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la Chanson de Satan? (4ème partie) - L’Arma Christi |
Une
nouvelle théorie entre dans le jeu
Depuis
2005, l’équipe d'Isaac Ben Jacob apporte une nouvelle dimension
à l’énigme de Rennes-le-Château en abordant, pour
la première fois dans cette affaire, la participation des congrégations
de pénitents. Ces organisations, largement répandues à
travers le Catharisme, ont néanmoins survécu à la croisade
albigeoise et continuent d’exister, par exemple, avec les prérogatives
de la Sanch à Perpignan… et la Sang à Gérone.
En effet, que la « Société privée » dont
parle Chaplin dans son livre ‘City of secrets’ soit de la même
‘essence’ que La Sang, organisation jumelle de la Sanch, survient
logiquement comme une révélation majeure, bien que ce ne soit
peut être pas une surprise.
Avant la publication de ‘City of secrets’, en septembre 2006,
Hammer désigne déjà la véritable éminence
grise qui détenait l'Arma Christi : les Ebionites. Bien qu'opérant
sous un nom différent, il fut vite évident que cet auteur
faisait référence au même fil pénitentiel de
la Chrétienté. A l’évidence, trois chercheurs
indépendants, Chaplin, Isaac Ben Jacob et Hammer, identifièrent
tous trois le même groupe comme étant la véritable éminence
grise du mystère de Rennes-le-Château.
Confirmation
personnelle
Sur
son site web, Hammer révèle qu'il a, sur lui, un Tau particulier
lui ayant été donné par Tom R. Le site montre une photographie
où il porte cette croix. Le Tau, comme l'a précisément
expliqué Isaac Ben Jacob, est particulièrement en liaison
avec la tradition pénitentielle. En outre, il paraît de plus
en plus clair que Tom R. ne s’est pas seulement contenté d’initier
Hammer à la seule histoire de l'Arma Christi, mais lui a catégoriquement
affirmé être lui-même devenu « membre » d'une
organisation s’interdisant le recrutement. Hammer souligne que le
terme ‘Ebionites’ correspond plus à une façon
de vivre qu’à une organisation, bien que cette ‘fraternité’
dispose d’un corps d'élite formé d'individus semblant
veiller sur l'Arma Christi… composé des reliques de la crucifixion
du Christ.
En outre, il souligne également l'importance des Franciscains et
plus particulièrement du troisième Ordre franciscain, synonyme
d’Ordre pénitentiel se composant de laïcs vivant ensemble
de manière communautaire. Hammer relate que les Ebionites étaient
considérés comme étant particulièrement pauvres
et ne conservant pour eux aucune possession personnelle, ces dernières
étant destinées aux avoirs en commun.
Analyse
détaillée
Une
analyse détaillée de l'image arborée par Hammer révèle
que le Tau contient une gravure représentant un cercle traversé
par un feuillage, comme on peut le voir à la fin de son ouvrage.
Il semble que ce symbole soit une sorte de ‘signe de reconnaissance’
porté par les Ebionites ayant choisi un cercle perforé par
une branche d’olivier, car le cercle symbolise à la fois le
monde et une bouche ouverte sur un rameau d'olivier représentant
la paix.
L’auteur souligne qu'ils s’imposèrent volontairement de ne pas utiliser l'alpha et l'oméga, ce qui est un sujet également abordé par Isaac Ben Jacob dans son analyse de la tradition.
Les
Ebionites
Le terme ‘Ebionite’ fait normalement référence à une des plus ‘anciennes sectes chrétiennes’, située généralement entre Judaïsme et Christianisme. Le nom lui-même n’est pas de provenance hébraïque mais de souche araméenne, bien qu'on le trouve dans certains manuscrits grecs, sous la forme ‘Ebionaioi’, c'est-à-dire ‘Ebionéen’, signifiant ‘le Pauvre’. Cette version est privilégiée par Origène, ce à quoi nous devons ajouter qu'ils étaient considérés comme démunis au sens spirituel et non matériel, encore que Hammer soutienne la thèse d’une vision matérielle du principe.
