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la Chanson de Satan? (3ème partie) - Une recherche secrète |
Un
vol controversé
Comme
nous en avions fait mention, de très nombreux ouvrages et tout autant
de théories circulent sur le vol de la peinture de Van Eyck. Celle
que propose Hammer en est simplement une de plus, mais celle-ci se présente
avec quelques changements par rapport aux traditionnelles spéculations
ou à ce que raconte l’histoire reconnue. Par exemple, dans
ces différences, l’auteur souligne la voie du vol orchestré
par les nazis, en soutenant également que Goedertier ait été
« dirigé » pour le délit. En effet, Hammer semble
affirmer que Goedertier n’a, au grand jamais, confessé ce cambriolage.
En échange, ce dernier aurait tout simplement prétendu que
c’était son ami, Georges de Vos, avocat et sénateur…
ou en passe de le devenir, qui pouvait être un coupable plus crédible.
Quelques unes des autres théories entourant la peinture sont « imaginatives
» pendant que certaines peuvent s’avérer réalistes.
Si la thèse de Hammer reste dans le domaine du possible, voire plausible,
elle se montre néanmoins en désaccord avec le plus vraisemblable
des scénarios.
Une
rapide vue d’ensemble
L’enquête
de police sur le vol stagne complètement quand l’évêque
de Gand reçoit la première de ce qui serait une série
de 13 demandes de rançon, de un million de francs belges (l’équivalent
de 33 000 euros actuels), pour le retour à bon port des panneaux.
Quand celui représentant Jean le Baptiste est retourné à
l’évêque, les autorités civiles exercent une lourde
pression, prétendant que le retable de la cathédrale est en
réalité en possession du gouvernement belge… Peut-être
pour cette raison est refusé le versement de la rançon d’un
million de francs pour le retour des ‘Juges Intègres’.
En réponse à ce refus, la lettre dactylographiée d’un
homme se désignant sous les initiales D.U.A. exprime toute sa colère.
Il blâme l’évêque pour rupture d’accord «
au moment même où nous négocions une relativement petite
rançon, en proportion de la valeur de la plus précieuse peinture
du monde ». Sur ce propos, Hammer souligne l’importance de certaines
phrases clés dans la correspondance de D.U.A., comme celle ci-dessus
affirmant que c’est « la plus précieuse des peintures
». Bien que ce soit un très important chef d’œuvre,
cette peinture n’est pas la plus précieuse au monde en tant
que telle… à moins, bien entendu, qu’elle n’ait
contenu un message codé ayant des liens avec précisément…
la « plus précieuse » chose au monde !
D.U.A.
Rien
de plus ne fut découvert sur l’insaisissable D.U.A. jusqu’à
ce que sept mois plus tard, Arsène Goedertier, un agent de change
de 57 ans, s’effondre, terrassé par une crise cardiaque, lors
d’un grand rassemblement politique.
Comme il sent la vie le quitter, Goedertier demande la présence de
son avocat Georges de Vos, à qui il aurait confié ses célèbres
derniers mots : « Moi seul sais où l’on peut trouver
les ‘Juges Intègres’ : mon étude, des clés,
placard »… Puis il meurt. Hammer affirme alors que c’est
en vérité ce fameux De Vos qui est le véritable coupable,
ou en tout cas un coupable nettement plus crédible.
Officiellement, quand De Vos fouille la maison de son ‘client’
défunt, il découvre des copies de carbone des 13 demandes
de rançon, ainsi qu’une quatorzième lettre, adressée
à l’évêque, qui n’avait pas encore été
postée. L’homme informe ensuite la veuve et les autorités…
et Goedertier entre dans l’histoire en tant qu’auteur du vol
des ‘Juges Intègres’.
C’est
ici que quelques problèmes surgissent. Officiellement, on ne trouve
aucune indication de l’endroit où est dissimulée la
peinture des ‘Juges Intègres’. Cependant, il semble bien
que dans le dernier message du suspect il soit clair que les éléments
vers lesquels il dirige de Vos contiennent l'information du lieu où
se trouve le panneau manquant. Pourtant, il se pourrait qu’au contraire
nous soyons amenés à croire qu’il n’y ait seulement
eu qu’une seule ligne énigmatique dans la dernière missive
non envoyée faisant laconiquement allusion à cet emplacement:
« C’est dans un endroit où ni moi ni personne d’autre
peut le récupérer sans attirer l’attention ».
