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| L’énigme des Chefdebien |
Deux
frères curés et une révélation impossible
C’est
un itinéraire inspiré par l’ouvrage remarquable de notre
ami Léon Gineste (‘Rennes le Château
– Les cartes des trésors’) que nous allons suivre
maintenant au fil du souvenir de certains membres de la famille des Chefdebien…
Ce nom est une des figures de cette galerie de personnages illustres qui
émaillent, parfois étrangement, l’affaire de Rennes-le-Château
et ses dérives.
Nous retrouvons l’abbé Bérenger Saunière et surtout,
pour l’instant, son frère Alfred Saunière qui lui sert
à établir le premier lien avec la comtesse de Chambord…
Alfred est probablement celui qui permet aussi à son frère
d’entrer en relation avec des milieux ésotériques essentiellement
lyonnais ou de la région languedocienne. Le rapport entre les deux
frères est souvent fait d’échanges en forme de ‘jeu
de miroir’ se renvoyant des reflets, des apparences qui à l’étude
sont souvent trompeurs ou dissimulateurs. Les rôles sont difficiles
à comprendre entre les deux hommes dont les personnalités
sont à la fois complémentaires, complices, mais aussi très
différentes.
D’ailleurs, n’est-il pas dit qu’à un moment précis
de la vie de Saunière il aurait ’payé chèrement’
pour quelques actes regrettables commis par son frère ? Sur le fond
de ces ‘actes’ le mystère reste entier malgré
plusieurs hypothèses avancées çà et là
sans grande conviction. La même obscurité règne sur
les raisons qui débouchèrent sur le fait que le choix se soit
porté sur Saunière pour servir de ‘bouc émissaire’
désigné pour payer ‘les pots cassés’. Pourquoi
ne serait-il pas admissible que Bérenger connaissait les fautes graves
de son frère au point de les supporter sans répliquer, et
surtout aller jusqu’à faire le ‘dos rond’ sous
cette sorte de ‘revanche’ sans émettre de protestation
? En ce cas, il serait possible que la faute fût consciente pour les
deux personnages et leur profitaient réciproquement sans que du vivant
d’Alfred elle pût lui être ouvertement imputée.
Ceci signifierait que les motifs étaient alors également connus
d’autres personnes, certainement religieuses ou influentes, qui ne
pouvaient intervenir avant sa mort par crainte de voir, peut-être,
rejaillir une révélation difficile (voire impossible) à
gérer. Bérenger Saunière restant dernier ‘témoin
externe’ de cette affaire, mais ne pouvant plus bénéficier
de la pression de son frère, il était alors envisageable de
lui faire ‘discrètement’ (on n’est jamais assez
prudent !) supporter la colère, ou la peur, de ceux qui avaient vécu
dans la crainte d’une divulgation dangereuse… oui, mais laquelle
?
Une
fois de trop
Alfred
Saunière était sans doute plus intelligent que son frère
et en tous cas plus intellectuel. Il est nommé prêtre avant
Bérenger et sa vivacité lui permet autant d’entrer chez
les Jésuites que d’aborder la haute société dans
la jungle de laquelle il évolue avec la même aisance que celle
qu’il s’accorde pour se conduire parfois de manière arrogante
et scandaleuse sans commune mesure avec sa prêtrise. Cette facilité
à établir des relations avec une aristocratie monarchique
devait permettre à Alfred de présenter son frère dans
une société où ce dernier ne pouvait, seul, même
imaginer de s’infiltrer… comme près de la marquise de
Chambord, ou celle de Bozas pour ne prendre que ces exemples. Saunière
sut jusqu’au bout boire la coupe jusqu’à la lie et taire
certaines ‘sources’ car, comme le souligne si judicieusement
Jean Markale, « la bonne société aime la discrétion
» ! Cependant, il est quasiment certain que par ces contacts de haut
niveau, Bérenger Saunière, dans le Languedoc comme dans le
lyonnais, eut des relations efficaces avec des occultistes évoluant
dans les sphères fermées de messieurs Jules Bois et Claude
Debussy.
