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Société Périllos ©

Cassini et le savoir perdu

 

Un pays sans cartes ?

Nous sommes en 1681, et Colbert démontre au roi de France l’urgence d’établir « des cartes géographiques de la France plus exactes que celles qui ont été faites jusqu’ici ». Dans un premier temps, l’abbé Picard se voit confier la tâche de dresser le ‘Châssis général’ de cette opération, dont l’innovation est unique dans l’histoire de notre pays. L’abbé Picard est l’instigateur du principe de la triangulation à l’échelle des provinces d’un pays. Ce scientifique s’illustre déjà en 1668 dans la mesure d’un ‘arc de méridien terrestre’ sur une longueur équivalente à 130 de nos kilomètres entre Malvoisins (Essonne) et Sourdan (Somme).

Cassini

Ensuite seront établis les projets d’établissement de la ‘méridienne zéro’, base de départ de tous les calculs assurant les futurs méridiens, et les points culminants permettant d’établir les triangulations indispensables à l’établissement précis des cartes de la France demandées par Colbert.
Ce gigantesque travail topographique se fera depuis un point fixe à Paris : un inexistant observatoire à but astronomique et terrestre… qu’il faudra également édifier. Ainsi naît en 1667, aux confins de Paris, sous l’impulsion de l’Académie Royale des Sciences, l’Observatoire Royal.
Après l’acte de baptême des bâtiments, voyons le berceau. Le lieu d’implantation : l’endroit était situé sur des domaines exclusivement religieux : l’abbaye de Port-Royal, le noviciat des Pères de l’Oratoire et le noviciat des Capucins. Les plans seront l’œuvre de Claude Perrault, frère de Charles Perrault auteur des contes initiatiques de ‘Ma Mère l’Oye’. Le lieu, à sa construction, semblait hautement symbolique et tenir à cœur plusieurs sociétés plus hermétiques que savantes, connues un peu plus tard sous le nom de ‘Sociétés du Brouillard’…. et auxquelles certains dignitaires de l’Observatoire, d’abord ‘Royal’, puis de ‘Paris’, ne manqueront pas d’appartenir. Les raisons de telles affiliations resteront toujours au stade de l‘interrogation.

Triangulation de Cassini

Un tracé qui finit sur un lieu fortifié par les Périllos

Les lieux serviront de site fixe de référence pour les observations, mais aussi, et surtout à l’époque, afin de concrétiser, et conserver, les résultats des travaux de triangulations sur le terrain. Pour assurer et gérer un tel ensemble de réalisations, il faut trouver un maître en matière d’astronomie et relevés géographiques terrestres.
A cet effet, Colbert soumet au roi de France le nom de la seule personne, à sa connaissance, capable d’un ouvrage aussi difficile que titanesque… Après de multiples tractations, et plusieurs refus, Colbert fait enfin venir du Comté de Nice un certain Jean-dominique Cassini (1625-1712). Louis XIV lui confie aussitôt la responsabilité de l’Observatoire de Paris.
Ce sera le début d’une véritable ‘saga’ dynastique et quatre Cassini se succéderont à la tête de l’institution : Jean-Dominique Cassini, Jacques Cassini (dit Cassini II ; on lui doit les travaux concernant la figure de la Terre), César-François Cassini de Thyry (qui dressera la célèbre carte du royaume de France à l’échelle 1/86400°), et enfin Jean-Dominique, comte de Cassini (1748-1845), qui terminera les travaux cartographiques de ‘l’Etat’ français.