Evidemment, ces informations sont largement insuffisantes pour récupérer
le panneau…
A partir de ces informations, certains chercheurs argumentèrent que
l’avocat De Vos avait mis la main sur d’autres indications plus
précises, y compris la vraie place du panneau manquant. Hélas,
il semble que celui-ci fut retrouvé très endommagé,
et par conséquent qu’un « accord reposant sur l'honneur
» ait été instauré afin de laisser le mystère
intact et l’espoir vivace, plutôt que de confronter la nation
avec l’affligeante réalité de l’irrémédiable
perte d’un important artefact. Il y eut encore, çà et
là, des commentaires arguant que le vrai panneau ait été
récupéré et qu’une « copie » ait
été faite afin de remplacer l’original. Il fut même
avancé que cette copie n’en était pas une mais en fait
l’original lui-même. Et, à l’avenant, on dénombre
des douzaines d'autres théories similaires…
Mobile?
Dans
tout crime, le mobile est une exigence obligatoire pour désigner
quelqu’un comme coupable. La veuve de Goedertier souligna que son
mari était innocent du crime, ne serait-ce que parce qu’il
manquait de mobile.
Un point clé des preuves reliant le mort au crime, en dehors des
découvertes de De Vos, est la machine à écrire qui
était en location, utilisée pour les lettres de demande de
rançon et trouvée dans l’étude de Goedertier.
En dehors de Karel Mortier, Patrick Bernauw éprouva toujours une
fascination prononcée pour la peinture, aussi bien que pour d’autres
sujets ésotériques. Ce dernier découvrit que Goedertier
avait utilisé une fausse identité pour louer la machine à
écrire : Arseen Van Damme. Bernauw expliqua que « en latin
le U et le V sont les mêmes lettres. D.U.A. est une anagramme des
initiales A.V.D. ». Ces détails seraient, nota-t-il, une explication
possible et raisonnable pour justifier le mystérieux pseudonyme.
Mais
dans les mois qui suivirent la mort de Goedertier, certaines de ses relations
indiquèrent qu’il était riche et n’avait pas besoin
de recourir au vol de ce panneau pour avoir de l’argent. Ce qui, en
bref, revient à dire que le mobile financier ne tient pas en raison
du fait qu’au moment de sa mort, il avait plus de 3 millions de francs
sur son compte en banque.
Mortier affirme également que Goedertier n’est effectivement
pas dans le besoin financier mais pouvait organiser le vol afin de fournir
des fonds à un parti politique proche de lui, en difficultés
financières. De part et d’autre, il est clair que ce trouble
personnage, s’il agit seul, le fait dans un cadre à la fois
plus important et plus discret, voire secret. On peut toutefois se demander
pourquoi quelqu’un possédant 3 millions de francs en banque,
et d’importantes autres facilités financières, organiserait
un vol dangereux… pour en réclamer simplement un million de
francs? Ensuite, à cette question en forme de constat, on ajoute
que le suspect pouvait offrir son propre argent, plutôt que d'avoir
recours à un délit dangereux pouvant le mettre dans une situation
cette fois vraiment catastrophique ?
Quand
Leblanc entre dans l’énigme
La
femme de Goedertier révèle qu’à son grand déplaisir,
son mari est un fervent lecteur de roman policier… et plus particulièrement
en ce qui concerne les aventures d’Arsène Lupin, « le
gentleman cambrioleur », une série de romans mystérieux
de Maurice Leblanc. Arsène, curieusement, s’avère être
aussi le prénom de Goedertier. Leblanc et Arsène Lupin ont
quelquefois été entraînés dans le mystère
de Rennes le Château, comme le démontre par exemple le livre
de Patrick Ferté ‘Arsène Lupin - Supérieur inconnu’.
Pourtant, peu de personnes, sinon aucune et pas même Hammer, ont fait
une connexion entre Goedertier intéressé par Lupin/Leblanc…
le vol de la peinture et le mystère de Rennes le Château.
