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Le
Confessional de l’église de Rennes-le-Château |

Au
dessus de tous soupçons
Une
fois entrés dans l’église de Rennes-le-Château
et franchi l’interrogation d’Asmodée, nous trouvons,
toujours à gauche et sous l’immense fresque du pignon ouest
de la nef,
le confessionnal commandé par Bérenger Saunière.
Il s’agit d’un confessionnal d’apparence anodine, d’un
style courant vers la fin du 19ème siècle. Pourtant un détail
devrait retenir notre attention. Il s’agit d’une sculpture représentant
un berger penché vers une brebis visiblement prise dans un buisson
épineux.
Il n’y aurait pas là de quoi redire si Saunière avait
voulu illustrer la parabole biblique du berger pour qui une seule brebis
égarée a toute son importance. Ce serait une illustration
somme toute logique dans une église et pourquoi pas sur le fronton
d’un confessionnal. Mais pour certains auteurs cette représentation
aurait un autre sens.
Deux
remarques intéressantes de Pierre Jarnac
Pierre
Jarnac (Histoire du Trésor de Rennes-le-Château -édition
BELISANE- 1998) par exemple, se demande si cette scène ne serait
pas une commémoration, voulue par l’abbé Saunière,
de l’épisode du berger Paris survenu en 1645...
Il s’agit d’un vieux berger de Rennes du nom d’Ignace
Paris ayant perdu une brebis. Parti à sa recherche il entend la bête
bêler au fond d’une cavité. L’homme descend dans
cette faille et retrouve la brebis près d’un... trésor
de pièces d’or.
Cependant, terrorisé par l’obscurité et le tâtonnement
sous ses doigts d’ossements humains, il s’empresse de remonter
non sans avoir pris une bonne poignée du précieux dépôt.
L’aventure ne put rester discrète et Henry d’Hautpoul,
seigneur de Rennes, ayant emprisonné le berger, le soumit à
la torture pour lui faire avouer l’endroit de sa trouvaille fabuleuse.
Le vieux homme succomba aux violences des bourreaux emportant son secret
dans la mort... Et ce récit, sans doute amplifié au fil des
récits, entra dans la légende de Rennes et de son trésor.
Un autre récit fait mention d’une brebis perdue retrouvée,
là aussi, par son berger. Mais au moment de ramener sa bête,
l’homme, ne pouvant la faire avancer, doit la charger sur ses épaules.
A l’entrée du village, dans l’obscurité, une voix
s’élève et demande qui porte la brebis... une autre
voix répond le nom du berger, qui concluant avoir le malin sur son
dos, s’enfuit en courant sans chercher à emporter son fardeau.
Le
thème biblique de la brebis perdue... ou la volonté de Saunière

En
somme il s’agirait pour les deux récits, de la récupération
d’une brebis. Cette opération dans les deux cas ne tourne pas
très bien. Si dans le second récit le berger s’en tire
avec une peur magistrale l’issue de la première aventure s’achève
tragiquement pour le pâtre Ignace Paris. Les brebis égarées
ne semblent pas très favorables sur le vieux territoire de Rennes-le-Château.
Saunière voulut-il exorciser cette malchance liée à
cet animal? Pourquoi pas... Mais de là à faire graver cette
histoire au front de son confessionnal il y a la marge d’incompréhension
de ce thème par rapport à la fonction de l’endroit.
A moins évidemment que Saunière n’ait voulu souligner
une autre indication à partir de ce fait pastoral qu’il voulait,
par exemple, tenir sous le devoir religieux de réserve lié
au secret de la confession? En ce cas nous ne serions non plus face à
une décoration innocente mais bel et bien en présence d’un
nouvel élément connu de l’abbé. Selon une méthode
semblant lui être habituelle, une fois de plus il aurait mis en évidence
un élément lui semblant important. Le décor choisi
dans le registre religieux ne dénote pas vraiment au fronton d’un
confessionnal.
Cependant, une fois encore, le commun n’y voit qu’une scène...
commune, et l’initié bien que surpris par ce choix peut en
tirer d’autres conclusions destinées à rester transmissibles
uniquement sous le sceau du secret religieux...
Une
scène épineuse en trois parties
Revenons
sur l’épisode biblique du berger attentif à la brebis
égarée loin du troupeau. L’image habituelle nous montre
un animal prisonnier du roncier épais. Le ‘bon berger’
n’écoutant que son devoir affronte le barrage épineux
et en retire la bête emprisonnée. Nous retenons dans cette
scène essentiellement trois parties: le roncier, le berger et le
mouton.
