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Société Périllos ©

666… la Chanson de Satan?
(3ème partie) - Une recherche secrète

 

Un vol controversé

Comme nous en avions fait mention, de très nombreux ouvrages et tout autant de théories circulent sur le vol de la peinture de Van Eyck. Celle que propose Hammer en est simplement une de plus, mais celle-ci se présente avec quelques changements par rapport aux traditionnelles spéculations ou à ce que raconte l’histoire reconnue. Par exemple, dans ces différences, l’auteur souligne la voie du vol orchestré par les nazis, en soutenant également que Goedertier ait été « dirigé » pour le délit. En effet, Hammer semble affirmer que Goedertier n’a, au grand jamais, confessé ce cambriolage. En échange, ce dernier aurait tout simplement prétendu que c’était son ami, Georges de Vos, avocat et sénateur… ou en passe de le devenir, qui pouvait être un coupable plus crédible.
Quelques unes des autres théories entourant la peinture sont « imaginatives » pendant que certaines peuvent s’avérer réalistes. Si la thèse de Hammer reste dans le domaine du possible, voire plausible, elle se montre néanmoins en désaccord avec le plus vraisemblable des scénarios.

Une rapide vue d’ensemble

L’enquête de police sur le vol stagne complètement quand l’évêque de Gand reçoit la première de ce qui serait une série de 13 demandes de rançon, de un million de francs belges (l’équivalent de 33 000 euros actuels), pour le retour à bon port des panneaux. Quand celui représentant Jean le Baptiste est retourné à l’évêque, les autorités civiles exercent une lourde pression, prétendant que le retable de la cathédrale est en réalité en possession du gouvernement belge… Peut-être pour cette raison est refusé le versement de la rançon d’un million de francs pour le retour des ‘Juges Intègres’.
En réponse à ce refus, la lettre dactylographiée d’un homme se désignant sous les initiales D.U.A. exprime toute sa colère. Il blâme l’évêque pour rupture d’accord « au moment même où nous négocions une relativement petite rançon, en proportion de la valeur de la plus précieuse peinture du monde ». Sur ce propos, Hammer souligne l’importance de certaines phrases clés dans la correspondance de D.U.A., comme celle ci-dessus affirmant que c’est « la plus précieuse des peintures ». Bien que ce soit un très important chef d’œuvre, cette peinture n’est pas la plus précieuse au monde en tant que telle… à moins, bien entendu, qu’elle n’ait contenu un message codé ayant des liens avec précisément… la « plus précieuse » chose au monde !

D.U.A.

Rien de plus ne fut découvert sur l’insaisissable D.U.A. jusqu’à ce que sept mois plus tard, Arsène Goedertier, un agent de change de 57 ans, s’effondre, terrassé par une crise cardiaque, lors d’un grand rassemblement politique.
Comme il sent la vie le quitter, Goedertier demande la présence de son avocat Georges de Vos, à qui il aurait confié ses célèbres derniers mots : « Moi seul sais où l’on peut trouver les ‘Juges Intègres’ : mon étude, des clés, placard »… Puis il meurt. Hammer affirme alors que c’est en vérité ce fameux De Vos qui est le véritable coupable, ou en tout cas un coupable nettement plus crédible.
Officiellement, quand De Vos fouille la maison de son ‘client’ défunt, il découvre des copies de carbone des 13 demandes de rançon, ainsi qu’une quatorzième lettre, adressée à l’évêque, qui n’avait pas encore été postée. L’homme informe ensuite la veuve et les autorités… et Goedertier entre dans l’histoire en tant qu’auteur du vol des ‘Juges Intègres’.

