Plan du site | Recherche | Forums | Publications | Actualités

Société Périllos ©

Une manière différente d’interpréter
« La Vraie Langue Celtique et
le Cromleck de Rennes les Bains »

 

Ma rencontre avec l’abbé Boudet et « La Vraie Langue Celtique… »

Parler de l’abbé Henri Boudet, curé de Rennes-les-Bains, n’est pas chose facile. En effet, on peut trouver à peu prés tout ce que l’on désire y découvrir pour peu que l’on ait de l’imagination. Ce que je propose n’a aucune autre prétention sinon celle d’aborder sa lecture d’une manière différente afin de trouver les buts de ce livre étrange.
J’ai découvert pour la première fois le livre étrange du curé de Rennes les Bains d’une façon tout à fait particulière. C’était dans les années 1970, je m’intéressais déjà à « l’histoire de Rennes-le-Château » et donc bien évidemment à celle de l’abbé Saunière. A cette époque je fréquentais assidûment un bouquiniste de la rue du Taur à Toulouse Nous avions évoqué plusieurs fois l’histoire du trésor de Rennes, l’affaire n’en était encore qu’à ces débuts et seuls Gérard de Sède, J.P Monteils et René Descadeillas avaient écrit sur ce sujet. Nous cherchions plus particulièrement des ouvrages réputés introuvables parmi lesquels figuraient « Le Serpent Rouge », la généalogie des Rois Mérovingiens de Madeleine Blancassal, et, le livre de l’abbé Boudet : « La Vraie Langue Celtique et le Cromleck de Rennes les Bains » de l’abbé H. Boudet, curé de Rennes-les-Bains, persuadés que munis de ces précieux ouvrages la solution ne pouvait pas nous échapper. Il se trouve que je ne sais par quel hasard (mais y a t il seulement place pour le hasard dans l’histoire de Rennes?) ce bouquiniste annonça que « La Vraie Langue Celtique » allait être réédité sous forme de photocopies conformes à l’original et ce en un très petit nombre d’exemplaires numérotés. C’est de cette façon que j’abordais l’ouvrage de Boudet il y a une trentaine d’année. Depuis je n’ai pas passé de mois sans y revenir pour quelques lignes, parfois pour un mot, une idée sans jamais rien y trouver de vraiment probant. Ce n’est que maintenant à force d’en être imprégné que je commence à voir les motifs qui ont poussé Boudet à écrire et comment il a crypté son œuvre et, quel en est le sujet.
Pour analyser ce livre j’ai utilisé un exemplaire de « la Vraie Langue Celtique… » photocopié à partir d’un des originaux de 1886, sa réédition chez Belfond de 1978 dans la série « les classiques de l’occultisme », et, bien sur deux dictionnaires anglais-français, français-anglais à savoir le Harrap’s de 1982 et le dictionnaire Larousse.

L’abbé Henri Boudet: un survol de sa vie et de son œuvre littéraire

Quelques mots concernant l’abbé Boudet. à propos de sa biographie et de sa bibliographie. Il est né à Quillan le 16 novembre 1837, il passe sa jeunesse au Petit, puis au Grand Séminaire, il est professeur d’anglais au lycée Saint Stanislas de Carcassonne peu de temps avant d’être ordonné prêtre en 1861 (soit à l’age de 24 ans). Il est ensuite nommé vicaire à Durban puis à Caunes Minervois où il s’intéresse à la Vierge Noire de Notre Dame du Cros. De là, il va à Festes avant d’être nommé curé à Rennes-les-Bains en 1872, agé de 35 ans. Là dés 1881 il travaille à la mise en forme de son livre « La vraie Langue Celtique » qu’il publie chez Pomies à Carcassonne en 1886. En 1914 il est destitué de sa cure par Monseigneur de Beauséjour et se retire à Axat où il décède d’un cancer de l’intestin le 30 mars 1915 à l’âge de 78 ans. Retenons déjà qu’il ne quitte pas sa cure de son plein gré mais il est destitué par son évêque. Il est remplacé par l’abbé Rescanières qui meurt à Rennes quelques mois après le début de son ministère.
L’abbé Boudet a laissé comme travaux littéraires: « La Vraie Langue Celtique » 1886 ; « Remarques sur la phonétique de dialecte Languedocien » suivi de « Du nom de Narbonne » 1894, et en fin « Le livre d’Axat » « Du nom de la famillle d’Ax » en 1896. Signalons que ces trois derniers documents n’ont pas été édités de son vivant. Pourtant cette liste ne serait pas complète si nous ne lui ajoutions un livre très controversé quant à son existence et a fortiori quant à son auteur, nous voulons parler du fameux : « Lazare Veni Foras ».

