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Un Raccordement Espagnol de l’énigme Bérenger Saunière?
(4ème partie) - Cabale Kabbalistique

 

Diva

Bérenger Saunière a-t-il connu Emma Calvé ?... Cette question est presque aussi récurrente que le mystère lui-même. Officiellement, sur un autre plan, il n'existe toujours pas de preuve que Saunière se soit rendu à Paris. Ce constat nous autorise légitimement à rester sceptiques au sujet de la découverte principale qu'il aurait pu faire en 1891 et qui l’aurait conduit à St Sulpice, via son évêque de Carcassonne. En raison des origines encore mystérieuses de la richesse du prêtre, il est possible que certaines dates aient même été antidatées de plusieurs années tout comme, également, certains de ses voyages.
Il est clair que Saunière est un voyageur impénitent et il n’est donc pas impossible qu’il se soit rendu à Paris pour simplement y assouvir sa soif naturelle de curiosité. De fait, il n’y aurait là rien de vraiment étonnant qu’un homme de cette trempe ait eu le désir de visiter la capitale de son pays, sans autre intention qu’une envie légitime d’horizons nouveaux…

Emma Calvé

Peu de touristes, dans la capitale, à cette époque, ont la chance de se trouver en compagnie intime d'Emma Calvé qui est à ce moment-là une des plus célèbres cantatrices de France. En outre, nous pouvons supposer que les établissements où Emma se produit ne sont pas vraiment de ceux qu’un prêtre fréquente assidûment.
Pour ces raisons, et quelques autres, il est donc peu probable que Saunière et la Prima Donna se soient étroitement fréquentés dans la capitale. Henry Lincoln soutient néanmoins cette thèse avec précision et allégation. Selon cet auteur réputé, les deux personnages se seraient bien connus, et ‘quelqu'un’ lui aurait confirmé ces faits. Si c'est une certitude, il faut cependant ajouter qu’elle a été faite oralement.
À cette rumeur, Chaplin ajoute une autre évidence. Saunière a connu Emma Calvé tout autant que Maria Tourdes ainsi qu’une de ses amies, une certaine Madame Juncosa. Cette dernière s’est d’ailleurs rendue au château acquis par la cantatrice, près de Millau.
Face à ces constats, il devient possible que notre abbé et l’illustre chanteuse se soient effectivement rencontrés… Si nous tentons de savoir comment cette ‘amitié’ s’est engagée, la réponse en est toute simple. Si Saunière s’intéresse à une société occulte, à un de ses membres, ou assiste à une tenue du genre à Paris, il est probable que sur ses colonnes il ait trouvé la diva, réputée pour fréquenter de telles réunions.

Un arrêt à Lyon

André Douzet a montré l'évidence de Saunière assistant à au moins deux ‘tenues’ en loge Martiniste à Lyon. A ce jour, nous ne disposons pas encore d’une telle preuve concernant une réunion parisienne de cet ordre. On peut raisonnablement se demander les raisons pour lesquelles Saunière, un prêtre, est présent à de telles réunions à Lyon ? Ce sont les registres de présence qui l’indiquent en qualité de ‘visiteur’. L’adresse donnée sur le cahier des présences est effectivement celle à laquelle il descend en venant sur Lyon. Il est évident que le terme visiteur, en matière de ‘loge’, ne définit pas un touriste en mal de mystère… Tout simplement, un ‘visiteur’ est membre d'une autre loge (ou plusieurs), dans d'autres villes, et il ‘visite’ ses FF au fil de ses déplacements, Lyon dans le cas présent. Quelques spécialistes prétendent que seules les catégories plus élevées sont admises à de telles tenues, suggérant ainsi que Saunière ait été membre des échelons supérieurs du Martinisme.

