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Le
Cromleck de Rennes-les-Bains (1ère partie) - L'air des mots, aide la mort |
Vingt
quatre ans, déjà !
Après
une réflexion sur le « Carré
de Salveterra » celle que nous présentons maintenant traite
de La vraie langue celtique et le Cromleck de Rennes-les-Bains.
Voilà
vingt quatre ans que nous achetions, à la regrettée table
d'Emeraude, rue de la Huchette -où l'amoureux de sa Belle (entendez
l'Alchymie) pouvait, sans protocole, rencontrer M. Canseliet- la réédition,
chez Belisanne de l'ouvrage d'Henri Boudet, « La vraie langue celtique
et le cromleck de Rennes-les-Bains. »
M. de La Faverie venait de nous procurer « Mes semailles » de
Phileas Lebesgue, l'achimiste spéculatif ami de Fulcanelli, l'opératif…
Nous
dévorâmes l'ouvrage, bien loin -tant physiquement que psychiquement-
des « fouailleurs de trésors »; La langue primitive -et
ses miroirs oiselés ou diplomatiques tenait une large part dans notre
sphère de recherches. Nous communiquions souvent avec une famille
« descendante de Charles V », et dont l'arrière-grand-père
de la génération actuelle avait été l'un des
piliers français de cette recherche au XIXème siècle,
M. Remy Amand de Vertus (1824-1877) descendait de Jean Galeas, seigneur
de Milan, premier Comte de Vertus par son mariage avec Isabelle de France,
fille de Jean Le Bon. Valentine de Milan, fille de Galéas et d'Isabelle,
épouse son cousin germain, Louis d'Orléans, fils de Charles
V, Roi de France, Comte de Valois, Sire de Château-Thierry.
Armand de Vertus fut vice-président de la Société historique
de cette ville, à laquelle il présenta de nombreux travaux,
qui furent à l'origine de notre rencontre avec ses descendants :
par recoupement de textes de Basile Valentin et de l'œuvre Royale de
Charles VI nous avions déduit que le célèbre alchimiste
avait rencontré le Roi de France à Coincy, dans une crypte,
lorsque celui-ci allait se faire sacrer à Reims. Dans cette crypte,
le moine bénédictin avait effectué une transmutation
pour le Roi… Or, cette crypte avait été redécouverte
en 1847 « sous le carrelage d'une maison sise près du pont
», et avait fait l'objet d'un des travaux développé
par Armand de Vertus devant la Société Historique, avec plans
cotés et vue cavalière et partiels détaillés.
Hommage
Nous
tenions, ici, à rendre hommage, et à rappeler à tous
le souvenir de cet homme qui passa plus de trente ans de sa vie à
des travaux sur la langue primitive et les Celtes. L'Abbé Boudet
l'a-t' il connu, ou tout simplement lu ses ouvrages ? Nous ne savons mais
ne pouvons éviter de poser la question. En effet, parmi les ouvrages
d'Armand de Vertus -autres que ceux de recherches historiques sur sa région,
le Tardenois et son village natal, Coincy, nous pouvons trouver, de manière
non exhaustive :
« Le culte d'Orcus à Courmont » (1867)
« La langue primitive basée sur l'idéographie lunaire,
principe des idiomes anciens et modernes comprenant un vocabulaire rédigé
en caractères français et tout suivi (sic) de notes diverses
contenant les objections de plusieurs linguistes éminents »
(1868)
« Les temps sacrés des Celtes, ou les zodiaques gaulois, d'après
les médailles religieuses des bords de la Marne et de Caranda, comparées
aux monuments de l'Egypte et de l'Orient » (1875) -où l'on
notera les têtes de sangliers du blason-.
Dans
ce dernier ouvrage, nous pouvons lire : « Les Soissonnais sont nos
pères, et vous me permettrez, Messieurs, cette digression sur leur
nom et la fleur de lis d'argent… son nom oriental Suz, Su-zanne (c'est
nous qui le soulignons, bien que certains de nos lecteurs n'aient pas nécessité
de cette remarque) -le radical Susz se trouve chez les races germaniques,
avec le sens de « douceur, blancheur, pureté, bonté »-…
Soissons (Suessia) n'était pas étranger à l'idée
qui a fait nommer la ville de Suze en perse, Suez en Arabie,… les
nombreuses suze de l'Europe… Les écrivains Hébreux ont
nommé la ville de Suze « La ville du Lis ».
