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Société Périllos ©

Où il est question de la grotte de la Caune

 

L’un des fleurons géologiques de Périllos

Nous avons déjà présenté un petit travail sur cette remarquable cavité qui est sans doute la plus connue, et visitée, de ce secteur des anciennes terres de Périllos. Cette fréquentation est le fait que l’accès au site est praticable par tous, et peut être l’objet d’une promenade familiale ou touristique prenant à peine une demi-journée, trajet et visite inclus. De plus, la grotte est visitable sans éclairage, depuis l’effondrement d’une partie de sa voûte naturelle, lors du dernier grand tremblement de terre. Ce périple ne nécessitant ni équipement particulier ni la moindre notion spéléologique, il est à la portée de chacun et de tous.
On voit dans cette immense cavité les merveilles géologiques et minéralogiques dont est capable la nature depuis des milliers de siècles. « On voit »… nous devrions plutôt dire « on voyait »… car ce qui reste de la beauté minérale du lieu n’est que le pitoyable vestige laissé par les vandales, les pillards et les saccageurs de sites merveilleux de ce type. Les uns fracassant un stalactite pour le seul plaisir de casser… les autres pour tenter d’en emporter un éclat à effet décoratif…

La mémoire de l’Homme

Il en est de même en ce qui concerne les vestiges, moins anciens à l’échelle de la Terre… mais si sensibles à notre esprit… que sont ceux laissés par nos ancêtres préhistoriques. En effet, la Caune dut servir de sanctuaire, puis d’abri sédentaire et enfin de refuge ponctuel au moment de grandes calamités. L’Homme a laissé la trace de ses espoirs, craintes et superstitions dans ce lieu sous forme de gravures profondes. Il y a près d’un siècle, le premier relevé ‘scientifique’ mentionnait plus de 160 ‘signes évidents’ laissés par la main de l’Homme : croix régulières, croix arbalétiformes, carrés cloisonnés, croix cloisonnées… et formes anthropomorphiques… Ces dernières, d’une rareté particulière, méritaient d’être tout spécialement signalées.
Si le lieu est une sorte de sanctuaire de la mémoire humaine, il est d’autant plus regrettable de dire qu’en moins de vingt ans, près des trois quarts de ces signes ont disparu sous le piolet de la stupidité des hommes… qui pensent arracher sans difficulté le morceau où se trouve la gravure… sans comprendre qu’attaquer la calcite de cette manière n’aboutit qu’à la destruction de la surface sans rien pouvoir en tirer ! Et ainsi disparaissent irrémédiablement chaque année plusieurs précieux vestiges de notre mémoire collective !

Une dégradation humaine annoncée

Oui, mais alors… que faire ? Il aurait suffi, dans un premier temps, de ‘prévenir’ l’indélicat visiteur des sanctions encourues pour ce genre de vandalisme… et de veiller de temps à autre au respect du lieu (visites ponctuelles des autorités compétentes). Ensuite, il était intéressant de répertorier avec précision ce qu’il restait des gravures encore en état… et de celles partiellement dégradées, d’en faire un classement précis à fin d’archive.
Il y a près de vingt ans que nous connaissons ce lieu merveilleux. Nous l’avons vu être l’objet de saccages réguliers et de dégradations scandaleuses, tant sur le monde minéral que sur le plan des témoins humains. Depuis quatre ans, nous avons pris contact avec la municipalité pour signaler le fait et l’état alarmant de la situation… Il y eut même des occupations de ‘shamans’ de tous poils, squattant la grotte en entrenant un feu de bois, jour et nuit, au centre de celle-ci. Ces irresponsables prétendant apporter la restauration minérale des plaies de la pierre… n’y faisaient évidemment rigoureusement rien et aggravaient, par la fumée de leur feu, l’état déjà précaire de la faune. C’est ainsi que la colonie de roussettes (petite chauve-souris) s’en est enfuie pour ne laisser ici qu’un ou deux individus blessés ou trop âgés… Il en est de même pour les oiseaux cavernicoles qui ont quasiment tous disparu en deux ans ! Des amoncellements de tubes de cuivre encombraient la cavité en serpentant autour des concrétions… pour augmenter le taux vibratoire du lieu, paraît-il… Sans parler des excréments, des saletés et objets des plus dangereux, tels que des seringues pour un usage dont on imagine le danger… Nous passerons rapidement sur les restes d’objets ayant pu servir à des cérémonies innommables… et des bouteilles de boissons cassées, abandonnées ça et là par d’imbéciles visiteurs, avec les reliquats nauséabonds de repas et nourritures diverses et surtout avariées !
Plusieurs fois, nous avons attiré l’attention des autorités sur cet état de fait… Et, à chacune des visites de la Société Périllos, nous repartions avec de pleins sacs de saletés incroyables que nous emportions à la décharge publique. Certes, les tubes de cuivre avaient été enlevés, sans doute pour une utilité plus… domestique et logique pour ce matériau… Mais à notre grande surprise, les autres immondices restaient bien au chaud dans la grotte. Evidemment, on peut supposer que ces saletés ne pouvaient servir à rien et n’offrant plus rien d‘immédiat, sinon leur odeur repoussante et leurs vermines dégoûtantes, elles étaient laissées là pour compte !

