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Société Périllos ©

L’énigme des Chefdebien

 

Deux frères curés et une révélation impossible

C’est un itinéraire que nous allons suivre maintenant au fil du souvenir de certains membres de la famille des Chefdebien…
Ce nom est une des figures de cette galerie de personnages illustres qui émaillent, parfois étrangement, l’affaire de Rennes-le-Château et ses dérives.
Nous retrouvons l’abbé Bérenger Saunière et surtout, pour l’instant, son frère Alfred Saunière qui lui sert à établir le premier lien avec la comtesse de Chambord… Alfred est probablement celui qui permet aussi à son frère d’entrer en relation avec des milieux ésotériques essentiellement lyonnais ou de la région languedocienne. Le rapport entre les deux frères est souvent fait d’échanges en forme de ‘jeu de miroir’ se renvoyant des reflets, des apparences qui à l’étude sont souvent trompeurs ou dissimulateurs. Les rôles sont difficiles à comprendre entre les deux hommes dont les personnalités sont à la fois complémentaires, complices, mais aussi très différentes.
D’ailleurs, n’est-il pas dit qu’à un moment précis de la vie de Saunière il aurait ’payé chèrement’ pour quelques actes regrettables commis par son frère ? Sur le fond de ces ‘actes’ le mystère reste entier malgré plusieurs hypothèses avancées çà et là sans grande conviction. La même obscurité règne sur les raisons qui débouchèrent sur le fait que le choix se soit porté sur Saunière pour servir de ‘bouc émissaire’ désigné pour payer ‘les pots cassés’. Pourquoi ne serait-il pas admissible que Bérenger connaissait les fautes graves de son frère au point de les supporter sans répliquer, et surtout aller jusqu’à faire le ‘dos rond’ sous cette sorte de ‘revanche’ sans émettre de protestation ? En ce cas, il serait possible que la faute fût consciente pour les deux personnages et leur profitaient réciproquement sans que du vivant d’Alfred elle pût lui être ouvertement imputée. Ceci signifierait que les motifs étaient alors également connus d’autres personnes, certainement religieuses ou influentes, qui ne pouvaient intervenir avant sa mort par crainte de voir, peut-être, rejaillir une révélation difficile (voire impossible) à gérer. Bérenger Saunière restant dernier ‘témoin externe’ de cette affaire, mais ne pouvant plus bénéficier de la pression de son frère, il était alors envisageable de lui faire ‘discrètement’ (on n’est jamais assez prudent !) supporter la colère, ou la peur, de ceux qui avaient vécu dans la crainte d’une divulgation dangereuse… oui, mais laquelle ?

