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Salvador Dali: Une peinture
de l’apocalypse pour Périllos ?

 

L'homme

Salvador Dali, peintre surréaliste espagnol, est né le 11 mai 1904, à Figueras, dans la région de Girona en Catalogne, juste au sud du Languedoc-Roussillon. En dehors du temps passé à l’étranger, essentiellement à New York, Dali restera attaché à sa région natale.
La majeure partie du début de sa carrière s’est déroulée dans un climat de polémique, de scandale et de provocation.
A partir de 1939, Dali se sépare du mouvement surréaliste, André Breton le surnommant même « Avida dollars »… une anagramme de son nom.
Néanmoins, il restera la figure emblématique la plus excentrique de ce mouvement ; cette même année, il édite la déclaration de « l’indépendance de l’imagination » et « des droits de l’homme à sa propre folie », comme défense de son « rêve de Venus » exposé à la foire mondiale de New York.
C’est plus particulièrement après la deuxième guerre mondiale que Dali créera une série de peintures qui continuent à frapper les foules. Considéré au mieux comme un excentrique, au pire comme un fou paranoïde, Dali est mort d’un arrêt du cœur le 23 janvier 1989, à Figueras. L’amour de sa vie, Gala, était morte sept ans plus tôt.

Techniques

Dali était l’une des principales figures du mouvement surréaliste. Pour susciter des images de son subconscient, Dalí produit des états hallucinatoires par un processus qu’il décrit comme « paranoïaque critique ». Son style de peinture a mûri avec une rapidité extraordinaire, et de 1929 à 1937, il produit les peintures faisant de lui l’artiste surréaliste le plus connu au monde.
En entrant dans cette « autre dimension », il dépeint un monde onirique dans lequel des objets banals sont juxtaposés, déformés, ou encore métamorphosés d’une manière bizarre et irrationnelle. Peut-être la plus célèbre de ces images est-elle « la persistance de la mémoire », peinte en 1931, dans laquelle des montres molles et fondantes se reposent dans un paysage d’un calme énigmatique et terrifiant. Dans l’autre dimension, le temps est sans pertinence…
Son intérêt pour l’énigme de l’esprit l’a également mis en contact avec Sigmund Freud. Les rencontres se sont produites en 1938, quand Freud était souffrant dans sa résidence de Londres. Dali devait dessiner de nombreux portraits du père de la psychiatrie.
Vers la fin des années 30, Dalí adopte un autre style de peinture plus académique, influencé par celui de Raphaël, peintre de la Renaissance. Il est alors exclu du mouvement surréaliste.
Il habite aux Etats-Unis, d’abord en raison du régime de Franco, puis, plus tard en raison de la deuxième guerre mondiale ; pendant la période de 1950 à 1970, Dalí a réalisé beaucoup d’œuvres avec des thèmes religieux, bien qu’il ait continué à explorer les sujets érotiques, à représenter ses souvenirs d’enfance, et à utiliser des thèmes portant sur son épouse, Gala, qu’il avait rencontrée à Cadaquès en 1929.

Liens avec Périllos

Le monde de Dali semble bien loin du mystère de Périllos, et pourtant... Dali affirmait avoir eu une vision quand il était à l’intérieur de la gare de Perpignan, le 19 septembre1963 : « j’ai vécu une expérience d’extase cosmique, plus puissante que les précédentes. J’ai eu une vision précise de la constitution de l’univers. » Pour Dali la gare de Perpignan était le centre de l’univers ; l’univers commencerait à converger dans cette gare.
La gare de Perpignan était aussi le centre de SON univers. On prétend qu’il choisit d’embarquer toutes ses grandes toiles aux Etats-Unis depuis la gare de Perpignan, en raison des tracasseries administratives de la gare espagnole de Figueras. Mais ce n’est pas ce que Dali laissait entendre.
La vision de 1963 sera suivie d’une peinture de la gare de Perpignan exposée le 18 décembre 1965, à New York. Dans l’invitation envoyée pour la première de l’exposition, Dali réaffirme que la gare de Perpignan serait l’endroit d’où l’univers commence à converger.