Un peu d’onomastique avant d’aller plus loin

En fait ce travail onomastique et linguistique fait par Henri Boudet n’est pas une première, en effet déjà peu avant la Révolution, Bullet avait rédigé un ouvrage appelé: « Les Mémoires sur la Langue Celtique ». Cet ouvrage donna l’idée à plusieurs chercheurs que les noms géographiques s’expliquaient par le celtique, et, l’on croyait alors que chaque syllabe moderne représentait un mot gaulois alors que les composés indo-européens n’étaient composés que de deux termes.
Après ces travaux empiriques parurent des synthèses scientifiques. Le premier auteur à citer est H. d’Arbois de Jubainville qui étudia en 1890 les noms de village d’origine gauloise ou gallo-romaine, puis fit de même en 1891 pour les noms de personne gauloise du temps de César. Mais le créateur de la toponymie française fût Auguste Longnon dont l’enseignement sur l’origine des noms de lieux qu’il donna au Collège de France ne fût publié qu’en 1920 à titre posthume par deux des ces anciens étudiants: L. Mirot et P. Maréchal...
Les instruments indispensables en onomastique sont les cartulaires, les chartes, les terriers et les dictionnaires topographique. Pour nous faire l’avocat du diable (si nous osons l’expression) disons que les mots venant de la langue gauloise sont très rares à avoir subsisté jusqu’à aujourd’hui, et qu’ils nous ont été transmis par les auteurs de l’Antiquité. En utilisant un ouvrage de référence à savoir « L’Histoire et ses Méthodes » publié dans la prestigieuse collection des Encyclopédies de « la Pléiade » chez Gallimard, on peut y lire ce qui suit : « Les linguistes se sont efforcés de retrouver la signification des termes gaulois et pour se faire se sont aidés des mots correspondants qui sont encore parlés dans les langues celtiques d’Irlande et du Pays de Galles. Il n’est pas prouvé que les Celtes de Gaule parlaient une langue identique à celle des Celtes installés dans les Iles Britanniques même si ces parlers avaient sans doute de grandes ressemblances comme en ont aujourd’hui le français parlée en France et le français parlé au Canada… il n’existe pas encore de répertoire complet des toponymes d’origine gauloise… mais certains voient leur origine parfaitement éclaircie comme Condate signifiant au confluent. » Ainsi peut on dire avec certitude que les localités bâties sur un confluent s’appellent Condate ou du nom de ses dérivés Condé, Condat, Cosne ou Conta, que celles bâties sur des gués ou autour de ponts s’appellent Brive ou un de ses dérivés. De même chez les gaulois l’eau s’appelle dubron au pluriel dubra qui se retrouve dans Douvres ou encore dans l’Aude l’Argentdouble (Argantodubrum: rivière d’argent). Ajoutons que les eaux thermales étaient placées sous la protection d’un génie en l’occurrence Borvo ou Bormo.

