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Société Périllos ©

Les citernes de Rennes-le-Château
(3ième partie) - Sous le bien… un inavouable secret?

 

Un hypothétique souterrain et deux puits finalement obstrués

A ce stade de notre travail il faut ajouter qu’effectivement il y avait un puits dans l’enceinte du château de Rennes. Plusieurs personnes purent le voir lors de visites sur les lieux, et son existence n’est pas mise en doute. Cependant nous disposons de deux emplacements possibles pour cet appareillage: dans un bâtiment vers une arche ouvrant sur l’extérieur, et un autre qui aurait été dans une cour à l’extérieur au 17ème siècle. De ce dernier il ne reste rien et il semble que le puits ‘intérieur’ ait été comblé par le dernier habitant du château.
Quoiqu’il en soit il est logique que l’enceinte forte ait été pourvue d’un point d’eau pour des raisons pratiques. Ensuite il y a cette rumeur reprise par différents témoins à propos d’un accès souterrain depuis les locaux châtelains dont l’ouverture, paraît-il, se serait située près d’un escalier ou sous celui-ci. Cet accès pourrait simplement être celui d’une réserve quelconque ou d’une cave à usage de réserve.

L’habitude est-elle une seconde nature ?

Mais en ce cas pourquoi faire un mystère de ce passage et l’avoir obstrué? L’existence d’un accès à une partie souterraine est pratiquement présente dans toutes les constructions fortifiées. Les besoins, les nécessités peuvent aller à l’infini: réserve à munitions, arsenal, poudrière, silos à grains, entrepôt de nourriture, glacière… Et puis il nous reste évidemment le merveilleux inconnu: refuge, cache secrète, dépôt monétaire et d’actes archivés, crypte, caveau, accès à une galerie pour fuir, se déplacer… Quoiqu’il en soit, il semble bien que le château de Rennes n’ait pas fait exception à cette règle, assez habituelle, avouons-le.

Un souterrain a des raisons que la raison doit ignorer

la galerie naturelle en fin de faille sous le château

Là encore mettons-nous à la place des occupants du castel. Nous les avons vus choisir un emplacement discutable pour implanter leur forteresse, probablement en raison d’un accès à l’eau.
Nous pouvons supposer facilement qu’en raison de possibles citernes la raison de cet impératif devait être autre. A l’étude des seigneurs locaux il est évident que leur lointain passé est étroitement lié à plusieurs faits restés quasiment énigmatiques. Un bastion, aussi fort soit-il, finit par tomber un jour ou l’autre. Nous avons vu Rennes être saccagé à différentes reprises (notre article sur l’église primitive de Rennes-le-Château). Il était donc indispensable que, si secret il y avait à garder, il l’ait été de manière certaine.
Le coffre-fort tel que nous le concevons n’existait pas. Si élément majeur il y avait, il est certain que son propriétaire ne tenait pas à s’en séparer ou s’en éloigner… tout en prévoyant, le cas échéant, de pouvoir l’évacuer ou dans cette impossibilité, de le dissimuler efficacement… ou définitivement. Seul un souterrain se prête à cette volonté. Construire, creuser un tel ouvrage nécessitait autrefois des travaux extrêmement difficiles. Il fallait d’abord une main d’œuvre nombreuse. Ensuite selon la qualité de la roche native l’avancée pouvait être longue, pénible, dangereuse, voire pratiquement impossible. On peut estimer qu’un souterrain, d’une section praticable, d’une centaine de mètres entièrement taillée par l’homme est déjà une oeuvre remarquable peu fréquente. De plus faire appel à une main d’œuvre importante ne posait pas un réel problème pour un seigneur médiéval… mais tenir au silence (évident pour un souterrain secret) cette masse d’ouvriers était sans doute une autre affaire.

Le prétexte d’une nature complaisante

la faille naturelle à hauteur d'homme (citerne Rennes-le-Château)

De fait, on imagine que l’existence de failles naturelles, à une profondeur à la fois suffisante et accessible, représentait une aubaine justifiant le risque de disposer le château à cet endroit malgré une faiblesse en cas de sape par la chemise en contre-bas… L’enjeu en valait la chandelle.
Pour ce, on peut utiliser des puisatiers pour un travail d’aménagement d’un puits. Ce qui ne surprend personne. Ensuite une fois atteinte la profondeur du fil d’eau on se trouve au niveau des failles naturelles. De là il n’est pas compliqué, pour un ouvrier, maîtrisant la connaissance en ouvrage minier, de pratiquer un passage vers une galerie secondaire située dans le même sens que celle conduisant l’eau. La nature du sous-sol du plateau de Rennes permet l’aménagement de ce genre de chose.