Admettons que si le symbole est connu il faut reconnaître qu’il
n’est pas souvent illustré. Cependant nous le trouvons ici
sur le confessionnal et aussi sur le tableau, peu visible, dans le couloir
de l’église de Brenac conduisant à la sacristie.
Brenac
Sur
le tableau de Brenac, peint par l’abbé Courtade, nous trouvons
les trois ingrédients symboliques correctement illustrés:
- un roncier épais déployant férocement toutes ses
épines dans cette scène.
- une brebis empêtrée et prisonnière du fameux buisson.
- enfin un Christ ayant les traits du bon berger ne craignant pas d’affronter
les ronces pour en extraire la brebis perdue... Ajoutons qu’à
Brenac le ‘berger’ est agrémenté d’une couronne...
d’épines et d’une houlette. Les mains du personnage se
tendent, bienveillantes et rassurantes vers la bête.
Rennes-le-Château
Pour
le décor de Rennes-le-Château nous trouvons quelques différences
à première vue encore anodines mais à observer d’un
peu plus près.
- il n’y a pas de roncier mais des sortes de plantes non épineuse
qui n’ont vraiment rien d’agressives !
- une brebis qui, à mieux regarder, est tout sauf une brebis.
- Enfin un Christ qui lui est bien un Christ conventionnel avec aussi une
houlette et une auréole à la place d’une couronne d’épines.
Il porte aussi un chapeau luxueux pendant sur son dos. Sa main gauche tient
l’animal au garrot qui semble tendre sa patte vers la main droite
du personnage.
Une
étrange brebis...
Nous
revenons à présent sur l’étrange animal que nous
prenons à première vue pour un mouton ou une brebis.
La patte cassée
Observons tout d’abord sa patte tenue par la main du ‘berger’.
Une première anomalie se fait peu à peu plus nette: soit la
bête a la patte cassée... soit il y a une impossibilité
dans cette représentation. En effet il est impossible que l’articulation
de ce membre puisse avoir cette pliure vers l’avant. Cependant ce
qui est impossible (sauf pour un membre cassé) dans l’articulation
d’un quadrupède est tout à fait conforme à la
réalité morphologique d’un bipède! Pourtant nous
sommes en présence d’une créature présentée
à quatre pattes avec une abondante toison laineuse de mouton.
La
tête
Maintenant approchons notre regard de la tête de cette bête.
Chez les ovins les globes oculaires se trouvent de part et d’autre
de la face, et non pas côte à côte... comme chez les
bipèdes. Or si nous faisons un ‘gros plan’ nous voyons
effectivement une tête d’animal qui n’a plus grand chose
d’animal dont le museau n’en est plus un mais ressemble bien
à ... un nez. Même les oreilles n’ont plus rien de commun
avec celles d’un mouton. Enfin les frisures de la toison vers la tête
pourraient fort bien simuler de petites cornes près des oreilles.
De plus si nous restons sur cet ‘agrandissement’ nous avons,
d’un coup, le visage du Christ et celui de l’autre créature
‘que nous n’osons plus nommer ‘brebis’ ou ‘mouton’.
Les deux faces se rapprochent comme pour... un baiser!
Un
travail de bonne qualité
Maintenant
si l’on considère le travail de gravure et de sculpture nous
n’avons pas la sensation d’être en présence d’une
facture grossière et sommaire. L’ensemble du meuble entier
et de son décor semble être l’oeuvre d’un ébéniste
sculpteur maîtrisant parfaitement son art, et non pas celui d’un
apprenti ou d’un artisan peu ou non qualifié.
De plus l’abbé Saunière nous a habitués à
des travaux minutieux et d’excellente qualité... même
si parfois le thème est, pour le moins, surprenant. Serait-il possible
qu’il ait accepté un travail bâclé sur un détail...
biblique ainsi soumis à suspicions, moquerie ou indignation surtout
au-dessus d’un confessionnal? Il reste alors l’éventualité
d’un travail bien exécuté selon une commande bien établie...
peut-être même un croquis ou un avant-projet précédent
les travaux. En ce cas nous serions effectivement devant une autre énigme
tellement bien visible... que personne n’y prête attention,
sauf celui pour qui le détail est parfaitement clair et parlant!
