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Les
manipulations de Gérard de Sède ou Quand la réalité dépasse la fiction |
Un
pionnier en matière de livres sur Rennes-le-Château
Gérard
de Sède est, le plus souvent, considéré comme le pionnier
ayant profondément étudié le mystère de Rennes-le-Château.
Pour d’innombrables chercheurs, il est « la source » des
révélations ayant permis d’éclairer cette affaire
et de la conduire jusqu’à ses dénouements les plus profonds,
secrets… et inattendus. Pourtant, il faut bien admettre que d’autres
chercheurs et écrivains - tel que Robert Charroux - avaient, avant
lui, étudié de près le passé du petit village
de Rennes-le-Château.
Le résultat de l’enquête de Gérard de Sède
est un premier livre sur le sujet de Rennes-le-Château qui devint
très vite, et reste encore, un véritable ouvrage-culte. Ce
sera le premier, totalement consacré à cette énigme,
qui fera couler tant d’encre et tourner tant de caméras. Il
sera le début d’une longue série. A n’en pas douter,
et pour de nombreuses raisons, c’est une œuvre d’une importance
totale et majeure.
Bien entendu, la compétence et l’intégrité de
De Sède, en tant que chercheur, a été mise en question
par d’autres prétendus spécialistes. Il faut aussi admettre
que tous les chercheurs et écrivains commettent forcément
des erreurs… Ces dernières deviennent perceptibles si, après
la large divulgation des travaux, de nouvelles découvertes viennent
apporter une contradiction ou la mise en place d’autres hypothèses
plus judicieuses. Pour un pionnier, le travail est toujours plus difficile
(car innovant, sans avoir tous les éléments du problème)
que pour ceux qui suivent ses pas et disposent déjà de ce
qui a été découvert.
L’homme
des contestations
Il est difficile de vérifier l’intégralité du livre de Sède… Ceux, d’envergure (comme René Descadeillas, conservateur de la Bibliothèque de Carcassonne), qui s’y sont essayés, ont relevé plusieurs étonnantes erreurs. Pourtant, Gérard de Sède n’a pas hésité à répliquer de manière pertinente et pointue aux critiques engagées. Il faut bien avouer que la riposte s’est montrée efficace et persuasive, au point de mettre son interlocuteur, à son tour, en défaut. En la matière, on lira avec profit : « Le vrai dossier de l’énigme de Rennes – Réponse à M. Descadeillas » aux éditions de l’octogone -1975. Pour nous forger une opinion autour de ce pionnier, et afin d’éviter une passe d’arme devenue impossible (l’auteur étant décédé), il nous reste une très simple autre possibilité: les illustrations de son livre.

Asmodée
en restera tout retourné…
Nous
commencerons, dans le cadre de cette petite vérification, par le
livre « L'or de Rennes ou la vie insolite de Béranger Saunière
curé de Rennes-le-Château », de Gérard de Sède,
publié chez Juillard, en 1967.
Mais, auparavant, nous devons aborder une réédition de ce
livre, publié sous le titre « Signé Rose+Croix »
(‘Signé Rose+Croix. L’énigme de Rennes-le-Château’
Edition PLON - 1977) Nous avons, sur ce site, dans un chapitre
précédent, déjà vu comment Gérard
de Sède manipule, pour cet ouvrage, la ‘1ère de couverture’.
Sur cette dernière, non seulement il inverse le sens du sujet, mais
il change l’apparence de l’écriture à l’intérieur
de l’aile d’Asmodée. Le résultat obtenu montre
lisiblement, et sans rien inverser de plus, des lettres carrément
hébraïques.
Au moment de cet ancien article, nous avions souligné, et nous le
répétons encore une fois, que la manipulation des images,
à cette époque, est bien plus difficile à obtenir que
de nos jours où l’on peut aisément ‘travailler’
un montage photo depuis un simple ordinateur. En 1967, la manipulation des
images est impossible sans l’intervention d’un véritable
professionnel en composition d’une maquette photographique. Et nous
devons admettre que, même si Gérard de Sède est à
l’origine de cette ‘modification’, il est quasiment certain
qu’il n’a pas pu le faire seul…
Surtout en 1967, la confection d’une page de couverture principale,
peut -sinon doit- être réalisée de manière artisanale.