Pourtant, un jour, Alfred Saunière est allé trop loin…
Occupant la fonction de précepteur dans une famille notoire du narbonnais,
les Chefdebien de Zagarriga, et se croyant sans doute impunément
tout permis, il dépassa une fois de trop les limites. Il commit une
dernière grave indélicatesse qui le fit expulser de chez ses
bienfaiteurs. On dit que bénéficiant de toute la confiance
de ses protecteurs, il aurait eu accès à certaines archives
‘interdites’ de cette famille sur lesquelles il aurait fait
‘main basse’. Que pouvait contenir, de si important, ces documents
secrets qui poussèrent Alfred Saunière à prendre le
risque de tout perdre pour en avoir non pas une copie (ce qui lui aurait
été facile et moins risqué) mais pour se saisir des
originaux ? Une copie pouvait-elle perdre sa valeur en étant contestée,
alors qu’un original conférait à celui qui le possédait
un savoir redoutable mais… dangereux ? De plus, s’il s’agissait
d’une pièce d’archives familiales, les Chefdebien pouvaient
sans problème la réclamer et en exiger la restitution en en
prouvant la paternité. Nous savons que cette illustre famille assurait
une descendance… d’Hugues Capet. Etait-ce un document de cette
époque plutôt sombre de la royauté qui pouvait prendre
une certaine importance pour certains monarchistes post-révolutionnaires
? Si cette noble famille choisit de chasser Alfred Saunière, sans
autre forme de procès, ni réclamation en justice par exemple,
c’est sans doute que le document ne pouvait ni être exigé
en public ni même être soupçonné d’exister.
En ce cas, quel pouvait en être le contenu pour aboutir à une
telle situation sans issue? Alfred Saunière a, à la fois,
bien joué et perdu. Il perd car il vient sur un coup de se couper
de quasiment toutes ses entrées dans le monde aristocratique, car
ne doutons pas que l’information de cette affaire se soit répandue
dangereusement pour lui. Mais l’homme est intelligent et sait que
ce qu’il vient de dérober, ou apprendre, le dédouane
très largement des pénibles détriments occasionnés
par son acte. Cette action et son objet pourraient bien être la plus
grosse partie de la pierre angulaire du mythe des frères Saunière.
Cependant, ajoutons qu’il est aussi possible que cette action ait
été une ‘mission’ orchestrée et commanditée
par un autre groupe sur lequel plane toujours le doute et le secret. Toujours
est-il, une fois de plus, que ce seront les religieux qui règleront
le problème des frères Saunière et appliqueront les
sanctions. Alfred sera chassé de la Compagnie de Jésus et
relégué à Montazels où il finira sa vie en 1905,
après qu’aient couru des rumeurs sur sa conduite « peu
conventionnelle » avec une certaine Marie-Emilie Salière…
Un
abbé mort trop tôt ?
L’abbé Bérenger Saunière fit les frais mortuaires de son frère. Il semblait s’en être plaint amèrement à certains de ses collègues et auprès de son évêque, Mgr de Beauséjour. On trouve, à ce propos, un étonnant passage de courrier précisant : « le curé de Rennes-le-Château devait s’attendre à expier les fautes de son frère l’abbé mort trop tôt ». La fin de cette phrase a de quoi étonner. Certes, tout être humain meurt sans doute trop tôt… et ce n’est pas Alfred qui nous aurait dit le contraire. Mais, une fois cette remarque philosophique faite, il reste qu’il serait intéressant de savoir en quoi le décès d’Alfred eut lieu… « trop tôt ». Qui nous dira en quoi ce fut trop tôt, pourquoi ou mieux encore : pour qui ? Faut-il comprendre qu’une action secrète des deux prêtres était sur le point d’aboutir ? Une révélation était-elle à la veille de permettre aux frères Saunière de parvenir à leur fin ? Un peu plus de temps aurait-il permis de ‘museler’ toutes autres actions religieuses punitives en fournissant une alléchante monnaie d’échange ? Si ces questions étaient les bonnes, il faudrait bien admettre que tout ceci aurait pour origine une pièce d’archives familiales (mais était-ce de famille dont il s’agissait ?) détenue jalousement par les Chefdebien de Zagarriga, et pourquoi ils étaient les seuls détenteurs d’un tel document… C’est donc dans leur direction que nous poursuivrons notre recherche.
Détour
par l’église d’Armissan
Le
14 juillet 1597, Pierre de Belisent cède Armissan, près de
Narbonne, à René de Chefdebien, déjà propriétaire
en Languedoc de la seigneurie de Puisserguier. Cette famille est originaire
de Chavenay dans le Poitou. La vente des domaines du berceau familial et
de Puisserguier permettent l’achat comptant d’Armissan. Ce seigneur
meurt le 17 janvier 1615, et sur sa sépulture (dont la pierre originale
serait dans la vieille église de Bizanet), dans l’église
d’Armissan, on peut lire sous ses armoiries lacées d’un
heaume, sans doute de baronnie : « D’azur à une fasce
en devise d’argent accompagnée de deux lions passans d’or
lampasses et armés de gueules celui de la pointe contournée
» (selon ‘Au cœur de la Clape – Armissan’,
ouvrage collectif édité par la mairie d’Armissan):
CI
GIST NOBLE RENE DE
CHEFDEBIEN ESCVIER SEG
D’ARMISSAN & AVES LIEV
QVI APRES AVOIR VECV
LX ANS EN HOME DE BIEN
ET RECV XXVIII BLESSVRES
POUR LE SERVICE DU ROI
DECEDA LE XVII JANVIER
MDCXV DIEV LVY FACE
MISERICORDE AMEN
Après
un instant de méditation (présence d’un 17 janvier !)
