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Société Périllos ©

L’Eglise de Couiza

 

Situation dans un environnement défini

Nichée dans l’ombre - au sens propre comme au figuré - de cette colline sur laquelle se situe Rennes-le-Château, on pourrait avoir cette impression erronée que Couiza est moins importante que Rennes-le-Château… En fait, c’est précisément l’inverse. Même de nos jours, tout habitant de Rennes-le-Château se doit d’emprunter une route de près de 5 kilomètres qui descend jusqu’à Couiza, pour effectuer ses moindre achats, que ce soit le simple pain, les produits quotidiens ou le journal.
Couiza était et reste la ville la plus proche de Rennes-le-Château dotée d’une gare ferroviaire. Elle représentait donc un intérêt majeur pour Saunière, aussi bien pour le voyageur impénitent qu’il était que pour accueillir les visiteurs qu’il savait recevoir en sa Villa avec (pour preuve : les menus) de somptueux banquets.

Copie conforme

Plus grande et hautement ressemblante, l’église St Jean Baptiste de Couiza est restée souvent ignorée des chercheurs de Rennes-le-Château. Jusqu’en 1995, l’église gardait ses portes ouvertes et pouvait être visitée à toute heure du jour. Aujourd’hui, ce bâtiment est fermé en permanence et il vous faut trouver la personne gardienne des clés pour pouvoir y pénétrer. Cette décision, après toutes les exactions qui eurent lieu, est bien compréhensible… Par exemple, alors que cette église restait librement ouverte, un visiteur ‘posa’ sur l’autel des excréments !...

Quand Saunière arriva à Rennes-le-Château, nous savons que Gélis administrait les communes de Coustaussa et Cassaignes, et Henri Boudet guidait ses ouailles de Rennes les Bains. Absolument personne n’a jamais mentionné l'abbé Calvet qui était alors prêtre de Couiza.
Il fut responsable de cette église durant trente ans au cours desquels il lui donna cette forme que nous connaissons aujourd’hui. Le 30 décembre 1855, un rapport fut établi soulignant l’importance de la reconstruction et de l’agrandissement de l’église. En fait, la restauration fut si importante que quasiment toute l’église fut démontée et reconstruite. Les pierres venaient des carrières d’Alet et de Rennes les Bains.
En 1868, avec le vitrail représentant St Jean Baptiste, le saint éponyme était mis en place. Au moment où Saunière commençait la construction de son église, il pouvait se tourner vers Couiza (et plus loin Brenac) pour y chercher modèle. Il est clair que Couiza semble avoir été l'inspiration maîtresse pour l’œuvre de l’abbé Saunière.

Un peu d’Histoire

L'église originelle de Couiza remonte au VIe siècle, quand le Christianisme prenait son envergure sur le Razès. Selon Louis Fédié, l'abbaye de Lagrasse fonda le prieuré de Cuvicianus. Certains, toutefois, arguent que Cuvicianus pourrait avoir été la cité de Cuize, au cœur de la région des Corbières.
Avec les conversions massives se produisant à travers l'Europe de l'Ouest, beaucoup d'églises furent consacrées à St Jean Baptiste, l'homme qui baptisa Jésus. Dans le cas de Couiza, nous pourrions bien y voir une autre ampleur de symbolisme. L'église se dresse près des rivières de la Sals et de l'Aude. La première, comme son nom l'indique, est salée, tandis que l'Aude est constituée d'eau douce. Jean le Baptiste baptisait dans le Jourdain en un point où de l'eau douce et de l'eau salée se rencontraient. Est-ce simple coïncidence que de trouver ici une dimension supplémentaire de symbolisme dans le choix de la localisation de l'église de Couiza?

Un lieu de prière

Avant d’être une église paroissiale, elle faisait partie d’un couvent, connu sous le nom « couvent de la Force »… Nous savons, à présent, qu’il s’agissait là d’un prieuré où vivaient généralement cinq personnes. Les raisons et origines exactes de cette fondation demeurent inconnues et peu claires, mais vers 1347, les archives du Vatican mentionnent « Couizanum ». En 1320, il y a une autre référence à « Couzanum ». Une autre trace antérieure peut être trouvée dans la liste des villages donnée en 1231 à Pierre de Voisin par Saint Louis, à la suite de la croisade Albigeoise: « Cousanum ».