Ajoutons que Boudet fait preuve d’un énorme travail de préparation et de recherches livresques en écrivant son ouvrage, en effet il a beaucoup lu d’ouvrages de linguistique notamment les travaux de l’allemand Fr. Bopp, auteur d’une grammaire en 1816 démontrant les analogies entre les langues européennes et le sanscrit, ce qui donnera plus tard le nom de langue indo-européenne. Notons toutefois que le passage suivant n’a pas pu lui échapper: « …les mêmes procédés appliqués sur une plus vaste échelle à tous les idiomes ‘‘indo-européens’’ sanscrit et ses dérivés de l’Inde, persan et vieil iranien, grec, latins; parlers italiques, irlandais, gothique, lituanien, vieux slave, arménien ont abouti à une certaine restitution du parler commun dont chacune de ces langues représente une évolution originale, la langue dite indo-européenne » lui qui cite Fr. Bopp dés la page 10. Alors pourquoi vouloir faire remonter la langue primitive au celte et donc à l’anglais moderne contre toute vraisemblance sinon parce que c’est qu’elle se prête plus facilement au phonèmes musicaux.
Que tirer de tout ceci d’abord que H. Boudet n’est pas un précurseur dans son domaine; ensuite qu’il commet des erreurs grossières pour un érudit ; par exemple Condate qu’il cite à la page 169 le faisant dériver de to con, apprendre par cœur, ‘- death’ la mort et ses suites ; ou bien encore ‘- date’ époque; enfin que peu de mots gaulois sont conservés dans notre langue contrairement à ce qu’il prétend.
Nous serions donc en droit de penser que « la vraie Langue Celtique » n’est qu’un fatras de divagations toutes plus farfelues les unes que les autres, et pourtant non, le livre est cohérent, il a un but, un dessein bien précis et, ce but est de nous parler d’une TOMBE.

Les buts du livre indiqués dans l’avant propos

« La Vraie Langue Celtique ou le Cromlech de Rennes les Bains » est un livre déconcertant ; c’est le moins que l’on puisse dire. Un fatras de mots, de noms propres, de noms de lieux tirés de la langue Hébraïque, Punique, Basque, Languedocienne qui décomposés en monosyllabes en phonèmes trouvent leur origine dans l’anglais moderne lui même issu du Celtique. A première vue l’œuvre est celle d’un illuminé, et, elle est jugée comme telle par l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse qui y voit, et y reconnaît un immense travail mais dépourvu d’intérêt scientifique. Alors que penser, œuvre d’un illuminé ou bien message à transmettre ! Nous avons choisi la deuxième approche, et, nous allons essayer de vous le démontrer.

Première remarque : si l’on veut transmettre un message en 1886 à la fin du XIXième siècle et ce à partir d’un petit village perdu à la limite du Razés, pourquoi avoir choisi cette méthode reposant sur une langue étrangère ? En effet, il ne devait pas y avoir de nombreux anglophiles dans les couches populaires audoise suffisamment au courant de cette langue pour décoder le message. Aussi, l’abbé prend il soin de distribuer gracieusement son livre à toutes les sociétés savantes de l’époque. Là où il sait que son œuvre durera et sera peut être un jour correctement interprétée. Et pour lui ceci a tellement d’importance qu’il fait fi des quolibets dont il sera accablé en distribuant son livre dans ces milieux. Ensuite pour répondre à cette première remarque, nous dirons sans grand risque d’erreur que l’anglais se prête admirablement comme nous l’avons déjà dit à son projet dans la mesure où cette langue est riche de phonéme monosyllabique. Ne perdons pas de vue qu’il enseigné cette matière. Pour lui, l’Anglais est une langue familière. Nous avons donc affaire à un livre ésotérique par opposition à un texte exotérique, s’adressant à des gens capables de le comprendre.