Une fois de trop

Alfred Saunière était sans doute plus intelligent que son frère et en tous cas plus intellectuel. Il est nommé prêtre avant Bérenger et sa vivacité lui permet autant d’entrer chez les Jésuites que d’aborder la haute société dans la jungle de laquelle il évolue avec la même aisance que celle qu’il s’accorde pour se conduire parfois de manière arrogante et scandaleuse sans commune mesure avec sa prêtrise. Cette facilité à établir des relations avec une aristocratie monarchique devait permettre à Alfred de présenter son frère dans une société où ce dernier ne pouvait, seul, même imaginer de s’infiltrer… comme près de la marquise de Chambord, ou celle de Bozas pour ne prendre que ces exemples. Saunière sut jusqu’au bout boire la coupe jusqu’à la lie et taire certaines ‘sources’ car, comme le souligne si judicieusement Jean Markale, « la bonne société aime la discrétion » ! Cependant, il est quasiment certain que par ces contacts de haut niveau, Bérenger Saunière, dans le Languedoc comme dans le lyonnais, eut des relations efficaces avec des occultistes évoluant dans les sphères fermées de messieurs Jules Bois et Claude Debussy.
Pourtant, un jour, Alfred Saunière est allé trop loin… Occupant la fonction de précepteur dans une famille notoire du narbonnais, les Chefdebien de Zagarriga, et se croyant sans doute impunément tout permis, il dépassa une fois de trop les limites. Il commit une dernière grave indélicatesse qui le fit expulser de chez ses bienfaiteurs. On dit que bénéficiant de toute la confiance de ses protecteurs, il aurait eu accès à certaines archives ‘interdites’ de cette famille sur lesquelles il aurait fait ‘main basse’. Que pouvait contenir, de si important, ces documents secrets qui poussèrent Alfred Saunière à prendre le risque de tout perdre pour en avoir non pas une copie (ce qui lui aurait été facile et moins risqué) mais pour se saisir des originaux ? Une copie pouvait-elle perdre sa valeur en étant contestée, alors qu’un original conférait à celui qui le possédait un savoir redoutable mais… dangereux ? De plus, s’il s’agissait d’une pièce d’archives familiales, les Chefdebien pouvaient sans problème la réclamer et en exiger la restitution en en prouvant la paternité. Nous savons que cette illustre famille assurait une descendance… d’Hugues Capet. Etait-ce un document de cette époque plutôt sombre de la royauté qui pouvait prendre une certaine importance pour certains monarchistes post-révolutionnaires ? Si cette noble famille choisit de chasser Alfred Saunière, sans autre forme de procès, ni réclamation en justice par exemple, c’est sans doute que le document ne pouvait ni être exigé en public ni même être soupçonné d’exister. En ce cas, quel pouvait en être le contenu pour aboutir à une telle situation sans issue? Alfred Saunière a, à la fois, bien joué et perdu. Il perd car il vient sur un coup de se couper de quasiment toutes ses entrées dans le monde aristocratique, car ne doutons pas que l’information de cette affaire se soit répandue dangereusement pour lui. Mais l’homme est intelligent et sait que ce qu’il vient de dérober, ou apprendre, le dédouane très largement des pénibles détriments occasionnés par son acte. Cette action et son objet pourraient bien être la plus grosse partie de la pierre angulaire du mythe des frères Saunière.
Cependant, ajoutons qu’il est aussi possible que cette action ait été une ‘mission’ orchestrée et commanditée par un autre groupe sur lequel plane toujours le doute et le secret. Toujours est-il, une fois de plus, que ce seront les religieux qui règleront le problème des frères Saunière et appliqueront les sanctions. Alfred sera chassé de la Compagnie de Jésus et relégué à Montazels où il finira sa vie en 1905, après qu’aient couru des rumeurs sur sa conduite « peu conventionnelle » avec une certaine Marie-Emilie Salière…

Un abbé mort trop tôt ?

L’abbé Bérenger Saunière fit les frais mortuaires de son frère. Il semblait s’en être plaint amèrement à certains de ses collègues et auprès de son évêque, Mgr de Beauséjour. On trouve, à ce propos, un étonnant passage de courrier précisant : « le curé de Rennes-le-Château devait s’attendre à expier les fautes de son frère l’abbé mort trop tôt ». La fin de cette phrase a de quoi étonner. Certes, tout être humain meurt sans doute trop tôt… et ce n’est pas Alfred qui nous aurait dit le contraire. Mais, une fois cette remarque philosophique faite, il reste qu’il serait intéressant de savoir en quoi le décès d’Alfred eut lieu… « trop tôt ». Qui nous dira en quoi ce fut trop tôt, pourquoi ou mieux encore : pour qui ? Faut-il comprendre qu’une action secrète des deux prêtres était sur le point d’aboutir ? Une révélation était-elle à la veille de permettre aux frères Saunière de parvenir à leur fin ? Un peu plus de temps aurait-il permis de ‘museler’ toutes autres actions religieuses punitives en fournissant une alléchante monnaie d’échange ? Si ces questions étaient les bonnes, il faudrait bien admettre que tout ceci aurait pour origine une pièce d’archives familiales (mais était-ce de famille dont il s’agissait ?) détenue jalousement par les Chefdebien de Zagarriga, et pourquoi ils étaient les seuls détenteurs d’un tel document… C’est donc dans leur direction que nous poursuivrons notre recherche.

Détour par l’église d’Armissan

Le 14 juillet 1597, Pierre de Belisent cède Armissan, près de Narbonne, à René de Chefdebien, déjà propriétaire en Languedoc de la seigneurie de Puisserguier. Cette famille est originaire de Chavenay dans le Poitou. La vente des domaines du berceau familial et de Puisserguier permettent l’achat comptant d’Armissan. Ce seigneur meurt le 17 janvier 1615, et sur sa sépulture (dont la pierre originale serait dans la vieille église de Bizanet), dans l’église d’Armissan, on peut lire sous ses armoiries lacées d’un heaume, sans doute de baronnie : « D’azur à une fasce en devise d’argent accompagnée de deux lions passans d’or lampasses et armés de gueules celui de la pointe contournée » (selon ‘Au cœur de la Clape – Armissan’, ouvrage collectif édité par la mairie d’Armissan):