En 1576, le couvent fut fermé et l’église devint celle de la paroisse à l’instigation des seigneurs locaux : la famille de Joyeuse qui résidait de l’autre côté de la rivière. En 1578, le seigneur Guillaume de Joyeuse commanda les travaux concernant la nef actuelle de l’église. Dans cette tâche, il fut aidé par un membre de sa famille, le Cardinal François de Joyeuse, futur archevêque de Narbonne (1582-1599).

Durant les divers travaux effectués sur l’église, comme partout ailleurs, certaines choses furent perdues et d’autres furent trouvées. Au 17ème siècle, des registres indiquaient qu’il y avait une chapelle dédiée à Saint Raimon de Penafort, un Dominicain espagnol et ami de Thomas d’Aquin, qui fonda l’Ordre de Notre Dame de La Merci.
Un siècle plus tard, l’église nécessite sa première vague de restaurations. Celles-ci sont conduites par Claude de Rebé, dont la femme, Jeanne D’Albret (1656), est enterrée devant les fonts baptismaux. L’église, se dit-il, contient d’autres tombes, dont celle du dernier prieur. Au 19ème siècle, trois tombes mérovingiennes sont découvertes sous l’église.

Illustration et décor

Aussi étonnamment célèbre que soit Rennes-le-Château, il n’y a guère de réelles valeurs dans l’église de Saunière. Dans le cas de Couiza, l’autel est classé par les Monuments Historiques ; il provient de la chapelle des anciens évêques d’Alet.
La décoration de l’église dans son ensemble est impressionnante, même plus qu’à Brenac où les murs restent largement sans trop de décors. A Couiza, comme à Rennes-le-Château, l’église est entièrement peinte dans un style très imaginatif et très coloré. Cependant, l’église de Couiza s’avère nettement plus grande que celle de Rennes-le-Château.
Au cours des dernières décennies, d’importantes restaurations ont eu lieu dans ce sanctuaire, pour lui rendre sa «gloire » originale. Ces travaux de rénovation font ressortir le contraste des couleurs rafraîchies par rapport à celles de Rennes-le-Château qui sont, à présent, largement estompées.
On observe encore que ces deux églises possèdent un plafond au ciel bleu étoilé.

Le monument aux morts

Saunière commanda les statues de son sanctuaire chez Giscard, une entreprise familiale de Toulouse, maintenant bien connue des chercheurs. De fait, beaucoup a été dit sur le fait que Giscard soit également celui qui fut chargé d’exécuter le monument aux morts présent dans l’église de Couiza. La représentation centrale ainsi que les deux statues de chaque côté, une de Jeanne d’Arc, l’autre de St Louis, sont issues des ateliers de Giscard.
Gérard de Sède modifia la photographie de ce monument pour le faire adhérer, en force, à la théorie préconçue qu’il développait. Cependant, il faut noter qu’il est plutôt bizarre que différents chercheurs désirent, eux aussi à tous prix, faire entrer ce monument dans le mystère qui nous intéresse.
Commémorant, comme il se doit, les victimes tombées au cours de la première guerre mondiale, de 1914 à 1918, il est difficile de voir quelle pourrait être la pertinence de ce monument au cœur de l’énigme… si nous considérons que Saunière décède en 1917. De plus, le monument aux morts de Couiza ne fut érigé qu’en 1933, grâce à la générosité de 168 familles, et inauguré le 11 novembre 1933, date symbole pour la commémoration de la première guerre mondiale. Tout ceci, admettons-le bien, tombe fort loin du cadre temporel de Saunière. Au mieux, nous pourrions supposer que les gens de Couiza, dans l’exigence d’un monument, se rappelèrent où Saunière le commanda et y firent leur commande.