La preuve des gouffres sous Rennes-le-Château

Dans ce sens, revenons un instant au siège désastreux de Rennes en 1362. Pierre III de Voisins commet l’erreur d’installer une poudrière dans le bastion de la Salasse. Les mercenaires d’Henri de Trastamare profitant de l’explosion de cette soute à munitions se ruent dans Rennes. En vérité ils investissent surtout la première église de la cité afin de récupérer un trésor qu’ils y savent enfoui (on se demande comment). Hélas, au moment d’ouvrir la cache, une dizaine de ces pillards sont précipités dans un gouffre dissimulé par une dalle pivotante.
De cette histoire on retient plusieurs éléments.
- D’abord on ne reconstruira jamais cette église primitive - et on ne sait toujours pas pourquoi… aurait-on, à ce moment, eu quelque chose à craindre ou cacher ? l’existence d’un passage ? - de St Pierre aux Liens.
- Ensuite ce ‘gouffre’ est signalé par Louis Fédié (ce dernier ne peut être influencé par les ‘mystères de Rennes-le-Château puisqu’il écrit ce récit avant même que B. Saunière ne soit à Rennes-le-Château). De plus une ouverture donnant sur ce fameux aven existe encore aujourd’hui.
- Retenons également ‘l’incident de tracto-pelle’ lors des travaux de la nouvelle mairie de Rennes-le-Château, dont le godet subitement a rencontré le vide d’une galerie se dirigeant vers les vestiges de cette église oubliée.
De ces trois constats on retient simplement l’existence irréfutable, sinon d’un souterrain fait de main d’homme, au moins d’une faille naturelle alignée dans le même sens que celle nous concernant présentement… et dont l’usage secondaire pourrait fortement ressembler à celui-ci.

Des causes et des effets

sous ce pressoir un gouffre sans fond (ce qui reste de St Pierre – Rennes-le-Château)

Mais avant de quitter St Pierre aux Liens, revenons sur cette prise d’assaut facilitée par l’explosion du bastion de la Salasse. Lors de cet attaque violente nous apprenons que seul le ‘quartier haut’ ne fut pas saccagé : le château de Rennes et l’église de Ste Marie. Nous remarquons également que le seigneur de Voisins ne fut pas pris… Ce détail devrait avoir de quoi retenir notre attention car lors d’une prise de cité le seigneur et sa famille représentaient une capture de choix en raison des rançons, souvent très élevées, réclamées pour sa remise en liberté. Nul propos sur ce détail ni sur son comportement guerrier (qui aurait pu être héroïque) lors de ce désastre.
Pouvons-nous supposer, depuis ces deux remarques, que le seigneur en question ait bel et bien pu quitter les lieux très discrètement, dès l’explosion de sa poudrière… par un souterrain connu de lui seul par exemple, et qui ne peut être celui ouvrant sous les pieds des pillards de l’église ‘d’en bas’ ! Il ne nous reste qu’une possibilité depuis le château des seigneurs de Rennes où nous revenons.
A cet instant, il est difficile d’affirmer autre chose que l’existence d’un puits (maintenant comblé)… permettant une fuite discrète sous terre.

Au fil des livres

Pourtant nous ne sommes pas les seuls à envisager un souterrain depuis le réseau de failles naturelles. Plusieurs auteurs abordèrent brièvement le sujet.