Mais SUS signifie aussi un « bidou », bidens, le porc non châtré,
l'adivaraha sanscrit, le sanglier sacré, aux mires blanches et recourbées
comme le croissant, comme les pétales de la fleur de lis….
Sonder les mythes antiques et découvrir… les expressions morales
et religieuses dont les nôtres ne sont qu'une dérivation plus
ou moins spirituellement modifiée… d'une part les emblèmes
gaulois, encore indéchiffrés, et (de l'autre) des mots sanscrits,
hébreux, égyptiens… La défense du bidou était
mise dans les tombeaux des gaulois »
La
chasse aux sangliers ?
L'abbé Boudet, lui, écrit tout un chapitre sur la chasse aux sangliers (VIII-III) : « La prédilection des gaulois pour la chasse au sanglier était connue des anciens grecs…. Dans toute les montagnes couvertes de bois profonds pouvant servir de retraite sûre aux sangliers on trouvera des terrains appelés pijote -pig : Porc…. Le pijole de Rennes-les-Bains a sa place au Serbaïrou. »
Quatre conditions, aux dires des spécialistes, favorisent la conservation des corps : s'i y a présence d'eau, qu'elle soit alcaline; la température doit rester la plus constante possible, -l' idéal étant vers 4°-; l'air doit être raréfié et tout ira encore mieux si le terrain est sec et calcaire (voir les exhumations préhistoriques en France). Dans la région de Rennes-les-Bains, les anciennes mines semblent répondre à ces conditions : parmi elles, celle du Mont Serbaïrou, près de laquelle se trouve un dolmen, absent de la carte d’Edmond Boudet -Serbaïrou, "serpe or", "CERBERE…" ?
Il sera ici intéressant de noter d'une part que dans une grotte fermée il y a entre 1000 et 10 000 fois plus de radon que dans un volume ouvert -ici devons-nous penser à Lourdes ou aux textes qui font naître Jésus dans une grotte ?- et que, d'autre part, les sources chaudes et ferrugineuses sont très souvent radio-actives…
Est-ce alors un hasard si H. Boudet termine son chapitre sur la chasse aux sangliers en traitant de « la croyance inaltérée à la vérité de l'âme, (qui) conduisait les Celtes à déployer une grande pompe religieuse » et que le chapitre suivant traite de la source de la Reine, et d'un temple dans la vallée de la Sals… ?
Dans un article (en 3 parties) paru dans le Journal des avants, année 1869, M. AM. Maury analyse le livre de M. F.G. Bergmann « Les Gètes, ou la filiation des Scythes aux Gètes… état social, moral, intellectuel et religieux » paru en 1859. Nous pouvons lire « sans parler de la bravoure et de la vanité des Gètes, traits de caractère aussi propres à nos ancêtres, on doit noter, comme un trait commun avec les Gaulois, la foi vive qu'ils avaient dans l'immortalité de l'âme… les Gètes avaient aussi une sorte de caste sacerdotale (Strabon, VII, P.247) qui fait songer aux druides. »
Nous
terminons cette digression (qui pourrait apparaître inutile à
certains- par une lithographie extraite de « Les temps sacrés
des celtes » illustrant le chapitre « Statuette d'Osiris trouvée
à Château-Thierry », qui n'est pas sans nous rappeler
la découverte de messieurs A. Gadal et A. Glory d'une statuette égyptienne,
haute de 15,3 cm, dans le secteur de Tarascon en Ariège et destinée,
diront les expertises, à des rites mortuaires…
Dans cette région du Tardenois, chère à M. de Vertus, le village de Coincy est traversé par un petit Ru, l'Ordrimouille, qui longe l'ancienne abbaye bénédictine, où, selon les doctes érudits « les moines venaient laver leur linge », soit « l'ordre y mouille ». Coincy, lui, viendrait de Conciacum, une villa romaine comme il y en a tant. Certes, il était noté que cette rivière avait été autrefois aménagée de multiples moulins et qu'à l'époque de Charles VI on y avait le privilège de battre monnaie… quant au Brûlis, la colline dominant le village, elle aurait servi, à l'époque des légions romaines, à des rites dédiés à Orcus, mais l'origine de son nom restait énigmatique. Avant d'arriver à Coincy l'Ordrimouille baigne les murs de Brecy, tandis qu'encore plus en amont des marécages -sources aussi de l'Ourcq, qui vient se jeter dans la Seine à Paris- encerclaient un temple abritant une pierre noire, dérobée au XIXème siècle. De l'autre côté du village, Armentières, qui fournissait aux XIII et XIVème des chevaux de combat à l'armée royale…
Parlez-vous
anglais ?