CI GIST NOBLE RENE DE
CHEFDEBIEN ESCVIER SEG
D’ARMISSAN & AVES LIEV
QVI APRES AVOIR VECV
LX ANS EN HOME DE BIEN
ET RECV XXVIII BLESSVRES
POUR LE SERVICE DU ROI
DECEDA LE XVII JANVIER
MDCXV DIEV LVY FACE
MISERICORDE AMEN

Après un instant de méditation (présence d’un 17 janvier !) sur cette pierre tombale, nous ne quitterons pas la vieille église, avec son clocher en ‘lanterne des morts’ (édifiée en 1865 par Cambriel), sans une petite visite des lieux. Nous y remarquons un monument funéraire militaire qui nous rappelle fortement celui de Couiza (et de Tarentaise dans le Pilat), bien connu dans l’affaire de Rennes-le-Château, issu de la maison Giscard, représenté avec le ‘célèbre’ soldat terrassé… S’il y a bien, sous la scène, la phrase habituelle « JE SUIS LA RESURRECTION ET LA VIE », on note que la seule différence se situe dans la curieuse absence de la mention Giscard qui signe et authentifie l’origine. Les futurs visiteurs apprécieront ce nouveau hasard !
L’église primitive était celle du Prieuré de St Pierre del Lec qui, dévastée en 1355 par les mercenaires du Prince Noir, fut remplacée par l’église St Etienne (document Vatican 1404) à l’emplacement actuel situé près de l’ancien fort. A la Révolution, l’édifice, menaçant ruine, est reconstruit aux frais des de Beaumont.
En sortant du sanctuaire, il faut regarder dans l’appareillage d’un mur un petit assemblage de pierres sculptées. On nous dit que ce serait ce qu’il reste du blason des seigneurs, car on y voit un lion surmonté d’une tête représentant un de Chefdebien. Le problème est que si on fait un agrandissement de ces gravures, ce ‘lion’… est muni de mamelles de bovidé et d’une tête plus proche de celle du veau que d’un félin… Quant au visage quasiment circulaire à chevelure ondulée, il ressemble étrangement à une tête similaire disposée dans la chapelle des pères de Ste Croix en Jarez dans le Pilat, ainsi qu’à une autre peinte dans l’église templière de Montsaunès ! Enfin, la troisième pierre gravée représente un feuillage sortant d’une spirale ou coquille d’escargot. Sa dimension est de toute évidence plus haute que la pierre ‘à l’animal’. De fait, il semble difficile de maintenir que ces vestiges soient ceux rescapés d’un blason des Chefdebien… bien que ce bref ensemble de pièces dispersées soit d’une valeur symbolique remarquable.

Du nom de Penmad à messire de Ponte intendant du Roussillon

Cette famille notable reste maîtresse de la baronnie d’Armissan durant plus de deux siècles jusqu’à François-Raymond de Chefdebien, né en 1860 qui sera le dernier du titre. Rien de vraiment mystérieux dans cette longue succession de seigneurs qui attachèrent de l’intérêt à leur territoire ainsi qu’une bienveillance notoire pour les habitants sous leur pouvoir. Pour Jean Markale, ce nom proviendrait de la francisation du nom breton « Penmad »… Et, si les causes de cet ‘exil’ ne sont pas très claires, rien cependant ne suggère un mystère si grand qui vaille un secret à dissimuler au plus profond des archives familiales.
Certes, on se souvient que c’est un Chefdebien qui s’illustre dans la Franc-Maçonnerie… Cependant, un autre fait peut éventuellement retenir notre attention. Jean-François II de Chefdebien, de 1665 à 1702, succède à Henry-René, vicomte d’Armissan. La fille de Jean-François, Marie-Thérèse, en se mariant avec Messire Antoine de Ponte, Comte d’Albaret, lui apporte en dote la seigneurie d’Armissan. Ce seigneur de Ponte est ni plus ni moins que l’intendant du Roussillon. Ceci, évidemment, ne nous dit pas grand-chose. Pourtant, c’est lui, dans sa fonction, qui dispose des mandats indispensables pour que les notaires royaux aient toutes facilités d’accès aux titres de propriétés et ‘terriers notés’… C’est ce genre de documents qui fut délivré lors du recensement des domaines de Roussillon dernièrement rattachés à l’autorité de la couronne de France ! Notons que le notaire Courtade, qui assure le recollement des domaines des seigneurs de Périllos, était un des premiers notaires à avoir exercé son notariat sous cette autorité… et qu’il dut obligatoirement fournir un double conforme de ces ‘recollements’ au service de l’intendant ! De plus, il est aussi notoire que les géomètres de Cassini furent hébergés au château des Chefdebien, durant les travaux de relevés concernant le narbonnais… et partiellement dans une propriété des comtes d’Albaret, pour une section précise du Roussillon… Sans doute ne faut-il voir dans ces éléments que la nouvelle signature malicieuse du hasard de service ?