sur cette pierre tombale, nous ne quitterons pas la vieille église,
avec son clocher en ‘lanterne des morts’ (édifiée
en 1865 par Cambriel), sans une petite visite des lieux. Nous y remarquons
un monument funéraire militaire qui nous rappelle fortement celui
de Couiza (et de Tarentaise dans le Pilat), bien connu dans l’affaire
de Rennes-le-Château, issu de la maison Giscard, représenté
avec le ‘célèbre’ soldat terrassé…
S’il y a bien, sous la scène, la phrase habituelle «
JE SUIS LA RESURRECTION ET LA VIE », on note que la seule différence
se situe dans la curieuse absence de la mention Giscard qui signe et authentifie
l’origine. Les futurs visiteurs apprécieront ce nouveau hasard
!
L’église primitive était celle du Prieuré de
St Pierre del Lec qui, dévastée en 1355 par les mercenaires
du Prince Noir, fut remplacée par l’église St Etienne
(document Vatican 1404) à l’emplacement actuel situé
près de l’ancien fort. A la Révolution, l’édifice,
menaçant ruine, est reconstruit aux frais des de Beaumont.
En
sortant du sanctuaire, il faut regarder dans l’appareillage d’un
mur un petit assemblage de pierres sculptées. On nous dit que ce
serait ce qu’il reste du blason des seigneurs, car on y voit un lion
surmonté d’une tête représentant un de Chefdebien.
Le problème est que si on fait un agrandissement de ces gravures,
ce ‘lion’… est muni de mamelles de bovidé et d’une
tête plus proche de celle du veau que d’un félin…
Quant au visage quasiment circulaire à chevelure ondulée,
il ressemble étrangement à une tête similaire disposée
dans la chapelle des pères de Ste Croix en Jarez dans le Pilat, ainsi
qu’à une autre peinte dans l’église templière
de Montsaunès ! Enfin, la troisième pierre gravée représente
un feuillage sortant d’une spirale ou coquille d’escargot. Sa
dimension est de toute évidence plus haute que la pierre ‘à
l’animal’. De fait, il semble difficile de maintenir que ces
vestiges soient ceux rescapés d’un blason des Chefdebien…
bien que ce bref ensemble de pièces dispersées soit d’une
valeur symbolique remarquable.
Du
nom de Penmad à messire de Ponte intendant du Roussillon
Cette
famille notable reste maîtresse de la baronnie d’Armissan durant
plus de deux siècles jusqu’à François-Raymond
de Chefdebien, né en 1860 qui sera le dernier du titre. Rien de vraiment
mystérieux dans cette longue succession de seigneurs qui attachèrent
de l’intérêt à leur territoire ainsi qu’une
bienveillance notoire pour les habitants sous leur pouvoir. Pour Jean Markale,
ce nom proviendrait de la francisation du nom breton « Penmad »…
Et, si les causes de cet ‘exil’ ne sont pas très claires,
rien cependant ne suggère un mystère si grand qui vaille un
secret à dissimuler au plus profond des archives familiales.
Certes, on se souvient que c’est un Chefdebien qui s’illustre
dans la Franc-Maçonnerie… Cependant, un autre fait peut éventuellement
retenir notre attention. Jean-François II de Chefdebien, de 1665
à 1702, succède à Henry-René, vicomte d’Armissan.