Les images de couvertures, même maintenant, sont quasiment toujours
l’objet de manipulations… de modifications… de trucages.
En effet, cette ‘première de couverture’ est la ‘vitrine’
d’un ouvrage et c’est ce que voit d’abord le futur lecteur.
Elle se doit donc d’être attractive et résumer, en une
image, le contenu de l’ouvrage. Ceci peut expliquer l’intervention
de De Sède sur cette couverture qu’il voulait… ‘parlante’
au maximum.
Une fois passé cet aspect ‘médiatique’, nous devons
faire un autre constat bien plus intéressant. Cette modification,
même si elle est importante, puisqu’elle fait pivoter Asmodée
sur lui-même, ne change en rien son aspect… artistique et visuel.
Non… ce qui est changé profondément, chez le personnage,
c’est son contenu !... pas l’apparence générale.
A cela , nous pouvons ajouter que très peu de lecteurs ou chercheurs
n’avaient remarqué les modifications voulues par de Sède…
sauf peut-être, et sans doute pour ceux habilités à
‘voir’ et comprendre le sens d’un message caché…
en pleine lumière !
La
croix et la pierre
Les
illustrations contenues dans un livre représentent, généralement,
une partie pratique de l’explication de l’ouvrage. Dans ce domaine,
il ne peut plus être question de « changements » artistiques…
On doit rester strictement dans le sujet et le rendre plus compréhensible.
Les seules manipulations possibles doivent s’en tenir à une
présentation définie et faite pour illustrer un passage du
contenu: détails, inversions, etc. De plus, une légende accompagne,
en ce cas, cette illustration, en expliquant le but et les raisons…
si toutefois le ‘montage’ n’est pas immédiatement
suffisamment clair.
Dans la logique, les iconographies doivent « illustrer et compléter»
l’argument de l’auteur, du fait qu’« une image parle
plus que 1000 mots ». Certes, mais en ce qui concerne une image manipulée
sans en avertir le lecteur, ni lui donner la possibilité d’en
saisir le pourquoi, ça s’entend comment ?... Comme une tromperie?
Arrêt
à la troisième station
Observons
De Sède nous montrer les fameuses stations du chemin de croix de
Rennes-le-Château. Comme explication pour la troisième station,
il indique dans sa légende : « s’agenouiller pour déplacer
une pierre. » En effet, cette station montre Jésus qui s’agenouille.
La croix est apparemment portée par Simon le Cyrénéen.
A gauche de cette scène, se trouve un centurion romain s’activant
près de Jésus. Cette station effectivement peut suggérer
le Christ préoccupé par une pierre qui semble capter toute
son attention… ce qui peut paraître anachronique, vu l’événement
qui se déroule ! On peut, en regardant très vite, admettre
que l’homme baissé s’affaire à déplacer
ce caillou. Peut-être, ce dernier a t’il fait trébucher
Jésus qui, à cet instant, a pu laisser glisser sa croix à
ce moment du calvaire ? Mais, aucun texte ne fait mention de cet…
incident… Alors ? Jésus débarrasse t’il son chemin
d’une pierre, ou sa posture est-elle une invite, pour nous, à
déplacer cette pierre après nous être agenouillés
?... ou une autre interprétation ?
Attention…
truquage
A
propos de cette troisième station, certains chercheurs s’exclament
: « attention, c’est une image truquée ! ». Alors,
notre attention se porte sur la comparaison avec d’autres représentations
de cette station, et… à première vue, elles semblent
identiques. Mais si on regarde de plus près et attentivement, on
peut répondre : Non ! Non… car on peut observer, si on fait
la comparaison avec des yeux qui « peuvent discerner» - comme
ceux capables de voir le trucage de l’inscription d’Asmodée
- que « la pierre » est en vérité… le dessous
de la croix. Jésus ne déplace pas une pierre… car il
n’y a pas de pierre. Il n’y a que la croix… Et Jésus
a ses mains sur cette croix.