Les Philadephes… trois points c’est tout !

Evidemment, il est impossible, dans cette généalogie, de ne pas nous arrêter plus longuement sur un autre seigneur de Chefdebien qui mérite lui aussi toute notre attention : le marquis de Chefdebien qui fut à l’origine de la loge maçonnique des Philadelphes. On sait qu’il fut initié à la maçonnerie lors de son séjour à Malte (!) en tant que colonel en garnison dans l’île, avec la charge d’émissaire royal. C’est là qu’il aurait eu l’idée d’instaurer avec ses six fils, également maçons et chevaliers de Malte, une révérente loge dont les sept Maîtres fondateurs seraient ceux d’une même famille… narbonnaise. La loge du ‘Rite Primitif’, dit des ‘Philadelphes’, ainsi que ses quatre premiers chapitres sont nés le 27 novembre 1779. Paul Tirand (‘La franc – maçonnerie dans l’Aude’) ajoute que « selon le tableau de 1790. Les Philadelphes comptent 48 membres appartenant dans leur grande majorité à la noblesse languedocienne : des représentants de la grande bourgeoisie… Il faut noter que 13 frères étaient chevaliers de Malte ; il aurait existé des liens entre cet ordre et la franc-maçonnerie qui s’était implantée dès 1750 dans cette île où le marquis de Chefdebien d’Armissan a été colonel des chasseurs »… Tous ces détails sont, à n’en pas douter, là encore, que l’effet du plus pur hasard, qui n’en est plus à ça près. Quant au choix du nom de cette loge, il viendrait du fait qu’en grec le mot philadelphe signifie « qui épouse sa sœur », en allusion au pharaon Ptolémée II Philadelphe qui épousa effectivement sa sœur Arinoé II. Quant au marquis de Chefdebien, à l’origine de cette initiative maçonnique, il épouse Eulalie de Zagarriga. Elle est héritière du nom des barons de Zagarriga d’Espagne établis dans le Roussillon. C’est de cette alliance que provient le nom de « Chefdebien de Zagarriga ». Ensuite, il est facile de deviner que le rapprochement des Chefdebien et des seigneurs de Zagarriga, issus des milieux espagnols, catalans et roussillonnais, mêlés eux-mêmes à l’ordre de Malte et au passé aristocratique roussillonnais, dut donner un mélange des plus intéressants dans notre recherche. D’après notre ami Léon Gineste, ces familles auraient eu « d’étroites relations avec les princes Ludwig et Frédéric de Hesse entourés par de nombreux fervents de l’ésotérisme ».

