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la Chanson de Satan? (5ème partie) - Qu’y a-t-il dans un nom? |
Une
partie clé de la ‘Chanson de Satan’ est la mise en contact
de Tom R avec les milieux du Renseignement, qui se fait par l’entremise
de Van’t Sant, un des chefs des services secrets le plus controversé
des Pays Bas. Hammer déclare que Tom R s’entretient, fin 1940,
avec Van’t Sant, Sefton Delmer et un certain ‘Billy’,
qui lui ouvrent les portes de ces mondes parfaitement clos et secrets. Plus
particulièrement, il suppose que c’est Billy qui, au cours
d’une réunion le 23 avril 1944 à Baker Street (Londres),
propose que Tom R devienne un membre de l’A.L.I.U. Les identités
de ces personnes doivent être facilement vérifiables, et si
la version des évènements produite par Hammer est vraie, Tom
R serait en relation avec le gratin de la communauté du Renseignement.
Un
autre Tom
Denis
Sefton Delmer, Tom pour ses amis, indéniable personnage historique,
est en vérité un journaliste britannique, né à
Berlin, propagandiste à la solde du gouvernement britannique. Après
l’Université, il est journaliste indépendant jusqu’à
son entrée au Daily Express où il occupe la responsabilité
de chef pour le bureau de Berlin. Lors de sa présence en Allemagne,
il sympathise avec Ernst Röhm, grâce à qui il devient
le premier journaliste britannique à interviewer Adolf Hitler. Un
véritable scoop, mais aussi un exploit lui ayant valu d’être
prié d’assister à une réunion de la communauté
du Renseignement et d’apprendre certains détails sur Hitler…
des détails qui n’auraient pas été jugés
opportuns ou qui, peut-être par malchance… n’arrivèrent
pas à l’impression du journal.
De
façon intéressante, Delmer prend ensuite la fonction d’agent
de désinformation pour se retrouver, en septembre 1940, dans les
rangs du Political Warfare Executive (PWE) où il organise des émissions
de propagande noire en Allemagne nazie. Son premier, et plus remarquable
succès, fut de faire venir Gustav Siegfried Eins à l’antenne
d’une station radio à ondes courtes, peu après le voyage
de Rudolf Hess en Angleterre en 1940.
Hammer prétend que Tom R faisait aussi partie du Soldatensender de
Calais, une autre station de radio clandestine dirigée par Delmer
pour les forces armées allemandes. Cet émetteur transmettait
depuis Crowborough, Soldatensender-Calais une insidieuse combinaison de
musique (excellente ‘couverture’ de soutien moral en temps de
guerre) et de « poussières » qui sont en vérité
des éléments insérés pour démoraliser
les forces allemandes.
Wild
Bill
Billy
semble vraisemblablement avoir été ‘Wild’ Bill
Donovan qui, en juin 1941, est nommé Coordinateur de l’Information
(C.O.I.) par le président Roosevelt. C’est Donovan qui organise
à New York, à la chambre 3603 du Centre Rockfeller, en Octobre
1941, le siège de la C.O.I. et demande à Allen Dulles de le
diriger. Dulles devient plus tard un des directeurs les plus célèbres
de la C.I.A., mais également un des plus controversés et de
ceux y ayant servi le plus longtemps.
En 1942, quand les Etats-Unis entrent dans la seconde guerre mondiale, le
C.O.I. devient l’O.S.S. et Donovan retourne au service actif. Pendant
plusieurs années, les exploits de l’O.S.S. restent secrets.
Cependant, dans les années 1970 et 1980, des parties significatives
d’archives de l’O.S.S. sont déclassifiées, faisant
de Donovan quelqu’un de très connu pour les nouvelles générations.
Que
Billy soit bien Bill Donovan se confirme par des détails fournis
par Hammer dans son livre. Il argumente que Billy aurait vraiment été
élevé, par le pape, au titre de chevalier dans l’Ordre
de Saint Sylvestre. Puisqu’il est notoire que cet honneur a été
fait à Donovan aussi, et au même moment, il y a tout lieu de
penser qu’il s’agisse du même homme !
L’intérêt, dans cette distinction, est que l’on
ait fait souvent référence aux membres du groupe intérieur
gravitant autour de Donovan dans l’O.S.S. en les comparant à
des… « Templiers », bien qu’il ne fut jamais clairement
expliqué pourquoi ces hommes étaient identifiés comme
tels. Bien entendu, à cette époque des années 1940,
les chevaliers templiers n’étaient pas particulièrement
réputés au goût du jour pour quelques secrets précis.
