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Les citernes de Rennes-le-Château
(2ième partie) - Sous le château

 

Le rempart de l’impossible

Château de Rennes

Si l’on regarde le plan du village de Rennes-le-Château, par exemple selon l’ouvrage de Jean-Jacques Bedu qui au demeurant est quasiment le même repris sur plusieurs sites internautiques, on trouve le tracé supposé des remparts.
Ce tracé est tout à fait plausible selon ce qu’il reste des murailles médiévales d’une enceinte logique. Oui… mais l’ennui est que ce tracé présumé se trouve aujourd’hui, à cet endroit, juste au-dessus de la seule ouverture permettant l’accès aux citernes. Faudrait-il admettre que cet accès à l’eau, si précieuse lors d’un siège ou en temps de guerre, serait accessible seulement par l’ennemi… en tous cas inaccessible aux assiégés ??? Ce serait d’une telle incohérence que l’idée même en serait tout simplement ridicule et inacceptable. Alors ?
Alors essayons de trouver plusieurs explications à ce non sens :
- La première serait qu’un second passage pouvait être prévu pour accéder facilement, en cas de siège, aux citernes indispensables à la survie de la citadelle. Mais où serait ce passage oublié ou invisible? En cas d’un second système de puisage depuis le terre-plein de la forteresse, il resterait quand même la faiblesse dangereuse de laisser un passage aussi stupidement accessible à l’ennemi s’il finit par se rendre maître de la courtine!
- La seconde serait simplement que ceux qui tentèrent de reproduire le tracé hypothétique de la première ligne de remparts se soient trompés dans leur supposition… et tous ceux qui utilisent, aujourd’hui, ce tracé suivent cette erreur en la reprenant sans plus y réfléchir.
- Une autre pourrait être qu’il n’existait qu’un seul accès à ces précieuses citernes et qu’il n’ait jamais été celui que nous connaissons. De fait l’ouverture actuelle, permettant d’entrer dans les réserves d’eau, n’existait pas autrefois sous cette forme. C’est ce qu’on peut supposer en descendant dans le réservoir. La porte d’accès est prise dans une maçonnerie peu épaisse ne pouvant pas, par sa minceur, s’inclure dans la solidité d’un rempart… si précieux à cet endroit. Ensuite, une fois dans le sas de pompage il faut franchir, pour descendre, un passage qui lui est bien pris dans la roche naturelle et de faible largeur. De plus, si nous remontons sur le terre-plein du château actuel, nous trouvons l’ancien système destiné à remonter l’eau jusqu’au plateau. Il n’y avait donc pas besoin de descendre aux pieds du rempart pour s’approvisionner en eau.

Des galeries naturelles inamovibles

La trappe ouvrant sur la citerne en retrait du premier mur

Maintenant un autre raisonnement pourrait venir à l’esprit. Regardons un peu plus attentivement notre tracé de la galerie d’arrivée d’eau primitive réaménagée au fil des temps. Le boyau est naturel, c’est évident. Son itinéraire n’est en rien le fruit du travail et de la volonté des occupants du plateau de Rennes, c’est flagrant. Ce n’est pas la nature qui fut adaptée à l’homme à ce moment, mais bien les défenseurs de la citadelle qui utilisèrent, au mieux de leurs besoins, ce qui était naturellement l’arrivée, et le premier puisard d’eau de source souterraine.
Mais allons encore un peu plus loin. En effet ce sont les occupants, sans doute les premiers seigneurs locaux, qui firent leur, cette richesse providentielle indispensable à leur survie en cas d’obligation à s’enfermer sur le site. Il est logique qu’ils ne pratiquèrent pas d’accès, trop difficilement défendable, par le bas aux citernes, mais bien un autre passage plus rationnel et peut-être… pouvant le cas échéant servir à un autre usage qui leur serait propre et secret…

Principe de sécurité du château féodal

Observons encore un peu la morphologie du site de la citadelle. En toute logique une cité fortifiée est toujours sous le commandement du seigneur local (ou militaire royal), en l’occurrence les vieilles familles nobles de Rennes.
Ici, comme habituellement, il y eut primitivement une sorte de ‘motte féodale haute’ avec une ‘basse cour’, ou un village craintivement regroupé sous sa défense. Il est rare que ce château, sauf s’il dispose de particularités naturelles pratiques, comme à Montségur (mais ce n’est pas le cas ici), soit incorporé dans la première ligne de défense du site (comme, par exemple, le château comtal de Carcassonne).
Le plus souvent il dispose d’au moins une contrescarpe ou une chemise (idem celui de Bugarach) le protégeant du choc des premières vagues d’assaut.

