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Un
Raccordement Espagnol de l’énigme Bérenger Saunière?
(1ère partie) - Des tours jumelles |
Le
discret voyageur
L’affaire
de Rennes-le-Château, dès la parution du livre de Gérard
de Sède, devient immédiatement une affaire commerciale de
grande ampleur, comme elle l’est encore de nos jours. La perspective
d’une manne si providentielle est soigneusement amplifiée jusqu’à
son paroxysme au niveau du village pour assurer que l'intérêt
pour le mystère de Bérenger Saunière reste étroitement
localisé et constant. Sur un autre plan, il est certain que tous
les villageois, et surtout les deux chercheurs principaux de l'énigme,
Antoine Captier et Claire Corbu, savent que l’abbé Saunière
disparaissait assez régulièrement et cela, parfois pendant
plusieurs jours. Les gens du pays, s’ils confirmaient ces absences,
n’en connaissaient pas pour autant la destination. Certains, cependant,
affirmaient qu’il pouvait s’agir de voyages à Paris ou…
en Espagne.
Un siècle plus tard, nous savons que Saunière se rendait dans
diverses directions : Perpignan, près de Lyon, peut-être Paris
ou encore l'Espagne. Le fait de suivre Saunière avec précision
à Lyon ou à Paris n'est pas chose aisée. En effet,
dans une grande ville, il est difficile de retrouver les témoignages
évidents de sa présence. La chose est d’autant plus
délicate qu’il est logique que Saunière ne tienne pas
vraiment à ce que certains de ces déplacements soient faciles
à reconstituer. Ceci est paradoxalement encore plus difficile à
savoir avec précision dans un petit village comme celui de Rennes-le-Château,
la pratique locale de ‘l'omerta’ imposant tacitement que personne
ne s’immisce dans les affaires privées des autres villageois.
Gérone
La
ville espagnole de Gérone serait le bon exemple de ‘densité’
idéale pour une telle recherche : ni trop grande, ni trop petite,
bien que malheureusement difficile, pour tout étranger, à
explorer dans ses ombres secrètes car résolument d’esprit
catalan. On retrouve dans cette cité une autre tradition ‘d’omerta’,
fondée sur une incontournable distinction entre les Catalans et n'importe
quelle autre ethnie.
En dépit de ces discrètes traditions en place, une étrangère,
Patrice Chaplin, dont l’identité aurait pour raison l’alliance
avec le fils de Charlie Chaplin, s’engage à découvrir
le secret de cette ville… et semble avoir en grande partie réussi
son enquête. De plus, cette personne est une auteure bien connue et
reconnue comme telle si l’on considère son formidable ouvrage
« City of Secrets ». Ce travail de recherche hors du commun
permet de comprendre à quel point elle a pu obtenir l’exceptionnelle
participation des habitants de Gérone, cette ville dont elle tombe
littéralement amoureuse à 15 ans et où elle se rend
de nombreuses fois dans son enfance.
Gérone se situe au sud de Figueras, proche de la frontière
et de la ville française de Perpignan. Pour certains chercheurs s’intéressant
à l’affaire de Rennes, Gérone est trop éloignée
du ‘pôle d’intérêt’ et pour cette raison,
ils ignorent cette nouvelle évidence. En fin de compte, depuis 1995,
les allégations d'André Douzet démontrant que Saunière
a visité Durban -Corbières et Périllos, bien plus intéressantes
et tangibles que les visites ‘bancaires’ à Perpignan,
dérangent les chercheurs (ou prétendus tels) mentionnés
ci-dessus dans l’optique de Rennes-le-Château. Ils tentent laborieusement
de démontrer l’impossibilité pour Saunière d’effectuer
de tels déplacements… en oubliant l'existence d'un réseau
de chemin de fer bien supérieur à celui d'aujourd'hui. En
effet, Couiza dispose encore d’une gare de cette époque, comme
Durban en avait une, aujourd’hui disparue.
Ainsi, il en est de même pour Patrice Chaplin, affirmant que Saunière
a fréquenté Gérone… encore plus éloignée
que Perpignan ?