On constate qu’il n’est pas vraiment « question »
d’une manipulation de l’image. Peut-être Gérard
de Sède est-il seulement la victime innocente d’une facétie
de son appareil photographique et son flash. Ce dernier aurait pu donner,
au moment du cliché, à une partie très basse de la
croix, l’apparence d’une pierre. Ce phénomène
pouvait se produire en obscurcissant une partie de la croix au-dessus des
mains de Jésus… Seulement, en ce cas, nous serions au regret
de constater que De Sède n’est pas un chercheur de haute volée…
Sans
respect pour les morts
Malheureusement,
la logique de cette conclusion ne semble pas être la réalité
des faits. Car voici déjà la prochaine « victime »
des manipulations de cet auteur: le Monument aux morts de Couiza.
A la page 158, on peut lire : « Puisque l'alignement savamment aménagé
par l'abbé Boudet nous y invite, quittons Rennes-les-Bains pour Rennes
le Château. Une seule route nous y mène, celle de Couiza. Dans
ce petit bourg, accordons un regard au monument aux morts placé,
ce qui est peu commun, dans l'église. A notre grande surprise, nous
y verrons le même rébus que sur la bizarre descente de croix
: ici encore, le bras de l'homme mort désigne une pierre, ronde comme
une miche de pain. Décidément, on insiste et même on
précise ... »
En vérifiant, et comparant, l’image de Gérard Sède
avec le véritable monument, on note deux manipulations de l’image…
Et, dans ce cas, il ne peut plus être question d’une erreur
ou d’une lecture défectueuse : il s’agit bien, hélas,
de retouches photographiques qui ne peuvent en rien impliquer un ennui technique
ou d’éclairage d’un flash mal réglé…
Première retouche : l’enlèvement d’une roue, en
bas de la croix du Christ. De deux roues il n’en reste qu’une
seule… Pourquoi ?
Mais, il y a encore pire : on note que « la pierre, ronde comme une
miche de pain » est fortement et clairement modifiée par une
retouche ; ensuite le fusil est changé, et un caillou, plus ou moins
carré, est devenu une « pierre comme une miche de pain ».
A ce moment, on ne peut que crier « truqueur » !… car
nous sommes face à la manipulation d’une image, dans le but
que celle-ci atteste d’une théorie qui, en réalité,
est dénoncée par la fameuse image en question.
On note, quand même, une prédisposition de notre ami à
changer les pierres, surtout les pierres des « hommes morts »…
ou, d’autres pierres, comme sur la station III, de ceux qui vont mourir…
Jésus par exemple.


Le
Christ au Lièvre
Maintenant,
lisons et vérifions l’analyse de De Sède sur le fameux
‘Christ au Lièvre’. Il s’agit du tableau principal
de l’église de Rennes-les-Bains. Dans cette œuvre, l’auteur
fait le lien avec le Monument aux morts de Couiza, que nous trouvons dans
le texte qui suit.
Aux pages 147, 148 et 149, on lit, concernant ce tableau : « Dédiée
aux saints Celse et Nazaire, l'humble église de Rennes les Bains
semble, au premier regard, tout à fait indigne d'attention. Le lieu,
pourtant, est d'une antiquité vénérable puisqu'une
église y existait déjà, sous les mêmes vocables,
en l'an 1162. […]
Si nous y pénétrons, nous sommes aussitôt sollicités
par un tableau insolite à l'extrême. C'est une toile offerte
au début du siècle dernier par le marquis Paul François-Vincent
de Fleury de Blanchefort, qui s'intéressait tant aux mines de ses
domaines. Le fils de l'Homme est mort et gît, pantelant, dans une
grotte dont l'orifice laisse apparaître un rocher. Sur son genou gauche,
le peintre anonyme, par d'habiles trompe-l'œil, a placé une
tête de lièvre. Le bras gauche du Christ désigne un
plateau sur lequel repose une sorte de boule. Au-dessus du plateau figure
une énorme araignée. Ce tableau intrigue fort les chercheurs
qui, bien qu'ils s'en défendent parfois, se passionnent pour l'énigme
de Rennes: à l'automne de 1966, Mgr Boyer, vicaire général
de l'évêché de Carcassonne, M. Descadeillas, conservateur
de la bibliothèque de la cité, et une pléiade d'érudits
se sont rendus en pèlerinage devant cette toile sans réussir
à en percer le fin mot. Que n'avaient-ils médité le
livre d'Henri Boudet et surtout que n'avaient-ils l'esprit porté
à cette jovialité un peu enfantine qui permet d'apprécier
sans fausse honte les jeux de mots, même un peu trop faciles. Si telle
avait été leur humeur, et s'ils avaient bien connu la topographie
de la région, le bizarre tableau leur aurait vite livré son
message : Rennes, qu'on appelait jadis Règnes, est flanquée
à l'ouest et au sud ouest par un plateau d'où coule le ruisseau
de l'Homme Mort. Le rébus du peintre se lit alors tout simplement
: A Règnes (araigne) près du bras de l'Homme Mort qui se dirige
vers le plateau, gît le lièvre. ».

