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Le
Cromlech de Périllos ? |
Dans
divers articles précédents, nous avons montré que dans
le paysage de Périllos se dessine une géographie sacrée,
dont l’origine remonte sans doute à l’ère préchrétienne.
Puis, récupérée à l’époque chrétienne,
cette édification géographique magique fut réutilisée
entièrement, tout en la dissimulant, dans l’implantation de
lieux du culte catholique sur les monuments mégalithiques.
Le
périmètre sacré
D’anciens
documents terriers et topographiques officiels (par exemple un relevé
des points miniers, déposé aux Archives Départementales)
nous informent que le périmètre de Périllos est délimité
par des pierres dont les emplacements semblent avoir été récupérés
pour servir de balises, ou limites de propriétés, sur le terrain.
Il y en a 14 au total, formant, à l’aide de calvaires et oratoires,
un véritable chemin de croix. Malheureusement, sur le terrain, il
n’existe, aujourd’hui, plus aucune trace de ces vénérables
monuments religieux, certains signalés depuis plusieurs siècles,
aux emplacements indiqués sur les anciennes cartes... Cette disparition
totale est déjà en elle-même un fait curieux. Pourquoi
autant de monuments auraient-ils disparu en même temps, ceci même
est-il possible ? Admettons volontiers qu’un, deux, ou plusieurs de
ces vestiges aient fini par s’effondrer faute de soins ou simplement
par usure naturelle… Cependant, en échange, il devient plus
difficile d’accepter que tous ces monuments, ayant défié
les siècles sans ennui (puisqu’ils existent encore au 19e siècle),
s’écroulent simultanément… sans laisser la moindre
trace sur les lieux (sur les 14 points nous avons retrouvé seulement
deux socles et encore étaient-ils fracassés !). On peut logiquement
se demander ce que sont devenues les pierres sculptées, ou non, composant
ces calvaires.
Un
chemin de croix à grande échelle ?
Trouver
un chemin de croix dessinant les frontières d’un territoire
est une chose peu fréquente, voire inédite. On peut soupçonner
une utilisation religieuse de cet ensemble formant une sorte de pèlerinage
autour des frontières du territoire. On sait qu’il existait
au moins deux pèlerinages à Périllos, mais la route
était différente car le premier allait jusqu’à
la chapelle sainte Barbe et le second à la fameuse grotte ‘Oursv’
et celles-ci n’étaient pas éloignées du village.
Dans les archives de l’église de Périllos (datées
au maximum début du 18e Siècle), il n’est jamais fait
mention d’un pèlerinage régulier ou non depuis ce chemin
de croix. Soulignons que l’implantation d’un tel chemin de croix
semble surtout avoir été mise en place pour se substituer
à des monuments religieux préchrétiens… ou les
préserver en les masquant de la sorte. Il est difficile de supposer
qu’une telle installation ait été mise en place pour
la vie religieuse de la commune de Périllos... En effet, pour parcourir
un tel circuit, en partant et revenant du village, il faudrait envisager
plus d’une journée en supposant des participants de tous âges…
pour qui ce trajet religieux aurait pu prendre des allures de marathon ou
de parcours du combattant tant certains lieux sont difficilement praticables.
Des
analogies historiques
Les
frontières d’un territoire ont toujours été considérées
comme très importantes. Ces limites territoriales étaient
sous surveillance rigoureuse, le plus souvent défendues militairement
en leurs points stratégiques ou de franchissement. Mais on trouve
également des protections religieuses en d’autres lieux sacrés
d’un territoire semblant exiger une défense plus… occulte
ou religieuse. Sur ce sujet, on retrouve au long de l’histoire des
rites magiques, comme ceux de Jéricho avec l’Arche d’
Alliance, et Troie, où la pérambulation du site – les
murs – était une forme de sécurité prévisionnelle
contre une possible invasion des domaines.
Mais l’ère qui nous intéresse le plus ici est celle
de l’ancienne Egypte : l’ère d’Achnaton et la construction
de sa nouvelle capitale : Akhetaten. Avec précision, il établit
le plan et surveille la construction de la ville. Les vestiges de la cité,
encore accessibles aux égyptologues, permettent l’analyse des
rites de fondation qui ont accompagné la construction. On constate
qu’Achnaton a fait disposer 14 pierres démarquant avec précision
la frontière de sa ville. Ces emplacements ponctuels et magiques
désignent ainsi l’espace sacré qui existe dans ce périmètre.
De telles pierres frontières étaient aussi connues des Celtes,
qui utilisèrent les menhirs de l’ère mégalithique
pour édifier des frontières entre les différentes tribus.