Voyages
à l'étranger
Comme
André Douzet en 1995, quand il affirmait que Saunière s’est
rendu à Lyon, Patrice Chaplin a partiellement appuyé son hypothèse
sur des lettres de Saunière prouvant que ce dernier est allé
à Gérone. Comme nous le démontrions, Bérenger
Saunière quitte souvent Rennes-le-Château. Selon Chaplin, il
loue les services d’un transporteur à la solde du ‘Grand
Hôtel Pyrénées’, à Quillan. Avec ce moyen
de transport, il se rend parfois jusqu’à Perpignan. Le conducteur
doit attendre son client sur la colline de Rennes-le-Château, en dehors
du village, de sorte que les paroissiens ne puissent le voir partir en voiture.
Cependant, il aurait été vu malgré ce stratagème.
Au cours de son enquête, Chaplin a pu consulter plusieurs horaires
de train, à diverses périodes, et a fini par en trouver un
probablement utilisé par Saunière lui-même.
Il ressort de cette recherche que les voyages de Saunière jusqu’à
Perpignan se déroulaient souvent sans problème. Les choses
se seraient montrées différentes avec le chemin de fer espagnol,
moins souple en horaire et en nombre. C’est pourquoi notre abbé
semble avoir choisi de partir le mercredi en Espagne pour être de
retour le samedi, afin d’assurer l’office du dimanche. Selon
la chronique locale, il lui serait arrivé d’être en retard
pour ce service dominical ; c’est ainsi qu’un jour, il se retrouve
contraint à demander un transporteur avec des chevaux pour le récupérer
depuis la frontière. De là, il loue une voiture et un chauffeur
pour rejoindre sa cure. Dans une lettre à un ami de Quillan, datée
du 13 mai 1897, une femme à qui il rend visite à Gérone
écrit: « Nous rions beaucoup, ce qui va te sembler… follement
inapproprié mais c’est ainsi que les choses se passent lorsque
nous sommes ensemble et puis il doit toujours partir, aussi soudainement,
et ensuite je me sens terriblement seule ». Une autre lettre, non
datée, mais écrite un « vendredi nuit »,
émaille étrangement le système de communication de
Saunière avec Marie Dénarnaud restée au presbytère
: « Chère Marie, hier, Guillem a fait une découverte
qui pourrait être extraordinaire si c’est en effet ce que je
crois, aussi dois-je demeurer ici et ne rentrerai pas dimanche. Peux-tu
envoyer la seconde lettre à Carcassonne immédiatement ? ».
Cette lettre contient une référence à son frère
Alfred. Il est clair qu'elle antidate la mort de son frère en 1905.
La lettre suggère aussi que Marie ait dû envoyer une lettre
à l’attention de l'évêché, sans doute chargée
de fournir une excuse – une maladie ? – pour Saunière
qui savait ne pas être en mesure de conduire l’office du dimanche.
«
La maison des chanoines »
Tout
comme à Lyon, nous savons où Saunière habite à
Gérone. Son point d’accueil dans cette ville était la
prétendue ‘maisons des chanoines’, maintenant disparue.
Tout ce qui reste de cette propriété est un jardin, utilisé
pour des concerts, ainsi que le passage voûté comportant encore
l'inscription latine ‘Domus Canon’. L’appellation de cette
demeure, ‘maison des chanoines’, est due aux membres du chapitre
de la cathédrale de Gérone située à peu de distance
de cette ‘maison’ dont l’adresse est au "3 Sant Cristòfol".
Les registres indiquent qu'elle appartenait à un certain Joaquim
Massaguer Vidal. Cette personne fit construire la maison avec sa fameuse
tour énigmatique le 3 décembre 1851.
Beaucoup plus tard, le 5 décembre 1932, elle a été
acquise par Joan Saguer pour 1250 pesetas. Quatre jours après, le
9 décembre 1932, ce même propriétaire la revend à
Roger Mathieu et Marie Augusta Bertroz. Le 9 décembre 1940 –
quel hasard ! – Mathieu décède subitement et sa veuve
en devient l’unique propriétaire.
