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666… la Chanson de Satan?
(1ère partie) - Le livre

 

Un autre livre quelconque sur Rennes le Château ?

En septembre 2006, l’auteur néerlandais Karl Hammer-Kaatee publiait « Satans lied : De Jacht van de CIA op Jezus. Waargebeurd verhaal » ou, en français, « Chanson de Satan. La CIA fait la chasse à Jésus. Une histoire vraie. »

Bien qu’écrit sous forme d’un roman, le livre se prétend basé sur la réalité. La publication elle-même ne catalogue pas le livre dans une classification officielle (par ex : fiction), laissant ainsi à chacun le soin de choisir dans quelle catégorie il situe l’ouvrage.
Le livre s'affirme comme étant le compte rendu d’un certain « Tom R » qui raconte l’histoire de sa vie à Hammer, dans le milieu des années 1990. Après la mort de Tom, Hammer métamorphose les notes de la vie d’un homme en ce même livre.

A sa publication, le livre provoque une controverse nationale majeure, non seulement dans les rangs des chercheurs de Rennes, mais aussi dans les milieux politiques, à l’échelle nationale. Les premiers se divisent entre ceux acceptant l’histoire comme une réalité travestie en un dialogue reconstitué, et ceux qui l'estiment comme étant une fiction. Néanmoins, les derniers admettent que l’auteur a fait un très bon travail en amenant le lecteur à une série d’informations historiques factuelles, au moyen desquelles seule une petite somme de certaines informations ‘vend la mèche’, indiquant ainsi que cela doit être considéré comme une fiction. Les « croyants » ripostent que les détails révélateurs se relèvent souvent dans le contexte des dialogues reconstitués. Ces éléments étant connus, l’auteur prévient qu’il reconstitue le plus fidèlement possible ces importantes sections de texte… puisque, bien sûr, il ne reste aucun compte rendu textuel d’un dialogue entre deux individus qui eut lieu plus de cinquante ans auparavant.

Un débat politique

Durant la campagne des élections nationales en novembre 2006, le dernier chapitre du livre attire l’attention des médias. En effet, on y suppose que certains sénateurs d’un parti politique, le CDA, Parti Chrétien Démocrate (le plus grand parti des Pays-Bas), sont membres d’une organisation néo-templière et partisans de croisades religieuses (contre l’Islam). Hammer argumente que de telles allégeances se font au détriment de l’intégration sociale des communautés musulmanes aux Pays-Bas. Une plainte fut donc déposée devant la Commission Electorale.
Avec le livre sollicitant ainsi les feux de la rampe des médias nationaux, un journal, le « Noord-Hollands Dagblad » réalise une analyse du livre, énonçant que 95 % des faits du livre ont été vérifiés comme vrais… en ajoutant, cependant, que certaines correspondances croisées faites par l’auteur, ne l'étaient pas. Peu de temps après, le 16 octobre 2006, une certaine correspondance, détaillant des contacts secrets entre la CIA et le Vatican, est néanmoins confirmée par un ex-conseiller à la sécurité du Président Ronald Reagan, Richard Allen.

« Le nom est Tom… Tom R »

Le personnage central du livre est un certain ‘Tom R’. Il s’agit, bien entendu, du pseudonyme d’un homme qui prit contact avec Karl Hammer au milieu des années 1990, et qui lui raconte l'histoire de sa vie. C’est ce compte rendu qui devint l’épine dorsale du livre.
Tom R, d’origine hollandaise, vécut les trente dernières années de sa vie à Paris, sous un nom d’emprunt, et tous ceux issus de son passé le croient mort aux environs de 1948, victime d’un accident maritime en Méditerranée. Quand il prend contact avec Hammer, il soutient avoir simulé sa mort accidentelle (et celle de son épouse), après avoir recherché « l’Arma Christi » : les « Armes du Christ »… c’est à dire les reliques associées à la crucifixion du Christ, à travers l’Europe. Cette formidable quête commença après la seconde guerre mondiale.
Cette démarche, finalement, l’amène à Rennes le Château, puis à Notre Dame de Marceille, où le livre finit, plutôt abruptement, sans aucune information sur ce qu’il advint des reliques après qu’elles furent montrées à Tom R aux alentours de Noël 1947 par un groupe informel de « gardiens » désignés sous le nom d’Ebionites.

L’auteur

Hammer lui-même témoigne qu’il y eut une inattendue succession de faits pour que cette histoire se produise. Hammer Kaatee est né à Amsterdam le 19 septembre 1959. Dans les années 1980, il travaille pour la télévision Hollandaise, avant de créer ses propres stations de radio commerciales et de travailler en indépendant pour des organisations diverses de médias. Au milieu des années 1990 survient un malheur dans sa vie personnelle ayant pour résultat de lui faire abandonner en grande partie sa carrière. Il commence à étudier la philosophie et la religion, ainsi qu’à se focaliser sur divers projets d’œuvres de charité. Plus particulièrement, parmi ceux-ci, il y en a un comprenant la création de sa propre fondation : la « Stiching Frida », ainsi dénommée par feu sa mère, Frieda Birchbauer. L’auteur souligne que tous les profits de ‘la chanson de Satan’ iront également à des causes caritatives.