Le tracé de la méridienne apporte d’étranges détails. Il est de fait que ce ne peut qu’être le seul fruit du hasard ou d’une providence… divine. Le hasard, donc, veut que ce trait rouge traverse la France sur sa hauteur en passant par sa capitale : Paris. Mais si le tracé commence à Dunkerque, il finit aussi à Prats-de-Mollo, dernière et haute ville avant la frontière avec l’Espagne… en territoire de Roussillon. Ajoutons à cela que les fortifications primitives du fort de cet important site frontalier remontent aux familles de Périllos, seigneurs de Roussillon, qui en font dresser les premières défenses à leurs frais. Prats-de-Mollo aussi qui contient fiché au-dessus du porche de son église une côte du Babaos, monstrueuse créature dévastant la région, trucidée par un Ramon de Périllos au retour des croisades !

Le Says, l’axis mundi, le roux sillon et la première méridienne

Le Roussillon… Etrange pays dont les premiers seigneurs remonteraient aux Urséolus légendaires : les seigneurs Ours ! Ours, dont la symbolique nous renvoie au méridien si on l’admet comme ‘Axis Mundi’ (en rappelant pour la circonstance que le ru endigué sous l’observatoire, le SAYX, est l’anagramme de axys !) l’axe du Monde… Ce même axe du monde préside aux constellations de la grande Ourse et de la Petite Ourse, donc la Polaire qui n’est autre que l’axe immobile de notre voûte céleste. Mais cette ultime étape de la méridienne nous rappelle qu’elle est tracée de couleur rouge et que le Roussillon est aussi le ‘Sillon Roux’. Et un sillon roux est une ligne rouge !

Le grand sextan de Cassini

Cette dernière terre de France était-elle faite pour recevoir, au sud, la ligne méridienne zéro ? C’est en tous cas ce qu’écrit Cassini, admiratif du passé de ces contrées énigmatiques aux confins du royaume. Un notaire royal, du nom de Courtade, n’écrit-il pas vers 1630, que les terres de Roussillon, celles des Périllos précisément, abritent formellement le tombeau d’un monarque dont la résurrection sauverait le monde… N’est-il pas dit, aussi, que Marie-Madeleine y serait venue après son arrivée aux Saintes Marie de la Mer ?... Marie-Madeleine, dont les Roussillon affirmeront savoir, en tous cas et que ça plaise ou non à certains, où sont vraiment les vraies reliques et les transféreront à Vézelay, étape incontournable sur la route de Compostelle.

Les personnages du Brouillard… ou de l’Angélique

Il est temps à présent d’en savoir un peu plus sur les appartenances de plusieurs des acteurs de cette gigantesque opération topographique et astronomique.
Tout d’abord nous trouvons l’ abbé Picard… Etrange personnage que cet érudit dont le nom apparaît dans les registres et écrits d’une société dite du ‘ Brouillard’. Ceux qui influeront pour son accès sur les colonnes (Gasthon de Mérancourt, Oron Boujeville, Mathieu Cristin Motter, et d’autres) appartenaient également à des ‘cercles’ satellites de la même société et à une autre sur le point de se révéler discrètement au public peu après ces temps ‘lumineux et solaires’ !.. Ces ‘appartenances’ n’enlèvent rien, précisons-le, aux qualités scientifiques et méritées du religieux.

L'entrée de la chapelle angélique propriété des Cassini

Ensuite, nous retenons que les deux frères sont affiliés à une société, du type ‘Angélique’, parisienne, et aussi fondateurs de la première loge maçonnique pionnière ‘Les Chevaliers Errants’. Ajoutons que les frères Perrault ont une vénération pour les 21 juin : Ils choisissent ce jour pour établir le tracé au sol de l’observatoire qui, de fait, entre ainsi dans leur logique ‘solaire’. C’est ce même jour qu’ils déposent simultanément, l’un son recueil de contes au D.L., et l’autre la première étude de l’oreille interne humaine…
Enfin, nous voyons les 4 ‘directeurs’ de l’observatoire - Jean-Dominique Cassini, Jacques Cassini (dit Cassini II), César-François Cassini de Thyry, et enfin Jean-Dominique comte de Cassini (1748-1845)- être tous membres de l’’Angélique’ parisienne où ils occupèrent les plus hautes fonctions de maîtrise (Arch. Angéliques - Barret et Mitlot, 1825). Plus curieusement encore, ils tiennent à jour une sorte de document personnel, jamais réédité, tombé dans l’oubli le plus profond (mais est-ce vraiment un oubli ?). Cette série de ‘cahiers Méridiens’(dont à notre connaissance il ne reste que les N° 3-6 et 7) s’agrémenta et s’augmenta tout au long des fonctions ininterrompues des 4 directeurs Cassini de l’Observatoire.
Il y était, entre autre, question de relevés accentués sur certains points du territoire ; on y note une insistance remarquable pour des sites dits ‘archéologiques’ situés uniquement sur la méridienne de Paris. Ces sites entreront plus tard dans différents travaux indexés sur des événements liés à notre Histoire, et surtout à des ‘histoires’ qui seront vite classées à la rubrique ésotérique et insolite.

