Plan du site | Recherche | Forums | Publications | Actualités
L’abbé
Cayron : le quatrième prêtre d’un célèbre trio? (1ère partie) - Une vie oubliée et une mauvaise localisation |
Un
nom négligé
Le
nom de l’Abbé Emile-François Cayron reste en grande
partie inconnu dans le mystère de Rennes-le-Château. C’est
un oubli étonnant si l’on considère qu’au moment
où l’énigme de Rennes-le-Château prend naissance,
à la fois grâce à la contribution de Gérard de
Sède et par les dépôts anonymes à la bibliothèque
Nationale de France… une carrière des plus illustres, surtout
riche en divers rebondissements, se déroule pour ce prêtre.
Pourtant, Cayron n’atteint jamais la célébrité
que connaîtront Saunière, Gélis ou Boudet. Bien que
cela puisse sembler fortuit, c’est assurément une bonne chose
pour nos travaux que certains éléments clés de la vie
de cet homme aient ainsi été complètement négligés
par les ténors de l’énigme.
Une
illustre présence
Les
soit disant ‘Dossiers secrets’, très connus de tous les
chercheurs, ont été utilisés pour révéler
-sous le sceau d’un prétendu secret- une collection de documents,
le plus souvent faussés, déposés à la Bibliothèque
Nationale de Paris dans les années 60. Toutes ces archives font partie
du mystère de Rennes sous couvert d’une forme ou d’une
autre. Ces ‘mémoires’ serviront particulièrement
de canevas au livre « L'Énigme sacrée » ;
cependant, l’essentiel de la littérature française,
sur le sujet, les traite avec plus de scepticisme.
Le sixième et dernier dépôt est connu sous le nom des
‘Dossiers secrets d’Henri Lobineau’, inscrit au dépôt
légal en avril 1967. Non seulement il donne son nom à cette
série mais contient en plus la nécrologie de Cayron…
dans l’indifférence ou la méconnaissance de tous !
Parcours
d’un prêtre
La
nécrologie, écrite par « un ami du décédé
», énonce que Cayron, né le 11 décembre 1807
à Aubin (Aveyron), décède le 3 janvier 1897 à
Toulouse. On y lit l’identité intégrale du prêtre,
« Emile-François-Henri Géraud de Cayron », ainsi
que la désignation de poste principal à « Saint Laurent,
près de Montferrand », un petit village entre Castelnaudary
et Villefranche de Lauragais, proche de l’autoroute A61/E80…
et non pas à Saint-Laurent de la Cabrerisse comme trop de chercheurs
le supposent hâtivement.
Il obtient sa première charge de vicaire à Mirepoix le 3 juin
1833. On note que vraisemblablement son père occupe une importante
fonction d’Etat dans la même circonscription. Six mois plus
tard, le 1er janvier 1834, il est nommé dans la paroisse d’Issards.
En novembre de la même année, son père, transféré
à Villefranche du Lauragais, lui obtient sa mutation de l’Ariège
vers le diocèse de Carcassonne, qui l’affecte aussitôt
à St Laurent de Montferrand. Il y passe la majorité de sa
vie, du 10 novembre 1834 jusqu’au 31 décembre 1885.
Selon
ses amis, l’homme est l’archétype du bon prêtre,
respecté et apparemment désigné comme le « patriarche
du pays », ayant une réputation d’homme cultivé,
particulièrement intéressé par la philosophie de Bonnetti.
Dans sa paroisse vit une famille issue de vieille noblesse, les Seigneurs
de Raynes, qu’il parvient à réintroduire auprès
du village et sa communauté religieuse.
Mais après ces traits purement religieux, on trouve un autre détail
plus étonnant. Sa nécrologie explique comment il reconstruit
et rénove en grande partie l’église, le presbytère,
etc. Dans les ‘Dossiers Secrets’, cette phrase : « en
dehors de ce que la famille de Raynes lui donna, personne ne savait d’où
il tira les fonds pour financer de telles réparations importantes
» est importante et semble mise là pour une évidence
perceptible par certaines personnes seulement… puisque nul chercheur
à ce jour n’en a tiré la moindre conclusion. Il est
clair que les ‘Dossiers Secrets’ font de Cayron un second Saunière…
un autre prêtre du pays ayant effectué des réparations
considérables et rénové de grandes parties de sa paroisse,
sans aucun fonds extérieurs apparents.