Hammer déclare que Tom R prit contact avec lui lors de la période difficile de sa vie. Tom R était un parent de sa mère, sans aucun doute par son épouse, puisque qu’il paraît que Tom R avait épousé une certaine « Elfrie », ressortissante Autrichienne. Elfrie est une expression familière de « Frieda » et, coïncidence, également le prénom de la mère de Hammer.
A l’approche de la publication du livre, Hammer surgit sur quelques forums internet anglais, plus particulièrement sur celui de Graham Hancock, sur lequel il utilise le pseudonyme de « Mark Harlem » (une anagramme de Karl Hammer), écrivant sur des sujets relatifs à son livre. Au cours de cette période, il devint assez proche de certaines personnes de ce forum, il leur fournit quelques informations « privilégiées » qu’ils décident arbitrairement de publier, apparemment sans sa permission, et contrairement à ce qui avait été convenu. Nous reviendrons sur certains de ces éléments plus tard.

La vie d’un homme

En ce qui concerne Tom R… au début de la seconde guerre mondiale, il étudie l’histoire de l’art à Londres. Bien qu’il veuille retourner dans son pays natal pour combattre les envahisseurs allemands, il est bientôt évident que ce choix n’est pas une option viable. Quand le gouvernement Hollandais s’enfuit en Angleterre, Tom R intervient dans la communauté hollandaise expatriée, dans laquelle se trouvait François van’t Sant, le secrétaire privé controversé de la Reine Wilhemina, et responsable du Service Secret.
Bien que Tom R poursuive ses études, il aide également « la cause », moyennant quoi, à la fin de la guerre, on lui assigne un poste au « ALIU », l’Unité d’Investigation du Pillage de l'Art, créé pour récupérer toutes les œuvres d’arts qui avaient été spoliées par les Nazis, et les remettre à leurs propriétaires légitimes.

Les Juges Intègres

C'est de source historique qu’une des plus importantes œuvres d’art pillée par le régime nazi soit « L’adoration de l’Agneau Mystique » de Jan Van Eyck, également connue sous le nom de « Retable de Gand ». Un de ses panneaux, ‘les Juges Intègres’, a été perdu (volé) depuis 1934. En ce temps là, une enquête de la police belge a permis d’identifier le voleur (Arsène Goedertier). Cependant, il ne fut pas possible de retrouver le panneau manquant, tout simplement parce que plusieurs pièces du puzzle ne se mirent en place qu’après la mort de Goerdertier. Lors de la seconde guerre mondiale, le régime nazi effectue ses propres recherches pour le panneau manquant, mais là aussi sans succès.
Il est donc vraisemblable que les membres de l’ALIU se soient trouvés face à ce dossier d’investigation, et de plus se soient vu assigner la tâche de ramener le polyptyque en Belgique. Selon Hammer, la personne ayant vu le dossier nazi sur la recherche de ce panneau n’était autre que Tom R. Il paraît que Tom R aurait reçu une grande boîte en bois à son bureau de Munich, contenant des informations détaillées sur le panneau et la peinture. Il déclare alors que c’est l’OSS (le prédécesseur de la CIA) qui lui assigne la tâche d’essayer d’apprendre si les Nazis réussirent à retrouver le panneau manquant ou si la réponse reste négative. Mais, quand bien même les Nazis et lui échouent dans la recherche de la partie manquante, Tom R apprend que l’intérêt des allemands va bien au-delà de la valeur artistique de la peinture. En effet, il s’avérerait que le fond de cette œuvre soit lié avec la tristement célèbre idéologie occulte, et pire encore dans ce cas, avec certains aspects obscurs de la chrétienté.

Arma Christi

Alfred Rosenberg

En dehors du dossier nazi sur le vol, ce fut l’interrogatoire d’Alfred Rosenberg, le « Parti Idéologue », par Tom R, qui fut un évènement important dans sa vie. Tom R. ajoute que Rosenberg reste convaincu qu’il ne vivra pas longtemps. Pour cette raison, il commence à écrire ses mémoires personnelles et cherche à savoir si Tom serait intéressé en discutant plus.
Rosenberg, astucieusement, transforme donc l’interrogatoire en conversation et l’oriente pour savoir si Tom était Chrétien, ce qui ouvre une discussion sur Jésus. Rosenberg raconte qu’il existait une tradition selon laquelle l’arma christi, les reliques de la crucifixion (les clous, la couronne d’épines, la lance du destin, etc…) ont été cachées par un groupe connu sous le nom des « Allahists ». Personne ne sait précisément qui ils sont mais un des frères Van Eyck appartenait à ce groupe, et aurait laissé des indices dans sa peinture. Rosenberg disait que le panneau manquant était un indice vital dans ce puzzle, une pièce essentielle qui conduirait jusqu’à la cache de ces précieuses reliques.

