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| La grotte de ‘la Caune’ |
L’une
de ces cavernes nous semble digne d’ouvrir cette étude par
son aspect exceptionnel tant sur le plan minéral que sur celui de
la mémoire de l’Homme.
Il s’agit de la grotte de ‘La Caune’. Elle se présente
comme une immense salle souterraine d’un seul tenant. L’accès
s’ouvre à peu de profondeur, sur le versant Est, par un porche
visiblement retaillé pour lui conférer un aspect imposant.
On y accède sans qu’il soit nécessaire de prévoir
un système d’éclairage autonome, car à l’autre
extrémité une ouverture en plafond laisse généreusement
entrer la lumière naturelle. A la suite d’une violente secousse
sismique, il semblerait que cette partie de la voûte se soit effondrée
en créant une ouverture de clarté vers laquelle tend une insolite
végétation. Ce qui reste de superbes concrétions suggèrent
l’extraordinaire beauté minérale régnant ici
(stalagmites, stalactites, voilages, ‘orgues’...) mais aussi,
prouvent l’immense stupidité de ceux qui, véritables
vandales, saccagèrent en quelques mois les merveilleuses créations
naturelles ayant mis des milliers d’années à se former!
Ici, dans l’agonie ultime de ce chaos rocheux, encore étincelant
de cristaux, la nature nous donne la dimension infinie de sa créativité...
mais aussi l’inexistence de nos possibilités à respecter
de tels témoignages minéraux.
Nous retiendrons aussi la présence de gravures très anciennes
signalées comme ‘néolithiques’ ainsi que plusieurs
découvertes du plus haut intérêt archéologique:
poteries, statuettes, silex... De plus il est certain que cette grotte servit
de sanctuaire sacré réservé à ce que nous appellerons
prudemment ‘une forme d’initiation primitive’ qui se prolongea
assez loin dans le temps comme le prouvent de nombreux détails et
vestiges retrouvés ici.
L’endroit
Le site, peu éloigné de la route desservant Périllos, attire encore quelques curieux, randonneurs, marginaux en mal de tranquillité, ainsi que des spéléologues s’entraînant à l’escalade souterraine.
Le
nom
Le nom de ‘La Caune’, simple et logique, ne s’auréole d’aucune racine légendaire, mythique, totémique ou patronale. ‘La caune’ provient simplement de l’occitan ‘cauna’: mot féminin signifiant creux, cavité, terrier, grotte, caverne... on ne saurait faire mieux et plus simple! Ajoutons qu’avant l’apparition des récentes cartes, dites ‘d’Etat Major’, cette caverne n’est signalée sur aucun plan terrier ancien ou autre relevé topographique ou cadastral royal. Du moins, à notre connaissance, la plus ancienne trace écrite de ‘Caune’ remonte à 1781 ce qui ne signifie nullement que le lieu soit inconnu auparavant.

L’accès
Un large sentier dessert l’endroit. Une sorte de petite prairie dans un vallon étroit, quelques cyprès, des ruines de bergerie, en contre-bas un puits toujours en eau. Le tout est surplombé, à gauche, d’un plateau envahi de buissons. L’entrée est là, à flanc d’une petite falaise, sous la forme d’un orifice assez important et remarquable. On note un aménagement de l’appareillage de cette ouverture, ainsi que des traces évidentes de très anciennes maçonneries.
Bergerie
ou pas ?
Certains auteurs font de cette cavité une ‘grotte - bergerie?...
il est facile sur place de comprendre que cette thèse est pratiquement
indéfendable. La rampe d’accès très raide, descendant
d’un seul coup dans la profondeur, se montrerait dangereuse, même
fatale, pour un troupeau qui se précipiterait ici, et ce dans le
sens de la descente et celui de la remontée.
Ajoutons qu’à son origine le lieu était plongé
dans une totale obscurité rendant très hasardeux une cavalcade
effrénée de brebis se précipitant ici sans savoir où
aller... L’erreur pourrait venir simplement, et probablement, de la
confusion entre la grotte et les ruines de bergerie près de la petite
prairie. D’ailleurs l’humidité de la cavité pouvait
aussi être une raison de non sens à cette théorie.
Un
cheminement intérieur imaginaire
Tentons maintenant d’observer en toute simplicité ce qui reste
encore visible de nos jours ici. Puis tenter d’en tirer une synthèse
élémentaire et logique. Nous nous garderons aussi, faute de
témoignages concrets, de tout autre dérive ou hypothèse
‘occulte’ ou ‘ésotérique’.
Dès l’entrée de la grotte un cheminement se propose
pratiquement de manière inconsciente. Il est possible de descendre
en droite ligne, mais ce serait chaotique et risqué. De toute évidence,
il est plus aisé de s’en remettre à une trace plus praticable.
Une forme de sentier serpente en douceur, mais résolument proposé,
vers la gauche du vaisseau souterrain.
Arrivé sur le replat, en bas, nous nous trouvons devant un passage
‘étroit’ représenté par une sorte de ‘franchissement’
visiblement taillé entre deux roches (on distingue aussi une ‘réserve’
aménagée dans la roche à gauche: l’emplacement
pour un luminaire ou un objet?). Ce seuil franchi, le chemins’oriente
résolument vers la gauche et débouche sur une cavité
secondaire plus enfoncée dans la pénombre. C’est depuis
ce ‘seuil étroit’ et encore à main gauche que
se situent et se distinguent, en contre-bas, les premières gravures
dans le flanc rocheux. On reconnaît facilement des croix à
branches égales, d’autres encloses totalement ou partiellement.