Après la lecture de l'Abbé Boudet, quels éclaircissements ! Coincy, où l'on battait monnaie, devenait « Coin-See » (de coin, pièce, to coin : marteler, et to see : voir)
Le ruisseau aménagé de multiples moulins, l'Ordrimouille, Order-mill (to order : arranger, mill : moulin)
La colline boisée, d'où la nuit s'entendait les hurlements des rites d'Orcus, le dieu noir, dieu de la mort, petit-fils de la nuit, le Brûlis (brawl : querelle, criailleries, lee : côté abrité du vent)
Quant à Brecy, au même titre que Bercy -ancien marécage sur la Seine où elle se séparait en deux bras- Bre-see (anglo-saxon : marécage, voir) ne devenait-il pas évident ?
A Armentières, des chevaux de combats : arm-entire (entire : cheval entier), cheval de guerre, non coupé et gardant donc la vigueur nécessaire…
De même, Soissons, que par M. A. de Vertus nous avons vu rattaché au Porc, nous donne en suivant la méthode proposée par Henri Boudet Saw : truie, Son : fils, soit les enfants du Porc…
Henri Boudet ne resta pas isolé dans son système de pensée. En 1911, M.A. de Paniagua écrivait (Géographie Mythique) : « Les Celtes armoricains, évidemment, avaient gardé plus pures les origines philologiques… Par force, d'ailleurs, leur langue devait être plus rapprochée de la source dravidio-védique car, ayant émigré de bonne heure, ils n'avaient pas participé à l'inextricable confusion des idiomes qui se produisit sous des influences particularistes des divers groupes humains en formation. »
Dans de nombreuses régions de France nous avons, depuis, pu valider la « vision » d'Henri Boudet : prudemment, donc, et sans plaisir -car quelles énergies perdues, quelles intelligences gaspillées- nous laissons la fausse érudition parsemée de latin et assaisonnée de Sorbonne dénigrer cet ouvrage; c'est en ce sens que nous ne pouvons qu'être d'accord avec l'Abbé Desroches, curé d'Isigny, lorsqu'en 1851 il écrit, dans son ouvrage « Histoire des peuples anciens et de leurs cultes, ou l'archéologie primitive » : « Voltaire n'a connu ni les choses, ni les hommes, ni les grandes passions… les savants ne savent pas si l'ignorance la plus crasse ou l'orgueil le plus stupide produisit jamais un tel jugement… ses écrits sont un fatras abominable, dont on ne peut lire deux pages sans avoir pitié de la nature humaine. »
Sans
doute les « savants » qui réfutèrent H. Boudet,
voir même qui s'en moquèrent parce que, prétendirent-ils
ce dernier voulait que la langue primitive fut l'anglais moderne, avaient-ils
lu Voltaire ? et l'avaient-ils agréé lorsque ce dernier écrivait
à ses amis « mentez, mentez, il en restera toujours quelque
chose ». En effet le curé de Rennes-les -Bains n'écrit-il
pas : « Toutes ces observations successives ont conduit à penser
que la langue sanscrite donnera peut-être la clef de la langue celtique
et on l'a cru avec d'autant plus de raison, que les Celtes sont venus d'
l'Asie, berceau du genre humain.