Quelques sociétés au-dessus de tous soupçons

Il semble que ces seigneurs aient eu un goût prononcé pour un ésotérisme certain puisqu’ils s’illustreront dans la publication, en 1779, d’un ouvrage intitulé « Histoire de la Maçonnerie ». L’obédience de la ‘Société des Philadelphes’ se serait-elle distinguée par son attrait avoué pour les sciences secrètes? Pourquoi pas, si on considère que François Chefdebien évoque, lors du Convent de Wilhelmsbad, l’existence de ‘Supérieurs Inconnus Templiers’ ayant charge de superviser le destin de la maçonnerie. N’oublions pas, également, qu’il était soupçonné d’avoir hébergé sur son domaine une ‘fraternité’ du nom de ‘Enfants de Sion’... ce qu’un peu trop d’auteurs semblent ignorer ou négliger hâtivement. A l’ensemble de cette situation, nous devons ajouter qu’en ‘arrière – plan’ se prépare, à cette époque, l’arrivée de certaines sociétés occultes héritières des Illuminés de Bavière et de la fameuse Société Angélique, qui s’épanouirent vers le 18e siècle. Ces groupes férus d’ésotérisme se positionnèrent en parallèle de la franc-maçonnerie naissante, et dans l’ombre fertile de certains écrivains de l’époque, pour se trouver à leur apogée à la fin du 18e siècle précisément… Nous retiendrons seulement les plus connus comme la Rose-Croix, les Sociétés Théosophiques et celles créées par messieurs Stanislas de Guaîta, Jules Bois, Claude Debussy et Maurice Maeterlinck.
Certes, dans ces mouvances, d’autres cellules plus fermées s’organisent en sociétés secrètes et parviennent, non seulement à se maintenir dans cet état (hermétiques à toutes extériorisations), mais semblent avoir prospéré au point de s’organiser en actions définies. Le fait est que, le plus souvent, leur nom même est inconnu ou caché sous un autre. L’infiltration réussie, les actes sont commandités de manière indirecte et sans possibilité d’en deviner les vrais auteurs. Ainsi, un ou deux de ces mouvements réussirent à agir sous couvert de sociétés connues qui, se voulant cependant discrètes, ne purent comprendre, qu’à distance, certains faits étaient accomplis sous leur couvert.

Le piège des A.A et de la Société Angélique

Nous avons plusieurs exemples laborieusement retrouvés, en son temps, par Gérard Moreau de Waldan (dont nous avons déjà mentionné les travaux remarquables en matière de A.A.). Ce chercheur hors pair, directeur de L’Indépendant du Viennois, avait trouvé des incohérences dans la définition ‘A.A.’ qui ne pouvaient être des erreurs de frappe, de lecture, du fait de sa profession, ou de compréhension. Prenons pour exemple les déclinaisons suivantes : A.A. (avec des points derrière chaque A) devenait selon les circonstances AA (sans point), A.A (un seul point central), AA. (le point suit le dernier A) ou encore Aa, avec le jeu multiple des points. A la lecture courante, on ne s’aperçoit pas vraiment des différences… Mais, dans les actes, il en est tout autre et certains étaient loin du ressort de la A.A. officielle ! A ce propos, n’oublions pas que certains ecclésiastiques s’illustrant dans l’affaire de Rennes-le-Château étaient membres actifs de cette A.A. toulousaine. Sur le registre de l’usage d’un sigle, ou d’une appellation, ceux qui s’aventurèrent sur la piste de la fameuse Société Angélique se sont engouffrés dans le même piège sans même s’en rendre compte. Heureux et sans doute très fiers de leurs découvertes, ils n’eurent pas conscience que les éléments qu’ils retrouvaient ne correspondaient pas forcément au même fil conducteur mais provenaient de ‘pelotes’ différentes. Ce qui en fin de compte revient à dire que le système de codage a bien fonctionné et s’avère toujours efficace tant il est simple. Car à mieux y regarder, la ‘S.A.’ disposait d’une solide antenne dans le secteur du Languedoc et particulièrement du Narbonnais…

La vérité est ailleurs

Lyon n’était qu’une base en contacts étroits avec ses succursales, parfois plus influentes que l’origine de fondation. Narbonne, très vite, devint autonome et plus importante, au point que Lyon fut reléguée au stade de potiche tout juste capable à dissimuler la réalité des choses… « la vérité était ailleurs »! Mais il y a plus important pour nous dans cette affaire. Nous retrouvons souvent dans cet imbroglio des noms de famille répétitifs qui se déplacent au gré des besoins comme l’ancien jeu de ‘pousse-pousse’ de notre enfance (permettant de faire des phrases dans un cadre avec toujours les mêmes lettres). Non seulement nous retrouvons des personnages resurgissant régulièrement dans le sillage de cette affaire, mais curieusement ils se trouvent rassemblés non pas dans le secteur du Razès mais bel et bien dans le périmètre narbonnais… et plus loin en Italie !!! A cet effet, on se reportera à notre chapitre sur le cimetière de Rennes-le-Château, au cours duquel nous démontrons l’étrange fréquence d’interventions et de personnes dans ce secteur audois… et ceci dans la plus complète indifférence des spécialistes en la matière. Pourtant, certains faits pourraient en ressortir amplifiés et de nombreux éléments de l’énigme mis en grande lumière… Certes, il semblerait que les ténors ‘RLCéens’ préfèrent que ce mystère reste dans le secteur de Rennes-le-Château… là où tout a été dit, où il n’y a plus rien à dire… ni à trouver. Il est vrai que là au moins on ne risque ni ennui ni la surprise d’une découverte remettant en cause le fond et la forme de l’énigme.
Cela dit, il nous reste à suivre une autre petite piste concernant les Chefdebien. Cette piste est celle de la mort, de son culte commémoratif et d’un mausolée oublié… celui d’un des Chefdebien Zagarriga.