La curiosité des Cassini pour certains détails

Les Cassini insisteront tout au long de leur série de cahiers sur le fait de ne jamais oublier ces sites, les dénaturer, ou encore les éloigner de leurs fonctions primordiales et ‘sacrées’ (c’est le terme qu’ils choisissent). Non seulement ils dressèrent scrupuleusement un état de lieux, hors propos avec la topographie du méridien de Paris, mais ils joignirent à leurs remarques des détails et des chronologies pour le moins curieux. De plus, ils constituèrent des collections d’objets archéologiques qu’ils appelèrent ‘engins’ et ‘machines antiques’ dont on ne peut pas bien discerner le rapport entre ces mots ‘mécaniques’ et la fonction de ces mobiliers anciens.
On retiendra qu’une importante partie de ces ‘collections’ et quelques archives ‘Cassini’ en question se trouvent encore dans le Sud de la France et non à Paris à la B.N…. ou aux archives de l’Observatoire. C’est sur une partie de ces archives conservées vers Perpignan que travaillera le préfet Xavier Guichard qui écrira, en 1936, le monumental et incontournable ‘ELEUSIS ALESIA’ sur lequel, page 119, il réutilise le tracé ‘Cassini’ pour les sites proches de l’Observatoire, ainsi que sur le passage de la Méridienne au Nord et au Sud : Groslay, Montmagny, Deuil, St Denis, Arcueil et L’Hay. Tous des sites sur lesquels les Cassini travaillèrent hors propos de leurs fonctions…

Les mystères d’un jeu de cartes et le grand monarque ?