C’est ici que quelques problèmes surgissent. Officiellement, on ne trouve aucune indication de l’endroit où est dissimulée la peinture des ‘Juges Intègres’. Cependant, il semble bien que dans le dernier message du suspect il soit clair que les éléments vers lesquels il dirige de Vos contiennent l'information du lieu où se trouve le panneau manquant. Pourtant, il se pourrait qu’au contraire nous soyons amenés à croire qu’il n’y ait seulement eu qu’une seule ligne énigmatique dans la dernière missive non envoyée faisant laconiquement allusion à cet emplacement: « C’est dans un endroit où ni moi ni personne d’autre peut le récupérer sans attirer l’attention ». Evidemment, ces informations sont largement insuffisantes pour récupérer le panneau…
A partir de ces informations, certains chercheurs argumentèrent que l’avocat De Vos avait mis la main sur d’autres indications plus précises, y compris la vraie place du panneau manquant. Hélas, il semble que celui-ci fut retrouvé très endommagé, et par conséquent qu’un « accord reposant sur l'honneur » ait été instauré afin de laisser le mystère intact et l’espoir vivace, plutôt que de confronter la nation avec l’affligeante réalité de l’irrémédiable perte d’un important artefact. Il y eut encore, çà et là, des commentaires arguant que le vrai panneau ait été récupéré et qu’une « copie » ait été faite afin de remplacer l’original. Il fut même avancé que cette copie n’en était pas une mais en fait l’original lui-même. Et, à l’avenant, on dénombre des douzaines d'autres théories similaires…

Mobile?

Dans tout crime, le mobile est une exigence obligatoire pour désigner quelqu’un comme coupable. La veuve de Goedertier souligna que son mari était innocent du crime, ne serait-ce que parce qu’il manquait de mobile.
Un point clé des preuves reliant le mort au crime, en dehors des découvertes de De Vos, est la machine à écrire qui était en location, utilisée pour les lettres de demande de rançon et trouvée dans l’étude de Goedertier. En dehors de Karel Mortier, Patrick Bernauw éprouva toujours une fascination prononcée pour la peinture, aussi bien que pour d’autres sujets ésotériques. Ce dernier découvrit que Goedertier avait utilisé une fausse identité pour louer la machine à écrire : Arseen Van Damme. Bernauw expliqua que « en latin le U et le V sont les mêmes lettres. D.U.A. est une anagramme des initiales A.V.D. ». Ces détails seraient, nota-t-il, une explication possible et raisonnable pour justifier le mystérieux pseudonyme.

Mais dans les mois qui suivirent la mort de Goedertier, certaines de ses relations indiquèrent qu’il était riche et n’avait pas besoin de recourir au vol de ce panneau pour avoir de l’argent. Ce qui, en bref, revient à dire que le mobile financier ne tient pas en raison du fait qu’au moment de sa mort, il avait plus de 3 millions de francs sur son compte en banque.
Mortier affirme également que Goedertier n’est effectivement pas dans le besoin financier mais pouvait organiser le vol afin de fournir des fonds à un parti politique proche de lui, en difficultés financières. De part et d’autre, il est clair que ce trouble personnage, s’il agit seul, le fait dans un cadre à la fois plus important et plus discret, voire secret. On peut toutefois se demander pourquoi quelqu’un possédant 3 millions de francs en banque, et d’importantes autres facilités financières, organiserait un vol dangereux… pour en réclamer simplement un million de francs? Ensuite, à cette question en forme de constat, on ajoute que le suspect pouvait offrir son propre argent, plutôt que d'avoir recours à un délit dangereux pouvant le mettre dans une situation cette fois vraiment catastrophique ?

Quand Leblanc entre dans l’énigme

La femme de Goedertier révèle qu’à son grand déplaisir, son mari est un fervent lecteur de roman policier… et plus particulièrement en ce qui concerne les aventures d’Arsène Lupin, « le gentleman cambrioleur », une série de romans mystérieux de Maurice Leblanc. Arsène, curieusement, s’avère être aussi le prénom de Goedertier. Leblanc et Arsène Lupin ont quelquefois été entraînés dans le mystère de Rennes le Château, comme le démontre par exemple le livre de Patrick Ferté ‘Arsène Lupin - Supérieur inconnu’. Pourtant, peu de personnes, sinon aucune et pas même Hammer, ont fait une connexion entre Goedertier intéressé par Lupin/Leblanc… le vol de la peinture et le mystère de Rennes le Château.