Puis immédiatement après nous arrivons dans ce que nous appellerons
arbitrairement une ‘chapelle latérale’. Encore à
gauche une hauteur se présente, de toute évidence peu praticable.
D’instinct il nous faut aller au fond pour mieux regarder la partie
tenue dans le secret du voilage minéral autrefois sûrement
de toute beauté! Sur la partie inclinée au pied de ses superbes
‘orgues de silice’ d’autres gravures cruciformes dont
la plus belle est classée ‘arbalétiforme’. Le
lieu est ‘veillé’ par une concrétion extraordinaire
qui mérite toute l’attention. Il s’agit, à l’état
naturel,soulignons-le, d’une forme anthropomorphe suggérant
un personnage serein, mais sévère, comme drapé d’une
toge, et coiffé d’une sorte de voilage antique... l’ensemble
ne manque pas d’impressionner car de toute évidence cette représentation
est entièrement l’oeuvre de la nature à quelques très
légères retouches près. C’est derrière
ce lieu que furent retrouvés certains objets dont plusieurs petites
statuettes antiques dissimulées dans les calcifications.
Le visiteur reprend son périple par la gauche. Il devine, sous l’éboulis
du sommet de la cavité, qu’ici se trouvait une esplanade rocheuse
surélevée limitée par d’énormes stalactites
et stalagmites... également entièrement saccagées par
quelques tristes inconscients. L’une de ces colonnes minérales
pouvait avoir comme fonction de permettre la pratique de l’échange
symbolique de la ‘poignée de main’... enfin encore à
gauche, au moment de remonter, un autre réduit comprenant encore
des gravures cruciformes bien conservées. Une dernière esplanade
rejoint le sentier de retour. Un dernier pilier de concrétions sculptées
(ne pas confondre avec des initiales en superpositions) et le regard se
porte vers la clarté de la sortie.
C’est en remontant que l’on distingue parfaitement plusieurs
marches taillées et aménagées au seuil de l’orifice
lui-même encore appareillé d’antiques blocs maçonnés
sur la droite en sortant.
Un
rite initiateur originel ?
A
la lecture de cette courte visite du site le lecteur peut comprendre qu’il
vient de suivre une sorte de cheminement ‘initiatique’. Ce mot
doit être entendu, jusqu’à preuve du contraire, comme
une entrée dans un clan, un âge adulte, le passage de l’errance
(de l’enfance) à l’obscurité révélatrice,
mais aussi matricielle de la Terre-Mère... Puis de ces ‘Mystères’
sanctionnées par une reconnaissance (poignée de main fraternelle
ou de maîtrise) une remontée vers la clarté maintenant
conductrice et constructrice. L’errant devint sédentaire pour
son clan. Le lecteur pourra aussi comprendre que tout le chemin depuis la
route en retour de Périllos se déroule en tournant toujours
vers la gauche... jusqu’au retour qui se fera logiquement à
l’inverse à main droite. Toute ‘l’initiation se
fera par le senestre à l’aller: féminin ( lunaire, grotte,
intérieur, humidité, obscurité matricielle, etc.) et
par la dextre au retour (mâle, soleil, fécondateur, meneur,
compagnon, guerrier, etc).
Découvertes
fortuites
Au
fil de nos recherches nous avons pu localiser un certain nombre de découvertes
fortuites faites dans la grotte de ‘La Caune’. Sans trop entrer
dans le détail il fut trouvé un nombre important d’éclats
de poteries dont l’âge s’échelonnerait de plus
de 5 siècles à la fin du 19e S. Ces vestiges sont d’une
facture très simple, populaire et pratiquement sans décoration.
Un second dépôt semble avoir donné des tessons de bonne
qualité, plus anciens puisqu’identifiés de la conquête
romaine. Ces derniers présentaient une finition luxueuse. A l’extérieur,
proche de l’orifice, un petit dépôt de bronze nous fut
montré, ainsi que des ossements (fragments) humains en petite quantité,
tout au plus un lieu funéraire de 3 ou 4 humains dont un enfant.
Le problème des statuettes est bien plus délicat. En effet
il existe une rumeur prétendant qu’en ce lieu (ou très
proche) aurait été retrouvée une statue religieuse
en bois. nous ne sommes pas compétent en la matière pour porter
une appréciation précise sans plus d’information. Par
contre nous savions que plusieurs petites statuettes de terre cuite auraient
été mises à jour dans le secteur de la grotte. Après
de nombreuses péripéties nous localisions la trace d’une
de ces représentations. Nous serons donc en mesure d’ici deux
mois d’en présenter photos et descriptif. Il en sera de même
pour deux parures complètes en perles de verres et rondelles de pierres
polies ou précieuses (cornaline, agate, et serpentine) retrouvées
aussi avec ce dépôt, ainsi que ce qui pourrait être trois
petits animaux en os... Enfin nous signalerons pour information la découverte,
par un randonneur, de plusieurs outils peut-être de prospections minières
ou agricoles indéfinissable. Ces derniers présentent une telle
corrosion qu’il est difficile d’en déterminer un âge
ou un usage précis.
André Douzet