Dans la catégorie de l'évidence orale soutenue par Lincoln, nous avons la certitude que Bérenger Saunière est en relation avec deux loges Martinistes, dont la plus importante est une du secteur catalan en Espagne et l'autre à Lyon. Lorsque nous nous sommes renseignés sur cette information, en 2005, nous avons été confrontés à plusieurs questions.
La première était de savoir si Saunière avait pour mission de participer à la jonction de ces deux loges dont l’événement est officiellement reconnu dans les archives martinistes de la BM de Lyon. Dans le sens de ce propos, soulignons qu’une certaine importance hiérarchique occulte donnée à ce prêtre est clairement signifiée et pouvait favoriser ce ‘rapprochement’ hors du commun en la matière. Malheureusement, nous ne disposions, à ce moment, d’aucune évidence écrite de ceci… en dehors de son insolite présence aux travaux de cette RL martiniste à Lyon.
La seconde question est de comprendre pourquoi une loge de Catalogne, désirant à tout prix s’unir à une loge à Lyon, choisit un médiateur vivant à Rennes-le-Château !? Bien que Saunière ait pu tenir un haut grade dans une hiérarchie du type martiniste, il devait bien y avoir d’autres personnalités certainement mieux placées géographiquement pour régler cette coalition?
Naturellement, les nouvelles révélations de Chaplin ouvrent d’autres possibilités montrant, par exemple, que Saunière n’est pas un spectateur neutre dans cette affaire mais bel et bien un membre actif ou en étroite relation avec cette loge catalane (lire notre dossier Rennes-le-Château « Les sociétés secrètes dans l’affaire de Rennes-le-Château »).

Quand certaines choses restent dans certaines familles

Maximin & Melanie Calvet

Le groupe de Gérone s’intéresse au plus près à certains rites magiques, pouvant occasionner des apparitions ‘mariales’. Comme notre abbé opère apparemment la même magie, il nous faut prendre en compte cette ‘rumeur’ faisant d'Emma Calvé une parente de Mélanie Calvet… un des témoins ayant vu l'apparition de la Vierge à La Salette ? Coïncidence ? Pour ceux qui doutent encore, nous précisons que le véritable nom civil de la cantatrice était Rosa-Emma Calvet !
La prima donna connut personnellement, sinon intimement, les ‘ténors’ de la scène occulte parisienne: Stanislas de Guaïta, fondateur d'un Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix, en 1888 ; Papus (Gérard Encausse), fondateur de l'Ordre Martiniste en 1891 ; chez Edouard Bailly, elle rencontre également Jules Bois pratiquant la démonologie… et bien d’autres rites auxquels Emma Calvé s’intéresse au plus près.
Son nom est également énuméré dans le 'Diplôme d’Honneur' délivré à Papus, le 11 novembre 1892 à Paris, par la loge ‘La Vérité’. Suivant son nom, Calvé, on peut lire également ‘S.I.’. Ces initiales signifieraient-elles… ‘Supérieur Inconnu’?
Nous trouvons également sa signature apposée sur une demande de création d’une loge Martiniste à Toulouse. Etrangement, et dans l’ignorance générale, cette demande est faite à la loge de Lyon… qui est précisément celle où Saunière est invitée à siéger sur les colonnes. Le puzzle, avec toutes ces nouvelles pièces, semble commencer à se laisser visualiser doucement.

D’autres liens ‘familiaux’

La principale source d'informations de Chaplin est un descendant de Juli Tarres. Juli Tarres connaissait Saunière, et son propre petit-fils connut Maria Tourdes. Chaplin explique que les pratiques de Josep Tarres, au sein du groupe de Gérone, représentent un travail de plusieurs générations. A ce sujet, on peut souligner que sa mère appartenait à une société Rosicrucienne en France et, bien que née en 1907, son rôle n'était évidemment pas aussi important que celui de Juli Tarres. Chaplin ajoute que ses ancêtres ont été membres du groupe central de Paris disposant d’une branche à Narbonne. Cette information, loin d’être anodine, nous rappelle que cette ville est celle où Saunière est susceptible d'avoir été informé de sa ‘mission’ de 1886… celle lui permettant de pouvoir décoder les indices laissés par Bigou à Rennes-le-Château peu avant la Révolution.