Nous pouvons observer que les dialectes parlés dans la France, l'Irlande,
l'Ecosse devraient nous donner cette clé encore plus facilement (c'est
nous qui soulignons), que le sanscrit…. La possession de l'île
de Bretagne par les Tectosages a exercé sur eux une influence favorable
à la conservation de leur langage… L'isolement les a préservés
des altérations profondes subies par les autres langues des autres
peuples de l'Europe. »
Peut-on en effet nier que des personnes vivant au bout de la terre, dans l'angle ultime (l'Angleterre) sont moins soumises aux influences environnantes ? Il paraît alors logique de penser que les sonorités -principalement des noms- ont été conservées, avec les signifiants : ainsi, par exemple, pourquoi ne pas lire Adam -le premier homme- Add Ham (to add : ajouter, Ham : jambon) ?
La
puissance du nom
Henri
Boudet
Pouvons-nous nier la puissance du nom ? Certes, nous avons peut-être oublié cette préhension directe des choses avec le verbe, et dans nos langues modernes, langues d'usage, le lien entre le mot et la chose s'est graduellement amenuisé -corrélativement avec la croissance des autorités, tant civiles que religieuses- au point que de nos jours « ce sont les mots qui nous apprennent ce que nous voulons dire avec des mots » (Parain, analysé par Sartre, Cahier du sud).
Nous
ne pouvons que constater que toutes les traditions font au verbe les honneurs
du pouvoir divin : nommer c'est créer; Le nom est l'essentiel
de la puissance créatrice. Toutes nos sciences actuelles aboutissent
à la physique : la matière finalement se résout en
énergie, énergie qui se dégrade usant le monde jusqu'à
l'état d'entropie (principes de Carnot), c'est-à-dire un état
d'équilibre définitif entre des formes d'énergies précédemment
antagonistes. En langage imagé les anciens et les auteurs de la Génèse,
auraient dit : le monde sera de nouveau noyé dans les « eaux
inférieures », car avant la matière c'était l'indifférencié,
le chaos. Alors Elohim dit : qu'il y ait un firmament entre les eaux; ainsi
il créa un potentiel par différence de niveau. De ce potentiel,
découlèrent les formes actives de l'énergie : les eaux
supérieures s'écoulèrent vers les eaux inférieures…
et avec l'énergie naquit la matière -P = UI du temps d'Henri
Boudet, E = mc² en notre temps-.
L'existence même de la physique et son hypothèse de la fin
des énergies en présupposent le commencement. Avant la physique,
il y a donc bien la metaphysique, que trop de physiciens écartent
parce qu'elle cherche l'essence sous l'apparence, ce qui est « passé
de mode » dans une civilisation qui paraît uniquement vouloir
dilapider un héritage immense de richesses intellectuelles allant
jusqu'à expliquer le monde par un big bang-. Pour nous c'est ici
que réside le premier mérite du livre du curé de Rennes-les-Bains
: nous alerter sur la dérive de nos sociétés, dérive
entamée par les soit disants « penseurs des lumières
» et continuée par l'action révolutionnaire des «
illuminés »; Lutte de l'intégriste croyant contre l'athéisme
galopant sous la cagoule de la laïcité.
Il faut l'orgueil de nos générations pour ne pas le reconnaître : presque tous les peuples de la terre comptent, parmi leurs ancêtres, des générations de savants et de sages : de ce savoir, il ne reste que les écritures et les fables, dans lesquelles nous ne voulons voir que dessins d'écoliers et rêveries enfantines. Notre science est encore balbutiante et nous plaisantons, nous rions de ce qui fit la grandeur de l'humanité : nos langues, tant écrites que parlées sont devenues barbares à force de perdre l'esprit.
La
conscience
Le
moyen de conserver ou de retrouver la conscience de cette métaphysique
antécédente est de rendre honneur au verbe, les lettres étant
de leur côté les « Reines des choses »; Moïse,
en montant au ciel, n'y trouva t'il pas Dieu occupé à tresser
des couronnes aux lettres : le nom doit contenir, en soi, la définition
de l'objet avec une précision telle que les sons qui le composent
en définissent les qualités, en énumèrent les
vertus, et Henri Boudet de nous poser la question : « est-il une langue
moderne capable de ce miracle ? » Leurs mots, empruntés
à des langues anciennes ou étrangères ont perdu leur
acceptation première -d'où l'apparition des théories
étymologiques- : en revanche, il en était ainsi dans certaines
langues anciennes, dont des conditions d'isolement -par exemple- permettent
de retrouver des traces.