« écrit catastrophique »

La déclaration énigmatique de Dali a retenu l’attention de Roger Michel Erasmy, qui a commencé à explorer le monde étrange des hallucinations de ce peintre, un domaine où peu osaient s’aventurer. La croyance de la folie de Dali s’est accrue en 1984, quand apparemment il essaie de se suicider en mettant le feu à son lit. Mais tous les événements entourant ses visions se sont produits avant cet acte désespéré et pourraient, ainsi que l’amour pour sa défunte épouse, avoir contribué à une tentative non réussie de suicide.
Le thème d’une catastrophe ambiante lui devient prioritaire. Il y produit son énigmatique « écrit catastrophique », un petit livre édité le 16 septembre 1982, alors qu’il était à son château de Pubol.
Le 31 octobre 1983, Dali dicte son « testament prophétique » final à Antonio Pixtot, celui de ses fidèles (peut être le seul à ce moment là), en qui il avait mis toute sa confiance. Il contient des révélations catastrophiques, concentrées sur quatre hallucinations que Dali avait éprouvées, apparemment après la mort de Gala, à la fin de 1982.
Dans ces hallucinations, le mathématicien français René Thom est apparu. Bien que Dali n’ait jamais rencontré ce mathématicien par le passé, Thom dans ces hallucinations a apparemment convaincu Dali d’une catastrophe prochaine. De manière énigmatique, Dali a déclaré que le centre de cette catastrophe, qu’il a rattaché à la disparition – ou à l’enlèvement – d’Europe, commencerait entre Salses et Narbonne.

66600

Il est clair que, dans les hallucinations de Dali, la région autour de Perpignan a pris des proportions mythiques.
A ses débuts, Dali a probablement été au courant de la légende de Babau, comme le sous-entendrait sa coopération avec Luis Bunuel sur une série de films, tels que le ‘chien d’Andalous’ et ‘l’Age d’or’. Un troisième scénario, appelé ‘Babaouo’ ne sera jamais produit… le titre prouve à lui seul que Dali, forcément, connaissait les origines de la légende. La légende de Babau provient de Rivesaltes. Une légende semblable, sur le sujet du Babaos, est spécifiquement reliée au légendaire de Périllos. Dans les deux cas, le héros de l’histoire est le seigneur de Périllos, qui triomphe du monstre.

Erasmy lui-même est resté très intrigué par la “coïncidence” du fait que Dali ait placé la fin du monde dans une région qui est connue, comme nous le savons, pour son code postal en référence avec l’apocalypse : 66600, celui de la région de Rivesaltes et d’Opoul-Périllos. Coïncidence, ou pas ? On sait que Dali lui-même est venu à Opoul… hélas il n’y a actuellement aucun moyen de savoir s’il est allé visiter Périllos.

L’enlèvement d’Europe

Après ses visions hallucinatoires vers la fin de 1982, Dali compose également « l‘Enlèvement d’Europe, représentation topologique ; Hommage à René Thom » en 1983. Cette peinture est une huile sur toile de 60 par 73 centimètres. Elle est l’une de ses peintures les moins connues, et la plupart des connaisseurs la considèrent comme rien d’autre que la tentative désespérée d’un homme perdant sa santé, après avoir déjà perdu la capacité de transposer ses pensées en compositions merveilleuses sur les toiles colossales.
À première vue, il y a peu de chance que les critiques d’art se trompent. Erasmy, cependant, pense que cela pourrait être plus qu’une peinture. D’une part, le nom s’intègre clairement dans la série de visions qu’il avait éprouvées. Deuxièmement, la peinture, dans le coin inférieur gauche, comprend une formule mathématique qui est une référence explicite à Thom.
Le reste de la peinture semble n’être rien de plus que deux lignes, sur un fond gris, et une croix. Comme Dali avait déclaré que « l’ Enlèvement d’Europe », sujet de la peinture, commencerait entre Salses et Narbonne, Erasmy a noté la similitude entre l’itinéraire de l’autoroute A9/E15 (entre Salses et Narbonne) et la ligne vers la droite. La ressemblance est frappante en effet. De plus la petite ligne, plus légère, vers la gauche, coïncide avec un morceau d’une plus petite, bien qu’importante, route secondaire, la D611, entre Tuchan et Durban-Corbières. À cet effet, le X – marquant le lieu ? – tombe sur le territoire de Périllos, dont Dali, bien des décennies auparavant, avait croisé le seigneur dans un scénario.

La similitude entre l’A9/E15 est si stupéfiante qu’Erasmy a demandé à Pixtot si Dali avait peint avec une carte en main. Pixtot a déclaré qu’il était alors présent, et que Dali n’avait pas employé de carte… mais en même temps il relève que la similitude était, en effet, étonnante, ne fût-ce que parce que dans ses hallucinations, Dali avait déclaré que “le lieu” où l’Europe “serait enlevée” était entre Salses et Narbonne. Si X marque le lieu, Dali se référait-il à Opoul-Périllos ?

Filip Coppens
Avec tous nos chaleureux remerciements à Roger Michel Erasmy
Le 27 décembre 2007