Un des instruments de visée de Cassini

Peut-on admettre qu’ils aient pu ignorer ce que pouvait représenter l’implantation du Méridien sur la France et ses points de passage ? Certainement pas si l’on imagine leur degré d’intelligence, leurs connaissances et les personnes qui influèrent avec eux l’avance de certains travaux prétextés par le tracé et les relevés sur le terrain. La mise en place d’un méridien définit simultanément plusieurs choses importantes :
- Un aspect religieux. Celui d’un Dieu géomètre mesurant la terre à l’aide d’un compas (illustration habituelle en la matière) dont la pointe sèche établit l’omphalos ainsi que l’axe du Monde en verticale et horizontale.
- Magique : on crée un omphalos, un centre du monde, un nombril du monde à partir duquel le monde s'organise sur un axe, un axis mundi, un arbre du monde… un puits ou un gouffre comme sur les terres des Périllos dont le sous-sol, de plus, s’enrichit de mines de fer et de gouffres, sous la protection bienveillante de Sainte Barbe veillant sur l’accès à l’Autre monde… peut-être celui des forces astrales ou Chtoniennes de la déesse mère ! Cet axe ne se limite pas au pôle terrestre. Il est l’axe essentiel et culminant, puisqu'il indique la direction de la constellation polaire nous reliant ainsi à l’axe du ciel boréal. Peut-on voir ici l’image des chapelles des Périllos toutes axées sur le Nord… pour un culte Polaire ?
- Le méridien zéro est pointé sur le pôle, comme l'aiguille de fer d'une boussole: aussi le dit-on rouge, puisque c'est la couleur symbolique du fer qu'attire le pôle.
A ce sujet, peut-être est-il recommandé d’agir comme le chevalier Rosenkreutz, invité aux noces royales, qui arrive à un carrefour où il est indiqué que les quatre chemins conduisent au Palais nuptial. Il décide alors de suivre la VOIE DU SUD, évitant les fausses routes "grâce à sa boussole, EN REFUSANT DE QUITTER D'UN PAS LE MERIDIEN" (dernier volet de la trilogie rosicrucienne « Les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz » de V. Andreae (Les Noces Chymiques parurent sans nom d'auteur, mais J.V. Andreae en reconnut la paternité dans son Autobiographie) - Selbst Biographie Johann Valentin Andreae publiée par Seybold, Wintertur 1799).
- Temps et Espace. Le temps se mesure grâce à l'espace. Le méridien concentre tous les points sur une seule droite reliant les 2 pôles. Tous ses points sont à la même heure et parfaitement en phase : le temps solaire est le même sur tous les points de la ligne et… simultanéité du temps en deux "espaces" différents. Grâce à l'équation "ésotérique" : temps = espace, donc deux sites sur le même méridien sont sur le même temps. C’est le principe des horloges-clepsidres développées surtout à l'origine pour les moines afin que tous prient en même temps, de manière à engendrer un égrégore par la simultanéité de leurs actes. En alignant sur le même méridien des sites où l'on va pratiquer des rituels, c'est, grâce à la magie géométrico-mathématique, monter l'équivalent d'un "système en série", c'est créer un "amplificateur d'égrégore".
- Géométriquement : le méridien enferme l’intégralité de l'espace et du temps. De l’axe du monde, on se dirige vers le nord, vers l'Ultima Thulé, vers la montagne sacrée au nord du monde, vers les ultimes secrets.
Arrivé au pôle, on est sommet du monde, au point de la sphère où se rejoignent toutes les lignes, où donc l'espace est aboli et où le temps est suspendu. On y entre en contact avec le pôle céleste, avec l'immobile pivot de l'univers. Puis, comme Osiris, on poursuit sa course par la face cachée de la Terre, vers le pôle sud, l'anti-pôle. Ainsi, on évolue dans le monde de la nuit et de la mort (voir les étranges récits de la Terre creuse ouverte aux deux pôles et de la navigation d'un pôle à l'autre) pour poursuivre le voyage initiatique et revenir à son origine...
- Métaphysique : le mystère de SION, c'est la matérialisation, l'incarnation de la Jérusalem céleste. Avec le changement d'ère, on change de religion et donc de centre spirituel. On entre désormais dans une nouvelle ère, celle du Verseau : il va donc y avoir changement de religion, de centre du monde. L'omphalos du monde et le centre des terres émergées (via l'île Dumet, pas très loin de Belle-Ile et de Carnac !). Avec le passage au Verseau, on passe à ‘l'envers du décor’ (importance du symbolisme de Janus/ouroboros dans la Maçonnerie. La fonction du méridien de Paris est d'ordre métaphysique: sa véritable signification deviendra évidente à la Fin des Temps (c'est-à-dire du cycle actuel) : il matérialisera l'axe autour duquel tourne l'univers entier.
De fait, le Grand Monarque viendrait donc trôner au centre du monde. La réédition de l'expérience de Foucault au Panthéon, n'est pas un acte scientifique, culturel ou pédagogique, mais bel et bien un acte religieux consistant à rendre visible l'Invisible en matérialisant l'axe du monde… représenté par le méridien par lequel passent tous les points sur la même droite reliant les deux pôles.

La fascination de Cassini pour Opoul ?

