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Société Périllos ©

Les citernes de Rennes-le-Château
(1ère partie) - Où il serait question de souterrains

 

Il est si souvent question de souterrains dans (sous !) le village de Rennes-le-Château qu’il semble pratiquement inutile de reprendre ce thème mythique. Nous allons pourtant l’aborder, mais sous une forme nettement moins floue et en tous cas, pour une fois, indiscutable sur le fond du sujet.
En effet il est courant de penser à un souterrain en tant que galerie de circulation à l’usage de ses commanditaires ou auteurs. De plus le mot à lui seul évoque une atmosphère mystérieuse qui ne peut aller qu’en s’amplifiant plus encore au nom seul de Rennes-le-Château. Certes il est question de souterrains à l’usage des anciens seigneurs du château des lieux. Sur le propos si la légende est tenace, mais jamais étayée, il faut bien admettre que rares sont les forteresses ne disposant pas de moyens ‘discrets’ de communication avec l’extérieur… où d’une emprise en sous-sol destinée à entreposer ce qui semble alors le plus précieux aux seigneurs locaux : sépulture, armes, denrées, valeurs… autres. Alors pourquoi la forteresse de Rennes échapperait-elle à cette habitude, tout autre sujet mystérieux déduit ?
Et en effet il existait bien plusieurs galeries naturelles ou aménagées dans le sol de ce village autrefois fortifié. Nous avons vu déjà une première possibilité près de l’église primitive de St Pierre aux Liens… sans pouvoir disposer de la moindre photo sur le sujet.

Le souterrain et l’indispensable vitale

Cette fois nous aborderons un autre endroit bien connu de Rennes sans que pour autant il y ait eu de présentation vraiment détaillée de cette curiosité souterraine (survolé dans quelques articles de journaux… par exemple ‘ici paris’ N°2821 du 27 juillet au 2 août 1999).
Il s’agit effectivement d’une sorte de réseau souterrain, à l’origine naturel, largement modifié par l’homme pour son usage indispensable… mais également peut-être plus discret. C’est du système de citerne du village de Rennes-le-Château dont il s’agira ici.
L’eau est indispensable à toute vie. Elle l’est d’autant plus qu’elle devient vitale et primordiale pour un site fortifié qui peut être amené, en cas de siège, à souffrir d’un manque d’eau pour les besoins de ses occupants mais aussi pour combattre un incendie parfois allumé par l’ennemi lors d’un assaut. On imagine facilement que de nombreuses précautions pouvaient être apportée à ce genre de construction, son entretien minutieux, et les soins consacrés à en assurer une bonne alimentation en eau potable.

Ouverture sur le légendaire ?

On accède habituellement à l’entrée de cette citerne par un local situé au bas des escaliers descendant depuis le terre-plein de l’ancien château de Rennes. On peut tout aussi bien y parvenir par le passage longeant le bas du village, au pied même du vieux fort, en forme de système de première contrescarpe de défense. Dans un appareillage de maçonnerie visiblement ancien s’ouvre l’entrée, solidement verrouillée, des citernes de la commune.
C’est en été 1999 que nous assistions, ainsi que de nombreux curieux, au vidage complet des réservoirs et leur nettoyage, car il semble qu’à cette époque il y ait eu un ennui dans la pureté de qualité des eaux. Plusieurs pompes mises en batteries permettaient de purger au bout de quelques heures toute la quantité du précieux liquide. Il y eut ensuite un pompage des boues sommaires et naturelles qui pouvaient encombrer et polluer quelque peu. Dès cette opération terminée nous obtenions l’autorisation de pouvoir descendre et aller visiter ce souterrain jusqu’à son terme.
Bien des légendes courent sur ce lieu. On y entend surtout des récits mentionnant des boyaux de circulation dont le secret se perd dans la nuit des temps… tantôt utilisés par les seigneurs, tantôt par d’étranges visiteurs à l’insu des maîtres du château… quand ce ne sont pas des légendes de cryptes secrètes dont l’issue se commande ou se condamne par le niveau des eaux du réservoir… jusqu’à d’autres hypothèses encore plus inquiétantes et mystérieuses. Nous tenterons plus tard de comprendre ce qui se peut et ce qui ne se peut pas et parfois avec certaines surprises.

Petite visite en eau potable

Dès la porte franchie on descend par quelques marches sur une plate forme, où se trouve une partie des machineries de pompage, d’où part une échelle métallique descendant vers les citernes. De ce point élevé on distingue déjà qu’en contre-bas le système de bassin fut modifié à différentes époques.
Evidemment les observations ne peuvent se faire sans danger qu’aux moments où les citernes sont totalement vidées. A cette occasion en arrivant au niveau le plus bas, pour la circonstance relativement à sec, on constate qu’à plusieurs époques les réservoirs primitifs ont été réaménagés puis agrandis. Si l’on en croit plusieurs avis en la matière, le premier système de stockage des eaux remonterait aux époques antiques. Quoiqu’il en soit il est évident que nous sommes, à l’origine, en présence d’une galerie naturelle disposant d’un système d’arrivée d’eau débouchant sur une sorte de puits agrémenté d’une retenue assez conséquente.
Les premiers hommes à utiliser le relief protecteur du plateau de Rennes-le-Château durent constater que c’était pour eux une véritable providence de trouver une source souterraine sur ce point facile à aménager en oppidum, puis en village fortifié, dans une région où la faiblesse des citadelles est toujours le problème de l’eau potable en plein été.