Déjà, du temps de Platon, existait une querelle entre les « Nominologistes et les Usagistes », les premiers tenant pour une construction méthodique des mots au moyen de lettres ou de syllabes ayant chacune, une signification en soi; Les autres prétendant, au contraire, que les mots se sont formés par l'usage, ou s'en tenant aux déductions tirées de leur grammaire. Ces derniers ont voulu nous montrer dans le cratyle une sorte d'amusement philosophique, parce que Socrate y énumère, avec humour, une série d'étymologies de haute fantaisie.
« A notre avis, le problème est cependant posé de main de Maître, pour un homme renseigné sur la valeur des noms et sur l'existence de la nomilogie, mais qui ne peut trouver aucun argument dans sa propre langue, pour étayer sa conviction. Si l'on a pas pris ce dialogue au sérieux, c'est que Socrate ne conclut pas, que la victoire semble rester aux usagistes…. Platon, cependant, le regrette : il affirme, avec force, qu'il n'existe qu'un seul mode de nommer celui qui donne une valeur à chaque lettre; dans les langues d'usage, le mot est sans personnalité, sans valeur. »
Cette analyse de M. Gattefossé dans « Les sages écritures » sur Platon et le Cratyle aurait pu, telle quelle convenir à Henri Boudet et La vraie langue celtique -livre dans lequel il s'est mis dans la position de Socrate-, qui d'autre part nous lance discrètement cette indication : « dans les montagnes couvertes de bois profond », soit forêt cratos, profond ule, qui donne cratyle…
Il n'y a pas lieu ici de reprendre le texte que Platon met dans la bouche de Socrate : nous renvoyons le lecteur intéressé aux paragraphes suivants du Cratyle VI, XI, XIV, XXIX, XXXIV, XXXV, XXXIX, XLI.
Comme les mots, en langue grecque, ne pouvaient être expliqués par la valeur des lettres, il semble, pour Platon, que la notion de nominologie était traditionnelle (déjà !), un héritage des périodes antérieures et dont la justification ne pouvait être trouvée que dans des langues périmées ou dans des langues dites « barbares ». La nominologie malgré son absence en langue grecque, est cependant considérée par Platon comme le seul moyen de créer les noms véritables. « Comment dès lors, ne pas supposer qu'il avait eu connaissance de cette méthode par une voie traditionnelle : ne dit-il pas qu'il en était ainsi, de son temps, dans certaines langues barbares. » (M. Gattefossé, idem)
Henri Boudet, (qui maîtrisait le grec et le latin aussi bien que l'anglais et le saxon) apparaît ainsi dans la lignée de Platon, Protaguras, Prodicos, Héraclite, Démocrite, Anthistème -qui a écrit cinq volumes sur les noms-.
« Ils ont donné aux tribus, aux terrains, aux montagnes, aux fleuves de la Gaule des noms que le temps lui-même n'a pu effacer… Ces appellations possèdent certainement un sens précis, plein de révélations intéressantes, quoique toutes les langues semblent impuissantes à expliquer ces énigmes… La décomposition de ces noms propres a préoccupé sérieusement bon nombre d'esprits… » (H. Boudet, LVC)
« Si les Indo-européens avaient conservé avec la ténacité qu'il (M. Bergmann) suppose les dénominations portées pour eux en Asie, nous retrouverions dans la Germanie bien d'autres noms géographiques empruntés à leur berceau, que ceux, en petit nombre, qu'il pense avoir découvert. Tant qu'un peuple garde sa langue, et son homogénéité, on le voit transporter avec soi les mêmes noms de lieux, de tribus, de montagnes, de rivières. C'est ainsi que les contrées occupées par les Celtes se reconnaissent à la quasi identité des noms géographiques qui s'y rencontrent. » (A. Maury, Journal des savants 1864, les Gètes ou la filiation des Scythes)
« Le langage d'une nation aussi puissante que l'était la nation Gauloise aurait-il pu se perdre ainsi sans laisser aucune trace ? » (H. Boudet)
L'Inde
?