En 1962, le maire suggère que la municipalité achète
ce domaine, et un certain ‘senora Juncosa’ effectue la transaction
au nom de la veuve Mathieu qui habite Paris depuis 1955. La vente intervient
le 31 août 1962. Etrangement, peu après, la municipalité
fait démolir le bâtiment « pierre par pierre »,
comme le précisent certains témoignages. Seul le jardin a
été conservé jusqu’à nos jours. Il reste
intact et connu sous le nom de ‘jardins de la francesa’…
le jardin de la Française.
«
Torre Magdala »
L’histoire
de cette propriété est pleine de zones d’ombre et d’intrigues.
Certains témoignages indiquent même qu’elle était
maudite pour d’obscures raisons. A ces rumeurs s’ajoutent d’autres
traditions faisant état d’une étrange fortune…
Ces éléments ne pourraient-ils pas concorder vers un «
Trésor Maudit » ? Les gens du pays racontent encore que Claude
Debussy serait venu ici. Naturellement, on se souvient que Debussy fut considéré
comme un Grand Maître du mythique Prieuré de Sion, pour ne
pas dire un de ses nautoniers. Cette hypothétique distinction lui
aurait été décernée en raison du fait qu'il
était une figure principale de certains cercles occultes parisiens
à la fin 19e siècle. Selon Chaplin, la maison aurait, par
le passé, recelé des sculptures exotiques, effigies antiques,
tissus magnifiques, y compris un papier peint d'or venant de Duchesne à
Paris. On a dit que certaines des plantes exotiques dans le jardin et la
maison ont été conseillées par Saunière lui-même.
Retenons encore une curieuse analogie entre les deux sites. Corbu s’est
mis à creuser dans la villa Béthanie après le décès
de Marie Dénarnaud. Lorsque Chaplin entre dans la maison espagnole,
en 1955, elle découvre le plancher d'une pièce dissimulée
recouvert de tuiles cassées. Elle trouve également, dans la
cheminée, des papiers à moitié calcinés qui
n’ont pas été enlevés…
Mais ces détails ne représentent pas l'aspect le plus important
de cette étrange tour. Cette construction est surtout intéressante
pour nous par le fait qu’elle semble être une copie fidèle
de la Tour Magdala de l’abbé Bérenger Saunière
! Sur Internet, on peut prendre connaissance du bref commentaire d’un
politicien local, Fransesc Ferrer Gironès, mentionnant le lien entre
l’affaire de Rennes-le-Château et celle de Gérone. Cependant,
nous devons à Chaplin d’avoir des photographies montrant que
la Tour Magdala est une copie de la tour de la Maison des chanoines et non
l’inverse, en raison du fait que la tour de Gérone a été
construite en 1851…
Les
intérêts espagnols de Saunière
Lettre
de Saunière. © Patrice Chaplin.
Saunière
entame, vers 1900-1901, les travaux pour son domaine, incluant la villa
Béthanie et la tour Magdala (construite vers 1906)… On peut
estimer qu’il visite Gérone avant 1900. Sur ce propos, les
‘traditionalistes’ avancent comme possibles les dates de 1891
à 1900… Notons que, souvent, la date de 1891 est prise comme
celle du début du mystère Saunière en raison du fait
qu’il écrit, le 21 septembre, dans son carnet personnel : «
découverte d'un tombe ». Si ce fait est important pour la suite
de cette affaire, on peut cependant argumenter que ses ressources financières
augmentent de manière anormale et brutale bien avant ces dates…
soit vers 1886. Nous ne sommes pas surpris que Chaplin ait découvert
un courrier de Saunière, daté de 1888, fournissant une évidence
indiscutable à ce lien avec l’Espagne. Cette lettre suggère
que le premier voyage à Gérone de l’abbé eut
lieu en 1888. Un certain Tomàs lui écrit : « La maison
est derrière la cathédrale et facilement reconnaissable à
cause de la tour construite il y a trente ans. Juli Tarres attendra votre
visite ».