- Michel Lamy – Le secret du trésor royal de Rennes-le-Château, Payot, 1984 : « C’est le moment de nous souvenir d’une vieille légende du Razès. On raconte en effet que sous le château de Rennes s’enfonceraient des souterrains qui communiqueraient avec des cavernes » (p. 201). L’auteur, sur cet élément cite au renvoi ‘27’ Louis Fédié (à nouveau) ‘Etude Historique sur le Haut Razès’. Et ensuite à la page 202 « N’est-ce pas le moment de nous souvenir qu’il existe sous ce pic un vaste réseau de galeries souterraines faisant communiquer entre elles les nappes d’eau de la région, système hydrologique mis en évidence par les travaux de C. Chanel». M. Lamy ajoute que ce réseau communiquerait également avec le sous-sol de Bugarach… Ce que cet auteur ne souligne pas c’est qu’un des principaux cours d’eau souterrain de ce secteur donne une résurgence exceptionnelle près… du château de Salses vers Opoul-Périllos !

- Jean Markale – Rennes-le-Château et l’énigme de l’or maudit, Pygmalion, 1989 : « Dans les années qui suivirent la mort de Saunière, les villageois, sans y attacher une quelconque amertume, ni même une quelconque jalousie, étaient persuadés que le curé et « mademoiselle Marie » avaient découvert une galerie souterraine qui conduisait de l’église au château./…/ C’est ce qu’on racontait. Mais le propre de la tradition populaire orale, c’est d’être vivante, et d’adapter sans cesse les vieux mythes en les actualisant dans un cadre précis. » (p. 246)

- Jean-Claude Danis – La Rennes endormie, l’Enigme de Rennes-le-Château. Pyregraph, 1991 : « L’on sait peut-être qu’un réseau de souterrains dont il ne nous appartient pas de livrer le tracé par le menu (d’autres s’y emploient… ), court sous Rennes-le-Château, reliant la mystérieuse crypte, un élément du bâtiment seigneurial, l’ancienne église Saint-Pierre, quelque(s) maison(s) particulière(s), et autres lieux nettement plus acqueux (écrit ainsi dans le texte) » (p. 183) et 4 lignes plus bas l’auteur mentionne « deux entrées souterraines qui avaient été soigneusement rebouchées. L’une d’elles porte encore sur le montant intérieur du piédroit, partiellement effacé mais toujours visible, l’étoile à cinq branches cerclée qui se trouve sur la fameuse dalle… ».

Il y a bien d’autres citations sur ces souterrains à l’origine naturels. Nous avons volontairement pris ces trois pour exemple car ils sont peu connus. Nous restons étonnés que peu de recherches aient été faites sur ce sujet pourtant assez simple à suivre.

Tracé des galeries certaines

Un peu de géologie et de l’eau à notre moulin

Nous allons suivre, d’ailleurs, d’autres remarques sur la formation géologique du plateau de Rennes-le-Château. Il existerait une fissure ouvrant à ras du sol, au plateau des Soubirous qui communiquerait avec la vallée des Bals par un réseau long de plus de 500 mètres. Ces galeries auraient été connues et discrètement utilisées comme refuge durant la dernière guerre par le maquis local. Rapprochons-nous encore du village dans lequel on recense « au moins trois trous sans fond », pour apprendre que « la dernière de ces fissures, mise à jour, par hasard, à l’occasion de travaux, fut immédiatement rebouchée, comme si l’on craignait qu’elle ne permit l’accès à une salle fabuleuse »… et toujours sur ce registre nous apprenons que « le sous-sol du village peut donc, au point de vue géologique, présenter des grottes et des cavernes qui ont pu être utilisées au cours des âges, comme caches souterraines naturelles »…on croit rêver !
En termes géologiques nous sommes en présence de failles, postérieures au thanétien, au nombre de quatre, pour le seul secteur géographique de Rennes-le-Château… ce qui est beaucoup pour ce périmètre délimité par un plateau. C’est dans ces formations de sable et congloméras que ce sont formées ces galeries naturelles dont une conduit une source sous le château de Rennes... Et c’est dans cette nature souterraine que pourrait bien se dissimuler une série d’éléments qui eux n’ont plus rien de naturel mais devant tout à la main et à l’opportunisme de l’Homme. C’est ce que nous aborderons au chapitre suivant.

NB: les photographies du château de Rennes sont extraites du livre de Roger Marty (La Falaise des Audiences) avec son aimable autorisation.
Documentation pour le dernier paragraphe ‘Un peu de géologie et de l’eau à notre moulin’ : « L’héritage de l’abbé Saunière – Rennes-le-Château. » Claire Corbu et Antoine Captier. Belisane, 1985. PP 262 et 263.

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