Selon
Tertulien, ce mouvement tire son origine d'un hérétique du
nom d’Ebion, décrit comme un personnage historique, un grand
voyageur résidant autant à Rome qu'en certains villages d'Asie.
Pour Irenaeus, les Ebionites étaient des hérétiques
partageant des similitudes avec les Carpocratiens. Comme eux, ils refusaient
de croire en la divinité du Christ, vu que celui-ci était
un être humain ne pouvant préexister avant de naître
sur terre. Ils niaient aussi la maternité divine du Christ et, à
ce propos, Origène écrivait : « les Ebionites disent
qu'il est né d'un homme et d'une femme, ainsi qu’il en va pour
nos propres naissances ».
Il est souvent prétendu que les Ebionites étaient très
attachés à la loi juive, ce qui ne semble pas avoir été
le cas car les Ebionites, par exemple, méprisant le Temple de Jérusalem,
n’adhéraient absolument pas à la loi juive interdisant
au peuple de toucher à des sépulcres.
Enfin, dans ‘Contra Celsum’, Origène écrit qu’il
n’y a pas de mouvement uniforme Ebionite, mais plusieurs sous-groupes.
Il aurait, semble-t-il, identifié deux principaux de ces derniers,
notant également qu’en dépit de différences sur
des détails de la naissance de Jésus, tous le considéraient
comme un prophète.
Les
Ebionites selon Hammer
Dans
‘la Chanson de Satan’, Hammer soutient que les Ebionites considèrent
un passage de la bible comme un des plus importants, à savoir celui
dans lequel Jésus, identifiant Jacques comme son successeur, l’appelle
« le Juste ». A ceci, il ajoute que Jacques est aussi un juge,
ainsi le titre de « Juge Intègre » ne peut mieux lui
être appliqué. Cette référence est censée
être très explicite en ce qui concerne les raisons du vol du
tableau de Van Eyck, sinon l’inclusion d’un panneau consacré
aux juges intègres dans la peinture elle-même. Quant à
la ligne officielle de cette énigme, Hammer expose que c’est
seulement dans l’Evangile de Matthieu que Pierre est identifié
comme le successeur de Jésus.
Jacques,
à l’ossuaire célèbre
On
fait souvent référence à Jacques comme « Jacques
le Juste » (pour son extrême droiture) ou « Jacques de
Jérusalem » (son lieu d’exercice) ou encore, plus rarement,
« Jacques, Frère de Jésus ».
La découverte, remise au goût du jour en 2002, d’un ancien
ossuaire au Moyen-Orient, un ‘coffre-sépulture’, a fait
les gros titres internationaux en raison d’une inscription surprenante
gravée sur cette cuve de pierre identifiant cet ossuaire particulier
comme ayant contenu les os de « Jacques, fils de Joseph, frère
de Jésus ». Pour deux raisons essentielles, cette découverte
était bouleversante à la fois pour la communauté intellectuelle
et le public non spécialisé. La première, si toutefois
l’authenticité en est reconnue (et ceci est toujours une question
chaudement débattue), montrerait que cet artefact est la première
preuve archéologique de l’existence de Jésus. Mais surtout,
ensuite, il serait fascinant pour le public que ce coffre mortuaire se présente
comme étant celui des restes de Jacques, à qui le nouveau
testament fait référence en plusieurs endroits comme étant
le « frère » de Jésus.
Colette
de Corbie
Une
autre personne que Hammer, présente dans sa liste de candidats sélectionnés
pour une orientation précise, est Colette de Corbie. Il argumente
que son cri de ralliement « Jésus Marie » est très
important ; de plus, elle semble avoir participé au déplacement
de certaines informations de France à Gand, d’où la
piste est supposée conduire à Van Eyck. Colette de Corbie
est née en Corbie en 1381 et décède à Gand en
1447, dans la période où Van Eyck peint son Adoration de l’Agneau.
Chose plus intéressante, Sainte Colette a joué un rôle
clé dans le Schisme… en œuvrant de concert avec Vincent
Ferrer… un homme important dans le mystère de Périllos
et de la Sanch, (dont il est le fondateur). Le Schisme, et particulièrement
les tentatives pour y mettre fin, coïncident curieusement avec la période
où la famille Périllos est à son apogée. C’est
également à ce moment que se forge l’idée d’un
futur pape issu de la région perpignanaise, en un temps où
Van Eyck peint… pendant que Jeanne d’Arc est sujette aux visions
de St Michel et Colette de Corbie s’applique à son travail
de missionnaire alors que Ferrer instaure la Sanch à Perpignan.