Parmi
« le bon nombre d'esprits » préoccupés vivement
à la décomposition des noms, Henri Boudet signale Sir William
Jones, fondateur de la Société Asiatique de Calcutta, ville
où M. Jacolliot (1837-1890) était consul de France, qui fut
à l'origine de la création des Polaires et à qui revient
l'honneur d'avoir créé le « mythe Agarthien ».
En Orissa, il put contempler des « temples à roues »...
une cité du chariot ?
Mais ceci est, peut-être, une autre histoire sur laquelle nous reviendrons en partie quatre.
Contentons-nous ici de rester sur la nominologie :
« Ainsi, d'après les Brahmes du Sud de l'Hindoustan, l'alphabet sanscrit en usage dans nos facultés serait un alphabet apocryphe, appelé mennagueri (d'origine humaine) et non l'alphabet devanagueri, que vishnou lui-même a, d'après la légende, révélé aux hommes ... l'alphabet devanegueri que nul n'a encore apporté en Europe et qui est considété par les Brahmes du sud de l'Hindoustan comme le seul alphabet authentique des védas. » (L. Jacolliot, Les fils de Dieu, 1873)
Au sujet de la Société Asiatique nous pouvons aussi citer O'Donnelly (Extrait de la traduction authentique des hiéroglyphes de l'obélisque de Louqsor…, Paris 1851) : « De tous les évènements qui sont arrivés depuis la création, vient en troisième line, après le déluge et la rédemption, l'heureuse découverte de la langue originelle et universelle… ayant reçu mes connaissances par la voie de la nature, j'aurai dû les communiquer de préférence aux savants de son école, plutôt qu'à ceux qui s'en sont point les adeptes; la philosophie des premiers, bornée par le sens commun, m'aurait reconnu en arrivant, pendant que la philosophie des derniers, bornée par le préjugé, s'est froissée à mon abord… j'adressai un mémoire à la société asiatique… Ils ne voulurent même pas se donner la peine d'examiner le sujet. »
Le
Maori ?
Henri Boudet signale encore François Bopp pour sa grammaire comparée et M. Tregear par son étude sur le Maori. Il semblerait, à cette lecture que la recherche de la langue primitive, en cette deuxième moitié du XIXème siècle soit une activité isolée de quelques chercheurs, parfois « illuminés ». Or, il n'en est rien, et le XIXème siècle vit l'apparition pléthorique de méthodes de langues universelles.
Sudre,
en 1844, publie La langue musicale universelle, dit le Solrésol
Letellier composa, en 1852 un Cours complet de langue universelle
Rudelle, en 1858, imagina la Grammaire primitive d'une langue commune à
tous les peuples (Pantos - dîmou - glossa)
De vertus, en 1868, dans La langue primitive basée sur l'idéographie
lunaire, ramène toutes les langues à une orthographe primitive
fondée sur les phases lunaires
Parrat, en 1861, invente la stoechiophonie, ou langue simplifiée
Schleyer, en 1886, met au point le Volapük (vol pour world et pük
pour speak) : après un certain succès -23 journaux furent
publiés dans cette langue- il est tombé en désuétude
et n'est plus utilisé que dans les albums de Tintin-
Il y eut encore de nombreux efforts pour retrouver la langue qu'Adam parla avec Dieu. Citons, de manière non exhaustive : Brosse (Formation méchanique des langues, 1801), Charencey (Basque et Gaulois, 1902), Dessailly (Paradis terrestre et race nègre, 1892), Hanoteau (Grammaire Kabyle, 1857), Copineau (Essai synthétique sur l'origine et la formation des langues, 1774) Motylinski (1854-1907) Grammaire Touareg, Pougens (Langue septentrionale, 1799) et enfin (par rapport à notre liste) Bergmann (De l'origine et de la formation des langues, Paris 1842, Les amazones dans l'histoire et dans la fable, Colmar 1852, les peuples primitifs de la race de Jafète, Colmar 1853, etc…)
Les peuples primitifs de la race de Jafète a été suivi de plusieurs mémoires présentés devant la faculté des lettres de Strasbourg sur des sujets liés aux fils de Japheth : Les Scythes, les ancêtres des peuples germaniques et slaves (1858), ou filiation généalogique des Scythes aux Gètes et des Gètes aux Germains (1859).