« Rosicrucien »

Si Chaplin, dans ses travaux, ne donne pas un survol du cadre maçonnique dans lequel tout ceci doit être replacé, elle nous laisse cependant suffisamment d’indices pour continuer notre quête.
Rappelons-nous la présence de Julien Sacaze, où au moins ses ouvrages, sur les pierres des Pyrénées et sur le ‘Rosicrucianisme’.
Lors d’une rencontre de Chaplin avec un membre du groupe de Gérone, à sa demande, ce dernier compulse un dossier et lui suggère de consulter, à Paris, ‘L’Ordre Kabbalistique de la Rose Croix’. Si Chaplin s’est acquittée de cette « mission », elle n’en indique pas les résultats dans son livre.

L'Ordre Kabbalistique de la Rose Croix

Les structures internes de cette organisation sont assez connues pour que nous la sachions constituée d’un conseil de 12 membres supérieurs, dont six d'entre eux inconnus, afin que l'Ordre puisse ressusciter de l’intérieur en cas d'affaiblissement. En tant que tels, les six nouveaux membres fondateurs, s’intégrant au nouveau conseil, restent inconnus de tous… intérieurs ou extérieurs, et n’ont jamais tenu la responsabilité de la présidence précédente. Ils restent donc, de fait, les ‘six supérieurs inconnus’.
L'histoire connue de l'organisation occulte de cette ‘fraternité’ laisse noter qu’en son temps elle fut étroitement attachée tout autant à l'Ordre Martiniste qu’à l'église gnostique.

L'Ordre Kabbalistique de la Rose Croix est fondé à Paris vers 1888, avec pour premier Grand Maître le marquis Stanislas de Guaita (1861-1897). Notons tout de suite que 1888 est l'année où l’abbé Saunière fait apparemment son premier voyage à Gérone.
L'Ordre est formé de l’amalgame de diverses disciplines occultes, comprenant entre autres la Cabbale, le tarot, l'alchimie, la numérologie, etc… Sa hiérarchie se compose de trois degrés, et d’un quatrième restant secret.
Les trois catégories d’épreuves du cheminement interne sont souvent perçues comme une ‘université ouverte’ pour les adhérents.
Le premier examen des trois épreuves a eu comme conséquence une approche solitaire de la Cabbale et comprend l'étude de la tradition occidentale… et particulièrement celle de Rose-Croix ainsi que la connaissance des lettres de l'hébreu Aleph-Bet, leur forme, leur nom et leur symbolisme.
Le deuxième degré confère une ‘Licence’ dans la Cabbale se concentrant sur l'histoire générale des traditions religieuses tout au long des âges. L’étudiant y apprend comment s’y reflètent une vérité plus universelle ainsi que l'étude de certains mots hébreux. Si la première partie de l'examen des connaissances du postulant est orale, la seconde est écrite et se compose d'une question philosophique, morale ou mystique dont la réponse doit avoir été rendue des plus évidentes par le candidat.
La troisième et dernière épreuve est la défense d'une thèse avec des discussions sur tous les points de la tradition. Cette ultime partie confère le degré de doctorat de la Cabbale.

Indépendamment de Stanilas de Guaita (qui, comme nous l’avons mentionné, connaissait Emma Calvé), Papus, Spencer Lewis, Lucien Mauchel, Paul Sédir et Joany Bricaud ont tous été liés à cette organisation hermétique. Spécifiquement, la présence de Papus et de Bricaud est d'un remarquable intérêt en raison du fait qu’ils forment tous deux le pilier lyonnais de cette fraternité nous reliant aux activités de Saunière en cette ville. Bien que les différents liens concernant ces éléments soient peu précisés, en tant que tels, ne pourrions-nous pas avoir là un cadre logique laissant entrevoir tous les ingrédients indispensables à la constitution d’une société discrète et occulte ?
En 1886, Saunière est chargé, par quelques personnages hermétiques narbonnais, d'une mission consistant à entreprendre des recherches à Rennes-le-Château. En 1888, le prêtre se rend à Gérone, alors qu'à Paris les occultistes principaux s’unissent et créent les divers nouveaux Ordres, dont certains sont déjà présents à Lyon.
Un des personnages de Gérone qui entre en contact avec Saunière, Juli Tarres, est déjà, ou deviendra bientôt, membre notoire d'un tel Ordre. D'autres personnes dans ses proches relations en feront de même.
Une décennie plus tard, nous trouvons Bérenger Saunière visitant une loge Martiniste à Lyon, pour apparemment unir discrètement une loge catalane Martiniste à une de ses sœurs lyonnaises… comme on le voit dans les archives de l’Ordre.