Maurice LeBlanc

Sur ce propos, nous citons, de Guy Patton dans ‘Web of Gold’, cette remarque non dénuée d’intérêt : « En 1905, Maurice Leblanc créa le personnage du gentleman cambrioleur, Arsène Lupin ». Nombreuses sont les histoires de Leblanc au cours desquelles son héros est confronté à un nombre remarquable de références indirectes, et discrètement voilées, au mystère de Rennes le Château, et plus particulièrement à celles concernant un trésor. De considérables références démontrent là un auteur à la connaissance profonde, non seulement des courants traditionnels de l'histoire de la région, mais aussi des traditions, du symbolisme et des personnalités en mesure d’être directement impliquées secrètement dans ces énigmes. Cependant, le plus remarquable réside dans le fait que ces histoires sont écrites cinquante ans avant le récent intérêt pour l’abbé Saunière, Rennes le Château et l’antique secret.
Sur ce registre, nous notons plus particulièrement que le roman ‘l’Aiguille Creuse’ retenait toute l’attention de Goedertier. Cette histoire traite bien sûr de nombreux vols d’œuvres d’art… et certains, comme Bernauw, suggèrent que Goedertier ait pu trouver quelque inspiration dans ce roman. Tout comme Arsène Lupin laisse derrière lui une sorte de fil d’Ariane en forme de messages chiffrés après ses méfaits, Goedertier utilise un langage codé quasiment similaire dans ses notes de demandes de rançon.

Des problèmes

Mortier, quant à lui, découvre que Goedertier souffre d’une rare maladie des yeux qui le met dans l’incapacité de voir la nuit. Il aurait été impossible pour ce suspect, raisonne Mortier, de réussir le vol dans une cathédrale sombre, de nuit et seul. Aussi, l'ancien chef de police de conclure : « Il devait avoir au moins un complice ». Il est intéressant de noter qu’au cours de l’interview pour Radio Renessence, Hammer affirme que le vrai cerveau de ce vol pouvait fort bien être une femme!...
Bien que généralement soit accepté le verdict officiel rendu en 1937, à savoir que Goedertier agit en solitaire, il a cependant très peu de chance d'être considéré comme réaliste. Et, à partir de là, les opinions diffèrent largement. Bernauw, en effet, pense que Goedertier fut assassiné par un simulacre de crise cardiaque… tout comme deux des hommes soupçonnés d’être très probablement ses complices, Achiel De Swaef et Oscar Lievens, qui meurent aussi au cours du mois suivant. La police de Gand ne put jamais, malgré des débuts d’enquêtes pour homicide dans cette affaire, apporter le moindre élément convaincant à propos de ces morts pour le moins curieuses.

Le complot nazi

De façon pertinente, Bernauw penche pour une explication de ce crime, devenue classique, démontrant l’implication étroite d’un «complot nazi» imbriqué dans cette affaire. Ce chercheur est un de ceux qui acceptent qu’Adolf Hitler, parvenu au pouvoir en Allemagne juste une année avant le vol, s’intéresse en fait à cette peinture, pour des raisons occultes. « Hitler rêvait d’une ‘religion arienne’ qui pouvait rivaliser avec le christianisme » explique Bernauw, en utilisant l’Agneau Mystique dans ce contexte, pour étayer sa conviction. Il ajoute également que la vraie raison du vol des ‘Juges Intègres’ a quelque chose de commun avec la fascination de certains pontes du nazisme pour… l’Agneau Mystique.
La théorie de Bernauw est que Goedertier et ses complices De Swaef et Lievens, à la solde d’un agent nazi, sont exécutés plus tard car ayant décidé de cacher à leur bénéfice le panneau volé pour cet obscur commanditaire. Bien entendu, c’est une variation de la théorie de Hammer, cependant inversée, puisque Hammer affirme que Goedertier s’accapare de cette peinture afin qu’elle ne tombe pas entre les griffes du nazisme.