Pardonnez-nous pour ce développement, un peu long; Mais il nous a paru nécessaire pour donner l'éclairement convenable à la suite de notre étude sur la Vraie langue celtique, sur laquelle nous revenons dès maintenant. Nous ne pourrions croire qu'un homme cultivé comme H. Boudet, ignorait l'ensemble de ces publications…
Voilà
vingt quatre ans déjà...
Nous
vivions -presque solitairement eu égard à la fréquence
dont la mort a tendance à frapper les « abstracteurs de
quintessence pure » (comme le disait notre cher Alcofibras Nasier)
-de cette lumière intense de la compréhension- lumière
désormais exceptionnelle en notre ère de félicité
profonde où règne, en dogme absolutiste la technique, présentée
comme science, des ondes et de leurs manipulations, lorsqu'une nuit, flash
!
Quelques temps auparavant André Douzet nous avait montré un
moule de « sa maquette », dont la lecture doit se faire
par inversion du relief, telle que peut la montrer une copie en élastomère;
Mais n'y avait-il pas deux maquettes ? Saunière avait-il la structure
mentale nécessaire pour établir une maquette « hors
échelle » dont les indications doivent être suivies
à la manière d'un chat perdu ? Hors échelle, sans échelle
? Mais la carte d'Edmond Boudet a-t' elle une échelle équipollente
? Et si le Cromleck de Rennes-les-Bains, que personne ne trouve, devait
être lu « à l'envers », comme la maquette dont
alors le curé de Rennes-les-Bains devait être le second commanditaire
?
Au-delà de la langue des oiseaux nous avons donc repris notre petit volume et entamé une nouvelle lecture; cachée par la première, ou complémentaire ?
Devant nous, l'ouvrage fermé, telle une matière première, ou plutôt, à ce stade, une première matière :
La
vraie
Langue celtique
et
Le Cromleck de Rennes-les-Bains
1886
Imprimerie François Pomies, rue de la Mairie, 50
Une première remarque s'impose :
Nombre
d'auteurs ont voulu qu'en 1886 l'imprimerie François Pomies soit
fermée, et donc que, soit la date de l'ouvrage est fausse - un message
?- soit que la maison d'imprimerie est fausse - un message là aussi
!-
Il y eut, en réalité, plusieurs maisons d'édition Pomies,
qu'il convient de ne pas confondre, sous risque de tomber dans des chausse-trappes.
Louis
Pomies, sous son nom, puis sous celui de « Pomies Frères »
publia jusqu'en 1869 au 50 rue de la Mairie.
Un des ses frères, Jean-François ou François Pomies
fut imprimeur à Carcassonne entre 1875 et 1888; L'imprimerie est
alors toujours sise au 50 rue de la Mairie, où fût édité,
de sa 14ème à sa 21ème année, la « Semaine
religieuse de Carcassonne », entre 1881 et 1888.
Un autre frère, Jean Chrysostôme Pomies rebaptise dès
1830 l'imprimerie Pomies Aîné et Imprimerie « Jean Pomiés
» en « Pomiés Frères » jusqu'en 1863, époque
de sa mort. En 1864-65 l'imprimerie est renommée « Pomiés
Aîné et neveu ».
Jean Pomiés, né à Foix en 1840, administrateur du «
Crédit Agricole de l'Ariège » se suicida en 1879. Son
épouse, Marie Tersouly continua de faire fonctionner leur imprimerie
sous le nom de « Veuve Pomiés », qui en 1911 devient
« Imprimerie de Pomiés, frère et Compagnie » qui
publia à Foix jusqu'en 1929.
Pour
l'amateur d'histoire nous pouvons signaler deux faits : Marie Tersouly était
familière de Gabriel Fauré, dont la famille s'est alliée
aux Pomiés, et dont une descendante, Jeanne Emilie Pomiés
est entrée en religion au couvent de Notre Dame de Sion…
Mais ne sommes nous pas en train de nous éloigner… quoique…
De
ceci il ressort que la famille Pomiés, imprimeurs depuis 1791 de
père en fils et de neveux en cousins jusqu'en 1929 faisait partie
des grands typographes de la région. Pour certains, le fait que François
Pomiés était la maison d'édition de « La semaine
religieuse de Carcassonne » explique le choix de l'Abbé Boudet.
