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Où il est question du marquis Philippe de Cherisey (1ère partie) - un étonnant CIRCUIT |
Gérard
de Sède et les ombres du savoir
Dans
l’affaire de Rennes-le-Château la parution du livre de Gérard
de Sède, « L’Or de Rennes », est le détonateur
qui révèle ce petit village aux confins du Razès ainsi
que les énigmes qui l’émaillent au fil de son histoire,
ses légendes et ses multiples réalités ésotériques.
Ce livre parfois contesté est bel et bien, qu’on le veuille
ou non, le prélude aux travaux de milliers d’amateurs, chercheurs
et autres chasseurs de trésors fascinés par le fond de cette
révélation.
Certes… cependant si l’auteur de cet ouvrage avait été
seul à rassembler la documentation indispensable à sa rédaction
le succès aurait sans doute été au rendez-vous mais
probablement pas au point de créer la véritable déferlante
que nous savons aujourd’hui. Et ce qui fait l’attrait de ce
travail est en partie du à certains détails historiques, ou
pseudo historiques, éclairant de manière à la fois
mystérieuse et apparemment authentique plusieurs volets composant
l’énigme en question… De Sède est un écrivain
de formation journalistique aux qualités indiscutables. A ce constat
il est utile d’ajouter qu’il fit appel pour renforcer, ou carrément
certifier ses affirmations, à d’autres ingrédients que
les siens. Ces ‘ajouts’ entrent avec la facilité de la
bonne pièce du puzzle qu’on présente et qui s’encastre
précisément dans le décor fait de centaines d’autres
pièces… Seulement ces éléments extérieurs
se montrent nettement plus… corsés et convaincants que la vérité
elle-même souvent moins rutilante que l’imaginaire qui se mit
en route à la parution de l’ouvrage. De Sède dans son
ouvrage site plusieurs sources documentaires ainsi que des noms de personnages
ayant mis à sa disposition de nombreuses sources documentaires inédites…
Ainsi entre sous le feu des projecteurs du mystère deux monstres
de la scène ‘RLCéenne’, monsieur Pierre Plantard
et le marquis Philippe de Cherisey. Ces inconnus, du début de l’affaire,
vont très vite apparaître comme des pièces anciennes
bien installées dans les méandres obscurs composant ce mystère
et incontournables et essentielles dans la connaissance des éléments
de base. Ils viennent d’entrer en scène et n’en sortiront
plus jamais…
L’arbre
et la forêt
Evidemment
ils seront contestés et contestables. Evidemment il sera prouvé
qu’ils utilisèrent des archives authentiques qu’ils maquillèrent
au profit de leurs travaux. Oui bien sur… mais il faut bien accepter
que derrière ces mises en évidence certaines de leurs pistes
une fois amenées par ces ‘petites supercheries’ conduisent
à des voies de recherches indéniables et inconnues du commun
des chercheurs d’alors. C’est un peu comme si, en habiles paysagistes
ils avaient soigneusement planté un arbre de telle sorte que nous
soyons tentés d’aller voir derrière la belle forêt
qu’il dissimule très mal en fin de compte.
Gérard de Sède poursuivit ses parutions puis un jour laissa
sous-entendre que ces deux messieurs avaient été ses…
complices… depuis le début et qu’il leur avait accordé
sa confiance certainement un peu à la légère, mais
la mariée était si belle qu’on le comprend et lui pardonne
cette erreur.
Peu à peu Plantard et de Cherisey font ensuite leur chemin en solitaire
ou en couple sans plus se soucier vraiment de l’auteur qui leur avait
servi de vecteur. Ils s’illustrèrent tous deux à leur
façon dans cette énigme. Pierre Plantard en s’imposant
comme héritier du trésor ou du secret historique de Rennes…
et de Cherisey comme celui qui savait où trouver les éléments,
archives, personnages et documents attestant une filiation plongeant ses
racines aux plus obscurs confins de notre histoire sacrée ou autre.
Le reste des portraits de cette formidable galerie nous les connaissons
bien pour ne pas y revenir en détail ici.