Préoccupations
On
sait, par un de ses proches, que l’environnement, ornements et décors
de son église étaient la plus grande des préoccupations
de Cayron. La rumeur d’alors rapporte que ce dernier aurait été
contacté par son diocèse jugeant bon de le diriger vers une
position religieuse plus importante. Après quelques jours de réflexion,
il décline fermement l’offre, se trouvant incapable de quitter
ses paroissiens qu’il avait fini par affectionner. Les autorités
ecclésiastiques acceptent la situation et le laissent à St
Laurent.
L’évêque d’alors reconnaît l’inexplicable
popularité de ce prêtre. Le prélat explique que, lors
de sa venue pour célébrer le 50ème anniversaire de
Cayron à la cure de St Laurent, tous les habitants de la paroisse
ont répondu présents pour que l’église et tout
le village soient décorés au mieux. Mais la santé du
vieux prêtre s’affaiblit rapidement avec le temps et il comprend
devoir se retirer… ce qu’il fait en décembre 1885, en
déménageant à Toulouse pour se rendre près d’une
de ses nièces.
Faits
erronés
L’église
de St Laurent de la Cabrerisse
La
présentation de cette nécrologie, dans les ‘Dossiers
Secrets’, contenant une insistance prononcée sur son nom, son
affectation et le fait que personne ne puisse expliquer comment il avait
acquis sa richesse, sont des tentatives évidentes de l’auteur
anonyme des ‘Dossiers Secrets’ pour mettre Cayron en lumière.
Par d’autres sources, nous pensons que cette annonce insolite avait
pour but d’incorporer ce prêtre dans la légende, devenue
célèbre sous le nom de Rennes-le-Château, et qui aurait
pu être connue sous celui de… Rennes-le-Château et St
Laurent.
Emile-François Cayron surgit là où il semble le devoir,
dans l’affaire de la « transmission » d’un autre
secret. Une fois encore, personne ne prit le temps de se pencher sur cet
autre détail, pourtant des plus troublants, comme nous allons le
voir. Il s’agit de l’événement de Bigou dont on
connaît l’implication, peut-être involontaire, dans l’énigme
de Rennes-le-Château aux moments troubles de la Révolution
Française. Les faits concernant ce prêtre de Rennes, d’une
manière ou d’une autre, ont été transmis jusqu’à
l’époque de Saunière, c'est-à-dire un siècle
plus tard. Si ce détail n’est en rien inédit, d’autres
éléments méritent d’être soulignés.
En effet, la version standard de cette transmission avance que Bigou, avant
de quitter la France, confie ce qui est maintenant son secret, appris par
la confession de la dame d’Hautpoul, à l’Abbé
François-Pierre Cauneille, autrefois prêtre de Rennes-les-Bains,
qui à son tour le confie à deux autres. Un de ceux-ci, l’Abbé
Jean Vié, sera curé de Rennes-les-Bains de 1840 à 1870.
C’est l’inscription inhabituelle sur sa tombe dans le cimetière
de l’église, mettant en valeur la date du 17 janvier, qui installe
ce prêtre dans le grand mythe que nous connaissons. Le second curé
à recueillir ce que sait Bigou a pour nom… Emile-François
Cayron.
Le plus étonnant reste que toutes les versions attachées à
cette ‘transmission du savoir’ soutiennent qu’il était
le curé de St Laurent de la Cabrerisse. Elles seront suivies à
la lettre dans les ouvrages sur la question, ainsi que par les sites web
prétendus spécialisés sur l’affaire de Rennes-le-Château.
Il semble donc que St Laurent près de Montferrand, d’une manière
ou d’une autre, ait été rapidement confondu avec St
Laurent de la Cabrerisse, entre Durban-Corbières et Lézignan,
non loin de Lagrasse. L’erreur est incroyable si on considère
que les ‘Dossiers Secrets’ insistent sur la juste et précise
localisation de l’affectation dans la nécrologie. Bien que
ceci soit écrit en toutes lettres, chacun a « fidèlement
» entretenu et recopié l’erreur sans rien vérifier
ou vraiment étudier la question.