Le chemin de croix

Le chemin de croix, dans l’église de Saunière, a été soumis à un nombre extraordinaire d’analyses et ce, sans la moindre raison spécifique évidente. Bien sûr, il est vrai qu’en peignant les stations, Saunière a souvent opté pour un modèle quelque peu excentrique, tel que faire figurer un personnage en kilt, un genre vestimentaire quelque peu inusité à Jérusalem au 1er siècle après JC… ou même dans nos régions à ces époques !
Que tant de personnes soient devenues obsédées par les stations du chemin de croix, qui au demeurant ne délivra jamais la moindre piste tangible de recherche, reste néanmoins nébuleux. Si nombreux furent les chercheurs qui affirmèrent que ces stations sont uniques, il faut bien admettre, effectivement, que le qualificatif est de bon ton. Pourtant, quelques sceptiques argumentèrent que les scènes ne sont pas uniques en leur genre, ne serait-ce que dans le fait que le chemin de croix de Couiza est identique, excepté dans sa finition, exempte de toutes les fantaisies ajoutées par Saunière. Alors que Saunière colore vivement ses stations, celles de Couiza sont peintes dans une seule couleur argent.

La preuve par les détails d’une station

Cette observation, ci-dessus mentionnée, mise en avant et souvent répétée à l’infini par des sceptiques de l’énigme, représente toutefois un mensonge intégral. La vérité est qu’une comparaison de chaque station du chemin de croix entre Rennes-le-Château et Couiza montre qu’ils ne sont pas du tout identiques.
Bien sûr, il y a quelques similitudes basiques : chacune comporte les 14 stations ‘règlementaires’, mais cela entre dans le cadre de la coutume religieuse. Chacune décrit pareillement le même thème, mais ceci aussi est prôné par le bon usage catholique. C’est seulement dans leurs matrices qu’elles pourraient être identiques, et elles ne le sont pas !

Plutôt que de comparer les 14 stations, nous devrions simplement comparer les stations V et XIII car elles sont représentatives des différences trouvées. Quelques unes sont facilement déduites pendant que d’autres sont évidentes au premier coup d’œil. La Station V souligne, dans les déductions faciles, que l’on est dans une catégorie différente : celle de Couiza a une tour dans l’arrière plan, il y a un personnage supplémentaire sur la gauche, le style des vêtements portés par Jésus est différent, etc…

L’évidence frappante des différences apparaît dans la station XIII : à Rennes-le-Château, un personnage pend de la croix, qui en échange est complètement absent sur celle de Couiza. A Couiza, Jésus est déjà au sol, alors qu’à Rennes-le-Château, le personnage ne l’est pas encore. En bref, les stations XIII n’auraient pu être différentes étant donné qu’elles ont à décrire le même évènement.

Conclusion

L’église de Couiza entre dans un modèle de décoration généralement assez typique de celle du secteur s’étendant de Limoux à Quillan. Les murs intérieurs de ces édifices catholiques sont souvent ornés de motifs répétitifs stylisés et imaginatifs ; encore que certaines de ces églises spécifiques, comme Brenac, soient plus proches des décorations géométriques de Notre Dame de Marceille qu’à Couiza par exemple. Nous le voyons, dans ce contexte, l’église de Rennes-le-Château n’est pas du tout un cas isolé. Il y a certes des parallèles concernant la décoration entre ces deux églises voisines de Couiza et Rennes-le-Château. Cependant, ces dernières ne s’axent pas du tout sur les détails revendiqués par quelques sceptiques. Ces détails, en vérité, sont focalisés sur le choix de couleurs vives, participant ainsi aux critères de goût chers à la communauté locale et la région.
Ainsi, quand Saunière se trouve au moment d’entreprendre la reconstruction de son église, il se tourne tout simplement vers Couiza pour y puiser son inspiration depuis celle des récentes décades… Nous sommes ici, sans aucun mystère, face au travail entrepris par un prêtre local, Bérenger Saunière, agissant comme un homme du pays, choisissant un modèle de base lui convenant tout à fait en la matière…

Filip Coppens