Maurice LeBlanc
Sur ce propos, nous citons, de Guy Patton dans ‘Web of Gold’,
cette remarque non dénuée d’intérêt : «
En 1905, Maurice Leblanc créa le personnage du gentleman cambrioleur,
Arsène Lupin ». Nombreuses sont les histoires de Leblanc au
cours desquelles son héros est confronté à un nombre
remarquable de références indirectes, et discrètement
voilées, au mystère de Rennes le Château, et plus particulièrement
à celles concernant un trésor. De considérables références
démontrent là un auteur à la connaissance profonde,
non seulement des courants traditionnels de l'histoire de la région,
mais aussi des traditions, du symbolisme et des personnalités en
mesure d’être directement impliquées secrètement
dans ces énigmes. Cependant, le plus remarquable réside dans
le fait que ces histoires sont écrites cinquante ans avant le récent
intérêt pour l’abbé Saunière, Rennes le
Château et l’antique secret.
Sur ce registre, nous notons plus particulièrement que le roman ‘l’Aiguille
Creuse’ retenait toute l’attention de Goedertier. Cette histoire
traite bien sûr de nombreux vols d’œuvres d’art…
et certains, comme Bernauw, suggèrent que Goedertier ait pu trouver
quelque inspiration dans ce roman. Tout comme Arsène Lupin laisse
derrière lui une sorte de fil d’Ariane en forme de messages
chiffrés après ses méfaits, Goedertier utilise un langage
codé quasiment similaire dans ses notes de demandes de rançon.
Des
problèmes
Mortier,
quant à lui, découvre que Goedertier souffre d’une rare
maladie des yeux qui le met dans l’incapacité de voir la nuit.
Il aurait été impossible pour ce suspect, raisonne Mortier,
de réussir le vol dans une cathédrale sombre, de nuit et seul.
Aussi, l'ancien chef de police de conclure : « Il devait avoir au
moins un complice ». Il est intéressant de noter qu’au
cours de l’interview pour Radio Renessence, Hammer affirme que le
vrai cerveau de ce vol pouvait fort bien être une femme!...
Bien que généralement soit accepté le verdict officiel
rendu en 1937, à savoir que Goedertier agit en solitaire, il a cependant
très peu de chance d'être considéré comme réaliste.
Et, à partir de là, les opinions diffèrent largement.
Bernauw, en effet, pense que Goedertier fut assassiné par un simulacre
de crise cardiaque… tout comme deux des hommes soupçonnés
d’être très probablement ses complices, Achiel De Swaef
et Oscar Lievens, qui meurent aussi au cours du mois suivant. La police
de Gand ne put jamais, malgré des débuts d’enquêtes
pour homicide dans cette affaire, apporter le moindre élément
convaincant à propos de ces morts pour le moins curieuses.
Le
complot nazi
De
façon pertinente, Bernauw penche pour une explication de ce crime,
devenue classique, démontrant l’implication étroite
d’un «complot nazi» imbriqué dans cette affaire.
Ce chercheur est un de ceux qui acceptent qu’Adolf Hitler, parvenu
au pouvoir en Allemagne juste une année avant le vol, s’intéresse
en fait à cette peinture, pour des raisons occultes. « Hitler
rêvait d’une ‘religion arienne’ qui pouvait rivaliser
avec le christianisme » explique Bernauw, en utilisant l’Agneau
Mystique dans ce contexte, pour étayer sa conviction. Il ajoute également
que la vraie raison du vol des ‘Juges Intègres’ a quelque
chose de commun avec la fascination de certains pontes du nazisme pour…
l’Agneau Mystique.
La théorie de Bernauw est que Goedertier et ses complices De Swaef
et Lievens, à la solde d’un agent nazi, sont exécutés
plus tard car ayant décidé de cacher à leur bénéfice
le panneau volé pour cet obscur commanditaire. Bien entendu, c’est
une variation de la théorie de Hammer, cependant inversée,
puisque Hammer affirme que Goedertier s’accapare de cette peinture
afin qu’elle ne tombe pas entre les griffes du nazisme.