Des deux personnages le plus… sympathique et humain, dirons-nous sommairement,
est ce marquis à la fois bohême, aristocratique et ingénieux.
Il fait son chemin sérieusement sans jamais une seule seconde se
prendre au sérieux… il est à la foi artiste, acteur,
compositeur et d’une culture dépassant de loin ce qu’on
peut imaginer.
Tant de sites font, fort bien il faut le reconnaître, sa biographie
que nous n’essaierons pas d’entrer, avec peu de succès,
en compétition contre eux sur ce registre. Le lecteur, le chercheur
trouvera ces sources documentaires avec facilité au fil des propositions
de Google…
Les
documents d’un sympathique et fantasque marquis
En
échange nous avons choisi de présenter quelques documents
peu communs ou carrément inconnus et inédits malgré
ce qu’en disent quelques détracteurs dépités
de ne pas avoir pu localiser ces petits trésors (ce qui semble de
bon ton dans une affaire comme celle qui intéresse présentement)
et les avoir exploités avant nous. Ainsi va la fortune en matière
de recherche. Nous avions déjà présenté un premier
document montrant à l’évidence que le marquis appartenait,
ou fréquentait, une ‘chapelle’ pataphysique. Nous avons
annoncé l’édition d’un document entièrement
inédit (au point qu’il fut déclaré vrai canular
et faux avéré par nos antagonistes de service) qui sera proposé
maintenant sous quelques dizaines de jours : « Le Veau à Cinq
Patte ».
On peut, au demeurant se demander, comment la multitude de ‘messieurs
je sais tout et j’ai tout’ ne purent jamais posséder
une copie de ce texte inédit… ou au moins en faire mention.
Ce qui prouve une fois de plus qu’il est imprudent, et prétentieux
de se montrer comme un expert ou un grand connaisseur de sujet majeur. La
réalité nous montre, s’il le fallait une fois encore,
que ceux qui cherchent dans l’ombre sont plus efficaces dans leur
discrétion, que ceux qui avancent entouré du vacarme d’une
bruyante clique de ‘cire bottes’… pour ne pas dire plus.
Il va sans dire que nous n’avons aucun mérite dans ces présentations
puisqu’elles proviennent des collections de deux de nos amis «
REMY et LIO » qui nous honorèrent de leur confiance et de leur
précieuse amitié. La richesse de leurs rayons d’archives
est infinie et nous permet ici de promettre d’autres petites surprises
documentaires peu usitées.
‘Circuit’
départ et arrivé pour une énigme
Pour
l’instant nous ouvrons ce nouveau chapitre avec la reproduction d’un
document du marquis de De Cherisey connu sous le titre de ‘CIRCUIT’.
Ce dernier écrit à déjà fait passablement couler
beaucoup d’encre et de commentaires. Si ces derniers sont précieux
en matière d’approches différentes et variées
ils le sont un peu moins dans le sens où le lecteur, s’il dispose
du document d’origine, peut lui-même se faire sa propre interprétation
sans passer par celle des autres. Car quel amateur de l’énigme
de RLC n’a jamais entendu parler des péripéties d’un
certain Charlot accompagnée d’une certaine Madeleine découvrant
un impensable trésor enfoui au cœur de cavités prétendues
se trouver dans le secteur du Razès ? Et ces deux personnages sont-ils
encore peu de choses vis-à-vis de la myriade de petits détails
tous plus… insolites et utiles les uns que les autres. C’est
donc ce ‘CIRCUIT’ que nous proposons à nos fidèles
visiteurs en plusieurs fractions afin de visiter le monde peu commun du
marquis Philippe de Cherisey. Pour l’instant nous nous efforcerons
de ne pas donner d’interprétation sur certains détails
émaillant ce texte de près d’une centaine de pages dactylographiées
afin que chacun en prennent connaissance sans apriori, sans doute ensuite
proposerons nous à notre tour quelques mise en valeur de plusieurs
détails intéressant. ‘CIRCUIT’ a suivi, vers 1967
(qui est l’année de parution de ‘l’Or de Rennes’
de Gérard de Sède), le cheminement des ‘documents secrets’
déposés à la Bibliothèque Nationale… de
manière forcément discrète… mystère oblige
!