Le contenu de cette lettre nous montre un Saunière si peu familier
avec cette ville que Tomàs soit tenu de l'aider à localiser
un endroit spécifique comme cette tour. Mais surtout, ce détail
prouve que les deux personnages se connaissent, tout comme Juli Tarres qui
semble attendre le prêtre de Rennes. Ce dernier, d’ailleurs,
est propriétaire d’une librairie spécialisée
en « textes antiques et livres rares ».
Une autre missive envoyée à Juli, datée de 1892, peut-être
par Saunière, contient un travail intitulé « écritures
sur la Rose Croix » par Julien Sacaze. Il y avait également
la ‘matière’ du fameux « Inscriptions Antiques
des Pyrénées » édité à titre posthume
en 1892 (Sacaze étant mort en 1889). Sacaze était un auteur
français intéressé par le sujet Rosicrucien et aussi
président de plusieurs organismes archéologiques dans le sud
de la France. Les livres rares, les découvertes archéologiques…
et la Rose - Croix… sont des thèmes connus pour être
chers au coeur de Saunière.
A
partir de 1888, nous avons maintenant la certitude des visites de Saunière
en Espagne. A cet effet, on lit une lettre sans équivoque en date
du 6 février 1901 : « J’arrive mercredi tard. Je vous
prie de m’attendre. Sinon ne verrouillez pas l’autre porte.
Je vous apporterai des plantes.
Pouvez-vous vous renseigner sur les mesures des fondations et s’ils
savent comment on est arrivé à ce chiffre précis ?
Il faudra que vous alliez voir l’architecte ou encore mieux que vous
demandiez à Dalmas d’y aller, il doit se procurer un exemplaire
des plans. »
Ce courrier est important pour nous dans la mesure où nous voyons
que les plans en question sont censés se rapporter aux plans de la
tour afin de la reproduire dans son domaine de Rennes, ainsi que d’une
autre construction -une habitation ?- qu’il souhaite ou dont il semble
avoir besoin...
Une
étrange relation de l’abbé Saunière
Saunière
reste – apparemment plusieurs jours – dans cette énigmatique
maison qui semble le fasciner au point qu’il essaie d’en faire
une copie à son usage. Ajoutons que cette demeure est réputée
comme ‘celle de la femme française’… et c’est
précisément cette femme que Saunière vient rencontrer
assidûment en Espagne.
La tour de la maison des chanoines. © Patrice Chaplin.
Cette personne d’origine française, ayant pour nom Maria Tourdes,
serait née à Quillan vers 1880. Elle aurait apparemment fait
connaissance de l’abbé Saunière dans cette ville, lors
d’une rencontre avec ses parents et l'archéologue Ernest Cros.
Pour quelles raisons cette femme finit-elle par habiter à Gérone
? Ce fait n’est pas complètement expliqué par Chaplin.
Cependant, on pourrait comprendre qu’elle ait été conduite
là par Saunière, avec l’aide de ses contacts espagnols,
peut-être afin d’occuper une sorte de point de rencontre ou
de contact local avec un groupe plus… hermétique ! Maria Tourdes
est-elle sa maîtresse ?... Ce serait possible si on accordait un sens
‘sentimental’ aux termes de son courrier quand elle exprime
combien elle est seule dès que Bérenger est parti…
Cependant, il semble bien qu’il se soit agi de beaucoup plus qu’une
simple aventure amoureuse. En effet, en 1907, Maria Tourdes se marie avec
Roger Mathieu qui décède 33 ans plus tard. Ce dernier acquit
la propriété de la famille Massaguer, avec l’aide de
Joan Saguer qui semble avoir assuré le rôle d’intermédiaire
de telle sorte que les fonds de la famille Mathieu ne puissent être
identifiés… pas même par les services fiscaux compétents.
Apparemment, Mathieu eut une maison dans Llanca, plus au nord, en bordure
de mer… et ce mariage pourrait être une alliance de convenance.
