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la Chanson de Satan? (6ème partie) - En direction de Rennes-le-Château |
La
fin d’une quête
Hammer
soutient que Koehn, après avoir tenté de découvrir
‘Les Juges Intègres’ à Gand, part en France et
à Carcassonne plus précisément. L’enquête
de Tom R. sur les pas de Koehn le conduit logiquement à Carcassonne
au printemps 1949. C’est là qu’il apprend, au cours d’une
visite dans un musée, l’intérêt prononcé
d’un officier allemand pour un petit village au sud de Carcassonne
: Rennes-le-Château.
Cet épisode s’inscrit dans le point culminant du livre de Hammer
et c’est ici que pourtant des détails de cet élément
ne sont plus en phase avec l’histoire connue. Tom R. semblerait parti
en camion jusqu’à Couiza, pour ensuite monter à pied
jusqu’à Rennes-le-Château où il loue une chambre
dans un hôtel géré par Corbu. Toutefois, bien que ce
dernier ait acheté le domaine en 1949, ce ne fut pas vraiment un
hôtel avant 1950, mais plutôt un « gasthuis »…
mot qu’Hammer, dans l’interview avec Radio Rennessence, traduit
comme pension de famille ou chambre d’hôtes. Bien que la Villa
puisse loger des personnes en ce temps-là, Klaas van Urk reçoit
la confirmation, d’Antoine Captier et Claire Corbu, que seuls les
amis de la famille ou de très proches relations y étaient
accueillis. Cette affirmation rend invraisemblable le fait que Tom R., un
étranger complet, soit resté là, comme l’affirme
le livre… à moins (ceci ne devrait pas être ignoré)
que Tom R., quelque part, ait eut les « crédits » requis
lui permettant de rester en tant qu’intime.
La
naissance d’un mythe
Les
Capitelles, Coustaussa
Pendant son séjour, Tom R. rencontre une certaine Gabriella, déjà rencontrée dans ses voyages de recherche de l’Arma Christi, qui l’informe du lien entre la CIA, le Vatican et les ‘lignes de Rat’. Elle ajoute, de plus, que s’il découvre la vérité, il doit se rendre à une adresse dont elle lui laisse les coordonnées.
A
ce stade, Hammer soutient que toute l’histoire du trésor de
Rennes-le-Château est l’invention des Desposyni (Ebionites ou
pénitents), pour lancer les curieux sur une fausse piste. Il est
intéressant de noter que l’allégation de l’histoire
du trésor en forme de diversion de la vérité est rapportée
dans le livre ‘City of Secrets’ de Patrice Chaplin. On y trouve
les membres du groupe pénitentiel de Gérone dans la crainte
qu’à la mort de Marie Dénarnaud, certaines vérités
puissent circuler de manière incontrôlable ; et le fait, pour
eux, de savoir le monde des chercheurs de trésor focalisé
sur une histoire de trésor, les rendit tout à fait satisfaits.
Contre toute attente, Gabriella suggère à Tom R. de vouloir
l’aider en répandant une désinformation sur l’histoire
(fabriquer une histoire de trésor de toutes pièces), de sorte
que quiconque rouvrirait la quête de Koehn ou autres s’égarerait
facilement de la vérité. Cette opération inclurait
de faux rapports à ses intendants de la C.I.A., avec lesquels il
n’avait pas de problèmes. Ayant pris sa décision, il
décide néanmoins de feindre sa mort, et celle de son épouse,
survenant lors d’un accident maritime en Méditerranée.
C’est
aux environs de Noël 1949 que Tom put voir l’Arma Christi, peu
avant qu’il ne simule sa propre mort et commence une nouvelle vie
en se cachant à Paris où, apparemment, il rencontre Gérard
de Sède qui, involontairement, l’aide à définir
la désinformation. Le reste nous est bien connu…
Finalement, Tom R. prend contact avec Hammer qui, étant de sa famille,
écrit et fait éditer le compte rendu sous forme d’un
ouvrage à très grande diffusion.
Incohérences
Une
cellule du Couvent St Cecile, Perillos
La partie de cette histoire sur Rennes-le-Château contient plusieurs incohérences ou détails dérangeants dont certains ont déjà été soulignés. Par exemple, Hammer écrit qu’Asmodée, à l’origine, se présentait une lance dans la main alors que la statue à l’entrée de l’église était autrefois munie d’un trident. Il tient ensuite, sur les parchemins, des propos affirmant leur authenticité. Il déclare, défiant toute rationalité, que le confesseur de Saunière décède le jour même où ce dernier expire. Il fait dire à Corbu que l’église a toujours été dédiée à Marie Madeleine, ce qui est incorrect, comme nous le savons. Finalement, il argumente que la pièce/annexe secrète de l’église était autrefois un ermitage ayant été apparemment le refuge de Marie Madeleine… avec les capitelles, au-dessus de Coustaussa, en guise d’autres cellules d’ermites ayant suivi pour y vivre, et mourir, dans sa tradition.
Bien que l’hypothèse que la pièce secrète ait été la cellule de Marie Madeleine soit complètement invraisemblable et impossible, l’identification des capitelles comme des cellules d’ermites est intéressante, sinon plausible. C’est à Périllos, au couvent Ste Cécile, qu’il y a également des capitelles identiques qui, dans ce cas, sont connues pour avoir été utilisées par des religieuses recluses. Comme à Périllos, ces structures près de Rennes-le-Château sont regroupées par trois ou cinq, formant encore une connexion supplémentaire entre les deux importants lieux de l’énigme. En dépit des nombreuses impossibilités et erreurs, l’identification de Hammer, concernant ces capitelles considérées comme des cellules d’ermites, ne devrait donc pas être prise à la légère. La question essentielle, bien sûr, est de savoir si leur présence est conforme à la thèse de Hammer… ou complètement différente à propos des origines de leur construction.
La
chanson de Satan
Dans
son livre, Hammer argumente que l’Arma Christi a trouvé ponctuellement
refuge à Notre-Dame de Marceille vers la fin des années 1940,
mais qu’elles sont maintenant en un autre endroit. Dans l’interview
de Radio Rennessence, il ajouta que Notre Dame de Marceille fut par deux
fois la localisation de l’Arma Christ.
Ces détails correspondent effectivement bien avec les luttes de pouvoir
connues qui impliquent ce site, une fois à l’époque
des frères Fouquet au 17è siècle, et la seconde fois
au moment où l’abbé Saunière, avec monseigneur
Billard, tente d’acquérir le sanctuaire et ses terrains environnants.
Hammer déclare que Billard était en fait un Ebionite, et cette
affirmation correspond parfaitement avec les résultats des recherches
d’Isaac Ben Jacob. Il est en outre accepté que sans la protection
de son premier évêque, Saunière et plusieurs autres
prêtres dans l’évêché auraient eu à
répondre à d’embarrassantes questions… ce qui
arriva à Saunière plus tard, se retrouvant face aux ennuis
une fois son protecteur décédé.
Après l’interview avec Radio Rennessence, l’auteur note
que sur 400 mails reçus depuis la publication de son livre, seulement
deux abordent nettement les implications religieuses de l’ouvrage
et trouvent intéressant que l’interview non plus ne se soit
pas risqué sur cet aspect pour le moins des plus délicats.
Pourtant, Hammer, dans ses écrits, insiste sur les « raisons
» poussant à ce que l’Arma Christi soit si bien protégé
et sa localisation gardée secrète. Il argumente que l’Antéchrist
chercherait à s’en accaparer pour enfin avoir la main mise
sur le monde. Mais cela, semble t-il, est une toute autre… chanson
!
Filip
Coppens