Certains ‘spécialistes’ n’hésitent pas à
envisager que le marquis fut dépité de ne pas avoir eu le
même succès avec ce document que celui de son ami d’alors,
G. de Sède, et que cette déception fut le prélude à
une séparation inévitable des sens de travaux. Nous laissons
à ces prétendus ‘experts’ la seule responsabilité
de cette affirmation pour nous un peu trop légère dans le
contexte de l’affaire au moment de la parution du ‘best seller’
de De Sède… Cependant il n’est pas difficile de comprendre
que cette archive est à plusieurs facettes et fait partie intégrante
d’un ensemble bien plus vaste qu’il ne le parait, comme nous
le verrons ensuite, pouvant suggérer que le travail du marquis pouvait
être solitaire et totalement indépendant de celui qui servit
de détonateur. De fait on peut raisonnablement se demander lequel
des deux écrits sert de ‘lanceur’ à l’autre
ou du moins le justifie dans l’énigme et… la réponse
pourrait bien un jour ou l’autre étonner plus d’un ténor
en la matière.
En attendant, nous disons encore un grand merci à Remy pour nous
permettre de mettre ces éléments à la disposition des
colonnes de la Société Périllos.
PREFACE
Par
DINGRON- MOZART
de l’institut.
Au mi-vieux du chemin de notre lie, cette question se posait un peu partout
: « Comment savons-nous qu’on nous aime ». Beau sujet
de dissertation pour mes élèves. L’un d’eux, auteur
du présent ouvrage, osa me répondre : « Qu’est-ce
que ça peut vous faire ? » Il eut un 0 pointé.
« Désormais, me dit-il, je ne te demanderai plus ce qui peut te faire quelque chose ».
Nous nous entrainâmes vers une brasserie où, pot après pot, s’éleva une ivresse commune.
MOI
– Il n’y a plus, vois- tu, ni toi ni moi mais nous qui nous
aimons.
LUI – Nous ?
MOI – L’esprit, oui, que les Grecs, Platon entre autres, appellent
NOUS.
LUI – Qui craint le grand méchant NOUS !
MOI – Je.
L’auteur était alors un enfant prodige mais si modestement qu’on ne s’en serait pas douté. Ma classe de philo prit grâce à lui cette année-là un visage inconnu. Il me suggéra des thèmes de dissertation tels que : « Un orateur timide doit se prononcer sur la religion considérée comme un opium du peuple. Imaginez les réactions du peuple s’avisant que l’orateur a puisé dans l’opium le courage de s’exprimer ». Je me souviens encore…mais non, je ne veux me souvenir de rien ! sinon de ce parallèle qu’il propose un jour à ses condisciples entre les 22 couplets de la chanson du « Bon roi Dagobert » publiés au Grand Larousse et les 22 arcanes du Tarot de Massilia que manipulent les cartomanciennes ; car c’est bien le propos du présent ouvrage de 22 chapitres. Au-delà de quoi je ne sais rien, écrivant ma préface honnêtement, c’est-à-dire avant d’avoir lu ce qui va suivre et n’a pour l’instant de nom sous aucune plume.
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Que l’on veuille donc bien excuser ma gaucherie par la difficulté qu’il y a de présenter ce que l’on ignore, et par le désir de savoir ce qui va se passer dès que j’aurai cessé de taper à ma machine, et enfin, à supposer que ce qui suit se soit passé antérieurement à ma préface, par l’émotion du vieillard qui, dans l’avenir, va trouver sa jeunesse et le sens de son écriture.