A partir d’aussi stupéfiantes révélations, Tom R note que la peinture de Van Eyck semble, en effet, être un code, tout comme le Da Vinci Code, qui contenait des informations sur la localisation géographique de l’arma christi. A ce moment là, toutefois, Tom R n’a pas d’intérêt majeur à poursuivre cette quête, et décide donc de renoncer à cette tâche. Ceci, toutefois, s’avère contraire aux désirs des agences d’intelligences, qui chargèrent Tom R de poursuivre sa recherche, de retrouver l’arma christi et, si possible, de compléter ce que les Nazis n’avaient pu faire.

Publications

Quand il fit de sérieux progrès dans sa recherche, Tom R réalisa, néanmoins, que quels que fussent les motifs que les SS aient eus à retrouver ces artefacts, les OSS/CIA avaient les mêmes désirs sinistres et occultes.
En particulier, il lui semble certain et redoutable que si les éléments relatifs aux traditions liées à l’Arma Christi tombaient entre de mauvaises mains, ils ne seraient certainement pas utilisés comme preuve de la nature historique du christ… mais plus particulièrement comme un signe de pouvoir occulte et de puissance vite incontrôlable. Ce dramatique événement ressemblerait, en substance, aux traditions populaires racontant comment ceux qui possèderaient la Lance du Destin seraient, par elle, en mesure de contrôler la destinée du monde.
Donc, Tom voulait à tous prix garantir que, même si cette quête était couronnée de succès, la CIA ne devienne jamais le détenteur de cette information. Il décide donc de créer un écran de fumée et ensuite de disparaître en simulant sa propre mort. A ceci, il ajoute la mise en place d’une désinformation, dont, ainsi que Tom R. le dit à Hammer, Gérard de Sède aurait… « le travail mâché ». Tom R semble avoir personnellement connu ce dernier, avec qui, déclarait-il, ils « travaillèrent ensemble » à masquer la « vérité ». Il ajoute encore que cette collaboration était essentiellement une opération en vue de créer de fausses informations sous forme de désinformation… de beaucoup de désinformations contenant toutes cependant un grain de vérité.

Se mettre à table ?

Tom R déclare que, finalement, l’histoire qu’il a reconstituée est maintenant entièrement propagée sous une forme hors contrôle de quiconque. Se sentant maintenant d’un âge avancé et proche de la mort, il lui semble que ce soit son devoir de rectifier l'histoire.
Bien qu’il soit facile de considérer le livre entier comme un roman, donc le seul produit de l’imagination de Hammer, il est clair, par exemple lors des contacts personnels avec Hammer, que Tom était de façon absolue une personne réelle, et qu’il raconte cette histoire à Hammer. Ceci, bien sûr, ne signifie pas que l’histoire qu’il raconte fut, ou soit, la vérité, ou rien que la vérité. Ces remarques signifient simplement que Hammer n’a pas inventé ce récit, mais plutôt qu’il lui a été raconté.
Au long du livre, Tom R souligne que durant toute sa vie, il utilisa la désinformation et la propagande et que le titre même du livre ‘la chanson de Satan’ est une référence à de telles pratiques. Nous ne disposons, en fait, que de la parole de Tom qu'avec sa « confession » à Hammer, il essaya de remettre son rapport dans le droit fil de la vérité… quoique des hommes de son acabit, tels que E. Howard Hunt et Philip Corso, racontèrent des histoires à dormir debout jusqu’à la fin de leurs vies. De plus, même si Tom R travailla pour la CIA, il n’y a aucune garantie que ce qu’il découvrit soit en fait la vérité, ou se soit soldé par une conclusion qui n’était pas la bonne, ou à laquelle il aurait pu lui-même être amené, devenant à son tour la victime de la manipulation de quelqu’un d’autre.
Avec succès, la désinformation utilise d'authentiques informations mais monte l'ensemble d'une manière « imaginative » ou romanesque. Elle se fait, ainsi, principalement l’écho de ce journal Hollandais trouvant que la plupart des informations dans le livre pouvait être validées, mais que les correspondances croisées ne pouvaient être justifiées. Toutefois, nous notons que les correspondances croisées ne s’avèrent pas réellement invalidées non plus par les investigations de ce media… ce qui pourrait signifier que ce n'est pas de la désinformation, mais bel et bien plutôt « la vérité ».

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Filip Coppens