Roger est beaucoup plus âgé et, selon les dires de témoins
attitrés, aurait été missionné par le Vatican…
afin d’espionner Tourdes et aussi… Saunière ! La rumeur
rapporte que Mathieu aurait eu d’autres maîtresses par ailleurs…
Identifiée sous le terme de ‘la Française’, il
semble qu'elle est soit restée en grande partie dans l’ombre
sous la forme d’une énigme localisée. Elle aurait été
le point de ralliement d’un petit groupe de personnes ayant toutes
eu un lien ou une raison à voir avec Bérenger Saunière.
Selon Chaplin, Maria Tourdes reçut de grosses sommes d'argent de
l’abbé… et parfois de son frère Alfred ! Ceci
peut correspondre avec cet élément découvert par Pierre
Jarnac et ainsi signalé par Guy Patton : « Un dossier de police
existe toujours contenant quelques détails d'une enquête juridique,
après la mort de Saunière en 1917, dans la source de son revenu.
Bien que la nature de l'évidence soit maintenant inconnue, l'enquête
a conclu qu'il avait été ‘trafiquant en or avec l'Espagne’
». C'est sans aucun doute en toute logique que son plus grand admirateur,
Pierre Plantard, beaucoup plus tard, soit aussi soupçonné,
accusé et condamné pour des transactions avec la Suisse cette
fois.
Exil
parisien
Maria
Tourdes. © Patrice Chaplin.
L’étude
des actes de propriété de la maison révèle qu’elle
a été vendue à la municipalité en 1962. Alors
que Chaplin, en 1955, surgit dans cette affaire, Maria Tourdes est encore
vivante. Elle quitte Gérone pour son appartement de Paris. À
Chaplin, elle se confie en ces termes: « Ils veulent que je parte.
Je suis partie après la guerre, la deuxième guerre mondiale,
et n'ai jamais pensé que je reviendrais ». Cependant, «
exilée » dans la capitale française, ce sont ses amis
de Gérone qui s’en iront la visiter. En 1961, ou 1962, un autre
personnage très important vient la rencontrer… un certain Gérard
de Sède. Chaplin affirme que ‘la Française’ était
l'une des principales sources secrètes de De Sède, depuis
laquelle l’auteur écrit son livre majeur sur le mystère
de Rennes-le-Château.
Tourdes n'est visiblement jamais retournée dans le ‘sud’…
Elle serait morte entre 1962 et 1968, laissant plus de questions que de
réponses, dont certaines pour nous représentent un intérêt
notoire. Pendant son premier exil, dans une lettre de 16 juin 1951, Pépita
a Dolorés écrit sa rencontre avec Maria à Paris. Maria
était visiblement riche et son argent apparemment provenait de Saunière.
Bien qu’à cet instant nous manquions encore de preuves formelles,
il y a tout lieu de croire que l'argent de Maria Tourdes ait été
investi au Congo belge… A cet effet, elle aurait effectué quelques
voyages d'affaires de Paris à Bruxelles pour contrôler et gérer
ses investissements lointains.
Une lettre datée du 20 octobre 1951, envoyée par Maria du
‘Gran Balneario’, depuis la station thermale de Caldas de Malavella,
à Dolorès, l’informe qu'elle est momentanément
dans l’impossibilité de veiller sur « la matière
de Bruxelles ».
Elle demande à Dolorès, qui en grande partie a fait fonction
d’aide et conseillère en investissements, de faire un transfert
depuis certains comptes bancaires français inscrits à la Banco
Di Roma… et vérifier d’autres investissements à
Londres. Elle s’inquiète à cette occasion de savoir
s'il est vrai que « la ‘bonne’ de Rennes est morte »…
Il s’agissait de Marie Dénarnaud… qui n'était
pas encore morte !
Dolorès, dans ce courrier, demande où en est le ‘pasteur’.
Maria réplique ne pouvoir répondre à cette attente,
et ajoute, cependant, que Saunière n’a jamais fait quoi que
ce soit au hasard. La lecture de cet échange indique que Dolorès
s’intéressait moins à son amie qu’à son
argent, et que les visites de Saunière vers l'Espagne étaient
surtout la marque d’un trafic d'argent.