D. M.
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AVERTISSEMENT A LA PREFACE
Conformément au vœu formulé récemment, les vingt-deux
chapitres de « circuit » seront disposés dans l’ordre
normal du Grand Livre de Massilia – 1, 2, 3, etc… ainsi qu’on
verra par les images. Les vingt-deux couplets du « Bon roi Dagobert
» s’appliqueront aux vingt-deux précédents mais
dans un ordre qui n’est pas celui du Larousse ; ainsi, le lecteur
qui voudrait découvrir un second « circuit » sous «
circuit » peut restituer les chapîtres dans l’ordre des
couplets. D’autres structures ont été envisagées
que nous laissons au lecteur la joie de découvrir lui-même.
Soit :
a) Les vingt-deux stations de la ligne Vincennes-Neuilly.
b) Les vingt-deux volumes du journal des Goncourt.
c) Les vingt-deux divisions de l’Apocalypse de Jean.
d) Les vingt-deux paragraphes du « Menexène » de Platon
qui ont servi de cadre aux vingt-deux tomes de la grande œuvre de Saint
Augustin.
e) Les vingt-deux chapîtres des « Indes noires » de Jules
Verne.
f) Les vingt et une lettres et demie de l’étrangère
à Balzac.
Nous nous permettons d’insister sur ce dernier ouvrage tant ce nombre 22 a eu d’importance pour Jules Verne, lequel refusé chez vingt et un éditeurs trouva enfin Hetzel, rue Jacob, et dont les « Voyages extraordinaires » font 3X22 c'est-à-dire 66 volumes.
L’on trouvera ici quelques excellentes pages entièrement pillées chez de médiocres auteurs et d’autres fort mauvaises encore que pillées dans des chefs-d’œuvre patentés. Nous ne citerons jamais nos sources dont le grand public n’a cure, laissant aux lettrés le plaisir de reconstituer eux-mêmes une bibliographie dont ils ne tireront aucun profit.
L’AUTEUR
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I – LE BATELEUR
Le
bon roi Dagobert Monsieur
Matras, gérant de films « Le
Portant manteau court en hiver Poulpiquet
», téléphone à Valérien Ariès,
Le grand saint Eloi impresario-directeur
de la firme P.S.
Lui dit : « O mon roi ! MATRAS
– Et alors ?
« Votre Majesté Valérien
ARIES – Je le tiens
« Est bien écourtée MATRAS
– Envoyez-le moi.
C’est vrai, lui dit le roi VALERIEN
–Vous l’avez derrière la porte.
Fais-la rallonger de deux doigts Entre
Amédée. Taille 1m 92, celle du chef de l’Etat juste
avant
son entreprise de s’asseoir et bedonner afin de pénétrer
dans les petits ballons que la presse pamphlétaire lui faisait sortir
de la bouche. Matras va droit au but :
MATRAS – Qu’est-ce que vous faites en ce moment ?
AMEDEE – J’écris le premier chapitre de mes souvenirs, ou plus exactement je recopie. Voici le début : « Monsieur Matras, gérant des films « Le Poulpiquet » téléph… »Mais je ne veux pas vous ennuyer.
MATRAS – Je vois sur votre fiche que MM. Eugène Ionesco et Roland Dubillard, dramaturges, vous comptent parmi leurs relations. Comment ça se fait ?
AMEDEE
– C’est à Honfleur dans la nuit du 6 au 7 août
1954 que j’ai connu Eugène Ionesco. Bien des gens peuvent en
témoigner, Marcel Achard, Martine Carol, Bourvil, Christian Jacques
, l’Amiral Mottard, Mademoiselle O’Grancoeur, servante chez
la générale Aupick, Fernand Ledoux, le docteur Virel, qui
déjà songeait s’établir dans le pays, Emmanuela
Gide, enveloppée dans un châle avec son frère, une anglaise
blafarde aux joues rougies que je me jurai de reconnaitre si par hasard
je la revoyais, etc…sans oublier Lilith, descendue en droite ligne
de la chatte de Stéphane Mallarmé, ni la petite Caroline idiote
de la famille Fleuriot en pension chez les sœurs. Moi, j’étais
chargé de remettre le trophée Alphonse Allais des humoristes
français à Eugène Ionesco : un crâne d’Eugène
Ionesco enfant. Le bénéficiaire et moi-même, aussi saouls
l’un que l’autre, nous plûmes à verse. S’il
est vrai que, depuis lors, j’ai poussé un peu la discrétion
à son égard, lui par contre m’a rendu un vibrant hommage
dans cet « Amédée, ou comment s’en débarrasser
? », sa plus belle œuvre qui devrait, sauf erreur, lui valoir
un fauteuil à l’Acacomédie Française au jour
où il ne boira plus que de l’eau.