La fille de Jean-François, Marie-Thérèse, en se mariant
avec Messire Antoine de Ponte, Comte d’Albaret, lui apporte en dote
la seigneurie d’Armissan. Ce seigneur de Ponte est ni plus ni moins
que l’intendant du Roussillon. Ceci, évidemment, ne nous dit
pas grand-chose. Pourtant, c’est lui, dans sa fonction, qui dispose
des mandats indispensables pour que les notaires royaux aient toutes facilités
d’accès aux titres de propriétés et ‘terriers
notés’… C’est ce genre de documents qui fut délivré
lors du recensement des domaines de Roussillon dernièrement rattachés
à l’autorité de la couronne de France ! Notons que le
notaire Courtade, qui assure le recollement des domaines des seigneurs de
Périllos, était un des premiers notaires à avoir exercé
son notariat sous cette autorité… et qu’il dut obligatoirement
fournir un double conforme de ces ‘recollements’ au service
de l’intendant ! De plus, il est aussi notoire que les géomètres
de Cassini furent hébergés au château des Chefdebien,
durant les travaux de relevés concernant le narbonnais… et
partiellement dans une propriété des comtes d’Albaret,
pour une section précise du Roussillon… Sans doute ne faut-il
voir dans ces éléments que la nouvelle signature malicieuse
du hasard de service ?
Les
Philadephes… trois points c’est tout !
Evidemment,
il est impossible, dans cette généalogie, de ne pas nous arrêter
plus longuement sur un autre seigneur de Chefdebien qui mérite lui
aussi toute notre attention : le marquis de Chefdebien qui fut à
l’origine de la loge maçonnique des Philadelphes. On sait qu’il
fut initié à la maçonnerie lors de son séjour
à Malte (!) en tant que colonel en garnison dans l’île,
avec la charge d’émissaire royal. C’est là qu’il
aurait eu l’idée d’instaurer avec ses six fils, également
maçons et chevaliers de Malte, une révérente loge dont
les sept Maîtres fondateurs seraient ceux d’une même famille…
narbonnaise. La loge du ‘Rite Primitif’, dit des ‘Philadelphes’,
ainsi que ses quatre premiers chapitres sont nés le 27 novembre 1779.
Paul Tirand (‘La franc – maçonnerie dans l’Aude’)
ajoute que « selon le tableau de 1790. Les Philadelphes comptent 48
membres appartenant dans leur grande majorité à la noblesse
languedocienne : des représentants de la grande bourgeoisie…
Il faut noter que 13 frères étaient chevaliers de Malte ;
il aurait existé des liens entre cet ordre et la franc-maçonnerie
qui s’était implantée dès 1750 dans cette île
où le marquis de Chefdebien d’Armissan a été
colonel des chasseurs »… Tous ces détails sont, à
n’en pas douter, là encore, que l’effet du plus pur hasard,
qui n’en est plus à ça près. Quant au choix du
nom de cette loge, il viendrait du fait qu’en grec le mot philadelphe
signifie « qui épouse sa sœur », en allusion au
pharaon Ptolémée II Philadelphe qui épousa effectivement
sa sœur Arinoé II. Quant au marquis de Chefdebien, à
l’origine de cette initiative maçonnique, il épouse
Eulalie de Zagarriga. Elle est héritière du nom des barons
de Zagarriga d’Espagne établis dans le Roussillon. C’est
de cette alliance que provient le nom de « Chefdebien de Zagarriga
». Ensuite, il est facile de deviner que le rapprochement des Chefdebien
et des seigneurs de Zagarriga, issus des milieux espagnols, catalans et
roussillonnais, mêlés eux-mêmes à l’ordre
de Malte et au passé aristocratique roussillonnais, dut donner un
mélange des plus intéressants dans notre recherche. D’après
notre ami Léon Gineste, ces familles auraient eu « d’étroites
relations avec les princes Ludwig et Frédéric de Hesse entourés
par de nombreux fervents de l’ésotérisme ».
Quelques
sociétés au-dessus de tous soupçons
Il
semble que ces seigneurs aient eu un goût prononcé pour un
ésotérisme certain puisqu’ils s’illustreront dans
la publication, en 1779, d’un ouvrage intitulé « Histoire
de la Maçonnerie ». L’obédience de la ‘Société
des Philadelphes’ se serait-elle distinguée par son attrait
avoué pour les sciences secrètes? Pourquoi pas, si on considère
que François Chefdebien évoque, lors du Convent de Wilhelmsbad,
l’existence de ‘Supérieurs Inconnus Templiers’
ayant charge de superviser le destin de la maçonnerie. N’oublions
pas, également, qu’il était soupçonné
d’avoir hébergé sur son domaine une ‘fraternité’
du nom de ‘Enfants de Sion’... ce qu’un peu trop d’auteurs
semblent ignorer ou négliger hâtivement. A l’ensemble
de cette situation, nous devons ajouter qu’en ‘arrière
– plan’ se prépare, à cette époque, l’arrivée
de certaines sociétés occultes héritières des
Illuminés de Bavière et de la fameuse Société
Angélique, qui s’épanouirent vers le 18e siècle.