Des travaux de rénovations pour un territoire endormi

A ce jour, le dernier nettoyage exécuté par des membres bénévoles de la Société Périllos remonte à plusieurs mois. Notre visite habituelle, avec un groupe de personnalités importantes, pour le dimanche de Pentecôte, nous a une fois de plus fait prendre conscience de l’état d’abandon du lieu, constaté par chacun et tous.
Certes… plus loin, le village endormi de Périllos commence à s’éveiller de nouveau sous la pelle et la pioche des… reconstructeurs, maîtres en la matière. Il pourrait être dommage, et impossible d’imaginer, que ne soit réhabilité que ce qui est immédiatement visible et attractif, au détriment d’un patrimoine qui sera, s’il ne l’est pas déjà, très vite irrécupérable et souillé à jamais… en raison du fait qu’il ne se voit pas touristiquement parlant. Car, nous en sommes persuadés, il n’est pas envisageable un seul petit instant qu’on puisse distinguer et séparer la revalorisation du village de celle des merveilleuses cavités qui l’entourent et qui forcément firent partie intégrante de son histoire, de son passé et de sa vie.
Pour information… chaque fois, il fallait, à 3 ou 4 membres de notre Société Périllos, moins de trois heures pour rendre sa dignité à cette merveille de la nature minérale de l’antique territoire. Nous sommes évidemment persuadés que ce nettoyage est au programme des ‘rénovateurs’ de Périllos, qui ne feront qu’une bouchée de ce genre de corvée… pour le plus grand plaisir du regard des amateurs et le respect de ce sanctuaire. Nous ne pouvons qu’être certains que les autorités ont depuis longtemps prévu cette petite remise en valeur, laquelle nous applaudirions, et qui ne saurait donc tarder...

La participation de la Société Périllos

Quant à notre modeste participation, comme nous en avions informé par trois fois la municipalité, elle est maintenant terminée. Elle se compose d’abord d’un relevé précis (au podomètre et au… théodolite) de la grotte. Ensuite, de la collection formée par le moulage (par empreinte) de tous les ‘signes’ et gravures encore visibles. Enfin, notre travail se compose d’une collection de nombreuses photographies de l’intérieur de la cavité et de certains départs spéléologiques de galeries naturelles. Ajoutons que nous avons localisé la seule représentation d’un visage humain gravé dont nous ne donnons pas le lieu afin de le préserver des déprédations habituelles en la matière. Cependant, concernant ce dernier détail, nous sommes persuadés que les autorités compétentes en ont forcément connaissance.
A ceci, nous ajoutons avoir enfin localisé l’entrée d’au moins une des mines ‘oubliées’ du territoire de Périllos… Un article lui sera prochainement consacré, ainsi qu’un répertoire des grottes dont nous avons fait le recensement depuis près de vingt ans et dont certaines, qui ne manquent pas d’intérêts, sont peu connues sur le secteur.

André Douzet