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Société Périllos ©

L’église saint Michel de Périllos
La pierre gravée du porche d’entrée

 

L’entrée de l’église Saint-Michel de Périllos se trouve sur la façade nord et non, comme on pourrait s’y attendre, sur le pignon ouest. Il s’agit d’un passage sobre, sans le moindre décor, de style roman avec un arc simple formé de 14 pierres sur tranche. Les dimensions sont : 140cm de base pour 205cm de hauteur totale jusqu'à la clé de l’arche. La partie verticale, en tableau, est de 145cm égaux de chaque côté.
Au-dessus du porche d’entrée se trouve un appareillage de pierres débordant du mur nord. Trois tranches à plat pour le côté gauche et quatre idem pour la droite. Ces deux lignes de pierres planes rejoignent de chaque côté la base d’une dalle plane. Si les pierres débordantes n’étaient séparées par la dalle verticale, l‘ensemble pourrait former une sorte de protection, du haut de voûte du seul accès de l’édifice, contre les eaux de pluie. Cependant à l’étude les pierres plates assurant cette hypothétique fonction ne semblent pas suffisamment jointives pour la garantir efficacement pour deux premières raisons : d’abord le débord est insuffisant en profondeur ; ensuite le parement est posé de telle manière qu’il ne peut couvrir, surtout en fonction des bourrasques de pluie les jours de grand vent, l’arc du porche. Si l’on avait voulu une protection efficace un auvent aurait été, de toute évidence, le meilleur choix.

L’art de souligner, oui… mais quoi ?

Il est également possible que cet ensemble ne soit qu’une sorte de parement décoratif. En effet l’église ne comporte aucune décoration extérieure, ce qui est, en soit, pour le moins surprenant. La seule fantaisie aurait donc été ce soulignement de l’arc du porche d’entrée. Admettons que le décor soit l’intention de ce que nous appellerions alors un ‘parement’.
Cependant la ligne courbe des pierres débordantes si elle commence, un peu au-dessus de la courbe du portail, n’est pas complète et continue. Arrivée de part et d’autre du sommet de l’arche elle monte verticalement pour encadrer une pierre écrite et se terminer par une sorte de chapeau triangulaire.
A présent, depuis cette remarque, si on regarde avec plus d’attention on pourrait supposer que ce trait, constitué de plusieurs tranches de pierres fines, ait pour raison finale de souligner essentiellement cette dalle gravée. Le but serait alors d’attirer sur ce point l’attention du visiteur franchissant ce seuil.
Au début, vu l’emplacement et l’importance donnée à ces signes, nous supposions que s’il pouvait s’agir de la pierre de dédicace de l’église St Michel de Périllos. Rappelons tout de même qu’il s’agissait là de l’ancienne chapelle féodale devenue au 17ème siècle l’église du village… de ‘Périllous’.
Il semblait donc important de faire un relevé exact de cette pierre et des signes qu’elle comporte.

Une pierre portant d’anciennes inscriptions

Le support : Il s’agit d’une pierre, probablement un grè médiocre, d’environ 65cm de long pour 28cm de hauteur avec une cassure à l’angle bas de droite.
Sur sa partie extérieure cette dalle comporte des lettres gravées réparties en cinq lignes de 5,5 cm de haut chacune. Ces lignes sont encadrées par un liserai gravé à 1 cm du bord.
Ce que nous supposions une dédicace n’est en vérité qu’un texte signifiant une ‘réparation’ dont voici le contenu écrit en lettres majuscules terminé par une date et une arabesque horizontale:

REPARATIONS
FAICTES PAR MEI
PIERRE QVIERICM
ET GERAVIGRES
DURBAN 1761

Les lettres présentées ici en italique sont celles dont nous ne sommes pas certains. Ainsi le ‘C’ de la ligne centrale pourrait être un G et le ‘M’ suivant serait peu logique ou serait une autre indication. Le ‘R’ de la seconde ligne depuis le bas pourrait être un ‘P’.
Nous pourrions lire ainsi :