A mieux regarder l’étrange détail de cette tête
animale devenue maintenant étrangement ‘mi-bestiale et mi-humaine’,
ne pourrait-on pas la rapprocher de la tête d’Asmodée
(ou d’un autre personnage de la démonologie) ? En ce cas s’agirait-il
d’une sorte de miroir entre l’Asmodée abritant sous son
aile une inscription s’approchant du mot ‘IESUS’... et
le renvoi d’un Christ embrassant ou délivrant une créature
d’un... ‘mauvais pas’?... et pourquoi pas?
L’emplacement
bien ‘mal’ choisi du confessionnal
Maintenant
il reste à observer l’emplacement de ce confessionnal. Il se
trouve quasiment à égales distances de plusieurs scènes
très intéressantes: Asmodée et le signe de Croix à
gauche... le baptême de Jésus à droite... et sous le
grand décor en ‘ronde bosse’ du Christ distribuant la
consolation (oui... mais laquelle?) Aux pauvres et indigents.
Ce meuble de confession est-il vraiment à la bonne place pour un
tel exercice?
Non pas vraiment. Pas vraiment en raison du fait que les fidèles
se rendant à cet exercice de contrition qu’est la confession,
apprécient de le trouver habituellement en un emplacement assez discret
de l’église. Souvent le confessionnal se trouve de préférence
dans la longueur de la nef, près ou dans une chapelle latérale...
dans une pénombre bienveillante. Certes pour Rennes-le-Château
il n’y a pas de chapelle latérale et la place semble bien occupée
par une multitude d’autres décors aussi tapageurs les uns que
les autres, ne se prêtant guère au recueillement et à
la discrétion de ce moment intense demandant un peu de retrait...
Ce retrait qui est loin d’être satisfaisant près de l’entrée,
en pleine lumière, dans l’axe de l’édifice, aux
vues de toutes les personnes entrant ou sortant de l’église...
au milieu des bruits incontournables du porche s’ouvrant, se refermant
et des pas résonnant sur le sol de la nef... Et puis où faire
stationner les pratiquants attendant leur tour, en pleine clarté
dans les allées de circulation de la nef?.. En un mot aux antipodes
d’un lieu exigé pour la paix et la discrétion de l’exercice
de confession.

Le
choix de l’abbé
L’abbé
Saunière aurait fait un faute de bon goût religieux?... N’aurait-il
tout à coup plus su où poser son confessionnal?.. Pourquoi
ne l’aurait-il pas, tout simplement, remis à la place de celui
hors d’état et menaçant ruine? Bérenger, prêtre
de Rennes-le-Château, aurait-il manqué de place, ou... délibérément,
aurait-il parfaitement choisi l’emplacement de son nouveau confessionnal
pour des raisons si impératives qu’elles justifiaient largement
quelques petites incommodités pour les fidèles fréquentant
son église?
Nous verrons dans un travail suivant que Bérenger Saunière,
prêtre à Rennes, avait une raison quasiment impérieuse
de mettre ce meuble voué au silence et au recueillement, que nul
n’aurait osé troubler, à cet emplacement... et pas ailleurs.
Ceux qui remarquèrent
le détail
- 1986: H. ELIE: ?Ouverture sur l’Invisible - Le Verbe Révélations des Mystères du Haut-Razès, Aude? édition Belisane. Page 132. L’auteur mentionne : « cet agneau égaré a une tête d’homme flanquée d’oreilles pointues, c’est bien l’autre face des ténèbres. L’artiste sculpteur a même poussé le détail en représentant la patte avant gauche par un bras et un coude d’homme. »
- 26 juillet 1986: un article de la Dépêche du Midi mentionnant la parution du livre d’H. ELIE souligne le détail en ces termes: « Or en examinant la tête de l’animal, H. ELIE crut y discerner, non pas celle d’une brebis, mais du... diable! »
- 1987: Pierre JARNAC reprend l’article ci-dessus dans son ouvrage ?Les Archives de Rennes-le-Château? Belisane. Page 139.
- 1998: Pierre JARNAC. ?Histoire du trésor de Rennes-le-Château? . Pages 108 - 109. L’auteur reprend l’affaire du berger Paris et la légende des voix relative à cette aventure. En 4 lignes, ensuite, Pierre Jarnac explique que la scène est reproduite au fronton du confessionnal de l’église Sainte Marie-Madeleine...
Précisons
que le livre d’H. ELIE renvoie son lecteur entre l’affaire de
Rennes-le-Château et Brenac de manière insistante.
Chacun des auteurs agrémente son travail d’une ou deux photos.