Le problème, à présent, est de savoir quelles étaient les informations que détenaient les Cassini. Il semble indéniablement qu’ils aient eu en main une sorte de connaissance sur l’événement du méridien, ses conséquences et les suites pouvant en découler en cas de révélation. Il y a lieu de croire que non seulement ils aient été à propos de ce secret mais, de plus, que le fait de leur demander d’intervenir pour l’établissement des cartes ait été un acte réfléchi… comme s’il fallait passer par cette famille pour avoir la certitude que soit préservés, ou vérifiés certains éléments.
Il semble d’abord que les Cassini refusent l’offre de Colbert, puis sur l’insistance même du roi de France finissent par accepter cette mission. Cette famille est puissante et riche. Il est dit que ce ne fut pas la raison financière qui fléchit la décision de Cassini… bien que la dernière offre sera une ‘charge’ à vie de l’équivalent en un mois de ses revenus annuels, ce qui n’est toutefois pas à négliger.
Un autre détail curieux est à retenir. Lors des relevés et triangulations, Cassini supervisait les travaux en permanence. Cependant, les travaux devaient se dérouler en peu de temps depuis une base triangulaire. Ce qui signifie que l’équipe réalisant les notes ne devaient pas rester très longtemps sur un même point. Très curieusement, nous savons que Cassini est resté plus de deux ans sur Opoul lors des relevés sur ce secteur… avec femme et enfants ! Cette durée ne correspond certainement pas au temps passé dans ce secteur pour en faire un état. De plus, Opoul, à cette époque, est un village sans représentant de la haute noblesse, ni maison de maître dont pouvait disposer cet homme et son équipage, habitués à mener grand train de vie. Enfin, même si ce travail exigeait une ‘station topographique’ de plus de deux ans (ce qui est impossible), Perpignan n’est pas loin et peut fournir les demeures et l’accueil de l’aristocratie locale à la hauteur de l’importance du scientifique… qui ne demanderait pas mieux que de le recevoir dignement. Alors… pourquoi Cassini, au lieu du milieu princier auquel il est habitué, choisit-il de rester dans le petit village d’Opoul, dans des conditions d’hébergement qui ne peuvent lui correspondre, surtout sur une durée si longue, avec femme et enfants ? Il est impossible là encore de mettre en cause cette situation par des relevés longs, fastidieux, axés sur cette seule portion de région. Quel motif inhabituel pousse cet homme à rester ici de cette manière ? Que pouvait-il faire au long de ces journées dans ce secteur ? Certes, la beauté sauvage des paysages roussillonnais et la douceur des vins locaux, ne sont pas à négliger… loin de là… mais sont-ce les deux raisons raisonnables, ou une autre explication, plus hermétique, est-elle à retenir ?

La dernière visite d’un… Cassini à Opoul

Nous en étions là depuis longtemps, sans avoir de réponse à ce curieux comportement. Il nous fallut attendre le colloque de novembre 2005 pour avoir la surprise, et le privilège, de voir participer à notre modeste réunion le descendant des Cassini. Ce dernier nous honorant de sa présence venait pour discuter de nos travaux et de plusieurs éléments l’ayant surpris en consultant notre site sur le net. Une discussion surprenante eut lieu et nous avons appris de nombreux détails sur la vie des seigneurs de Cassini à l’époque des fameuses cartes. Un document surtout nous fut donné pour preuve. Et ce dernier éclairait étrangement tout à coup toute une grande partie de notre interrogation. Il s’agit d’une reproduction de deux pages contenues dans le volume regroupant tous les relevés de toutes les ‘bases’ de relevés par triangulations nécessaires à dresser les cartes de la France, attendues par Colbert et le roi. Nous disposons de la page 358, sur laquelle se trouvent les chiffres de visées et la page 359 qui présente le relevé complet de région depuis la « base de Perpignan ». On y trouve les triangulations centralisées depuis la ville : Bugarach, Canigou, Forceral, Quéribus, Tauch, Tautavel, quatre signaux maritimes et … Opoul. Le plus étonnant est que, sur ce relevé technique, seul le secteur d’Opoul n’est pas enregistré ni relevé ! Dans ce cas, comment expliquer la présence insolite de Cassini durant plus de deux ans sur le seul endroit tenu à l’écart des triangulations ?... deux ans pour ne rien faire, c’est beaucoup de temps pour rien !