« Dans notre mémoire et pour l’éternité, il restera un juste »

Encore une fois, nous ne nous éloignerons pas de Narbonne, en suivant la départementale qui précisément conduit à l’abbaye de Fontfroide et jusqu’à Arques et Couiza. C’est un peu avant la bifurcation vers Bizanet que nous arrêtons notre périple au pied des ruines circulaires du château de Castellas, disposé sur un promontoire, situé sur la commune de Montredon des Corbières (Aude). Pour cette fois, nous n’explorerons pas les vestiges castraux dont les origines remontent à la croisade contre les albigeois. H. Rouzeaud (un archéologue narbonnais) estimait que cet emplacement représentait « le plus vénérable et le plus ancien château de toute la Gaule méridionale », sans doute en raison du fait qu’ici se trouvait un des plus importants poste d’observation de l’époque gallo-romaine. En effet, sur le site ont été retrouvés des monnaies romaines (deniers de Brutus) et des tessons de poteries romaines. D’autres monnaies moins anciennes (wisigothes) ont également été retrouvées au pied de la bute, ainsi que quelques tombes détruites lors de l’élargissement de la route, vers 1950. Les restes austères que l’on voit aujourd’hui sont les vestiges de la reconstruction du IXe siècle du castel connu sous le nom de « Saint Pierre des Clars ». Cependant le secteur était occupé depuis bien plus longtemps puisqu’une grotte, à proximité, abritait un petit site funéraire des plus intéressants. Ce féodal gardien figé dans le Temps semble plutôt veiller sur un petit bosquet de cyprès, bien plus récent, disposé de l’autre côté de la route et qui sera le but de cette visite.
Parmi les cyprès, à quelques mètres de la route, se trouve un monument funéraire. Nous ne pensons pas être en présence d’une tombe mais plutôt d’un mausolée commémoratif… bien que cette remarque n’enlève aucune valeur au monument, peut-être même tout au contraire. Il s’agit d’un obélisque entouré d’une rambarde en fer forgé. L’obélisque dressé est d’une taille relativement respectable qui le rend parfaitement visible de la route.
En nous approchant du monument, nous trouvons deux inscriptions gravées sur la face tournée vers la route et le Castellas. La première est celle de la dédicace :

FRANCOIS MARIE
DE
CHEFDEBIEN
ZAGARRIGA
VICOMTE
D’ARMISSAN
XIV
FEVRIER
MDCCCXXVIII

Au-dessous, à la suite, on lit une sentence en latin :

IN MEMORIA AETERNA
ERIT JUSTUS

Cette phrase signifierait (selon Léon Gineste): « Dans notre mémoire et pour l’éternité, il restera un juste ». Oui… sans doute ce fut un homme juste… mais juste en quoi ? et pour qui ? Ce ne sera pas la seule question que nous nous poserons à propos de ce mémorial. Par exemple, la date apposée, 14 février 1877, est-elle celle du jour du décès, ou celle de l’érection du monument ? On dit qu’il s’agirait du Chefdebien fondateur de l’Ordre des Philadelphes de Narbonne. Ceci semble improbable en raison du fait que ce dernier a été fondé en 1779, et que près d’un siècle en sépare la fondation de la date gravée sur le monument. En ce qui concerne nos recherches, nous avons, pour la création de la loge, le nom de François de Chefdebien, 1753 – 1814). En échange, il est parfaitement possible qu’il s’agisse d’un fils du fondateur qui put être admis au sein de la loge fondée par son père pour en poursuivre les buts et ‘devoirs’. Maintenant, il ne faut pas négliger non plus l’hypothèse que le mausolée soit simplement implanté pour honorer la mémoire du fondateur (nom, prénom et titre nobiliaire), et soit daté du jour de son inauguration.
A présent, il reste une autre question importante : la raison de cette implantation à cet endroit. A peu de distance de là se trouve une bifurcation ayant à proximité un autre monument funéraire qui commémore un décès suite à un accident mortel à cet endroit. Cependant, pour nous, il ne peut y avoir confusion entre les deux mémoriaux ; si l’un est bien édifié pour un accident suivi de mort d’homme, celui qui nous intéresse illustre un autre événement. Ceci expliquerait le choix assez inattendu de cet emplacement. L’orientation, basée sur les quatre points cardinaux, mérite notre attention. Quant aux ornements, ils se composent de trois croix, sur les faces de part et d’autre de l’obélisque, inscrites dans des cercles séparés du tracé cruciforme par une mince couronne circulaire. Notons que la face arrière ne comporte aucune croix ni le moindre signe. Enfin, au sommet, se trouve une autre croix en fer forgé… en forme de ‘croix celte’. Cette dernière est orientée face à la route et au château féodal du Castellas.