Ces groupes férus d’ésotérisme se positionnèrent
en parallèle de la franc-maçonnerie naissante, et dans l’ombre
fertile de certains écrivains de l’époque, pour se trouver
à leur apogée à la fin du 18e siècle précisément…
Nous retiendrons seulement les plus connus comme la Rose-Croix, les Sociétés
Théosophiques et celles créées par messieurs Stanislas
de Guaîta, Jules Bois, Claude Debussy et Maurice Maeterlinck.
Certes, dans ces mouvances, d’autres cellules plus fermées
s’organisent en sociétés secrètes et parviennent,
non seulement à se maintenir dans cet état (hermétiques
à toutes extériorisations), mais semblent avoir prospéré
au point de s’organiser en actions définies. Le fait est que,
le plus souvent, leur nom même est inconnu ou caché sous un
autre. L’infiltration réussie, les actes sont commandités
de manière indirecte et sans possibilité d’en deviner
les vrais auteurs. Ainsi, un ou deux de ces mouvements réussirent
à agir sous couvert de sociétés connues qui, se voulant
cependant discrètes, ne purent comprendre, qu’à distance,
certains faits étaient accomplis sous leur couvert.
Le
piège des A.A et de la Société Angélique
Nous
avons plusieurs exemples laborieusement retrouvés, en son temps,
par Gérard Moreau de Waldan (dont nous avons déjà mentionné
les travaux remarquables en matière de A.A.). Ce chercheur hors pair,
directeur de L’Indépendant du Viennois, avait trouvé
des incohérences dans la définition ‘A.A.’ qui
ne pouvaient être des erreurs de frappe, de lecture, du fait de sa
profession, ou de compréhension. Prenons pour exemple les déclinaisons
suivantes : A.A. (avec des points derrière chaque A) devenait
selon les circonstances AA (sans point), A.A (un seul point central), AA.
(le point suit le dernier A) ou encore Aa, avec le jeu multiple des points.
A la lecture courante, on ne s’aperçoit pas vraiment des différences…
Mais, dans les actes, il en est tout autre et certains étaient loin
du ressort de la A.A. officielle ! A ce propos, n’oublions pas que
certains ecclésiastiques s’illustrant dans l’affaire
de Rennes-le-Château étaient membres actifs de cette A.A. toulousaine.
Sur le registre de l’usage d’un sigle, ou d’une appellation,
ceux qui s’aventurèrent sur la piste de la fameuse Société
Angélique se sont engouffrés dans le même piège
sans même s’en rendre compte. Heureux et sans doute très
fiers de leurs découvertes, ils n’eurent pas conscience que
les éléments qu’ils retrouvaient ne correspondaient
pas forcément au même fil conducteur mais provenaient de ‘pelotes’
différentes. Ce qui en fin de compte revient à dire que le
système de codage a bien fonctionné et s’avère
toujours efficace tant il est simple. Car à mieux y regarder, la
‘S.A.’ disposait d’une solide antenne dans le secteur
du Languedoc et particulièrement du Narbonnais…
La
vérité est ailleurs
Lyon
n’était qu’une base en contacts étroits avec ses
succursales, parfois plus influentes que l’origine de fondation. Narbonne,
très vite, devint autonome et plus importante, au point que Lyon
fut reléguée au stade de potiche tout juste capable à
dissimuler la réalité des choses… « la vérité
était ailleurs »! Mais il y a plus important pour nous dans
cette affaire. Nous retrouvons souvent dans cet imbroglio des noms de famille
répétitifs qui se déplacent au gré des besoins
comme l’ancien jeu de ‘pousse-pousse’ de notre enfance
(permettant de faire des phrases dans un cadre avec toujours les mêmes
lettres). Non seulement nous retrouvons des personnages resurgissant régulièrement
dans le sillage de cette affaire, mais curieusement ils se trouvent rassemblés
non pas dans le secteur du Razès mais bel et bien dans le périmètre
narbonnais… et plus loin en Italie !!! A cet effet, on se reportera
à notre chapitre sur le cimetière de Rennes-le-Château,
au cours duquel nous démontrons l’étrange fréquence
d’interventions et de personnes dans ce secteur audois… et ceci
dans la plus complète indifférence des spécialistes
en la matière. Pourtant, certains faits pourraient en ressortir amplifiés
et de nombreux éléments de l’énigme mis en grande
lumière… Certes, il semblerait que les ténors ‘RLCéens’
préfèrent que ce mystère reste dans le secteur de Rennes-le-Château…
là où tout a été dit, où il n’y
a plus rien à dire… ni à trouver. Il est vrai que là
au moins on ne risque ni ennui ni la surprise d’une découverte
remettant en cause le fond et la forme de l’énigme.