Deuxième remarque : lorsqu’un auteur écrit un livre, il le fait précéder en général d’une préface dans laquelle il exprime le but de l’ouvrage, ses raisons d’être, en un mot « Pourquoi l’a-t-il écrit ? ». Intéressons nous donc à la préface. Celle ci est appelée par l’auteur « Avant Propos » : dés la première ligne, Boudet nous explique clairement que la lecture ne doit pas être faite comme d’habitude en effet nous pouvons y lire : « Le titre donné à cet ouvrage semble, au premier abord, trop prétentieux pour être rigoureusement exact. » Autant dire que l’on ne va pas nous parler directement de la langue celtique, non plus que du cromleck de Rennes les Bains.
Mais si le sujet n’est donc pas d’interpréter le cromleck à la lecture de la langue celte, l’abbé nous rassure en nous affirmant que nos recherches seront couronnées de succès: « ce peuple…avec le secours de sa langue nationale, peut se livrer à des recherches, qui, certainement, seront couronnées de succès. » Et suit un passage où Boudet nous met en garde sur ce qu’il y a à découvrir : « la langue vivante à laquelle nous faisons allusion, nous a puissamment aidé à découvrir le magnifique monument celtique existant à Rennes les Bains. » Or il n’y a pas et il n’y jamais eu de cromleck à Rennes-les-Bains c’est donc que le magnifique monument est autre chose qu’un cercle de pierres. Il insiste pour bien éveiller l’attention du lecteur en disant : « et l’étude de ce monument nous a conduit avec sûreté à des déductions étymologiques qui nous semblent difficiles a réfuter. »
Concluons ce second point en disant que Boudet nous dit qu’il y a un MAGNIFIQUE MONUMENT à découvrir à Rennes-les-Bains que c’est le but de son livre et non pas des interprétations hasardeuses de la LANGUE CELTIQUE mais que celle ci peut nous aider à le retrouver.

Troisième point de l’avant propos, Boudet nous indique clairement ce qu’est ce monument : « C’est ainsi que le cromleck de Rennes les Bains se trouve intimement lié à la résurrection. » Difficile d’être plus explicite.
Il nous faut donc chercher une TOMBE et, pas n’importe laquelle, celle qui par excellence est liée à la RESSURECTION. Pour y arriver nous utiliserons le VRAIE LANGUE en l’occurrence la celtique, celle qu’il faut comprendre avec du SEL, même si en patois languedocien lorsque quelque chose ne paraît pas tout à fait clair on dit de quelqu’un qu’il TIQUE.

Quatrième et dernier point de cet avant propos : il n’est pas inutile de préciser que cette page recto verso est surmontée d’une frise; au centre de laquelle un ornement d’imprimerie rappelle une sorte d’ange les ailes déployées dont la forme ressemble un peu a un grand M mais plus intéressante est la forme qui semble s’envoler au dessus de ce symbole, les bras en croix cela ressemble a un être humain qui s’élève vers le haut de la page. Un homme qui s’évaderait du M (M comme mort) et qui monterait vers le ciel.

Confirmation du but de la « Vraie Langue… » d’une tombe a l’autre

Lorsque l’abbé Boudet décède en mars 1915, il est inhumé à Axat dans la Haute Vallée de l’Aude, avec son frère Edmond Boudet qui l’a précédé de 7 ans dans la mort. Sa sépulture étonne : sur une simple dalle est gravée une croix à branches égales, et plus bas dans l’angle inférieur droit une sorte de petit livre fermé portant sur la couverture une inscription qui pourrait être du grec. Cela lui ressemble mais ce n’en est pas, au passage il est bon de voir que la croix à branches égales est dite croix grecque par opposition à la croix latine sur laquelle Jésus a subi le supplice et que cette croix reste le symbole clé de l’église chrétienne. C’est cette croix que les chevaliers du Temple était censé fouler du pied lors de leur initiation (c’est du moins ce qui ressort de leur acte d’accusation), et cette même croix rejetée par les Cathares pour qui le fils de Dieu n’avait pas pu mourir de mort mais c’était « adombré », et donc ils ne reconnaissaient pas cette croix comme un objet sacré.

Si nous faisons pivoter le livre de 90° l’inscription pseudo-grecque donne ЭIO.XI. Nous remarquerons que 310 renvoie au livre de Boudet « La Vraie Langue Celtique » puisque 310 est exactement le nombre de pages de cet ouvrage. Ceci étant posé, nous pouvons donc dire que le livre à un rapport étroit avec cette tombe, ou mieux avec UNE TOMBE.
Continuons l’analyse de la sépulture Boudet d’Axat et intéressons nous au chiffre XI. Cette page est importante car pour la première fois l’abbé va mettre en place son système onomastique ou plus simplement linguistique. Il compare pour commencer les noms languedociens avec le breton, l’irlandais et le gallois, et le premier mot étudié est brén : « la pellicule de blé moulu et passée au blutoir se nomme en dialecte languedocien brén; en gallois bran; en irlandais et en écossais bran ». Cette pellicule s’appelle en français le son, et en utilisant le système de Boudet c’est à dire en y ajoutant un peu de SELtique, on traduira le SON par le bruit, la musique des mots.
Voilà ce que nous dit le petit livre fermé d’Axat : La Vraie Langue celtique parle d’une tombe et pour la trouver (ou si vous préférez pour ouvrir le livre) ce qui revient au même il faut utiliser les Sons.