Trois tombeaux au bord des routes

Que ce monument soit ou non réellement mortuaire, ceci ne change rien au fait qu’il se trouve à proximité d’une route qui remonte à l’Antiquité… et dans un endroit isolé, en pleine nature et sans habitation. Ce qui nous permet de l’entrer dans la série des constructions liées au domaine des morts comme ceux… du fameux tombeau des Pontils, improprement appelé « tombeau d’Arques » (comme on peut le voir dans un de nos chapitres précédents) et celui du dernier habitant de Périllos ! Certes, les grincheux de service peuvent arguer qu’il peut une fois de plus s’agir d’un rendez-vous avec notre vieil ami le hasard. Cependant, la répétition sur trois éléments de ce genre incorporés dans notre sujet peut nous faire nous interroger sur ces étranges ‘répétitions’… comme par exemple : y eut-il une tradition sur le fait de se faire ensevelir près d’une voie de communication, voire un chemin ? A cette question, nous pouvons répondre oui… cette tradition était en application dans certains milieux annexés aux Polaires, donc des sites étroitement liés autant au cycle solaire qu’à celui de l’astre des nuits parsemées de constellations. Il suffit de regarder le plan circulaire du Castellas pour comprendre (également en raison des découvertes faites sur le site) que sous celui-ci se trouvait un lieu de culte antique de ce type cyclique qui se superpose déjà sans doute sur celui des hommes du néolithique comme le montrent les nécropoles retrouvées dans ce secteur… tout comme on retrouve ces superpositions appliquées à Périllos, pour ne citer que ce territoire phare en la matière. Supposons, puisque les Chefdebien descendent du premier Capétien, qu’ils disposent d’un élément secrètement conservé au sein de leurs archives personnelles. Il serait tout naturel qu’ils décident, à la veille de certains événements devenus incontournables, d’inscrire une partie de leur savoir dans le culte de leurs morts. Ils durent, pour ce faire, en choisir un plus particulièrement, pour des raisons peu claires pour l’instant… A charge pour celui qui sait voir de reconnaître, comme de coutume, le contenu du message !

De la ligne des ‘regards de puisage’ à la « vierge des Çagarriga »

