ou s’identifier. Seulement, une fois dedans, quelqu’un peut s’y cacher. L’ennui pour l’intrus est qu’à l’intérieur de l’édifice il n’y a pas vraiment de cachette efficace. Cependant, à bien réfléchir, on peut quand même trouver une cache très ambiguë. En effet, il est possible de se glisser dans la sacristie et, si on en connaît l’existence, entrer dans la pièce que l’abbé a fait construire bien secrètement. Le plus étrange est que ce petit local soit des plus discrets, l’entrée se trouvant cachée dans un faux placard (voir notre chapitre sur le sujet), comme si Bérenger voulait précisément s’y cacher ou y dissimuler quelqu’un ! Cependant, l’église reste le point faible de la forteresse de l’abbé, aussi ce judas braqué sur l’intérieur du bâtiment reste le seul moyen permanent d’en vérifier l’intégrité.

Couloirs secrets

Nous savons que, depuis le presbytère, existait un tunnel secret dont nous avons facilement démontré l’existence. A présent, regardons la remarquable maquette articulée du domaine de Saunière, pensée et réalisée par Alain Féral. Certaines parties intérieures s’ouvrent sur d’autres portions des aménagements. On sait que l’auteur de ce travail d’horloger connaissait bien l’intégralité des réalisations de Saunière. Aussi sommes-nous à peine surpris de trouver des endroits s’ouvrant derrière des plaques de cheminée où se trouve une cache suffisante pour une personne… Qui, ou que, voulait cacher de telle façon l’abbé Saunière en divers points de son domaine ? Mais au fait, dans l’absolu, pour quel besoin un prêtre ordinaire du Razès aurait-il besoin de cacher quelqu’un ? En effet, nous ne sommes plus à l’époque de la Révolution où certains religieux ne devaient leur vie qu’à quelques caches ou fidèles dévoués. On peut, à la rigueur, supposer que son statut de prêtre l’oblige au droit d’asile même envers un homme en rupture de ban ; cependant, de là à supposer une cache dans chaque église ou presbytère, il y a une marge difficile à franchir… A moins que pour notre curé il y ait eu une catégorie de personne qu’il ait à héberger si discrètement qu’une cachette s’impose en cas de visite imprévue. Pourtant, une fois encore, la discrétion ou l’asile réservé à une sorte de frère, d’une société parallèle par exemple, n’impose pas forcément un compartiment secret digne du Moyen-Âge.

Saunière craignait-il pour sa vie ?

Saunière craignait-il pour sa vie ? Pensait-il qu’on pouvait attenter à ses jours et, si oui, vers qui tendaient ses soupçons ? Nous ne le savons pas exactement. Peut-être le sort terrible réservé à son collègue Gélis hantait ses craintes… Il reste la solution, pour ce prêtre hors du commun, qu’il appartienne, comme nous le devinons dans un autre chapitre, à une confrérie, société ou mouvement que nous qualifierons pudiquement de ‘souterrain’. En ce cas, cette appartenance exigeait, pourquoi pas, que chaque membre influent dispose d’un ‘asile sécurisé’, où l’un de ses semblables -voire mandatés- trouve refuge en cas de danger ou de visite impromptue. Un compartiment secret, dans ce genre d’incident, est opportun et même indispensable.
Et maintenant, Saunière est-il un terroriste, membre d’un mouvement extrémiste inconnu, ou un combattant de la liberté? Il nous reste une remarque à faire qui peut cependant sembler un peu… forcée et qui concerne un document que nous ne pouvons oublier dans nos recherches. Il s’agit de ce petit registre des règles de la A.A. Nous sommes bien obligés d’admettre que ce livre oublié se lit comme un manuel de terrorisme, allant jusqu’au sabordage sans état d’âme de l’atelier, et la dispersion, voire le sacrifice, des membres ! Et cette société concernait seulement le milieu religieux… Un étrange milieu ecclésiastique, en vérité, où l’on s’entretient d’un secret lié à la kabbale des prêtres et que ces derniers se doivent de protéger quoiqu’il advienne… le secret de la A.A. Naturellement, ce que sont le secret et son véritable contenu n’est malheureusement pas expliqué dans cet ouvrage. Ce dernier s’avère être uniquement un strict manuel sur la façon dont fonctionne le mouvement. Et le document, en effet, présente tous les aspects du manuel du terroriste, déclarant que celui qui se trouve en présence d’un membre de la AA se doit de ne pas le reconnaître, doit l’ignorer s’il y a d’autres personnes autour d’eux.
C'est, avec précision, le type de directives que notre sympathisant de l'IRA apprit et dut effectuer. C'est cette connaissance et cette similitude qui l'incitent à distinguer les endroits sûrs et ceux qui ne le sont pas… C’est ce savoir, à la longue devenu instinctif, qui lui permit de voir le domaine de Saunière comme un parfait ‘lieu de réunion secret’... De la AA ?...

Au moment de conclure ce petit travail, il est amusant d’ajouter que dans l’église de Rennes-le-Château, il y eut une simulation de prise d’otages par un groupuscule de terroristes, il y a près d’une année. Les services de gendarmerie et ceux compétant en la matière, évidemment, ‘réglèrent’ la situation dans la journée. Le bon droit triomphait dans le sanctuaire de Saunière… mais pour qui le droit est-il bon ?

Filip Coppens