« Amédée, ou comment s’en débarrasser ?
» évoque mes difficultés d’écrivain raté
avec un
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cadavre gigantesque dès l’ouverture du rideau, mais qui ne cesse de grandir jusqu’à sa clôture. Le spectateur est prié d’envier les natures qui après trois coups savent encore grandir et de déplorer la fermeture du rideau dans l’instant précis où ces dites natures ont atteint leur plus grand développement.
MATRAS – Et Roland Dubillard ?
AMEDEE – C’est toute une histoire qui remonte à l’inénarrable tandem « Grégoire et Amédée » où il était Grégoire et moi l’autre.
MATRAS – On ne vous entend plus à la radio.
AMEDEE – En effet, au moment ou la R.T.F. colonisa son carton à chapeaux du quai de Passy, se réduisit aux décimales O.R.T.F. et rabattit le couvercle sur sa tête, Grégoire et Amédée durent se séparer pour des raisons de sécurité : quelqu’un, tirant sur la virgule formant clapet, aurait pu nous réduire au niveau du commun où il n’est point d’inénarrable qui tienne.
MATRAS – Y a-t-il un rapport entre Grégoire et ce fameux abbé du même nom qui en 1792 réclama la liberté du culte pour les habitants du Mont Blanc et dont Victor Hugo déclara qu’il venait au sénat pour garnir un banc vide ?
AMEDEE
– Peut-être bien, mais il faut vous dire que le duo Grégoire
et Amédée est emprunté au « Triangle d’or
», une aventure d’Arsène Lupin. Grégoire a l’air
d’une femme déguisée en homme jusqu’au moment
où l’on reconnait en lui un homme. Amédée pour
sa part est un concierge bavard.
Et bien, figurez-vous que tous deux meurent assassinés pas tellement
loin du quai de Passy où est l’O.R.T.F.
On peut les voir en deuil d’eux-mêmes sur la couverture de l’édition
populaire publiée en 1968, ayant à côté d’eux
le méridien 0 sur la carte de France.
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« Le Triangle d’or » est un bon roman traitant du sacrifice d’un nègre à la Croix-Rouge en 1917. Mais pour en revenir à Dubillard, c’est de Monseigneur Dubillard qu’il tiendrait plutôt que de l’Abbé Grégoire. Alors lui neveu d’un rouge ecclésiastique, moi noir ci-devant lorrain, nous étions de ces associations comme on en compte au compte-goutte : « Avant y en a pas, après y en a pus » comme on dit. »
L’allusion au méridien O n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Valérien avait insisté auprès d’Amédée pour qu’il la fasse et auprès de Matras pour qu’il lui fasse passer un examen. Sujet pas mal austère que cette ligne imaginaire dont on sait qu’elle est jalonnée par l’observatoire de Paris. Amédée pense s’en tirer par cette anecdote.
AMEDEE
– « Le fameux dessinateur HANSI habitait jadis à Colmar
derrière le
« musée des Unterlinden. Belle maison, charmant jardin,
« sinon qu’on y risquait de graves accidents : une barre métalli-
« que et peinte en bleu le traversait à hauteur du genou.
« D’abord Hansi y mit son linge à sècher, puis
il la martela
« jusqu’à l’appliquer au mur du jardin dont elle
épouse les
« contours. C’était le méridien de Colmar.
MATRAS – Pas mal ; surtout le musée Unterlinden. Mais Paris.