Mythe
ou Réalité?
Ce « rapport de transmission » ne cesse de nous interpeler car il nous rappelle également que Cayron prend en charge les frais pour l’éducation du jeune Henri Boudet d’Axat. On ignore plus l’importance que prend ce prêtre dans le fond de l’énigme qu’il déporte vers un énigmatique site inexistant sur Rennes-les-Bains. La paroisse de Rennes les Bains est précisément celle où il succède à l’Abbé Jean Vie en 1872… quelques treize années avant que Bérenger Saunière n’occupe la cure de Rennes le Château. Quant aux raisons l’ayant poussé à financer les études religieuses d’Henri, il est dit qu’étant ami de la famille Boudet, il serait naturellement intervenu pour faciliter son entrée au séminaire de Carcassonne et apporter l’aide matérielle convenable. Il est encore précisé que, jeune, Henri Boudet suit les cours de son bienfaiteur qui lui enseigne les subtilités de la langue anglaise… Cette fameuse langue anglaise jouera un rôle important, voire décisif, au moment où, devenu prêtre, Boudet en abuse pour écrire son « chef d’oeuvre »: La Vraie Langue Celtique’.
Tout
ceci reste énigmatique. En effet, Cayron prêtre à St
Laurent de la Cabrerisse semble un choix bien plus logique puisque cette
commune est proche de Durban-Corbières -visité plusieurs fois
par Saunière-, et nous savons que Boudet y fut affecté comme
vicaire. St Laurent de la Cabrerisse entrerait logiquement dans la sphère
du mystère si nous devions définir une zone globalement par
Durban / Rennes le château / Carcassonne / Narbonne… à
laquelle s’ajouterait en toute logique une extension en direction
de l’est avec Perpignan, et donc Périllos.
Au contraire, St Laurent est proche de Montferrand et, de fait, très
loin vers l’ouest de notre cible audoise. Si séduisante que
soit la « version officielle » de la transmission du secret
(de Bigou à Cauneille, de Vie et Cayron et de Boudet… à
Saunière), les faits connus de la vie de Boudet ne correspondent
pas raisonnablement à ces affirmations. Comment Cayron a-t-il entendu
parler de Boudet et dans quelles conditions est-il ami de cette famille
? Ensuite, on peut se demander ce qui amène un religieux de l’Ariège
à fréquenter Cauneille, prêtre à Rennes les Bains?
A ce jour, personne ne s’est penché de manière approfondie
sur ces questions… Pas plus qu’il soit possible de justifier
ces obstacles majeurs interdisant les explications qui permettraient les
affirmations du « rapport de transmission ».
Invraisemblable
L’intérieur
de l’église de St Laurent de la Cabrerisse
Tous
ces éléments forment un scénario d’invraisemblances.
Tous les arguments tendent en faveur des sceptiques qui, s’ils avaient
étudié l’abbé Cayron, auraient affirmé
que l’auteur des ‘Dossiers Secrets’ avait utilisé
la nécrologie en question pour l’insérer dans le mystère
de l’affaire qui nous intéresse.
Si nous acceptons cette conclusion, il nous semble indispensable d’ajouter
que la nécrologie suggère un abbé Cayron, à
l’image de Saunière, disposant d’une source de revenus
dont l’évidence est soigneusement laissée dans l’ombre…
tout comme est sous entendu le fait que les deux prêtres, sur de mielleuses
raisons pastorales, refusent tacitement de s’éloigner de leur
paroisse jusqu’à la fin de leurs jours. Laissant là
les sceptiques, nous continuons en signalant que la réelle «
transmission » du savoir secret de Bigou, quelle qu’elle soit,
pourrait bien provenir d’Espagne. Certaines récentes revendications,
par exemple celles de Patrice Chaplin, soulignent l’accumulation croissante
de preuves en faveur d’une connaissance abritée en Espagne
(et non pas à Rennes-les-Bains) d’où elle aurait été
extraite pour revenir à des personnages tels que les abbés
Vie, Cayron ou Boudet.
Ou
coïncidences ?