Même dans les périodes médiévales, on connaît
toujours la « pierre de fondation », normalement placée
au centre de la ville, d’où les distances étaient mesurées
– et sur les frontières du territoire… sans oublier évidemment
les cathédrales et les grands édifices religieux !
Les
Pierres ‘Périlleuses’ ?
On
doit se demander si les 14 stations du chemin de croix, sur la frontière
de Périllos, sont la substitution chrétienne d’une délimitation
mégalithique faite avec des pierres antiques ou celto ligures.
Cette question n’est, bien sûr, qu’une hypothèse
qui cependant s’émaille de détails étrangement
persistants dans le sens d’une volonté… car sinon comment
expliquer cette distribution insolite unique sur le périmètre
d’un territoire et sur un seul côté ?... mais également
comment expliquer ce nombre de calvaires égal à celui du nombre
de stations d’un chemin de croix ?... et enfin, pourquoi avoir tout
fait disparaître en une seule fois, s’il ne s’agissait
que d’anodins calvaires ou petits oratoires populaires sans importance,
sinon pour la ‘foi du charbonnier’ ?... C’est une possibilité
simple mais la réalité est-elle encore plus élevée
?...
Et voici qu’en bas de la colline de Périllos, la découverte
d’une pierre énigmatique ouvre une nouvelle voie de recherche
et nous fait nous poser plusieurs questions.
Il s’agit d’une pierre mégalithique plane et naturelle
qui, dans le site rocheux et calcaire qu’est celui de Périllos,
ne peut ni choquer ni sembler ‘hors norme’. Pourtant, ce qui
distingue ce rocher des autres, c’est qu’il semble apparemment
avoir été retaillé pour laisser deviner un visage ou
le profil évident d’un personnage à la bouche ouverte.
Bien sûr, à l’étude, on voit nettement qu’il
ne s’agit pas d’une sculpture rapportée, mais plutôt
naturelle… Les hommes du passé se sont-ils demandés
si cette sculpture un peu trop parfaite n’aurait pas été
l’oeuvre des dieux eux-mêmes ?...
Les
Hermai
Les
pierres destinées à baliser ou protéger la frontière
d’un territoire (souvenons-nous des visages de pierre du site du menhir
du Flat dans le Pilat) étaient le plus souvent ornées ou gravées
d’un visage ; les Grecs appelaient ces illustrations « Hermai
» ; elles étaient dédiées à Hermès
– Mercure. Souvent, ces ‘veilleurs - protecteurs’ avaient
la forme d’une pierre avec en haut, une tête sculptée...
comme le mégalithe qui fut retrouvé sur le territoire de Rennes-les-Bains
par l’abbé Boudet et dont il détacha la tête pour
la sceller sur le mur de son presbytère ! Mais pour les hommes mégalithiques,
le sculpteur de ces sujets était toujours une divinité majeure
ou un… « Dieu ». Cette forme d’art très ancien
et merveilleux prend le titre de « subliminal», car c’est
une forme naturelle, qui apparaît à nos yeux sous la forme
d’un travail artificiel dû à la main de l’homme.
La pierre de Périllos (pour l’instant nous lui donnerons ce
nom, encore qu’elle se situe plus vers la Mourtre que vers le village
lui-même) avec son étrange visage animal sous un angle, extraordinaire
sous un autre, et enfin humain selon un autre sens, comporte en plus une
ligne de signes gravés dans une langue inconnue. Selon un expert
oriental, il s’agirait d’un exemplaire d’une rareté
remarquable d’une écriture oubliée hébraïque
utilisée pour des circonstances extrêmement particulières
et sur lesquelles nous reviendrons une prochaine fois. Peut-on admettre
que la nature ait, par le plus pur des hasards, gravé rigoureusement
sur une pierre naturelle des caractères hébraïques de
l’époque de Jésus ??? Comment supposer une telle chose
sans se couvrir de ridicule ? Par contre, le profil bestial ou humain est,
à une retouche près, peut-être entièrement naturel…
Ce texte antique, bien qu’estimé de deux mille ans, peut être
aussi une suite d’inscriptions « magiques » ou représenter
une sorte d’armement occulte pour animer des ‘statues’
mégalithiques disparues ou dissimulées autrefois par des oratoires
ou ‘menhirs calvaires’ aptes à défendre magiquement
des frontières bien précises.
Le
cromlech
Normalement,
les cromlechs sont des cercles, ou ovales, formés de pierres clairement
définies et implantées selon une logique vérifiable
sur le terrain. En principe, ils mesurent entre quelques mètres et,
pour les plus grands, quelques centaines de mètres.