Depuis son très jeune âge, vers 4 ans, Colette se mortifie
en donnant sa nourriture aux pauvres et en plaçant du bois sous son
matelas afin de perturber son sommeil. En retour, il semble que Dieu lui
ait accordé le don de soigner miraculeusement, ainsi que celui de
visionnaire.
Il n’est pas surprenant que quelques unes de ces visions soient liées
avec le futur Ordre des Franciscains, si étroitement apparenté
aux traditions pénitentielles. Bien qu’ayant reçu une
mission divine pour réformer l’Ordre, ceci néanmoins
se révélant difficile en raison du fait qu’elle passe
le plus clair de sa vie recluse, elle requiert auprès du pape Bénoit
XIII (Pedro de Luna, un autre proche ami à la fois de Vincent Ferrer
et de la famille Périllos) de pouvoir quitter sa cellule. Sa requête
est accordée par la bulle papale du 1er août 1406, en même
temps que lui sont octroyés les droits de réforme des couvents.
Forte de ses pouvoirs, elle fonde et réforme 17 monastères
passant sous le vocable des « Pauvres Clarisses » ; Gand fut
le dernier monastère qu’elle créa.
Son cri de ralliement « Jésus Marie » est également
celui de sa célèbre contemporaine Jeanne d’Arc. On note
des rumeurs affirmant que les deux femmes se sont rencontrées et
qu’à l’une de ces occasions, Colette donna à Jeanne
une bague où sont gravés les mots « Jésus Maria
»… généralement reconnus comme emblème
du culte populaire du Saint Nom. Cependant, les historiens semblent curieusement
s’opposer à l’hypothèse de cette rencontre.
‘Aller
à Meersel-Dreef’
L’influence
de la tradition pénitente n’est plus à démontrer
à l’intérieur de la ‘Chanson de Satan’ et
Hammer affirme que l’intérieur des rangs de ce mouvement abritait
en vérité un petit groupe de personnages formant les gardiens
de l’Arma Christi. Au cours de son interview sur Radio
Rennessence, Hammer invita les auditeurs à visiter Meersel-Dreef
(un pèlerinage situé sur la frontière hollando-belge).
Les amateurs hollandais de ce mystère s’y rendirent presque
immédiatement et réalisèrent que le sanctuaire était
de ceux fréquentés par les pénitents. L’insistance
des décors tels que la croix, le coq, le dé, etc… conduisant
Corjan de Raaf à faire une enquête sur ce terrain d’investigation
apporte effectivement la confirmation finale que les Ebionites étaient
des pénitents.
Gardiens
de l’Arma Christi
Hammer,
en soutenant que les organisations de pénitents sont les gardiens
de l’Arma Christi, démontre clairement que seul un groupe fermé
peut être au courant et qu’en échange très peu
de personnes connaissent la localisation des précieuses reliques.
Quant à l’endroit où ces dernières sont cachées,
il semble qu’au cours du temps leur dépôt ait été
déplacé. Dans son livre, et durant l’interview, Hammer
affirme que par deux fois elles furent dissimulées à Notre
Dame de Marceille, un site que Isaac Ben Jacob associe aussi à un
lieu cher aux pénitents. Cette hypothèse peut être attestée
par divers documents, comme par exemple celui relatant l’enlèvement
de la Vierge Noire à l’époque de la Révolution
Française… Cette précieuse statue fut ensuite découverte
en la possession d’un membre éminent d’une organisation
pénitente locale.
Ainsi, les théories d’Isaac Ben Jacob et de la Chanson de Satan
paraissent se recouper… Cependant, la question reste de savoir jusqu’où
elles se rejoignent et quels sont, dans l’étrange puzzle de
cette affaire, les rôles de Rennes-le-Château, son prêtre
Bérenger Saunière et de Périllos.
Filip
Coppens