Cela dit, il nous reste à suivre une autre petite piste concernant
les Chefdebien. Cette piste est celle de la mort, de son culte commémoratif
et d’un mausolée oublié… celui d’un des
Chefdebien Zagarriga.
«
Dans notre mémoire et pour l’éternité, il restera
un juste »
Encore
une fois, nous ne nous éloignerons pas de Narbonne, en suivant la
départementale qui précisément conduit à l’abbaye
de Fontfroide et jusqu’à Arques et Couiza. C’est un peu
avant la bifurcation vers Bizanet que nous arrêtons notre périple
au pied des ruines circulaires du château de Castellas, disposé
sur un promontoire, situé sur la commune de Montredon des Corbières
(Aude). Pour cette fois, nous n’explorerons pas les vestiges castraux
dont les origines remontent à la croisade contre les albigeois. H.
Rouzeaud (un archéologue narbonnais) estimait que cet emplacement
représentait « le plus vénérable et le plus ancien
château de toute la Gaule méridionale », sans doute en
raison du fait qu’ici se trouvait un des plus importants poste d’observation
de l’époque gallo-romaine. En effet, sur le site ont été
retrouvés des monnaies romaines (deniers de Brutus) et des tessons
de poteries romaines. D’autres monnaies moins anciennes (wisigothes)
ont également été retrouvées au pied de la bute,
ainsi que quelques tombes détruites lors de l’élargissement
de la route, vers 1950. Les restes austères que l’on voit aujourd’hui
sont les vestiges de la reconstruction du IXe siècle du castel connu
sous le nom de « Saint Pierre des Clars ». Cependant le secteur
était occupé depuis bien plus longtemps puisqu’une grotte,
à proximité, abritait un petit site funéraire des plus
intéressants. Ce féodal gardien figé dans le Temps
semble plutôt veiller sur un petit bosquet de cyprès, bien
plus récent, disposé de l’autre côté de
la route et qui sera le but de cette visite.
Parmi les cyprès, à quelques mètres de la route, se
trouve un monument funéraire. Nous ne pensons pas être en présence
d’une tombe mais plutôt d’un mausolée commémoratif…
bien que cette remarque n’enlève aucune valeur au monument,
peut-être même tout au contraire. Il s’agit d’un
obélisque entouré d’une rambarde en fer forgé.
L’obélisque dressé est d’une taille relativement
respectable qui le rend parfaitement visible de la route.
En nous approchant du monument, nous trouvons deux inscriptions gravées
sur la face tournée vers la route et le Castellas. La première
est celle de la dédicace :
FRANCOIS
MARIE
DE
CHEFDEBIEN
ZAGARRIGA
VICOMTE
D’ARMISSAN
XIV
FEVRIER
MDCCCXXVIII
Au-dessous, à la suite, on lit une sentence en latin :
IN
MEMORIA AETERNA
ERIT JUSTUS
Cette
phrase signifierait (selon Léon Gineste): « Dans notre mémoire
et pour l’éternité, il restera un juste ». Oui…
sans doute ce fut un homme juste… mais juste en quoi ? et pour qui
? Ce ne sera pas la seule question que nous nous poserons à propos
de ce mémorial. Par exemple, la date apposée, 14 février
1877, est-elle celle du jour du décès, ou celle de l’érection
du monument ? On dit qu’il s’agirait du Chefdebien fondateur
de l’Ordre des Philadelphes de Narbonne. Ceci semble improbable en
raison du fait que ce dernier a été fondé en 1779,
et que près d’un siècle en sépare la fondation
de la date gravée sur le monument. En ce qui concerne nos recherches,
nous avons, pour la création de la loge, le nom de François
de Chefdebien, 1753 – 1814). En échange, il est parfaitement
possible qu’il s’agisse d’un fils du fondateur qui put
être admis au sein de la loge fondée par son père pour
en poursuivre les buts et ‘devoirs’. Maintenant, il ne faut
pas négliger non plus l’hypothèse que le mausolée
soit simplement implanté pour honorer la mémoire du fondateur
(nom, prénom et titre nobiliaire), et soit daté du jour de
son inauguration.
A présent, il reste une autre question importante : la raison de
cette implantation à cet endroit. A peu de distance de là
se trouve une bifurcation ayant à proximité un autre monument
funéraire qui commémore un décès suite à
un accident mortel à cet endroit. Cependant, pour nous, il ne peut
y avoir confusion entre les deux mémoriaux ; si l’un est bien
édifié pour un accident suivi de mort d’homme, celui
qui nous intéresse illustre un autre événement. Ceci
expliquerait le choix assez inattendu de cet emplacement. L’orientation,
basée sur les quatre points cardinaux, mérite notre attention.