Quand Cassini refuse de jouer Opoul dans ses cartes

A moins que Cassini ait jugé d’une part, ne rien avoir à mentionner sur ces futures cartes concernant le secteur précis des environs d’Opoul… et d’autre part, à utiliser son temps pour des exercices de terrains n’ayant rien à voir avec une triangulation ou des relevés qu’il ne souhaitait pas mettre à disposition. Cassini avait-il une impérative raison de prospecter en solitaire sur le secteur ?... et si oui, dans quelle direction et pourquoi ?

Certes, si l’homme jugeait important de ne pas présenter ‘certaines choses’, sa position lui permettait de ne pas entrer les données dans ses tracés définitifs, de ne pas se justifier et de passer autant de temps qu’il le voulait à une besogne sur laquelle nous ne savons rien… mais dont l’origine se situe à proximité d’Opoul !
Les grincheux diront que c’est une erreur de dessinateur et un oubli de tracé. Oui, pourquoi pas ? Hélas, il est impossible que Cassini ou ses seconds aient admis une erreur de cette taille, ou un tel manque qu’ils auraient immédiatement fait rectifier. D’ailleurs, il reste un moyen très simple de vérifier en regardant les cartes imprimées qui sont éditées sur les tracés en question. Entre le moment des triangulations et celui de l’imprimerie, il s’écoule celui de la mise en plan, du tracé définitif, du dessin et de l’imprimerie. Si erreur d’inattention ou autre oubli il peut y avoir, les techniciens, chacun à leur moment d’intervention se sont aperçus de ce manque… et doivent demander des ordres sur le sujet. Il semble de toute évidence que Cassini maintient sa volonté que cette zone reste sous la forme d’une « terre inconnue », et sur les cartes… le secteur de Périllos reste muet et blanc de tous tracés ! De toute évidence, il ne peut plus s’agir d’une erreur ou d’un oubli technique. Mais alors, que voulait cacher Cassini ? Eut-il accès au savoir des Périllos d’une telle manière qu’il prit l’initiative de taire un secteur topographique défini… ou peut-être fut-il ‘invité’ à ne pas décrire ce qu’il venait de découvrir ?... ou ce qu’il savait ? Il semble difficile de répondre à ces dernières questions.

Cassini poète ou ‘centuriste’ ?

Un tableau religieux dans un hall du chateau des Cassini avec des poires

Pourtant, il reste encore plusieurs éléments à prendre en compte dans cette affaire. D’abord il existe, dans les archives de Cassini, une sorte de texte écrit par lui-même. Il se serait, à première vue, essayé à la poésie… Si l’homme est intelligent, l’art de la rime ne lui semble pas aussi facile que la triangulation et la topographie… et , en effet, ce poème n’a guère d’envolée lyrique. Par contre, si on abandonne très vite l’aspect poétique au profit de la lecture d’une sorte de… centurie, la chose devient toute autre et plus intéressante. En effet, ce texte, qui pouvait rester anodin à tout jamais, prend une autre ampleur si l’on considère qu’il semble être la totalité d’un passage de seulement trois lignes contenu dans un des petits registres de l’église de Périllos… récupéré à Durban et revêtu d’un sceau sur cachet de cire rouge… Ce texte serait l’annonce d’un événement qui se produirait bien plus tard que sa rédaction. La question est de se demander comment trois lignes, mot pour mot, d’un ‘poème’ écrit par un Cassini, en Italie, se trouve inscrite dans un petit registre des curés de Périllos !...
Mais ce n’est pas encore tout. En effet, nous avons pu apprendre qu’il existerait un écrit des Cassini qui serait le reflet du fameux courrier de Fouquet faisant état d’un secret que pourrait transmettre Nicolas Poussin… depuis l’Italie. Pour le peu que nous sachions, les similitudes sont étonnantes, pour ne pas dire détonantes, entre ses deux écrits…