REPARATIONS
FAITES PAR MOI
PIERRE QUIERICM
ET GERAU IGRES
DURBAN 1761

Petit détour par l’histoire des Durban-Gléon

Plusieurs remarques depuis ce texte.
D’abord la fin, dernière ligne en bas : DURBAN 1761. Il est vrai qu’à cette date (1761) l’église de Périllos dépend de Durban et qu’il serait quasiment normal que ce nom apparaisse sur l’inscription… s’il s’agit bien d’une réparation. Et pourtant le fait serait plus complexe et moins explicable pour la bonne raison que le titre et les pouvoirs sont au nom du marquisat de Gléon.
En effet depuis le 19 juillet 1753 l’inventaire des titres et possessions est au nom des Gléon –Durban seigneurs de La Treille de Fozières. Le titre seul de ‘Durban’ apposé sur cette pierre est impossible sur le plan seigneurial mais acceptable si l’acte vient de la cure seule de Durban.
Un autre détail doit être retenu sur le propos de ces familles possessionnées des territoires et titre de la vicomté de Périllos. Dans l’acte noté par le docteur Paul Courrent nous relevons surtout un détail concernant le second garçon des seigneurs de Gléon-Durban de la Treille de l’époque. Marie, Joseph, Jacques Philippe François de la Treille (donc un Gléon –Durban) entre « honorablement dans l’Ordre de St Jean de Jérusalem où il pourrait être reçu au rang et nombre des chevaliers de Justice en al Noble langue de Provence ». Il est même prévu une somme qui « pourra servir de rançon en cas d’esclavage »… par acte du notaire Manchel du 6 avril 1762. Curieusement une copie de cet acte d’entrée aux chevaliers de Malte sera demandée à l’abbé Bœuf, secrétaire de la Noble langue, le 11 avril 1797… et certifiée par « Jean André Caruson, ardent consulaire de la République Française » certifiant l’authenticité des signatures et de l’acte… Si l’on regarde le rôle de l’abbé Bœuf et du consulaire Caruson dans l’affaire de l’abbé Bigou fuyant la France… par ‘Périllous’… comme on peut le lire sur le registre de l’église St Michel de Périllos. Pour en revenir brièvement aux de La Treille de Fozières ils se seraient inspirés de la devise des Périllos pour accomplir la leur « Assez Prié qui se complainte ».
Ce sont donc ces nobles attachés maintenant à l’ordre de Malte qui s’occupaient de l’église de Périllos… et pourtant nulle part dans ces archives, minutieusement relevées par Courrent (que nous retrouvons curieusement dans l’affaire Rennes-le-Château) nous ne trouvons de ‘réparations’ de maçonnerie à cette époque.
On ajoutera encore que les Gléon-Durban demanderont à être ensevelis, dès leur titre de vicomte de Périllos acquis, dans le caveau des Périllos « soubs l’ancienne chappelle »… sans succès visiblement puisqu’ils feront leur sépulture dans la chapelle carolingienne du château de Gléon. On ne saura pas ce qui provoqua l’empêchement… ni l’entêtement, à se faire ensevelir à tous prix dans ce fameux caveau si loin des terres de Gléon, qui plus est en terre autrefois celle de l’ennemi héréditaire…Peut-être le plaisir de côtoyer les dépouilles des seigneurs de Périllos ?

« Réparations »

Maintenant revenons à notre inscription, dont le titre et la raison sont ‘réparations’. Logiquement on pense immédiatement à des travaux de remise en état urgents, inhabituels ou graves. De plus il ne saurait s’agir de quelques menus travaux d’entretien de routine, certes indispensables mais pas exceptionnels au point d’être mentionnés, affichés, encadrés, mis en valeur et soulignés comme seule décoration du porche de l’église de Périllos.
Le docteur Paul Courrent ne trouve pas trace dans la comptabilité des Gléon-Durban de frais de… ‘réparations’ pour l’église de Périllos. Il n’en est pas fait mention non plus dans le registre de l’église de Périllos. Alors de quelles ‘réparations’ s’agit-il ? Quelles ‘réparations’ méritaient d’être mentionnées de la sorte à l’attention de tous ?
Un détail encore sur cette inscription : le mot ‘réparations’ est au pluriel. Il s’agit donc d’une action multiple. L’information semble importante et pourtant rien ne laisse deviner de quoi il pouvait s’agir. Il en sera de même si l’on observe l’architecture de l’édifice… rien de notoire ou d’évident de cette époque en gros œuvre, couverture, charpente, menuiserie (car en ce cas il se serait agi de ‘raccommodage’).
Il nous reste une piste à ne pas négliger. Celle de la valeur des mots de cette époque. Il y a effectivement le mot ‘réparation’ concernant des travaux de bâtiment… Mais il y a un autre usage pour ce mot quelque peu différent dans son sens profond. Une ‘réparation’ pouvait être un acte autre que celui lié à des travaux pratiques. Ce terme signifiait également de racheter un acte, une action, un fait… Ceci s’entendait pour plusieurs raisons. Ce pouvait être une sorte de… vengeance ou dette d’honneur. En ce cas l’acte restait plutôt discrètement dans le cadre restrictif de la famille et des proches. On en faisait rarement un affichage public ostensiblement affiché à l’entrée d’une église et gravé irrémédiablement dans la pierre. La seconde possibilité s’ entendait comme le rachat d’une faute, d’une hérésie ou encore en règlement d’un vœu exhaussé.
On observera un trait précis dans la gravure et son tracé. Impossible d’aller plus loin pour l’instant.

L’encadrement du pentagone pour une réparation ?

Quant à la mise en place des pierres d’encadrement elles sont réparties ainsi :
- 3 planes côté gauche suivant la courbe de l’arc et 4 idem à droite.
- 1 plane verticale de part et d’autre de la pierre aux lettres.
- 2 de chaque côté au-dessus en ‘chapeau’. Ces dernières se trouvent au-dessus de 4 pierres, sur la dalle gravée, formant une sorte de triangle.
Ce qui nous fait 7 pierres pour l’arrondi de l’arc, 6 pour encadrer la pierre aux inscriptions… soit un total de 13 pièces sur tranche. Ajoutons que la forme de la dalle écrite et son ‘chapeau’ forment un pentagrame.
Enfin nous signalons la sorte de ‘S’ horizontal qui termine la ligne du bas terminant DURBAN 1761. Ce dessin en lui-même n’a rien de mystérieux. Cependant l’auteur de ce travail pouvait, soit cadrer DURBAN 1761 au milieu du panneau, soit mettre un ‘S’ horizontal de part et d’autre plus petit mais équilibrer dans la présentation. A mieux regarder la gravure de près une dernière barre pourrait terminer la ligne du bas après ce ‘S’ horizontal. Ce qui ferait depuis le dernier 1 (écrit d’une simple barre) ‘isi’ en prenant en compte le ‘s’ horizontal comme la lettre S et non un simple dessin. Mais en ce cas que voudrait signifier cette fin de… ‘REPARATIONs’ ?

Nous poursuivrons cette semaine l’état des lieux dans l’église St Michel de Périllos. D’autres détails et constats nous y attendent certainement.