Nous voilà comme Gulliver au sein d’une contrée inconnue dominée par des chevaux savants et hautement civilisés. Gulliver les prend pour des enchanteurs connaissant toutes les langues et il parvient à saisir le sens des sons émis par les hennissements. Indubitablement le but de Jonathan Swift dans cette partie de son œuvre fut de souligner la transcendance de la Cabbale (cavale) phonétique dont Fulcanelli devait deux siècles plus tard démontrer le rôle décisif pour l’étude de la Philosophie Hermétique.
Ce langage est universel et se manifeste dés les premiers jours de ses Noces Chymiques à Kristian Rosenkreutz, de la même manière Rabelais l’avait utilisé en tant « qu’abstracteur de substantifique moelle », ainsi que Cyrano de Bergerac dans « Les Etats et Empire de la Lune » où se sont les oiseaux qui parlent. Cette langue des oiseaux rejoints la vieille idée (on va retrouver H. Boudet) des hermétistes qu’à l’origine les hommes et les animaux parlaient tous la même langue primitive. La langue des oiseaux ne peut ni se lire ni s’écrire ; elle est purement phonétique, immédiatement accessible aux illettrés mais en même temps inaccessible au commun des mortels. C’est pourquoi les hermétistes ont dénommé ainsi une langue non écrite reposant sur l’interprétation phonétique et sur la connaissance d’un argot. Cette langue d’initié est aussi celle de l’héraldique qui se déchiffre comme un rébus, c’est également elle qui permet de comprendre les sculptures de nos cathédrales gothiques. L’argot désigna ensuite par extension la langue incompréhensible des constructeurs, la langue verte (le vert est le symbole de la connaissance), puis par la suite par réduction l’argot a été considéré comme une langue réservée à une communauté bien précise.
Voilà ce que nous dit l’abbé à la page 11 : utilisez l’argot, la langue verte, la langue des oiseaux, la langue des chevaux, la cabale phonétique, LE SON pour espérer vous approcher du temple et, alors comme à Jéricho au son des trompettes les murs nous laisseront passer.

Analyse des « Observations préliminaires »

On notera avec profit que ce qui tient lieu de préface au livre de Boudet ne porte pas ce nom habituel mais est découpé en deux parties bien distinctes. D’abord l’avant propos sur une page recto-verso que nous avons examiné et qui a été imprimé en caractères italiques pour bien le différencier du reste du volume; puis les « Observations préliminaires » sur 4 pages numérotées en chiffre romain.
Dans ces observations l’abbé explique qu’appelé par Dieu à Rennes-les-Bains, il pense que ce nom même de Rennes va lui permettre de redécouvrir l’histoire de cette région, surprenant pour un lettré érudit qui paraît ignorer que le nom de Rennes est loin de remonter à la période celte, puisque quelques années auparavant à peine les quelques maisons composant le village s’appelaient « Les Bains de Montferrand » et non « Rennes-les-Bains » et de découvrir surtout de nombreuses choses au sujet des roches aiguës couronnant ses montagnes, ne serait ce pas là une allusion à une célèbre couronne d’épines. Mais pour cela comment faire?
Chez les celtes pas de langue écrite sur laquelle s’appuyer, autant dire pas de témoignages écrits sur cette fameuse couronne ou ce monument.
Pour l’appréhender il ne nous reste que le dialecte, cependant là aussi Boudet nous met en garde contre le dialecte languedocien En effet il « ne paraît pas une voie bien sure pour arriver à un résultat important ».
- Cette voie nous l’avons « parcourue avec patience ».
- « Lorsque le flambeau que nous cherchions avec anxiété, s’est montré à nos yeux, son premier rayon est tombé sur le nom des Tectosages, et ce rayon nous a ébloui » et plus loin
-« le résultat nous a paru sérieux » pour expliquer « la signification des monuments mégalithiques de Rennes les Bains objet premier de nos recherches ».