AMEDEE
– J’y ai eu un grave accident, plus bas, du côté
de Rodez, mais je le connais beaucoup mieux dans les parages de l’Observatoire
vu depuis le péristyle de l’Odéon vers dix heures du
matin quand on va enrichir sa connaissance des classiques avec la jeunesse
furieuse du théâtre. Alors on voit d’abord le promeneur
solitaire, vif et preste comme un oiseau qui promène sa canne dans
la grille. Et puis c’est ‘’adame Augustin Nouveau
qui passe, aveugle et folle ; Germain, son petit garçon, la
guide par le pan de sa jupe et sur leur passage les passants murmurent :
« Dans sa douleur elle a perdu la tête
« Petits oiseaux, cessez ; ne chantez plus.
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Et
puis c’est le petit Victor, enfant sauvage de l’Aveyron, qui
dit toujours « Adieu adieu » et que promène l’abbé
Résina dont le nom est comique.
Et puis c’est la bande de Lancelot qui passe, faux monnayeurs qui
dissimulent leurs pièces dans des boites d’allumettes et se
dispersent
devant la fontaine de Carpeaux où des géants se laissent écraser
par une sphère réduite aux longitudes et latitudes. Plus loin
on dirait un homme sans dos qui court à reculons vers la Closerie
des Lilas toute sonore encore des flonflons de l’orchestre rouge.
Monsieur
Matras appuie sur un bouton. Un récepteur de télévision
repasse tout ce qui vient de se passer. L’examen parait satisfaisant
mais un autre suit immédiatement, sorte de psycho-test à partir
de six documents photocopiés dont il faut faire la critique au bout
d’une minute et en une seule phrase.
A toi de voir, ami lecteur, si tu seras aussi intelligent qu’Amédée.
1°- Lettre adressée à Christophe Colomb en 1478 par un négociant gènois en fromage : remerciements pour avoir introduit une cargaison de « têtes de maure » dans l’île de Fer (archipel des Canaries).
2°- Journal de Christophe Colomb. 1492. Remise d’un morceau de fromage dans un béret rouge à un chef peau-rouge de l’île de Cuba.
3°- « En 1493 Christophe Colomb partant de l’île de Fer qu’il juge le bout du monde occidental entreprend son deuxième voyage vers le Nouveau Monde » (extrait du manuel d’histoire en usage chez les Pères Salésiens de Las Palmas.
4°- « Les deux attractions de l’île de Fer sont la station thermale et la vierge miraculeuse qui échoua sur le rivage depuis un navire en perdition qui assurait le service de Cuba le 6 janvier 1639 » (extrait de l’agenda touristique 1966-7).
5°- « Vierge miraculeuse de l’île de Fer ; dite « des Rois » à cause de sa réception un 6 janvier, fête des Rois. Rebaptisée « Vierge du Rosaire » parce que, du bout du monde au-delà duquel n’est plus rien que la mer, elle
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plante la rose des vents. Noter qu’il n’y eut jamais de fer dans l’île de fer mais un tremblement de l’aiguille aimantée sur la rose de la boussole » (extrait du bulletin diocésain de Las Palmas).
6°- « La fête de la Vierge du Rosaire a été transférée du 6 janvier au 10 octobre afin de coïncider avec la clôture de la station thermale » (Affiche municipale de Valverde).
Une minute passe.
AMEDEE – Distorsion du temps sur 1°, 2°, 3° - contradiction entre 4°, 5°, 6°.
La déclaration est soumise à un petit ordinateur qui renvoie un enregistrement de bravos assez peu nourris. Monsieur Matras sort de son tiroir un magnétophone capable de fonctionner sans arrêt pendant des mois sans qu’on ait besoin d’y toucher.
MATRAS – Prenez ça. Vous faites l’affaire à titre d’enquêteur, mais sous le nom de Charlot. Direction les îles Canaries.
AMEDEE – Enquêter sur quoi ?
MATRAS – A vous de le découvrir, moi je n’en sais rien. Mais ne vous inquiétez pas : le P.S. que dirige Valérien Ariès a des correspondants partout qui, si vous errez, sauront vous remettre dans le droit chemin.