Bien sûr… mais, voit-on vraiment une araignée près du Christ ? Un lièvre est-il vraiment bien visible dans le genou de notre Seigneur ?... Ou simplement s’agit-il de quelque chose d’extrêmement discret et caché dans la peinture, qui bien sûr peut être interprété comme une araignée, mais qui n’en est pas une à première vue… Pour la reste de l’explication, nous nous limitons à montrer l’image, avec l’explication de Gérard de Sède. Le lecteur pourra ainsi se faire sa propre opinion.

Une
fausse piste peut en cacher une vraie…
Pourquoi ces manipulations ? Bien sûr, en ce qui concerne celle du ‘Christ au Lièvre’, il s’agit plutôt d’une interprétation tirée par les cheveux… difficile à accepter. Pour les autres, il s’agit plutôt de ‘modifications des sujets’ qui, accompagnées de légendes judicieusement choisies, poussent le chercheur à engager des investigations sur une piste devenue ainsi précise et ciblée. Une piste au long de laquelle l’auteur veut nous conduire jusqu’à son but… à lui. Mais… quel est précisément ce but ? De nouveau, nous constatons que la piste de Gérard De Sède ne correspond pas à la réalité des lieux qu’il démontre selon les preuves de sa fabrication. Alors, De Sède, veut-il nous mentir? Ou sont-ce ses fantasmes qu’il essaie de faire accepter comme valables ?
Nous
avons déjà exposé, dans l’article
précédent, que de Sède est en réalité
une partie intégrante des efforts du « Prieuré
de Sion » afin de parvenir à ses buts. Si nous continuons à
accepter ce contexte, nous pouvons nous demander quel est le parcours que
nos ‘amis’ nous propose de suivre ?
Essayons de trouver les indices balisant ce ‘circuit’. D’abord,
il est question d’une pierre « ronde ». Ensuite, nous
trouvons un « homme mort ». Egalement, nous disposons d’une
autre pierre qui paraît liée à un événement
de la fin de vie de Jésus. Ce dernier divin personnage est la figure
centrale des trois pièces truquées dans le livre de cet auteur…
Enfin, il reste à ajouter à ces montages, la pièce
‘Asmodée’… Si jusque là nous avions Jésus
au centre des indices, ce démon, maître des trésors,
représente en échange une dérive nettement plus démoniaque…
Depuis l’ensemble des éléments ainsi reconstitués,
il est possible maintenant - mais bien entendu sans pouvoir le prouver -
de conclure que De Sède construit ses indices, pour nous diriger
vers… une pierre, qui est en relation étroite avec un homme
mort qui peut être Jésus… Dans ce cas, n’est-il
pas intéressant de regarder, malgré les habituels grincheux,
en direction de la maquette de Saunière… où on peut
retrouver un « tombeau du Christ »… obturé par
la fermeture d’une « pierre ronde »… qui n’est
autre que la forme classique des tombeaux juifs en Israël à
cette époque. Et, pour accéder à la fin de la quête
de Saunière… il est indispensable de la déplacer !!!…
Filip
Coppens
Avec
nos remerciements à René Meyer, pour les observations ‘pionnières’
sur la plupart de ces constats.