Saunière et la Cabbale

Dans une lettre de l’abbé Saunière, datée du 22 mai 1899 – en possession de Chaplin – nous pouvons lire : « J’organise une retraite à la fin du mois, donc j’installerai les pierres comme l’a suggéré Guillaume.
Chacune d’elles est marquée d’un signe qui ne veut rien dire, ce n’est rien de plus qu’une signature du tailleur de pierre qui l’a creusée et scellée à cette époque.
J’ai étudié le texte mais ma connaissance du rituel Hébraïque se trouve dépassée dans ce cas là.
Je l’ai montrée à un très vieux professeur à l’Université de Paris qui pense que cela vient peut-être du Phénicien ».
Ce courrier n'est pas clair quant à ce que le placement des pierres relie, bien que nous ayons noté par ailleurs qu’à Rennes, dans la restauration de ses presbytère, reposoir et autres… il incorpore des pierres plus anciennes avec des signes quelque peu énigmatiques, qui sont, en effet, « pas plus qu'une signature de maçon ». Mais de quel maçon peut-il s’agir ?... du Franc ou du pratique ???
Que Saunière trempe, en effet, dans la Cabbale nous est montré par sa connaissance des rituels hébreux, sans cependant une maîtrise exceptionnelle en la matière. Nous pouvons seulement nous demander si son éducation en langue hébraïque put survenir en étudiant un de ces degrés Kabbalistiques organisés par l'Ordre. En conclusion, il est possible de supposer que notre prêtre a au moins connu, sinon visité, un professeur à Paris…Une ville que Saunière a visitée au moins par deux fois, du moins selon Chaplin.

La note

Le livre de Chaplin contient également une note dont la compréhension reste énigmatique. On y lit le terme « Passage à la lumière » énumérant, du côté gauche, une pyramide composée des lettres du mot Yahweh ; du côté droit sont les noms des quatre déités égyptiennes les plus connues, Seth, Isis, Osiris, Nephtys, qui définissent par leurs initiales le mot SION. Lorsque la note affirme laconiquement « je connais SION », s’agit-il du savoir des quatre déités égyptiennes ou… d’un certain prieuré ?
En bref, la note se rapporte à une union qui se réaliserait en surmontant les ‘antinomies’, pour employer les mots de Péladan : Isis-Nephtys et Osiris-Seth, deux triangles formant ainsi le sceau de Salomon.
Cette union se produit par le pyramidion, le sommet de l'art royal, le seul point où les quatre côtés de la pyramide viennent se joindre ensemble. C'est un point car il ‘est manifesté’, mais c'est aussi un cercle qui entoure le sceau de Salomon des opposés. Unis, le point et le cercle présentent le soleil, Râ, ou pour les Maçons, l'oeil dans le triangle. Râ, naturellement, est le dieu du soleil, le dieu de la lumière… Et c’est ce passage magique qui semble nous être indiqué par ce mystérieux ‘Passage à la lumière’.