Des agrandissements pas forcément évidents

La grandeur de cette grotte en eau permettait des travaux faciles pour en augmenter la capacité au fur et à mesure des besoins vitaux d’une population grandissante. C’est ainsi qu’on reconnaît facilement les différents aménagements au fil des siècles. Egalement la véritable grande réserve se trouve entièrement étendue sous l’entrée et le système de pompage. On peut rapidement schématiser cet ensemble en disant qu’il s’agit d’un large grand puits naturel depuis lequel on a ajouté, d’abord un premier réservoir engagé sous le ‘chemin de ronde’ (ou accès au pied du château), ensuite une autre annexe qui s’enfonce à l’opposé c’est à dire en direction du centre du plateau lui-même. Il est possible toutefois qu’il y ait eu une troisième réserve, moins nette, dissimulée derrière une sorte de muret partiellement effondré et dont on ne comprend pas vraiment l’utilité hydrologique… En résumé il y aurait eu en tout, un puits primitif d’où on aurait pratiqué trois aménagements successifs dans trois directions toutes aussi différentes que leurs profondeurs respectives…
Ajoutons tout de suite, à l’évidence, qu’il aurait été plus pratique d’agrandir considérablement et facilement seulement en direction sous la terrasse du château donc du village. En effet le prolongement de la citerne sous le ‘chemin de ronde’ n’est guère logique car il est facile, si un ennemi prend pied dans la courtine, de crever le haut de la citerne qui doit être à moins de deux mètres sous ce chemin… et de s’y introduire pour empêcher les assiégés de puiser de l’eau. De plus cette construction va en direction du bord de la falaise naturelle. Cette situation permet assez facilement de creuser et saper le grand puits et le voir se vider irrémédiablement dans la nature !

Où la sécurité et le trop plein sont négligés

Il est évident que ces faiblesses ne purent échapper aux constructeurs et maîtres des lieux. Tout aussi évident que, ce constat fait, le système fut maintenu … pour quelle raison plus importante que la sécurité de ce point vital, nous ne le savons pas. Certes, sur ce point nous pouvons contrebalancer la remarque par une défense facile depuis le château de ce point essentiel à la vie des lieux. De plus la courtine, ou chemise, était facilement défendable et contrôlable par plusieurs installations de chicanes ou barbacanes suffisantes pour décourager des assaillants peu nombreux… Mais dans l’éventualité d’une troupe décidée à imposer un siège conséquent, le problème pouvait vite devenir crucial … Fut-ce le cas ? On l’ignore généralement mais nous reviendrons sur ce point.
Un autre détail échappe visiblement aux rares études qui approchèrent ce point d’eau primitif de Rennes. S’il est indiscutable que l’eau arrive dans ces citernes on ne s’est jamais posé la question de savoir comment il se fait que le niveau, une fois établi à un maximum, se stabilise naturellement. Certes, en été ce niveau n’est jamais atteint et la question ne se pose pas logiquement. Mais en hiver force est de constater que la réserve d’eau est à un niveau constant sans jamais déborder ! Il faut admettre qu’un ‘trop plein’ s’active alors de manière naturelle et jamais repéré. Par quelle faille native l’eau s’échappe t’elle ? Nous en reparlerons une autre fois et ce ne sera pas le moins intéressant !

La galerie d’alimentation en eau

Puisque nous avons fait un premier tour des citernes à proprement parler, abordons maintenant l’arrivée de l’eau vers le réservoir. Depuis l’ancien puisard on distingue une sorte de galerie suffisamment haute et large pour le passage aisé d’un homme, qui s’enfonce en remontant nettement en direction Nord-Ouest. C’est de ce boyau qu’arrive l’eau.
Là encore l’homme a aménagé cette faille naturelle. Par endroit une sorte de trottoir latéral a été taillé. On trouve au long de la progression des traces de tailles et parfois la largeur a été considérablement travaillée pour laisser un passage commode. La galerie monte régulièrement sur toute sa longueur. Le jour de la visite, au départ de cette exploration, l’eau nous arrivait, une fois la citerne vidée, à hauteur des chevilles. Le fait d’aller jusqu’au bout de ce conduit et d’en revenir en progression lente, le niveau d’eau à notre retour était de plus de 60 cm en une grosse demi-heure. Il est certain qu’une fois la citerne pleine à son maximum le bas du système doit se trouver sous une hauteur d’eau considérable. On peut pratiquement parler ici d’une sorte de siphon à faible pression. La longueur de la galerie, depuis les citernes, est d’environ cinquante mètres selon une inclinaison montante régulière et accentuée. Le conduit va également en se rétrécissant jusqu’à finir contre une sorte de biseau naturel faisant corps avec le rocher natif. C’est ici que sort l’arrivée principale de l’eau au niveau le plus bas du boyau. A ce point provisoirement final la hauteur est nettement moindre.

Une raison peut-être pas aussi claire que son eau

Tout serait donc dit ici… D’abord on peut faire état d’un système de réserve naturelle d’eau sous une forme souterraine. Ensuite on peut affirmer que l’homme a aménagé ce véritable cadeau de la nature en l’optimisant au maximum pour ses besoins sans cesse croissants. Ce serait donc le souterrain le plus flagrant de Rennes-le-Château… seulement régulièrement entretenu pour des raisons vitales en eau… et pourtant sans le moindre aspect secret.
Nous pourrions, en effet, nous en tenir à ce constat déjà intéressant par lui-même. Pourtant nos possibilités iront, comme nos surprises, en grandissantes !

Citerne: entrée depuis la courtine

La descente dans le puits

La partie sous la courtine - on y distingue le niveau habituel d'eau

Une réserve 'oubliée'

Départ de la galerie d'alimentation

L'aménagement trotoire à droite

Progression dans la fin de la galerie d'arrivée d'eau

Vers la fin du boyau une masse de boue

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