Variation
d’Hammer sur un thème
Hammer
centre son attention sur la ré-enquête de Henry Koehn sur ce
crime, qui s’ouvre le 19 juillet 1940. Il affirme que ce dernier reçut
ses ordres de Walter Schellenberg, qui les reçut lui-même de
Himmler. On discernerait la main de celui-ci, selon l’interprétation
de l’auteur, à la fois en 1934, avec le vol lui-même
(en utilisant Rahn pour la circonstance) et en 1940, avec la recherche du
panneau manquant. Sur cet intéressant point, il se dit même
que l’implication de Himmler ne serait pratiquement pas controversée
puisque le commandement nazi se montre des plus attentifs dans le panneau
et sa récupération. La question importante reste au niveau
de l’exactitude de leur mobile : artistique ou … occulte. Ce
dernier pourrait être, en ce cas, en liaison avec le scénario
de Tom R. puisque Hammer affirme ensuite que Tom a accédé
au dossier de Koehn et admis que Goedertier fut assassiné. De nouveau,
l’un ou l’autre de ces deux ‘enquêteurs’ pourrait
avoir tiré cette conclusion de la littérature disponible sur
le sujet, tel que le livre de Bernauw.
Hammer contribue lui-même à l’enquête du crime
en notant la curieuse coïncidence de Koehn avertissant De Vos le 30
octobre 1914… Ce même personnage est terrassé par une
crise cardiaque le 02 novembre… et en meurt quatre jours plus tard.
Depuis les interviews de Koehn, avec le sénateur d'alors, se dessine
un De Vos plus qu'insistant à déclarer que Goedertier, en
difficulté financière, avait impérativement besoin
de l’argent du délit pour survivre financièrement. Il
reste que ces sous-entendus, pour le moins douteux, seront traités
avec suspicion par la veuve et de nombreux chercheurs indépendants.
Pourquoi?
A
ce stade de notre travail, qu’en est-il du ‘pourquoi’
de tout ceci. Nous avons un Hammer ayant identifié Van Eyck comme
un homme ‘sachant’ où est l’Arma Christi…
et qui introduit, dans son œuvre, une indication clé indiquant
la localisation. En écho au Prieuré de Sion et aux indices
du ‘Da Vinci Code’, Hammer affirme que, dans le panneau des
‘Juges Intègres’, il y a un visage inscrit dans les rochers
derrière le groupe de juges. Ce détail serait indiqué
par l’index droit de Jean le Baptiste qui se trouve de l’autre
côté. Ce visage, dans ces rochers, est également en
liaison avec une grotte… elle-même liée, d’une
manière ou d’une autre, avec la grotte de la Ste Baume (illustrant
Marie Madeleine), identifiée par ailleurs dans la peinture.
Le parti nazi, indéniablement, considérait son acquisition
de la Lance du Destin avec grande fierté. Selon Guy Patton, il n’est
pas invraisemblable que les maîtres du nazisme aient voulu en posséder
encore plus. Leur préoccupation, avec Rahn, les révèle
très intéressés à retrouver le Saint Graal.
Ce chercheur tenait, déjà avant sa soumission à ses
maîtres, à une relique historique qu’il rechercha activement
pendant sa visite dans la région de Montségur… se trouvant
en fait pas trop loin de Rennes le Château. Comme Patton l'affirme
: « Des légendes et des mystères entourant la nature
et l’histoire de tels trésors, mais plus particulièrement
d'acquérir d’autres tels artefacts, doit avoir été
une musique agréable aux oreilles du commandement nazi. Imaginer
les possibilités tentantes d’acquérir la coupe du Graal,
supposée avoir recueilli le sang s’écoulant du Christ
sur sa Croix, ou même l’Arche d’Alliance. La simple valeur
symbolique de tels trésors tombant dans les mains nazis après
1500 ans aurait été incalculable ».
En volant cette peinture, affirme Hammer, la localisation de la plus précieuse
cache des reliques chrétiennes ne peut pas être identifiée
par les nazis… Mais on est en droit de se demander si, en dérobant
les deux panneaux de l’œuvre de Van Eyck, les vrais voleurs pouvaient
identifier la localisation précise? Si oui, selon cette ligne de
raisonnement, les auteurs de ce vol pourraient avoir poursuivi leurs propres
quêtes… Mais hélas, cette formidable hypothèse
n’est pas développée dans le livre !
Filip
Coppens