130 et un travail inachevé

Chaplin a également découvert d'autres notes concernant certains membres du groupe de Gérone de l’abbé Bérenger Saunière. Deux de ces notes font que l’auteur remarque précisément un nom et un symbole curieux : une ligne incurvée, en forme de montagne, et le numéro 130.
Sur la signification de ces éléments, elle répond savoir que le numéro 130 est relié à la Cabbale et à l'échelle de Jacob. Ce signe, dans ce contexte, signifierait que le travail est resté inachevé et tendrait vers cette devise hermétique « je veux accomplir l'inachevé ». En termes maçonniques, l'idéologie est maintenant vulgarisée à l’extrême. Il est ainsi bien connu que les FF ont eu pour préoccupation essentielle de placer le pyramidion sur la pyramide… c’est à dire créer l'union !!!
Ayant demandé d'autres détails sur le sujet à un expert, il nous a été répondu que dans le Cabbale, le numéro 130 est considéré comme le ‘temple du seigneur’… ‘l'échelle de Jacob’ prend ainsi toute sa place dans l'information retrouvée par Chaplin.

L'Échelle de Jacob

L'échelle de Jacob est un récit biblique bien connu dans l’histoire de la genèse. Jacob tombe endormi sur une pierre et il voit dans son songe les anges monter et descendre du ciel. L'histoire est remarquable parce que la pierre est souvent liée avec la légende de Graal, spécifiquement avec la pierre de Graal, comme elle a été décrite par Wolfram von Eschenbach. Cette pierre était également la pierre alchimique, avec laquelle l'alchimiste était censé travailler. Elle est aussi considérée comme cubique lorsqu’elle se trouve sur le perron hermétique d’où le chevalier se juche sur sa monture. Elle donne en ce cas son nom au passage du seuil périlleux.
Trouver le passage de ‘l'échelle de Jacob’ dans une recherche concernant le Graal, donc une pierre et le Kabbalah, est un élément des plus logiques en la matière.
Le chercheur hollandais Klaas van Urk, dans ses travaux, précise qu’il y a une référence claire faite à l'échelle de Jacob dans l'église de Saunière. Ce serait celle au-dessus du porche, sur lequel nous pouvons lire « TERRIBILIS EST LOCUS ISTE » : ‘cet endroit est terrible’. Bien que plusieurs supposent que ce soit une simple et plaisante parabole, il existe effectivement une citation directe de Jacob ; quand il distingue l'échelle, il s’exclame: « cet endroit est terrible ». Pour poursuivre dans cette direction, se pourrait-il qu’il soit dit qu’ici… « c'est la Chambre du seigneur »… ou, enfin, est-ce la signification chiffrée hermétiquement du ‘numéro 130’ ?

Qu’est-ce que l'échelle de Jacob ? Van Urk fournit un sommaire des plus précis : « L'échelle de Jacob est un programme, fonctionnant depuis la Cabbale, semblable à l'arbre de la vie. C'est une recherche, étape par étape, depuis les dimensions des quatre éléments (la terre, l'eau, l’air et le feu), de la connaissance finale de Dieu et la conscience de son existence ».
Cependant, d'une manière primordiale, c'est spécifiquement la Franc-Maçonnerie qui utilisa tout d’abord le symbole de cette échelle. Les notables, comme Martinez de Pasqually, l’ont tracée et utilisée comme symbole de réintégration.

La Pierre de Jacob

La pierre de Scone

Dans ce rituel semble s’impliquer « la pierre de l'alchimiste », liée avec la pierre de Jacob qui marque la base, ou fondement, de la montée au ciel. Le groupe de Gérone a-t-il cette pierre en sa possession ? La réponse est à la fois oui et non.
La candidature la plus populaire pour être désignée « Pierre de Jacob » est celle de la prétendue « pierre de Scone » ou « pierre du destin ». Elle est définie, dans une légende la faisant remonter au temps de Jacob par l'intermédiaire de l'Egypte, l’Espagne, l’Irlande et l’Ecosse, puis dans l'abbaye de Westminster… pour retourner enfin en Ecosse en 1996. Cependant, il y a peu ou pas de preuves pour que cette vénérable roche soit la « vraie » pierre de Jacob.
Plusieurs cultures, à travers le monde, de l'Europe aux terres du Mexique, estiment détenir des pierres témoignant de l’importante attention des dieux pour leur passé traditionnel et religieux. Il n’y a aucun doute que la globalité de ce phénomène plonge ses profondes racines dans la légendaire pierre de Jacob. À ce jour, dans de petits villages mexicains, les vieilles traditions demeurent vivantes comme l’étaient, jusqu’à la dernière décennie du XXe siècle, celles pratiquées dans les régions éloignées de l'Ecosse.