Quant aux ornements, ils se composent de trois croix, sur les faces de part
et d’autre de l’obélisque, inscrites dans des cercles
séparés du tracé cruciforme par une mince couronne
circulaire. Notons que la face arrière ne comporte aucune croix ni
le moindre signe. Enfin, au sommet, se trouve une autre croix en fer forgé…
en forme de ‘croix celte’. Cette dernière est orientée
face à la route et au château féodal du Castellas.
Trois
tombeaux au bord des routes
Que
ce monument soit ou non réellement mortuaire, ceci ne change rien
au fait qu’il se trouve à proximité d’une route
qui remonte à l’Antiquité… et dans un endroit
isolé, en pleine nature et sans habitation. Ce qui nous permet de
l’entrer dans la série des constructions liées au domaine
des morts comme ceux… du fameux tombeau des Pontils, improprement
appelé « tombeau d’Arques » (comme on peut le voir
dans un de nos chapitres précédents) et celui du dernier habitant
de Périllos ! Certes, les grincheux de service peuvent arguer qu’il
peut une fois de plus s’agir d’un rendez-vous avec notre vieil
ami le hasard. Cependant, la répétition sur trois éléments
de ce genre incorporés dans notre sujet peut nous faire nous interroger
sur ces étranges ‘répétitions’… comme
par exemple : y eut-il une tradition sur le fait de se faire ensevelir près
d’une voie de communication, voire un chemin ? A cette question, nous
pouvons répondre oui… cette tradition était en application
dans certains milieux annexés aux Polaires, donc des sites étroitement
liés autant au cycle solaire qu’à celui de l’astre
des nuits parsemées de constellations. Il suffit de regarder le plan
circulaire du Castellas pour comprendre (également en raison des
découvertes faites sur le site) que sous celui-ci se trouvait un
lieu de culte antique de ce type cyclique qui se superpose déjà
sans doute sur celui des hommes du néolithique comme le montrent
les nécropoles retrouvées dans ce secteur… tout comme
on retrouve ces superpositions appliquées à Périllos,
pour ne citer que ce territoire phare en la matière. Supposons, puisque
les Chefdebien descendent du premier Capétien, qu’ils disposent
d’un élément secrètement conservé au sein
de leurs archives personnelles. Il serait tout naturel qu’ils décident,
à la veille de certains événements devenus incontournables,
d’inscrire une partie de leur savoir dans le culte de leurs morts.
Ils durent, pour ce faire, en choisir un plus particulièrement, pour
des raisons peu claires pour l’instant… A charge pour celui
qui sait voir de reconnaître, comme de coutume, le contenu du message
!
De
la ligne des ‘regards de puisage’ à la « vierge
des Çagarriga »
Ce n’est pas encore tout… En effet, si on regarde en direction du château depuis le mausolée, on distingue le long de la route départementale 613 une succession de petits édifices oubliés. Il s’agit, en réalité, de regards de puisage et d’entretien, disposés sur le réseau d’une sorte d’aqueduc souterrain dont le but est de conduire l’eau vers les cultures ou les vignes. Ces petites bâtisses sont toujours à égale distance et sur une ligne que l’on constate droite… Il est curieux de vérifier depuis les deux ou trois dernières constructions qu’elles se dirigent directement sur, du moins dessous, le mausolée ! De cette distribution d’eau ou du monument commémoratif, qui fut le premier ? Nous dirions que ceci n’a que peu d’importance et que seul un constat est maintenant indiscutable. L’obélisque des Chefdebien se trouve sur l’eau qui courait ici autrefois sous ce sol. Il serait difficile de dire que ce fut l’aqueduc qui fut construit après… car il devait alors passer sous l’enclos du souvenir sans le déchausser… ce qui représente un chantier impossible pour l’époque et très difficile à conduire de nos jours. Il faut donc admettre qu’il y eut, de la part des Chefdebien, la volonté inflexible d’imposer leur ‘sanctuaire’ sur de l’eau vive à cette époque… comme à Rennes-le-Château pour certains points établis par Bérenger Saunière ainsi qu’aux sanctuaires de Périllos… Les frères Saunière se sont-ils inspirés de ce modèle sacré ? Il serait difficile de le contredire ! Cependant, la chronologie, dans ce cas, serait la suivante : le secret des sites mortuaires