A moins, bien sûr, que ce surnom ait son origine dans le fait que
ces personnages contemporains se soient intéressés à
l’idéologie templière. Ce serait en conformité
parfaite avec le sens du dernier titre de chevalier conféré
à Donovan et ses semblables. Quant à Hammer, il affirme que
l’analogie avec les Templiers serait une certaine similitude avec
le fait que les chevaliers auraient pu découvrir l’Arma Christi.
Ce qui est moins connu dans cette affaire, c’est qu’en 1949,
Donovan devient Président d’un Comité Américain
pour l’Europe Unie récemment fondé, travaillant à
contrer la nouvelle menace communiste pour l’Europe… en promouvant
l’unité politique européenne. Ceci justifierait les
principes de fondations des « Réseaux Restés en Arrière
» en Europe, ce qui en France ferait le lien avec les néo-templiers,
et en Italie avec la franc-maçonnerie. Ces réseaux utilisaient
également en grande partie les Rattenlinien (littéralement
en allemand ‘lignes des rats’), système de réseaux
ayant permis aux nazis et assimilés de s’enfuir vers l’Amérique
du sud, ou autre, à la fin de la seconde guerre mondiale, afin d’y
attendre un nouvel objectif. Une « Europe unie » présente
également une idée que beaucoup relièrent à
l’ambition de ces groupes ayant insufflé la mythologie du prieuré
de Sion et tout ce qui s’y apparente. C’est ainsi qu’à
la lumière du travail de Hammer, les liens entre le Prince Bernhard
des Pays Bas, la C.I.A. et le groupe Bilderberg ne devraient pas être
sous-évalués.
New
York, New York
Au
printemps 1947, Tom R. se rend à New York pour un entretien avec
Donovan afin de discuter de son avenir, au cours duquel il est présenté
à un certain « Richard, Paul et Henry ». Paul argumente,
au nom des trois, qu’ils souhaitent que Tom travaille pour la C.I.A….
après avoir, évidemment, démissionné du S.I.S.
britannique. Particulièrement, ils s’avèrent surtout
intéressés par son rapport sur l’Arma Christi afin d’en
poursuive l’analyse.
Une fois engagé, il retourne aux Pays Bas où Donovan et Henry
créent, à son intention, un poste dans une grande Université
où, en tant qu’universitaire, il se consacre à poursuivre
la cause pro-américaine tout en recherchant l’Arma Christi,
maintenant catalogué sous le nom de code « Projet Œuf
de Pâques ».
Pas
de pseudonymes
Richard
Helms
Hammer
soutient que « Richard, Paul et Henry » sont facilement identifiables.
Il précise qu’Henry, travaillant dans le service du Renseignement
sous couverture d’un grand éditeur new-yorkais, ne peut qu’être
Henry Luce collaborant avec Britton Hadden au ‘Yale Daily News’
et au ‘Baltimore News’ avant de fonder le ‘Time Inc’.
Plus tard, Luce, bien installé au sein du Renseignement, lance ‘Fortune
and Life’.
Richard, lui, peut être Richard Helms, et Paul un certain Paul Mellon
travaillant pour l’OSS en Europe. Helms en mission travaille pour
l’OSS et y reste jusqu’en 1946 où il se trouve en charge
des activités du Renseignement et du Contre-renseignement en Allemagne,
Autriche et Suisse. Ces missions sont tout à fait compatibles avec
les mouvements de Tom R. dont Hammer a reconstitué la piste. L’année
suivante, Helms rejoint les services de la récente C.I.A. (Central
Intelligence Agency) dont il devient plus tard le directeur, de 1966 à
1973.
Rayons
X
Plusieurs
de ces noms sont ceux de personnes bien connues, sinon tristement célèbres.
Dans une certaine mesure, faire intervenir tous ces personnages dans un
roman pourrait être une tâche facile, comme cela a été
fait par plusieurs auteurs, y compris Normal Mailer, et dans le scénario
d’un film : « Raisons d’Etat ». D’un autre
côté, si cette situation est authentique, il est clair que
Tom R. faisait partie d’un petit groupe utilisant le réseau
du Renseignement pour ses propres objectifs. Quelle option choisir ? L’option
raisonnable serait indéniablement d’opter pour le choix dans
lequel l’imagination de Hammer prend le pas. Mais… il y a un
autre fait remarquable. Tout d’abord, Maria de Roo note que la sœur
de Henry Luce, Molly Luce, est l’épouse de Allan Burroughs.
Ensuite, entre toutes les expertises appliquées à la peinture
de Van Eyck, en 1927, il y eut celle de photographies aux rayons X. Comme
le fameux vol du panneau des « Juges Intègres » eut lieu
en 1934, ceci signifie que le panneau original a été passé
aux rayons X.