Il est donc tout à fait envisageable que le groupe de Gérone ait détenu « une » telle pierre. Cependant, peut-on pour autant prétendre que ce soit… ‘LA’ pierre en question ?
En outre, cette pierre est-elle l'objet final du mystère qui, dans le livre de Chaplin, est décrit occasionnellement comme ‘la clef’, ‘le Graal’, ‘la coupe’ ou encore ‘l'activateur’ ?
La lecture de la genèse prouve que c'est Jacob reposant sa tête dans son sommeil sur cette pierre qui induit cette vision d'une montée au ciel et une réunion avec Dieu. Il est vrai que le groupe de Gérone semble se réclamer comme le seul détenteur de ‘l’activateur’ étant en mesure ‘d’activer’ leurs cérémonies et d’assurer le déplacement de leur esprit vers la lumière ou sa montée au ciel.
Apparemment, la cérémonie cependant n'est pas sans risque car elle semble dégager et exiger beaucoup de puissance, avec laquelle les membres ont une nécessité de groupe de pouvoir travailler. Effectivement, si l’un des opérants n’a pas la capacité de supporter un tel choc psychique ou subit une défaillance au cours du rituel, il peut être ‘victime’, en conséquence, d’un grave accident. C’est ainsi que Chaplin note qu'Alfred Saunière, ayant apparemment participé à certains de ces rituels, a pu s'effondrer, mortellement atteint pendant un de ceux-là.

« Ils m'ont montré »

Dans une lettre vue par Chaplin, Saunière est cité affirmant : « Ils me l'ont montré, j’ai étendu ma main dessus, je l’ai travaillé et je le tiens fermement ». On note sur ce propos que l’on connaît une version à peine différente de cette sentence… qui aurait été proférée par Bérenger à un de ses amis prêtre du Razès. Ceci étayerait-il cela ? ! Dans un autre document, un membre du groupe géronais est averti par son grand-père : « Saunière est allé trop loin. Le rituel n'appartient pas à l'église. Il peut avoir commencé en bonne foi mais il doit avoir fait quelque chose de mal. Regardez comment il a fini […] Si les Egyptiens le gardaient secret, ils doivent avoir eu de bonnes raisons ».

Et ainsi, nous sommes de nouveau revenus au Graal qui, pour le groupe de Gérone, est une pierre mythique. Nous pouvons seulement penser encore une fois à Wolfram von Eschenbach, qui s’est aventuré dans les mêmes contrées que celles explorées très sommairement ici. Une fois de retour chez lui, en Allemagne, il écrit l'histoire de Parzival et de sa recherche mythique de ‘la pierre sacrée’. Patrice Chaplin est, à sa manière, un autre Wolfram des temps modernes ayant voyagé à Gérone… puis écrit, à Londres, la ‘ville des secrets’ (comme celle toute aussi ‘brumeuse’ et magique qu’est la cité de Lyon), sur les mystères ésotériques de cette ville espagnole.
A l’instant de finir, ne faudrait-il pas également tourner nos regards vers celui qui reste traditionnellement lié au Graal ?… Pourtant, pour ce groupe de Gérone, le Graal n’est pas d’origine chrétienne. C’est ce que confirmeraient les écrits de Wolfram. Mais déjà à son époque, peu de temps après Chrétien de Troyes, l’église détourne les fondements du Graal, en le transformant en une pierre précieuse en forme de coupe sacrée… et le lie avec Joseph d’Arimatie… Un certain Joseph d’Arimatie, dont l’abbé Bérenger Saunière et un notaire royal du XVIIe siècle situent la sépulture sur les terres oubliées de Périllos… en ancien territoire catalan.

Filip Coppens
Nous remercions ici chaleureusement Stéphane Chalandon et Klaas van Urk