Ce n’est pas encore tout… En effet, si on regarde en direction du château depuis le mausolée, on distingue le long de la route départementale 613 une succession de petits édifices oubliés. Il s’agit, en réalité, de regards de puisage et d’entretien, disposés sur le réseau d’une sorte d’aqueduc souterrain dont le but est de conduire l’eau vers les cultures ou les vignes. Ces petites bâtisses sont toujours à égale distance et sur une ligne que l’on constate droite… Il est curieux de vérifier depuis les deux ou trois dernières constructions qu’elles se dirigent directement sur, du moins dessous, le mausolée ! De cette distribution d’eau ou du monument commémoratif, qui fut le premier ? Nous dirions que ceci n’a que peu d’importance et que seul un constat est maintenant indiscutable. L’obélisque des Chefdebien se trouve sur l’eau qui courait ici autrefois sous ce sol. Il serait difficile de dire que ce fut l’aqueduc qui fut construit après… car il devait alors passer sous l’enclos du souvenir sans le déchausser… ce qui représente un chantier impossible pour l’époque et très difficile à conduire de nos jours. Il faut donc admettre qu’il y eut, de la part des Chefdebien, la volonté inflexible d’imposer leur ‘sanctuaire’ sur de l’eau vive à cette époque… comme à Rennes-le-Château pour certains points établis par Bérenger Saunière ainsi qu’aux sanctuaires de Périllos… Les frères Saunière se sont-ils inspirés de ce modèle sacré ? Il serait difficile de le contredire ! Cependant, la chronologie, dans ce cas, serait la suivante : le secret des sites mortuaires et sacrés de Périllos (sans doute su, en ce cas, par l’intendant du Roussillon de la famille de Zagarriga)… ensuite arrive le savoir des Chefdebien transposé sur un site ponctuel… et enfin celui des frères Saunière (sans doute apporté par ‘l’emprunt’ fait par Alfred Saunière de documents soigneusement cachés dans les archives de famille) qui ‘sauront’ le fin mot de Périllos et l’appliqueront d’abord dans la réalisation d’un projet grandiose de site miraculeux… Sans doute le culte devait-il s’axer autour de … ‘La Grande Relique’ tant convoitée par la Sanch. Cette Sanch même qui sera entretenue et soutenue plus souvent que de raison par les familles de Zagarriga et de Chefdebien ! Pour vérifier cette affirmation, il suffit de regarder les détails d’une statue réalisée à Barcelone en 1666, sur la volonté de cette famille (qui fit fondre son argenterie pour en tirer l’argent nécessaire) qui en avait fait promesse si leur fils Gaspard, atteint d’une maladie incurable, était l’objet d’un miracle… qui eut lieu en 1639 ! Cette statue de la Vierge, dite «Vierge des Çagarriga» a été déposé au Centre d'Art Sacré d'Ille-sur-Têt… pas très loin d’Arles sur Tech et de Prats-de-Mollot et donc du Coral ! Notons que ces lieux furent fréquentés assidûment par les célébrations de la Sanch ! Chaque élément prend peu à peu sa place dans cette sommaire présentation de faits trop souvent passés sous silence par l’ensemble des ténors ‘RLCéens’.

Des fondateurs discrets et un « Chevalier au chef casqué »

Nous reviendrons prochainement sur de nombreux autres détails concernant certains hommes des familles de Chefdebien et de Zagarriga impliqués dans l’affaire qui nous intéresse particulièrement. Cependant, à l’instant d’achever ce petit travail, il nous semble utile de donner quelques derniers petits détails épars. Nous ajouterons qu’en parcourant la liste des ‘pionniers’ de la loge des Philadelphes de Narbonne, nous trouvons le même nom de famille que celui de celle dont les ancêtres récupérèrent la « Croix des Haupoul » du cimetière de Rennes-le-Château au moment des convulsions de la Révolution qui agitèrent les contrées du Languedoc. Quant à deux autres de ces nobles familles dont les hommes fréquentèrent les colonnes de la loge des Philadelphes… elles étaient simplement impliquées financièrement dans la ‘fabrique’ du collège catholique où enseignait Bérenger Saunière à Narbonne… Un quatrième nom sera celui d’une autre famille narbonnaise au sein de laquelle le frère d’Alfred fut très souvent reçu, et même hospitalisé. Il y a tous lieux de croire que c’est lors de cette hospitalité aristocratique qu’il concrétisa son lien avec les Chambord… et d’autres milieux très favorables à la réinstauration de l’ancien sacro-saint régime. Une fois encore, la région narbonnaise tenait le devant d’une scène d’où tout éclairage violent ou direct était écarté… car « la bonne société aime la discrétion » écrivait Jean Markale que nous citions déjà en ouverture de notre petit texte.
Pouvions-nous finir autrement qu’en rendant hommage à ce seigneur des Chefdebien, fondateur d’une loge notoire au titre évocateur, par qui nous sommes arrivés à rassembler des éléments épars et oubliés ? C’eut été un tel manque de courtoisie qu’il nous semble de bon ton de conclure ce chapitre sur la devise des de Chefdebien : « Dux, fui, erumque semper » (Chef je fus, je suis, je serai toujours »… ainsi que le nom initiatique de celui qui fut un maître maçon ésotérique hors pair : « Franciscus eques a capite galeato », ce qui signifie « Chevalier au chef casqué »…

André Douzet
Le 12 mars 2008

Il nous semble indispensable de relire l’ouvrage de Jean Markale « Rennes-le-Château et l’énigme de l’or maudit ».
Nous remercions mesdames les secrétaires des mairies d’Armissan et Bizanet pour leur accueil, leur compétence et leur gentillesse à nous renseigner efficacement.
En bibliographie :
« Au cœur de la Clape, Armissan » (ouvrage collectif de la mairie d’Armissan).
« La franc-maçonnerie dans l’Aude » (Paul Tirand).