Une hypothèse depuis le savoir des Cassini

Si nous considérons, de manière isolée, chacun des événements de cette affaire, le hasard y prend toute sa place. Cependant, si l’on met ces faits bout à bout, un scénario devient parfaitement crédible :
Les familles de Cassini sont à propos (sans qu’on sache actuellement comment) d’une sorte de… connaissance.
Ils rencontrent, lors de leurs séjours en France, les membres de sociétés plus ou moins discrètes, telles celles de l’Angélique, du Brouillard et d’autres un peu plus ‘fermées’.
Pour cette raison, ou par hasard, ils sont amenés à s’approcher au plus près de ce ‘savoir’ sur le terrain…situé près de Périllos (donc d’Opoul) lors de l’exercice de leur compétence en topographie et astronomie.

Une tour de la propriété de Cassini... qui nous en rappelle une autre

Ajoutons qu’ils seront conduits ici sur l’insistance quasiment anormale du roi de France qui dispose de plusieurs géographes tous aussi compétents que les Cassini.
Arrivés sur les lieux, ils ne peuvent révéler (volontairement ou sous influence), au cours des triangulations, ce secret dont ils sont partiellement dépositaires.
Cependant, une fois sur site, à Opoul près des Pyrénées, un Cassini, ou Maraldi, tente de vérifier l’existence de ce secret.
Il passe près de deux ans, tout près du lieu, à explorer le secteur et comprendre que ce qu’il savait est toujours en place.
Il décide alors de ne pas faire mention d’un détail devant logiquement entrer dans le tracé des cartes précises régionales dont il a la charge.
Le relevé restera incomplet ; le point ‘crucial’ jamais divulgué sera remplacé par une zone de terre inconnue.
Un peu plus tard, Cassini fait mention de ce qu’il sait sous la forme d’un poème maladroit qui abrite, en vérité, une sorte de prophétie ou centurie…
Le curé de Périllos a également connaissance de ce texte et en reproduit, sans que nous en sachions les raisons, seulement trois lignes dans un petit registre d’actes de l’église, retrouvé à Durban.
On note, à propos de document écrit, une étrange similitude entre un courrier de Fouquet et un autre de Cassini concernant un secret lié à une connaissance pouvant rendre plus important, ou riche, qu’un roi ! On sait ce qu’il advint aux Fouquet pour avoir… trop voulu en savoir.
Cassini aurait jugé plus prudent de s’en tenir à ‘gommer’ une zone sur une carte afin de ne rien révéler, laissant aux futurs cartographes le choix de montrer ou pas ce détail interdit.
Et tout ceci se passe une fois de plus sur le territoire des seigneurs de Périllos, dans un secteur qui sera, au début du vingtième siècle, précisé sur un moulage géographique voulu par un certain Bérenger Saunière, curé à Rennes-le-Château… qui, dans un jeu étrange, n’avait pas abattu toutes ses… cartes.
Nous reviendrons plus tard, et plus en détails, sur les différents éléments de cette intéressante affaire qui met à nouveau le passé de Périllos au centre de l’énigme.

André Douzet
Nous remercions vivement Vincenzo et Marialuisa pour nous avoir permis d'accéder aux archives de Cassini, et d'avoir mis à notre disposition des copies de documents inédits. Ce travail leur est dédié avec toute notre respectueuse reconnaissance.

NB : les illustrations de cet article, et notamment les relevés de Cassini ne peuvent être utilisés ou reproduites sans autorisation.