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Explications curieuses de quelques extraits du livre de l’abbé Boudet : « La Vraie Langue Celtique et le Cromleck de Rennes-les-Bains » (3ième partie) - Notre Dame de Marceille vue par l’abbé Boudet |
Après avoir défini
la composition des eaux du Cercle et du Pont, Boudet nous dit ceci : «
A l’occasion des fontaines du cromlech de Rennes-les-Bains, nous voudrions
donner, dans un ordre d’idées bien différent, un exemple
frappant de l’avantage précieux que nous offrent les noms celtiques
de fontaines, pour découvrir bien des faits perdus par la tradition
et cachés dans l’obscurité des histoires locales. »
C’est ainsi que se finit le paragraphe VI, ‘Les eaux thermales
et minérales de Rennes-les-Bains’, inclus dans le chapitre
VII intitulé : ‘Cromlech de Rennes-les-Bains’ ; le paragraphe
suivant, à savoir bien entendu le VIII, a pour sujet d’étude
la Fontaine de Notre-Dame de Marceille. Or, comme nous avons appris à
lire l’abbé Boudet entre les lignes, il nous faut analyser
cette fin de paragraphe. Que nous dit l’abbé ? D‘abord,
il va traiter d’un sujet bien différent du précédent.
Ce ne sera donc pas sur le plan physico-chimique que nous devons aborder
l’étude de la fontaine de Notre-Dame de Marceille, comme nous
l’avions fait pour les fontaines précédentes que sont
les sources du Cercle et du Pont. L’abbé Boudet nous dit qu’il
va se servir des noms celtiques pour retrouver des faits perdus et oubliés…
et que cette étude des noms est précieuse. Résumons
nous : à propos de Notre-Dame de Marceille, nous allons étudier
la Fontaine, non pas comme nous l’avions fait pour les autres, mais
pour retrouver un fait perdu et précieux.
Avant
même de retracer l’historique de ce lieu, ou d’expliquer
son nom, Boudet entreprend de décrire la source miraculeuse située
vers le haut de la ‘Voie Sacrée’, preuve que ce qui nous
intéresse au premier chef c’est la source. Après avoir
expliqué que cette source ne tarit jamais et coule de façon
constante, été comme hiver, Boudet décrit la pratique
ancestrale liée à ce lieu, qui consiste à se mouiller
les paupières avec un peu d’eau puisée dans le bassin,
sans en donner encore la raison. Pour l’instant, l’abbé
ne donne aucune explication à cette pratique. La suite est une affirmation
pure et simple de l’abbé Boudet concernant l’aspect qu’avait
cet endroit au temps de l’occupation première des Gaules. C’était,
dit-il, ‘un terrain boueux’, et donc ‘rempli de joncs
et de cette graminée que l’on retrouve dans tous les sols humides
: c’était ce que les Celtes appelaient le haum-moor’.
Ce qui compte, c’est que grâce à cette petite source
- et l’auteur le dit immédiatement dans la phrase qui suit
- il ait pu s’y former un terrain de haum-moor… et encore que
ceci ‘retraçait à leur esprit (les Celtes) une signification
précise et vénérable’.
Fin du premier acte, que nous résumerons ainsi : arrivés à
cet endroit de l’analyse du texte, nous retenons que nous ne savons
pas encore pourquoi la tradition veut que l’on se mouille les paupières
avec cette eau, et que, dans des temps très reculés, la source
avait fini par créer une zone marécageuse bien précise
: un haum-moor, et que, pour cette raison, cela revêtait une signification
précise et vénérable. Autant dire beaucoup d’importance
donnée à un bourbier !
Plus
tard, nous enseigne l’abbé, les Gaulois se mirent à
adorer ce qu’autrefois ils se contentaient de vénérer,
à savoir les fontaines, en raison du fait que les premiers missionnaires
chrétiens placèrent à proximité des sources
‘des croix, des statues de la Sainte Vierge cherchant à rendre
la pureté aux croyances en éclairant les esprits’. Donc,
la source dut être ornée elle aussi d’une statue de la
Vierge. Boudet propose l’hypothèse que ce soit peut être
celle-ci qui fut retrouvée après les incursions sarrasines
et placée dans le sanctuaire que l’on bâtit pour l’accueillir.
Le fait que cette statue soit en bois noir fait dire à l’auteur
de ‘La Vraie Langue Celtique’ que son origine est orientale.