Des
tours jumelles ?
Chaplin conduit, à son époque, une discrète ‘enquête d’environnement’ dans le but de comprendre les vraies raisons de Saunière de se rendre en Espagne. La réponse de ce ‘milieu’ espagnol aurait de quoi laisser stupéfaits si nous ne disposions nous-mêmes d’éléments allant dans ce sens : « …pour suivre les instructions en partie codées par Bigou et retrouver le matériel afin de l'employer. La tour en était la clef et Saunière aurait donné à Maria Tourdes assez d'argent pour acquérir la propriété qui passe entre les mains d’un personnage séculaire. Ce serait un avocat, M. Saguer, qui aurait conduit la transaction en laissant les vrais instigateurs dans l’ombre ». Bien que cette affaire soit légalement réglée seulement beaucoup plus tard, Tourdes s’y est prise de telle manière qu’elle puisse se sédentariser dans cette propriété et en assurer la surveillance. C’est une lettre, du même Tomàs à Saunière, qui suggère que Saguer soit choisi en tant qu'intermédiaire idéal… même à cette époque. Quant à la façon de contourner l'obstacle de recevoir la permission de Massaguer pour que Maria vive dans cette demeure, les contacts de Chaplin suggèrent qu'elle ait appartenue à une société, un groupe, semblant avoir sur ses colonnes des personnages comme Tarres et Tomàs. Soulignons que ces deux derniers étaient en contact avec Saunière et semblaient partager un ordre du jour commun pouvant être d’établir les contacts entre l’Espagne et la France.
Le
Tour Magdala
Les
lettres de Saunière semblent authentiques… Toutefois, il est
bien compréhensible que cette dérive inédite de l’affaire
de BS soit parfois difficile à admettre. Cependant, nous pouvons
retenir comme concret l'aspect le plus impressionnant de cette histoire
: le fait que la propriété de Gérone ait eu une tour
identique à celle du domaine de l’abbé Saunière.
Jusqu'en 1995, la tour est vue comme folie de mégalomane… en
forme de pièce unique. En 1995, André Douzet avait précisé
qu’une tour du château de Virieu, au-dessus de Pélussin,
dans la région du Pilat, ressemblait à la tour Magdala et
aurait pu servir à son inspiration. Maintenant, nous savons qu'il
y avait une tour identique à Gérone. Saunière visite
cette ville où se trouve cette pièce d’architecture.
Il sollicite également Maria Tourdes pour en retrouver les plans…
et cela au moment où il est sur le point de commencer la construction
de la tour de son domaine. Cette accumulation de détails a peu de
chance d’être le fruit d’une coïncidence.
A propos de la tour, Alan Scott explique : « Je suppose que la
tour Magdala peut être considérée comme le sommet de
l'accomplissement du projet de Saunière. Son église peut certainement
s’avérer comme une sorte de ‘chef d’œuvre’.
Mais, comparées à ce sanctuaire, la villa Béthanie
et la tour doivent avoir satisfait sa fierté et son orgueil beaucoup
plus intensément que ses autres œuvres n’ont pu le faire
». Placée dans un contexte d’ésotérisme
espagnol, la tour Magdala peut être prise comme l’élément
majeur d’un contexte Kabbalistique très particulier et, sous
un certain angle ‘magique, être interprétée en
tant que ‘Grand œuvre’.
Saunière a confié la construction de ce bâtiment à
Elie Bot. Ce maçon de la région, également limonadier,
est celui qui exécute les travaux de gros oeuvre d’une grande
partie de l'église. La construction commence en 1901 et s’achève
en 1906. En avril de cette année, une superficie de 23 m2 de plancher
est terminée. Le 27 août 1906, Bot prend livraison des meubles
raffinés de la bibliothèque, livrés à la gare
de Couiza. Curieusement, c’est sur l’heure que le mobilier est
installé dans la tour… alors que fenêtres et portes sont
posées bien après… Que peut motiver cette hâte
incohérente dans la chronologie de construction du bâtiment
?