Autant dire que nous avons là les consignes et le but à atteindre. Il faut utiliser le patois mais pas de trop, il faut être patient, la vérité est longue à entrevoir. Il faut faire comme les Tectosages, c’est à dire en reprenant la méthode de Boudet se rappeler que cela vient de ‘to take’ – se plaire à, ‘to sack’ – piller, il faut donc se comporter en « pillard », mais en lui redonnant le sens que ce terme exprime en Occitan à savoir quelqu’un de vif, de malin, de dégourdi ; d’ailleurs, l’abbé donne cette définition de pillard plus loin dans son livre. Enfin comment chercher un monument mégalithique dés lors que tout le monde sait qu’il n’y en a pas à Rennes. Sauf si ce ‘magnifique monument’ n’est pas un cromleck mais autre chose qui a un rapport avec la couronne d’épines… et qui doit rester l’OBJET PREMIER DE NOS RECHERCHES…et toutes les démonstrations du début du livre c’est à dire des deux tiers ne serviront qu’à démontrer la réalité de la ‘preuve décisive’ de la fin du livre à savoir le monument de Rennes.

Méthode de cryptage utilisée

Plusieurs techniques son utilisées simultanément à savoir des erreurs manifestes de noms ou de lieux dits, des mots clés de lecture, des exclamations, des inventions, des jeux de mots, des associations de son autant dire de la musique. Voyons donc ces différentes méthodes.
L’abbé Boudet nous explique au moins par deux fois sa technique de l’assonance. Ainsi peut on lire une première fois page 92 (ce qui est en général le plus connu des passages se rapportant à cette méthode) : « Nous croyons que la langue Numide peut aisément le revendiquer, et, en examinant de prés le langage actuel des Kabyles, on s’assurera qu’il est fait de jeux de mots et par conséquence le seul punique - to pun (peun) faire des jeux de mots. Cette assertion ne paraîtra pas sans doute sans fondement,… » Voilà le premier jalon posé : la technique du jeu de mot n’est pas sans fondement. Avant d’y arriver ajoutons un détail nouveau sur la langue punique : l’abbé dit que celle ci peut aisément le revendiquer. Revendiquer quoi? C’est tout le passage qui précède la citation désormais classique qui est importante, nous y apprenons que les Phéniciens fondateurs de Carthage parlaient la langue cananéenne et cette langue était proche du Numide. Mais cependant ce n’est pas au Carthaginois qu’il faut rattacher le Punique mais bien plus certainement au langage des Numides et à celui des Maures. Voilà c’est dit nous comprenons maintenant que pour comprendre la langue des MORTS, il faut parler par jeux de mots. Mais si le début de ce passage est le plus fréquemment cité par les exégètes de « La Vraie Langue Celtique », les auteurs ne citent pas ce qui va suivre. En effet l’abbé nous met en garde une deuxième fois sur la manière d’interpréter son livre.
Ce second passage se situe à la page 127 dans le chapitre IV de la langue de Japhet nous trouvons ce titre: « les Cantabres - Les Ibères - Les Kjoekken-Moeddings du Danemark. »
Lisons comme nous y invite le texte : « Le langage des Ibères était de nature à surprendre vivement les Celtes : aussi tout étonnés de n’en point saisir le sens, ils décorèrent les descendant de Tubal du nom de Cantabres, - to cant parler un certain jargon, - abroad (abraud) à l’extérieur… » comment être plus explicite. Nous savons maintenant de source sure qu’il faut utiliser les jeux de mots et qu’en plus il faut parler un langage codé pour l’extérieur. Nous remarquerons au passage que Boudet fait preuve de connaissances tout à fait dans le goût de son temps. En effet, en 1884 est paru un livre fort intéressant de Garrigou Adolphe intitulé : « Ibéres, Ibérie » dans lequel cet auteur Ariégeois démontre l’origine Caucasienne des Ibères. Preuve s’il en était besoin que l’abbé de Rennes a fait un travail de recherche important pour écrire son livre.
Voyons maintenant une autre technique employée pour crypter « La Vraie Langue… ». Il s’agit, nous nous en sommes aperçu, de certains mots clés. Nous trouvons par exemple l’emploi du terme ‘- To eye’, avoir l’œil sur ; cette expression peut être suivie ou non de points de suspension. Ceci a aussi son importance. S’il n’y a pas de points, il faut prêter son attention à l’expression en question, sinon suivi de points de suspension cela indique que c’est ce qui va suivre qui demande une plus grande attention. ‘To eye’ prononcer ‘aï’ sert aussi parfois d’exclamation ‘Aïe’, autant dire qu’il faut que nous portions notre attention même si ça fait mal, même si cela paraît impossible ; nous y reviendrons plus tard.
Autre mot clé utilisé le terme anglais ‘key’ qui se traduit d’ailleurs en français par ‘clé’ ; cet usage nous est apparu dans la traduction de « Kaïrolo » page 295. A cet endroit, Boudet analyse ce mot en le faisant dériver de ‘- key’, clé, ‘- ear (ir)’ épi de blé, ‘- hole’ petite maison, grenier « et peut être le silo ou souterrain renfermant la précieuse céréale… » ; voilà le style typique de Boudet : sous couvert d’un mot clé il nous indique que le blé était stocké dans un souterrain avec toutes les allusions relatives au blé, aussi bien à l’or en argot, mais aussi à la parabole du semeur: si le grain ne meurt….
Nous avons déjà dit que l’utilisation des sons était fréquente. Nous avons déjà vu que ‘to eye’ devait se dire ‘Aï !’. De même la phonétique de ‘how’ qui signifie ‘comment’ doit se prononcer ‘Haou !’. De la même manière nous constatons que la prononciation des mots anglais n’est pas forcément donnée par Boudet, c’est donc qu’il y une raison lorsqu’il la donne et ce n’est pas toujours pour les mots les plus compliqués. Nous voilà plongés dans la langue des oiseaux, et comme eux nous devons retrouver notre âme d’enfant, c’est à dire écouter la musique et nous laisser aller aux exclamations lorsque celles ci s’imposent devant l’énormité de ce que nos yeux découvrent.