Les résultats de ce travail, peu ordinaire pour l’époque,
furent publiés dans un ouvrage. Mais, en vérité, pratiquement
rien de ces résultats d’experts ne transpira car, apparemment,
les clichés aux rayons X de ce panneau se seraient avérés
d’une qualité décevante. On note tout de même
une étrange coïncidence pour que, de tous les panneaux soumis
à ces clichés, seul celui-ci soit déclaré…
« décevant » ! Se pourrait-il que la photographie soit
aussi bonne pour cette partie que pour les autres… mais révèle
en vérité quelque chose d’anormal ? En effet, De Roo
fait remarquer qu’il trouve plutôt bizarre que ce soit précisément
ce panneau qui fasse l’objet du résultat « très
décevant». Il en conclut, dans son étude, qu’il
y avait « quelque chose » d’anormal avec le résultat
concernant. A ce stade, il y a tout lieu de supposer que les rayons X révélèrent
quelque chose sous la peinture… ou dans le panneau lui-même?
Une
dimension cachée?
La
notion d’un élément inconnu contenu dans la peinture
n’est pas nouvelle. La question reste de savoir s’il s’agit
d’une sorte de clé visible sur la peinture, à la façon
‘Da Vinci Code’, et suggérée par Hammer en personne,
ou une marque invisible pouvant apparaître par quelque procédé
chimique ou photographique… ou enfin si c’est dans la structure
interne des panneaux eux-mêmes qu’est dissimulé quelque
chose.
Aussi bizarre que cela puisse sembler, la notion de « quelque
chose » littéralement caché à l’intérieur
des boiseries ne devrait pas être écartée, même,
et surtout, si personne avant 1927 n’a songé à un curieux
incident subi par la peinture.
Le polyptique, originellement, est supposé rester fermé durant
la semaine et déployé le dimanche. Cependant, il fut demandé
que dans un but touristique l’intégralité du panneau
soit en permanence exposée. Bien sûr, il y avait la solution
simple de placer la peinture au milieu d’un périmètre,
en position ‘semi ouverte’ plutôt que de la placer contre
un mur. En ce cas, la sécurité pouvait être assurée
au moyen de rails et/ou vitrines. Mais au lieu de cette solution plus qu’acceptable,
il fut étrangement décidé que chaque panneau serait
coupé en deux. Ce choix, pour le moins inquiétant, demandait
une intervention hautement risquée pouvant avoir pour résultat
la destruction totale de quelques uns des panneaux. Bien que cette opération
ait eu une fin couronnée de succès, la réussite de
cette opération ne comportait pas la moindre garantie de réussite
avant que l’opération de découpage ne commence.
Une pertinente question reste : pourquoi avoir choisi cette intervention
comportant des risques élevés pouvant conduire à l’irrémédiable
destruction de quelques panneaux? L’explication pourrait être
que, malgré le danger de saccager cette œuvre, le fait de couper
en deux ces panneaux permettait, en toute innocence, une inspection détaillée
de certains secrets à l’intérieur même du panneau…
s’il y en eut vraiment, comme le prétendaient certaines rumeurs
mentionnant une cache, bien longtemps avant 1927 ou 1934 ? Bien que jamais
il ne fut fait mention de telles minces cavités dans les panneaux,
cela ne signifie pas qu’il n’y en ait jamais eu. Quelqu’un
s’attendrait-il à ce que les experts officiels rapportent la
découverte d’un secret tel que celui-ci? Seuls quelques rares
candides, peut-être, répondraient oui.
Vol
Ce
survol des faits ayant eu lieu au cours de l’année 1927 pourrait
placer le vol de la peinture en 1934 dans un contexte permettant de soupçonner
autant l’intérêt des éminences grises de la C.I.A.
que celui de Tom R pouvant, en toute quiétude, réaliser une
étude détaillée de la peinture.
Ce qui fut volé en 1934 est un lot de deux panneaux, ‘Jean
le Baptiste’ et ‘les Juges Intègres’, étant
à l’origine un seul vantail, avant d’être coupé
en deux. Précisément, c’est un de ces panneaux qui révèle,
apparemment, une anomalie visible sous rayons X en 1927. Compte tenu d’une
chronologie des faits commençant à faire réfléchir,
on constate que, bien ces deux panneaux extérieurs aient été,
parmi un nombre de huit, les plus faciles à démonter, il est
peut être téméraire de conclure que cet avantage soit
la seule motivation expliquant pourquoi ces deux panneaux furent dérobés.
Avec la connaissance de ces éléments et la connexion de la
famille Luce, l’approche de Hammer, pour la première fois,
révèle un élément clé ne faisant pas
partie de son ouvrage, et vraisemblablement inconnu de l’écrivain
suggérant, à toutes fins utiles, que son hypothèse
pourrait tenir plus du domaine de la réalité que de la fiction.
Filip
Coppens