Si l’aven ne va pas au château, le château ira à l’aven

La fragilité évidente d'une construction hors rampart

Pour le ‘château’ de Rennes il n’est pas question d’une particularité naturelle de protection. Non seulement il ne bénéficie pas de cette opportunité, mais de plus il n’est pas à l’écart minimum des premières défenses, ou proche du centre de son plateau. Bien au contraire, il est installé dans le rempart même et le mur des habitations seigneuriales se trouve curieusement en première ligne de défense… Offrant une facilité déconcertante à être sapé depuis la courtine basse. Erreur des maîtres constructeurs ? fausse manœuvre des seigneurs ?… ou une volonté dictée par un impératif qui nous échappe ?
Et si nous disions simplement que le château féodal a été placé en fonction d’une particularité ne pouvant pas être modifiée sur le terrain ? Et si cette particularité était tout bonnement cette résurgence d’eau vitale pour vivre et survivre sur le plateau de Rennes ?

Le constat de Louis Fédié

Au demeurant il semble qu’il n’y ait, à l’origine, que ce seul point d’eau souterrain reconnu. Louis Fédié en fait mention dans Le Comté de Razès et le diocèse d’Alet : «Une fontaine souterraine, qui a la forme d’une citerne, a sa source sous les remparts du nord ; elle ne tarit jamais». Quant aux fortifications le même auteur rejoint cette observation, sans toutefois relever son anachronisme : «Les fortifications qui entouraient la citadelle de Rhedae n’ont pas complètement disparu. Sur certains points de l’antique enceinte, les assises de roc vif qui ont conservé leurs aspérités supportent quelques pans de murs formés de pierres de taille cubiques, à six faces, mesurant 24 ou 25 centimètres de côté. Une seconde enceinte construite avec des matériaux semblables, s’élevait à quelques pas de la première, mais on retrouve à peine quelques traces. C’est tout ce qui reste des fortifications primitives de la citadelle wisigothe. La première enceinte a été reconstruite après la guerre des Albigeois, et une partie de ces nouvelles murailles existe encore se soudant, par places, à quelques lambeaux des remparts wisigoths.»

Le charme discret des galeries naturelles souterraines

Citerne de Rennes-le-Château - une arche des aménagements primitives

Mais, de ce raisonnement, nous pourrions contrer l’argument en se demandant si on ne pouvait pas simplement construire une (ou plusieurs) immense citerne d’eau pluviale comme à Quéribus, Aguilar et Opoul par exemple… ce qui permettait de prudemment reculer le château-donjon de la première ligne de défense.
Pourtant cette remarque peut s’annuler si l’on considère un autre aspect du problème :
Nous avons un point d’eau souterrain, connu de tous, utilisant une partie seulement d’un réseau de grottes plus étendues. Ces cavités suffisamment hautes et larges pour laisser le passage à un humain auraient pu alors être envisagées dans un but précis moins ‘populaire’ à d’autres fins plus discrètes.
On utilise ces réseaux en sous-sol d’abord pour leur qualité de citernes toujours bien remplies même par temps caniculaire. Cet aspect permet en toute liberté et ‘innocence’ de pratiquer logiquement des travaux d’aménagements du réseau d’arrivée d’eau naturel, sans attirer la moindre attention ?. Car qui penserait à autre chose de plus inavouable que des travaux d’apparente utilité générale ? personne !
Mais alors, ne pouvant déplacer l’aven il était indispensable, si on voulait user discrètement de ces galeries étendues pour un usage secondaire, d’installer le château sur cet aven et de telle façon qu’on puisse simultanément, à tous moments, surveiller le point d’eau pour la population… et utiliser son réseau à discrétion pour un usage différent.

Retour à la case puits

Hypothèse amusante et sans fondement penseront certains… Et nous pourrions ranger cette possibilité au rayon des utopies si une autre remarque ne pouvait se faire. Nous savons que dans l’ancienne enceinte du château de rennes il y avait un puits, c’est un fait établi officiellement… En principe un puits a pour fonction de permettre de tirer de l’eau. Cet appareillage permet plusieurs réflexions.
Nous avions fait un relevé, à la boussole, lors de notre cheminement dans la galerie souterraine alimentant les réservoirs. En reportant cette direction sur le plan masse du secteur des citernes nous nous situons SOUS le château au moment où s’arrête l’aven. L’existence d’un puits dans le château à cet endroit serait logique pour atteindre la nappe phréatique desservant les réservoirs. Cependant le fond du puits n’arrive pas dans la galerie de ces derniers… mais légèrement plus au nord à quelques mètres près. On suppose que les puisatiers, au moment d’atteindre le fond de leur ouvrage, se trouvaient forcément à proximité du réseau desservant les citernes de Rennes. En tous cas ils étaient obligatoirement à la même profondeur que le fil d’eau des réservoirs. C’est cette profondeur et son réseau naturel qui maintenant vont nous intéresser car il se pourrait bien que nous trouvions à ce niveau non seulement des galeries d’arrivée et réserves d’eau… mais d’autres éléments nettement moins naturels mais tout aussi intéressants.

NB: la vue NB du château de Rennes-le-Château est extraite du livre de Roger Marty « La Falaise des Audiences ». Nous le remercions chaleureusement de nous avoir donné l’autorisation de la reproduire.

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