AMEDEE – Je suis comédien, monsieur.
MATRAS
– Ça se voit. Nous faisons un film sur un comédien qui
fait une enquête dont il ne connait pas plus l’objectif que
moi. Mais comme vous êtes comédien, il vous faut renoncer au
pseudonyme Amédée pour celui de Charlot. La différence
entre Charlie Chaplin et vous est suffisante pour qu’il n’y
ait pas de confusion.
Est-ce clair ?
CHARLOT – On ne peut pas plus. Encore que…
MATRAS – Les conditions ?
CHARLOT – Oui. Combien va-t-on me payer ? et quand ?
Monsieur Matras explique à Charlot que malgré leur fabuleuse richesse, le P.S. et les films « Poulpiquet » n’offrent aucune rémunération. Au statut de comédien servile qui reçoit son enveloppe pour avoir fait ce qu’on lui
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demandait,
les deux sociétés ont préféré la qualité
libérale du soliste qui court des risques pour son œuvre sans
pouvoir deviner ce qu’il en tirera. Néanmoins comme il faut
bien vivre on propose à Charlot une place de professeur de tango
dans le T.N.B. (Théâtre National de Belgique) avec une promotion
à l’état de plongeur de vaisselle au restaurant du Croissant
d’Or (Liège). Et déjà le comptable a calculé
ma rente ; vingt-six mille trois cent cinquante deux francs trente ?
A l’issue de cette entrevue (le 20 décembre 1967) Charlot se
rend chez Anne, sa maitresse Anne, connue dans son métier de cover-girl
sous le nom de « Calypso ».
Aujourd’hui, dans son appartement encombré, elle est belle
comme un rêve de pierre qui se tiendrait debout sur le toit d’une
église. Stupeur de Charlot, sa joie quand elle lui fait part de son
intention de passer ses vacances de Noël aux Canaries selon la coutume
immémoriale qu’elle a inauguré l’an dernier.
CHARLOT – Je t’accompagne !
Et il raconte tout en vrac, le méridien 0, la tête de maure, Christophe Colomb, le psycho-test de la vierge miraculeuse et la fête des rois.
ANNE - Les rois ; Melchior, Gaspard, Balthazar ?
CHARLOT – Les rois !
ANNE - Et aussi Fro ?
CHARLOT – Qui ?
ANNE - Mage de Hollande !! Non mais à quoi ça rime cette enquête et de la confier à toi qui n’es en règle avec rien, ni tes contributions, ni ta mutuelle , ni ta famille, ni ta propre carte d’identité !
CHARLOT – Ni toi.
ANNE - Ni rien.
CHARLOT – Il y en a sans doute qui me veulent du bien.
ANNE - Quand on entend ça…
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CHARLOT – On ne sait plus où on est.
ANNE - Je ne te le fais pas dire.
CHARLOT – Je te le dirai quand même.
Elle siffle entre ses dents, suspend sa robe en or à un cintre, range un gant blanc, regarde par la fenêtre. Les chats Minou et Templier qui lacéraient une tige de papyrus, elle les rabroue, verse au perroquet Visitandin ses graines de soleil et n’y tient plus.
ANNE - Quel bien te voudrait-on ?
CHARLOT
– Tu vas aux Canaries, moi aussi, où est le mal ? Est-ce que
je t’empêche de venir ? Est-ce toi qui me chasses ? Non, tout
va bien. Entre toi cover-girl et moi théâtreux rien de commun
qu’un impresario, une rencontre sous le gui à Noël avec
ses conséquences. Et tout va bien. J’aime une veuve ; elle
a des amants, je les accepte tout en soignant ma jalousie, et on ne m’aiderait
pas !
Allons donc !
ANNE - Quelle pétulance !
CHARLOT – Je vous défends de me tutoyer.