Nous constatons aussi dans le livre des erreurs géographiques, des inversions de lieux, ou des inventions comme par exemple Lampos au pied du Cardou. Les terriers, les compoix anciens ne mentionnent jamais ce nom pour ce tènement. Alors pourquoi l’avoir inventé sinon pour le faire dériver de ‘- to lamb’, mettre bas en parlant d’une brebis et cela rappelle à Boudet l’image des petits êtres rassemblés et composant une famille possible, à moins que l’abbé veuille nous faire penser à l’animal que la brebis met bas… l’agneau.
Enfin nous sommes face à des inventions pure et simple, la plus flagrante étant celle du ‘Cromleck’ nous reviendrons sur ce monument qui à lui seul mérite une étude particulière.

Voilà, nous pensons que cette première approche permettra de se rendre compte que « la Vraie langue Celtique et le Cromleck de Rennes les Bains » n’est pas l’œuvre d’un fou mais bel et bien un livre ésotérique, crypté, dont le but est de mettre sur la piste d’un secret pas forcément matériel, mais lourd de conséquence en ces temps ou l’humanité est plus que jamais à la recherche de ses racines. Dans une prochaine étude nous étudierons avec plus de précisions, maintenant que nous connaissons ses méthodes, des passages révélateurs du lourd secret de Rennes. Nous nous pencherons sur « le Cromleck » et sa signification et mettrons au clair ce qui aujourd’hui est caché sous « la cabale phonétique ». Nous irons sur le terrain et, analyserons la carte de la fin du livre en la mettant en rapport avec certaines parties du texte…

Alain Pito