et sacrés de Périllos (sans doute su, en ce cas, par l’intendant du Roussillon de la famille de Zagarriga)… ensuite arrive le savoir des Chefdebien transposé sur un site ponctuel… et enfin celui des frères Saunière (sans doute apporté par ‘l’emprunt’ fait par Alfred Saunière de documents soigneusement cachés dans les archives de famille) qui ‘sauront’ le fin mot de Périllos et l’appliqueront d’abord dans la réalisation d’un projet grandiose de site miraculeux… Sans doute le culte devait-il s’axer autour de … ‘La Grande Relique’ tant convoitée par la Sanch. Cette Sanch même qui sera entretenue et soutenue plus souvent que de raison par les familles de Zagarriga et de Chefdebien ! Pour vérifier cette affirmation, il suffit de regarder les détails d’une statue réalisée à Barcelone en 1666, sur la volonté de cette famille (qui fit fondre son argenterie pour en tirer l’argent nécessaire) qui en avait fait promesse si leur fils Gaspard, atteint d’une maladie incurable, était l’objet d’un miracle… qui eut lieu en 1639 ! Cette statue de la Vierge, dite «Vierge des Çagarriga» a été déposé au Centre d'Art Sacré d'Ille-sur-Têt… pas très loin d’Arles sur Tech et de Prats-de-Mollot et donc du Coral ! Notons que ces lieux furent fréquentés assidûment par les célébrations de la Sanch ! Chaque élément prend peu à peu sa place dans cette sommaire présentation de faits trop souvent passés sous silence par l’ensemble des ténors ‘RLCéens’.
Des
fondateurs discrets et un « Chevalier au chef casqué »
Nous
reviendrons prochainement sur de nombreux autres détails concernant
certains hommes des familles de Chefdebien et de Zagarriga impliqués
dans l’affaire qui nous intéresse particulièrement.
Cependant, à l’instant d’achever ce petit travail, il
nous semble utile de donner quelques derniers petits détails épars.
Nous ajouterons qu’en parcourant la liste des ‘pionniers’
de la loge des Philadelphes de Narbonne, nous trouvons le même nom
de famille que celui de celle dont les ancêtres récupérèrent
la « Croix des Haupoul » du cimetière
de Rennes-le-Château au moment des convulsions de la Révolution
qui agitèrent les contrées du Languedoc. Quant à deux
autres de ces nobles familles dont les hommes fréquentèrent
les colonnes de la loge des Philadelphes… elles étaient simplement
impliquées financièrement dans la ‘fabrique’ du
collège catholique où enseignait Bérenger Saunière
à Narbonne… Un quatrième nom sera celui d’une
autre famille narbonnaise au sein de laquelle le frère d’Alfred
fut très souvent reçu, et même hospitalisé. Il
y a tous lieux de croire que c’est lors de cette hospitalité
aristocratique qu’il concrétisa son lien avec les Chambord…
et d’autres milieux très favorables à la réinstauration
de l’ancien sacro-saint régime. Une fois encore, la région
narbonnaise tenait le devant d’une scène d’où
tout éclairage violent ou direct était écarté…
car « la bonne société aime la discrétion »
écrivait Jean Markale que nous citions déjà en ouverture
de notre petit texte.
Pouvions-nous finir autrement qu’en rendant hommage à ce seigneur
des Chefdebien, fondateur d’une loge notoire au titre évocateur,
par qui nous sommes arrivés à rassembler des éléments
épars et oubliés ? C’eut été un tel manque
de courtoisie qu’il nous semble de bon ton de conclure ce chapitre
sur la devise des de Chefdebien : « Dux, fui, erumque semper »
(Chef je fus, je suis, je serai toujours »… ainsi que le nom
initiatique de celui qui fut un maître maçon ésotérique
hors pair : « Franciscus eques a capite galeato », ce qui signifie
« Chevalier au chef casqué »…
André Douzet
NB. Il est utile de compléter notre survol sommaire en reprenant
le livre de notre ami Léon Gineste (Rennes-le-Château
– Les cartes des trésors) sans qui nous n’aurions
pas entamé ce travail. Tout comme il nous semble indispensable de
relire l’ouvrage de Jean Markale « Rennes-le-Château et
l’énigme de l’or maudit ».
Nous remercions mesdames les secrétaires des mairies d’Armissan
et Bizanet pour leur accueil, leur compétence et leur gentillesse
à nous renseigner efficacement.
En bibliographie :
« Au cœur de la Clape, Armissan » (ouvrage collectif de
la mairie d’Armissan).
« La franc-maçonnerie dans l’Aude » (Paul Tirand).