Le projet concernant la construction de tous les bâtiments a coûté
environ 45.000 francs d’alors. Les comptes d’Elie Bot existent
encore sous forme de factures et de notes. A cette époque, le salaire
quotidien moyen d’un ouvrier maçon est d’environ 3 francs
par jour… ce qui signifie qu'un tel ouvrier aurait dû travailler
durant 41 ans pour financer un bâtiment si somptueux.
Dans
ses observations, Alan Scott ajoute encore : « Même en appliquant
les normes actuelles, ce montant semble une somme d'argent quelque peu prohibitive
pour un bâtiment qui structuralement est loin de justifier un tel
devis. Pour expliquer cette incohérence, on peut seulement supposer
des instructions complexes ou des ‘détails’ d’exécution
très particuliers hors normes expliquant la raison d'un tel coût
». Dans ce nouveau contexte, nous savons maintenant que Saunière
dut fournir à Bot un ensemble de schémas architecturaux accommodés
d’une demande d’exécuter ces derniers avec précision.
Nous savons depuis peu que l’abbé Saunière, et son maçon
Elie Bot, étaient liés par une sorte d’étroite
complicité tissée au cours des années de travaux et
‘découvertes’ communes. Il existe, à présent,
des éléments permettant de savoir que Bot était présent
à différentes ‘soirées’ somptueuses, ou
d’autres ‘réunions’ particulières au domicile
de Maria Tourdes, à Gérone, où se serait également
rendu Debussy. Nous savons, depuis certains témoignages locaux, que
d'autres occultistes d’importance auraient également visité
cette étrange demeure. S’il est possible qu’Elie Bot
ait été invité, nous ne saurons probablement jamais
s’il l’a été pour voir la tour de Gérone
avant que commence le chantier de Rennes-le-Château.
D’étranges
exigences architecturales
Encore
selon Alan Scott, écrivant sans avoir eu connaissance de nos informations,
il y aurait à propos des détails d’exécution
: « …des dimensions extrêmement précises semblant
avoir été imposées et on peut se demander pourquoi
celles-ci ont été choisies… cependant avec discrétion.
». On note en particulier plusieurs détails.
D’abord, nous trouvons une différence de cote ‘hors œuvre’
entre le niveau ‘rez de terrasse’ et l’étage de
la tour. Ce dernier se trouve légèrement surdimensionné
en comparaison avec celui du dessous. Ensuite, on a une dimension ‘hors
tout’ d’un côté de la tour de 5,69m précisément.
On peut se demander pourquoi cette décimale, compliquée à
appliquer sur le chantier, alors que 5,50, 5,70 ou 6,00 ne changeait pas
grand-chose à la proportion de l’édifice ou ses surface
utiles et usages. Enfin, nous trouvons une insistance basée sur le
chiffre 22 lié à des détails précis de la tour.
C’est ainsi que nous trouvons 22 espaces entre les créneaux…
11 (moitié de 22) de ces espace pour la tourelle de la terrasse…
22 marches pour accéder de l’étage au sommet de la tour…
Et pour finir, nous en comptons 22 autres pour les deux montées du
jardin au ‘belvédère’. Cela fait un certain nombre
de hasards tournant autour de ce nombre pour ce point… ‘magdalénien’
du domaine de Saunière. Il va sans dire qu’il ne peut être
question d’autre chose que d’une volonté délibérée
de ce dernier pour ce genre de… fantaisie ! Cependant, en attendant
de trouver la raison de ces ‘indices’, il semble de plus en
plus convenable de penser que l’abbé agissait selon un ‘plan’
autant précis que confidentiel. Sans doute le plan de la ‘Tour
de la maison des chanoines’ de Gérone contenait-il des ‘raisons’
particulières d’être reproduites à l’attention
de qui de droit… et que ces raisons ont, sans doute, été
trouvées par Chaplin en son temps…
Filip Coppens