Il
crâne, Charlot ; cette belle sortie entièrement enregistrée
va sûrement faire un excellent effet sur M.Matras et les cinéastes
du « Poulpiquet ». Mais tout de même il s’inquiète
sur ses possibilités de mener de front une espèce de voyage
de noces dans les Canaries et une enquête d’autant plus absorbante
que son but n’est pas clair du tout. Anne de son côté
réfléchit au nommé Primate, ce hippie de Las Palmas
pour le bénéfice de qui elle entreprenait ce voyage. Sur ces
entrefaites, la Radio publie une nouvelle charmante. « La Grèce,
dit elle, vient de suspendre le festival cinématographique annuel
de Cellis-Arcis en Arcadie. La liberté héllénique,
a déclaré en substance un porte-parole du gouvernement des
Colonels, ne saurait admettre une production artistique délibérément
orientée vers la gauche et faussant ainsi les perspectives de l’expression.
Se proclamant champion de la liberté, le Général Franco
a ouvert Las Palmas des Canaries au festival de Cellis-Arcis. Les cinéastes
de gauche sont cordialement priés de montrer leurs œuvres au
public usuel des festivals qui leur réservera le meilleur accueil
et le plus chaleureux ». La Grèce et l’Espagne ont rappelé
leurs ambassadeurs. »
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Renseignements pris à la compagnie aérienne : tous les avions sont bondés, et plus une chambre disponible à Las Palmas. Mais voilà qu’un monsieur REMORA se réclamant de l’ami Valérien sonne à la porte.
REMORA – Agent du festival de Cellis-Arcis, je suis chargé d’acheminer sur Las Palmas le trophée du meilleur réalisateur, mais le temps me manque. Au cas où vous vous chargeriez du transport, je vous remettrais deux places dans l’avion de demain.
Affaire
conclue. M.Remora laisse le trophée ; un buste de Platon réalisé
en plâtre sur socle de marbre, deux yeux de verre sertis dans les
orbites sont d’un effet saisissant. En prévision de la casse
il y a un buste de rechange exactement semblable.
Sur le pas de la porte, M.Rémora croise un monsieur Rochefort également recommandé par l’ami Valérien.
ROCHEFORT
– Voilà ce qui se passe. J’ai à Las Palmas, en
rade dans le port Sainte-Catherine un thonnier, dit « La
Gamine », immobilisé par la défaillance d’un roulement
à billes. Or le gouvernement espagnol désireux de protèger
ses industries métallurgiques, frappe les roulements à billes
d’une taxe prohibitive. En voici un formé de treize billes
de cuivre, dites « roulers », ayant la grosseur d’un anneau
et du modèle qui sert dans les machines électroniques.
Au cas où vous pourriez remettre cette modeste contrebande à
Labouisse, capitaine de « La Gamine », je disposerais
en votre faveur de mon appartement de Las Palmas,
situé rue du chroniqueur Benitès Inglot, et, au-delà
du 28 décembre, d’une chambre à l’hôtel
de la Plage Blanche, dans l’île de Lanzarote.
Vous aimerez ce monsieur Labouisse, aussi bon matelot qu’il est douloureux
veuf ; sur ces deux points, chacun lui rend justice.
ANNE - Veuf ?
ROCHEFORT – D’une créole à laquelle il a voué une sorte de culte. Tâchez qu’il ne vous ennuie pas trop avec ses chagrins.
CHARLOT – Nous lui raconterons les nôtres.
Encore une affaire de conclue. Anne et Charlot le regardent s’éloigner dans le vent de la rue qui fait flotter sur son épaule une écharpe de soie ornée de fleurs de lis. La tête de Platon prévue pour la casse constitue un parfait reliquaire pour les billes. Entre le fils d’Anne qui voudrait savoir ce que signifie le mot « autopsie ».
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CHARLOT – C’est littéralement « l’art de se voir soi-même.
Fils – Et il faut mourir pour y arriver ?
Platon inventa, dit-on, la chambre noire. Aussi l’on conviendra que son buste aux yeux de verre est le trophée idéal du cinéaste surtout si on lui garnit le crâne avec des billes.