Peut-être…
Dans
la liste des descendants et ascendants de la famille Pomiés nous
pouvons lire : « François Pomiés qui épouse à
Saint Nazaire de Carcassonne vers 1870/80 Antoinette Gelis (acte non filiatif)
».
En première noce il semble qu'il avait épousé Emilie
Gardel, sœur de la femme de son frère Louis, Melle Zélie.
L'Abbé
Gelis
Certes l'acte est dit « non filiatif » -c'est-à-dire que les noms des parents n'y sont pas inscrits-, mais l'on ne peut s'empêcher de penser à l'Abbé Gelis, dont les relations avec Henri Boudet sont connues de tous les chercheurs sur Rennes-le-Château : François Pomiés aurait-il épousé une personne affiliée à l'Abbé Gelis ?; si cela était, nous comprendrions alors qu'un entrepreneur accepte d'éditer un livre invendable, et ce, en un nombre d'exemplaires interdisant toute éventuelle rentabilité…
Les sens mis comme « en alerte » nous avons alors un peu fouillé dans l'histoire, vers d'autres membres éventuels, d'autres ancêtres putatifs de l'Abbé Gelis que ceux dont parlent toutes les biographies.
Parmi les natifs de Villeseque-les-Corbières -l'Abbé Gelis était, lui né en 1827 à Villesèque Lande- nous avons rencontré, en 1275, Arnauld Gelis.
Arnauld Gelis, et là gît « l'intriguant », exerçait l'activité d'Armier (ou entremetteur d'âmes) c'est-à-dire truchement entre les vivants et les morts dans la commune de Montaillou. Arnauld était le domestique et le « bouteiller » de Hugues de Durfort, chanoine de Pamiers, mort vers 1312 -le titre de bouteiller, du latin médiéval buticularius, désignant anciennement l'échanson, un des grands officiers de cour- Cadet de la famille des Comminges Arnaud fait fonction de messager des âmes: son don de voir les âmes des morts- et qu'il décrit parfaitement dans ses confessions devant l'inquisition et l'évêque Jacques fournier (qui deviendra Benoît XII en 1324)- lui permet de ramener les familles endeuillées aux prêtres afin qu'elles investissent dans les messes pour les défunts. Quand suffisamment de messes avaient été dites, le « mort disparaissait ».
Et
Gelis n'était pas le seul : Pierre et Jean Maury, Arnaud Tesseire,
tous cultivateurs ou bergers à Montaillou, à Lordat ou au
Mas-Saint-Antonin; Les défunts leur apparaissent dans l'église
ou les réveillent dans leur chambre, et silencieux ou parleurs, ils
se présentent, se donnent à voir. Dans ce pays de Foix la
croyance en l'âme séparable impliqua la disparition des traces
du supplicié par le feu, qui correspondait et répondait à
la peur du retour des morts, de leurs âmes, de ces âmes qu'Arnauld
Gelis appelait « les Bonnes Dames ».
Cette histoire d'Arnauld Gelis, qui nous parle de son fils Raimond, nous
a semblé assez curieuse, si l'on se rapporte aux accusations de «
messes des morts » portées au XIXème siècle
l'encontre de certains prêtres du diocèse de Narbonne, dont
Béranger Saunière est le plus connu… familier des abbés
Gelis et Boudet, dont il est temps maintenant de revenir au petit ouvrage,
toujours fermé devant nos yeux.
Une dernière remarque, en forme de question, qui se rebouclera avec les sangliers, les Soissonnais et les porcs dont nous parlions en début de cette première partie : n'est-ce vraiment, ainsi que le voudrait Pierre Plantard, qu'une « douce ironie » si un lecteur « malicieux » a subtilisé l'exemplaire de la Bibliothèque Nationale, remplaçant La vraie langue Celtique par un roman intitulé le Cochon d'or ? Ce roman fut écrit par Fortuné du Boisgobey, qui servit dans l'armée d'Algérie en 1844 à 1848 avant de poursuivre ses voyages en Orient. Outre ses romans policiers (dont aussi le sac de cuir, les nuits de Constantinople…) on lui doit « Du Rhin au Nil » (1876).
Zephyrin