Mais ce n’est pas encore fini. En effet, il reste certaines coïncidences ayant échappé à tous les investigateurs, y compris l’auteur anonyme des ‘Dossiers Secrets’ pourtant bien disposé à mettre en évidence plusieurs éléments oubliés. Parmi ceux-ci, pour l’instant, nous observons Cayron prendre sa retraite le 31 décembre 1885, c’est à dire peu après que Saunière soit nommé prêtre de la paroisse de Rennes le Château, le 1er juin 1885. Toutefois, le 1er décembre, Saunière doit être au séminaire de Narbonne, pour ne revenir à sa cure qu’en juillet 1886. Contrairement à Saunière, Cayron accepte de quitter St Laurent à sa retraite alors qu’il peut facilement rester dans ce village. La raison de ce départ aurait pour motif son état de santé devenu précaire… ce qui est possible vu qu’il a 78 ans à ce moment. Cependant, malgré ce constat, il ne devait pas être aussi chancelant que ce qui est dit puisqu’il vivra jusqu’au 3 janvier 1897, c'est-à-dire jusqu’à l’âge de 89ans ! On peut ajouter qu’au cours de la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1897, Gélis est brutalement assassiné, pendant que Saunière est occupé à poursuivre son « Grand Oeuvre ». Bien sûr, nous n’attacherons pas une importance particulière à ces évènements coïncidant avec la chronologie historique. Nous les esquissons simplement ici afin de positionner la vie de Cayron dans « la chronologie de Rennes le Château » et montrer que l’auteur des ‘Dossiers Secrets’ aurait pu créer encore bien plus d’intrigues s’il avait désiré qu’il en soit ainsi.
St
Laurent de la Cabrerisse
L’ancien
chemin de croix de l’église de St Laurent de la Cabrerisse
Maintenant, une remarque doit être faite : bien qu’il y ait manifestement quelques mystères concernant la richesse de Cayron, les liens potentiels de celle-ci avec le mystère de Rennes-le-Château restent, à ce stade, inconnus ou incertains aujourd’hui. Sur le même registre, on ne sait toujours pas pourquoi le village de St Laurent de la Cabrerisse fut introduit dans l’histoire de Rennes-le-Château. Ce détail, considéré généralement comme insignifiant, est-il une simple erreur d’inattention de lecture, ou était-ce un indice invitant à aller voir un élément précisément déposé à St Laurent de la Cabrerisse ? C’est ce que nous avons voulu chercher à comprendre.
L’église
de St Laurent de la Cabrerisse est consacrée au saint patron du village,
St Laurent. Le sanctuaire daterait du 17è siècle. Hormis une
grandeur exceptionnelle pour un tel village, il n’y a pas grand-chose
à voir dans ce bâtiment, à part le porche présentant
deux grandes pierres sculptées. Ces monolithes de réemploi
proviennent d’un sanctuaire préromain qui, dit-on, se trouvait
près de la rivière Nielle.
L’intérieur de l’église, bien qu’imposant,
n’offre aucune pièce exceptionnelle pour le visiteur. Un guide
local nous explique que, dans les années 1960, le prêtre en
charge vendit la plupart des possessions de prix de l’église
pour installer de nouveaux sièges pour sa congrégation. Dans
une chapelle latérale se trouve, sans doute oublié lors du
grand nettoyage par le vide, le seul élément survivant du
chemin de croix. De cette décevante visite il relève en fait
que l’église a un passé plus glorieux que son présent…
et bien que nous nous y soyons livré à une inspection minutieuse,
il s’avère que rien ici ne peut entraîner St Laurent
de la Cabrerisse ou le passé de son église dans l’énigme
qui nous concerne.
Lors de notre visite, ayant interrogé la mairie et plusieurs érudits
locaux, dont une historienne vivant dans une demeure curieusement comparable
à la Villa Béthania, il nous a été partout répondu
que jamais personne n’avait entendu parler d’un abbé
Cayron. Et cela, semble t-il, marque la fin définitive de la présence
de St Laurent de la Cabrerisse dans nos recherches.
Le fait de l’incorporation de cette paroisse dans l’histoire
de Rennes-le-Château est une erreur, ou la maladresse d’un chercheur
trop distrait ou pressé… alors qu’en échange l’omission
de Cayron dans cette même énigme semble être un coup
du sort, chanceux ou d’infortune. Mais à ce stade de notre
enquête, il est trop tôt pour le définir.
A suivre
Filip
Coppens