Dans l’affaire de Rennes-les-Bains, on retiendra particulièrement
l’étrange livre de l’abbé Henri Boudet : «
Le Cromlech de Rennes-les-Bains ». Pour Boudet, le village de Rennes-les-Bains
a eu, comme frontières, une série de pierres mégalithiques
qui forment le cromlech.
Mais le plus étrange est encore le fait qu’il soit quasiment
impossible de retrouver sur le site le tracé et les pierres en question.
Ce livre qui ridiculisa son auteur était-il seulement un ramassis
de sottises ou le fruit d’une imagination fiévreuse qui ne
pouvait être celle de l’abbé Boudet ? Ce livre ne pouvait-il
pas illustrer autre chose ou ‘orienter’ le connaisseur vers
un autre lieu ? Ce livre faisant état des mégalithes de ce
secteur ne devrait-il pas interpeller le lecteur par le fait qu’il
y soit question du recensement de roches dont la particularité est
de ne pas pouvoir être répertoriées comme des ‘mégalithes’
et que le seul (la Pierre Droite) méritant indiscutablement ce titre
soit passé sous silence ?...
Maintenant,
tous les chercheurs ne font plus vraiment allusion à l’idée
d’un cromlech entourant le village de Rennes-les-Bains… Tout
au plus est-il admis que certains lieux comportent des roches pouvant avoir
été aménagées par l’homme (le fauteuil
du diable par exemple)… mais il est notoire que ces quelques sites
ne sauraient montrer sur le terrain une enceinte mégalithique de
forme régulière ou voulue… ne serait-ce qu’en
raison du fait que les roches sont natives et que, par leur essence même,
ne pouvaient avoir été implantées selon une quelconque
volonté…
Mais demandons-nous s’il ne serait pas clair que Boudet ait cru en
la présence, à Rennes-les-Bains, d’un cercle de protection
sacrée ou magique… installé selon des critères
précis, à l’ère mégalithique, pour la
protection du village.
L’analyse de ce cromlech montre qu’en ce qui concerne Rennes-les-Bains,
son existence est douteuse ; bien sûr, une série de pierres
est visible là où Boudet les décrit, mais ce sont des
emplacements indiscutablement naturels.
Mais il reste une dernière
irritante question devant être posée : où l’abbé
Henri Boudet a t’il bien pu prendre une information (qu’il saura
supposée fantaisiste et fausse par l’ignorant) ou un intérêt
particulier pour un tel gigantesque cercle de pierres dans lequel ceux de
Stonehenge ou Avebury et son village pouvaient être inclus ? L’abbé
Henri Boudet pouvait-il avoir eu une révélation concernant
un tel cercle mégalithique à Périllos, même représenté
sous la forme d’un chemin de croix ou calvaire, et si oui, pour qui
un tel chemin de croix à cette échelle ?
Certes, on pourrait supposer le plus pur des hasards si… Boudet n’avait
pas été vicaire à la cure de Durban… cette même
cure qui avait abrité les archives de l’église de Périllos
depuis le 17e siècle et dont nous avons retrouvé la plus grande
partie dans une des demeures où Saunière venait également
faire des visites… gastronomiques et de simple courtoisie ! Le hasard
fait si bien les choses !
N’oublions pas que ce sont dans ces mêmes archives que se trouve
le détail du pèlerinage conduit de Périllos à
une grotte du nom de ‘Oursv’, dans laquelle figure une étrange
gravure ‘graalienne’… et n’oublions pas non plus
que Boudet, dans son ouvrage ‘fantaisiste’, fait également
mention du ‘Puits aux anguilles’ qui se trouve dans le secteur
d’Opoul…
Mais les grincheux de service rétorqueront que deux grottes, un ‘puits
aux anguilles’, un pèlerinage, des calvaires perdus aux confins
du territoire de Périllos et maintenant disparus, une pierre en forme
de visage sur laquelle s’alignent des lettres antiques… ne sauraient
en aucun cas former un cromlech dans le sens accepté du terme…
et, sur le principe, ils auraient tout à fait raison. Aussi ce serait
un peu nostalgique et penauds que nous pourrions donc en rester là
si nous n’avions pas à ajouter un dernier détail à
l’intention des puristes. Sur ce même territoire anormalement
défendu sous plusieurs formes, près de la Mourtre, face au
Roc Rodone, à proximité de la roche écrite… se
dessine un cromlech parfait et indiscutable ayant en son centre un antique
socle de forme rectangulaire… ce qu’il reste d’un oratoire
peut-être ?
Peut-on depuis ces détails rassemblés en un aussi court périmètre
encore supposer légitimement qu’il s’agisse à
présent d’un simple concours de circonstances isolées
les unes des autres ?
Filip Coppens & André Douzet