L’endroit où on l’a retrouvée, près de
la source, indique son ancienneté. Et, nous dit l’abbé
: ‘Ces probabilités prennent une forme encore plus grave, si
nous cherchons à pénétrer le sens du nom de Notre-Dame
de Marceille ou Maesilia’. Les nouveaux chrétiens venaient
implorer la Vierge à côté de la fontaine et celle-ci
leur octroyait comme faveur la guérison des yeux gâtés
par la maladie : to mar - gâter, endommager - to seel (sil) fermer
les yeux. ‘L’ignorance de la prononciation des mots celtiques
a pu seule conduire, dans la suite des temps, à dire marseel, (Marceille)
pour Marsil’.
On pourrait aussi, dans le même ordre d’idées, citer
Notre Dame du Cros ou de la Croix, nous dit Boudet, autre sanctuaire avec
Vierge Noire et Fontaine miraculeuse. Fin du deuxième acte ! Cette
fois-ci, l’abbé Boudet attire notre attention en commettant
une ‘erreur’ volontaire. En effet, s’il est vrai que to
mar en anglais signifie : gâter, gâcher, troubler, déparer,
il n’en est pas de même pour la verbe to seel ; il n’existe
pas, ni dans le Harraps, ni dans d’autres lexiques ; le verbe fermer
est to shut ou to close et ces deux derniers suffisent à eux deux
pour toutes les actions de fermer sans qu’il soit besoin de préciser
‘les yeux’.
Et pourtant, l’abbé insiste bien - puisqu’il va jusqu’à
donner la prononciation - sur la phonétique de ce verbe, inconnu
des dictionnaires. Ce détail a une grande importance car ce qui se
rapproche le plus de to seel (prononcer sil) est le verbe to seal (prononcer
également sil) sauf que ce dernier signifie sceller, cacheter, fermer
une lettre. Et c’est là que l’abbé Boudet est
génialement fort dans sa manière de coder son texte ; en effet,
il se sert d’un verbe inexistant dont la prononciation doit nous faire
penser à un second verbe qui existe et qui porte le sens profond
de ce que Boudet veut nous dire. A savoir que nos yeux se décillent
à la fontaine de Notre-Dame de Marceille qui contient un secret.
Concluons
à présent notre étude sur Notre dame de Marceille,
en résumant les points essentiels. Pour Boudet, l’important
en ce lieu c’est la source… Pourquoi ? Tout simplement parce
qu’elle crée un Haum-Moor ; quelle caractéristique possède
ce nom de lieu ?... Celui de nous ouvrir les yeux.
Alors, revenons en arrière, dans son ouvrage ‘La vraie langue
celtique’, et posons nous la question de savoir ce qu’est en
définitive un Haum-Moor. La réponse nous est donnée
dans le même chapitre VII intitulé ‘le Cromlech de Rennes-les-Bains’
: Sur la rive droite de ‘Trinque Bouteille’ commence le tènement
de l’Homme mort. C’est un terrain marécageux, produisant
en abondance un gramen dont les longs tuyaux sont parfaitement lisses et
sans nœuds ; ce gramen porte, en dialecte languedocien, le nom de paillo
de bosc, et en celtique, celui de paille de marais ou haummoor- haum, paille,
- moor, (mour), marais. Cette dénomination de haum-moor a été
partout dénaturée et travestie jusqu’à devenir
un homme mort. Un ‘signal avertisseur’ nous permet de constater
que le mot haum n’apparaît pas dans le dictionnaire car la paille,
en anglais, se dit straw. Ensuite moor ne signifie pas marais mais lande,
bruyère ; la traduction de marais est marsh, bog, fen, swamp, alors
pourquoi cette confusion si ce n’est pour mettre en avant les deux
mots anglais et ainsi justifier l’expression ‘Homme Mort’
? De plus, ajoutons que l’avantage de moor permet un jeu de mots,
en languedocien, à travers la phonétique qu’en donne
Boudet. Il faut savoir que mour signifie visage et donc nous pouvons aussi
dire de ce terrain qu’il est aussi le ‘Visage de l’Homme’.
Pour finir, nous disons tout net que tout ceci ne sert qu’à
traduire ‘Face de l’Homme Mort’. Voilà à
quoi sert la Fontaine de Notre Dame de Marceille. Au mépris de toute
vérité légendaire et sans doute historique (l’abbé
ne pouvait pas ignorer la tradition qui veut que ce nom de Marceille dérive
du romain Marcellus). Ce nom de lieu Marceille sert tout bonnement à
l’abbé Henri Boudet à nous transmettre un message capital
: « Vos yeux s’ouvriront pour vous permettre de voir la Face
de l’Homme Mort ».
Alain Pito