Variation d’Hammer sur un thème

Hammer centre son attention sur la ré-enquête de Henry Koehn sur ce crime, qui s’ouvre le 19 juillet 1940. Il affirme que ce dernier reçut ses ordres de Walter Schellenberg, qui les reçut lui-même de Himmler. On discernerait la main de celui-ci, selon l’interprétation de l’auteur, à la fois en 1934, avec le vol lui-même (en utilisant Rahn pour la circonstance) et en 1940, avec la recherche du panneau manquant. Sur cet intéressant point, il se dit même que l’implication de Himmler ne serait pratiquement pas controversée puisque le commandement nazi se montre des plus attentifs dans le panneau et sa récupération. La question importante reste au niveau de l’exactitude de leur mobile : artistique ou … occulte. Ce dernier pourrait être, en ce cas, en liaison avec le scénario de Tom R. puisque Hammer affirme ensuite que Tom a accédé au dossier de Koehn et admis que Goedertier fut assassiné. De nouveau, l’un ou l’autre de ces deux ‘enquêteurs’ pourrait avoir tiré cette conclusion de la littérature disponible sur le sujet, tel que le livre de Bernauw.
Hammer contribue lui-même à l’enquête du crime en notant la curieuse coïncidence de Koehn avertissant De Vos le 30 octobre 1914… Ce même personnage est terrassé par une crise cardiaque le 02 novembre… et en meurt quatre jours plus tard. Depuis les interviews de Koehn, avec le sénateur d'alors, se dessine un De Vos plus qu'insistant à déclarer que Goedertier, en difficulté financière, avait impérativement besoin de l’argent du délit pour survivre financièrement. Il reste que ces sous-entendus, pour le moins douteux, seront traités avec suspicion par la veuve et de nombreux chercheurs indépendants.

Pourquoi?

A ce stade de notre travail, qu’en est-il du ‘pourquoi’ de tout ceci. Nous avons un Hammer ayant identifié Van Eyck comme un homme ‘sachant’ où est l’Arma Christi… et qui introduit, dans son œuvre, une indication clé indiquant la localisation. En écho au Prieuré de Sion et aux indices du ‘Da Vinci Code’, Hammer affirme que, dans le panneau des ‘Juges Intègres’, il y a un visage inscrit dans les rochers derrière le groupe de juges. Ce détail serait indiqué par l’index droit de Jean le Baptiste qui se trouve de l’autre côté. Ce visage, dans ces rochers, est également en liaison avec une grotte… elle-même liée, d’une manière ou d’une autre, avec la grotte de la Ste Baume (illustrant Marie Madeleine), identifiée par ailleurs dans la peinture.
Le parti nazi, indéniablement, considérait son acquisition de la Lance du Destin avec grande fierté. Selon Guy Patton, il n’est pas invraisemblable que les maîtres du nazisme aient voulu en posséder encore plus. Leur préoccupation, avec Rahn, les révèle très intéressés à retrouver le Saint Graal. Ce chercheur tenait, déjà avant sa soumission à ses maîtres, à une relique historique qu’il rechercha activement pendant sa visite dans la région de Montségur… se trouvant en fait pas trop loin de Rennes le Château. Comme Patton l'affirme : « Des légendes et des mystères entourant la nature et l’histoire de tels trésors, mais plus particulièrement d'acquérir d’autres tels artefacts, doit avoir été une musique agréable aux oreilles du commandement nazi. Imaginer les possibilités tentantes d’acquérir la coupe du Graal, supposée avoir recueilli le sang s’écoulant du Christ sur sa Croix, ou même l’Arche d’Alliance. La simple valeur symbolique de tels trésors tombant dans les mains nazis après 1500 ans aurait été incalculable ».
En volant cette peinture, affirme Hammer, la localisation de la plus précieuse cache des reliques chrétiennes ne peut pas être identifiée par les nazis… Mais on est en droit de se demander si, en dérobant les deux panneaux de l’œuvre de Van Eyck, les vrais voleurs pouvaient identifier la localisation précise? Si oui, selon cette ligne de raisonnement, les auteurs de ce vol pourraient avoir poursuivi leurs propres quêtes… Mais hélas, cette formidable hypothèse n’est pas développée dans le livre !

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Filip Coppens