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Les
secrets de l’église de Périllos |
Un
village endormi
La
visite du vieux village de Périllos se fait nostalgiquement au milieu
de maisons, maintenant sans toitures, aux murailles lézardées
étroitement prises dans de profonds ronciers… Les visiteurs,
touristes et autres curieux s’y déplacent presque en silence
…d’ailleurs, saurait-il en être autrement avec cet avertissement
étrange, écrit sur un mur à l’entrée du
bourg: « Méfiez-vous, les murs ont des yeux et les fenêtres
des oreilles à votre bon sens »...
Le village s’est endormi lentement sur lui-même au fil des habitations
effondrées, béantes, dont il ne reste plus grand-chose. On
pourrait attendre ainsi cet état d’abandon sur l’étendue
du hameau … pourtant, parmi les ruines se dressent encore trois constructions.
La première, à l’entrée du village, est celle
nous informant que nous devons respecter ce lieu.
Plus haut, vers la placette, un bâtiment rénové par
la municipalité d’Opoul aurait été l’habitation
de la dernière personne ayant vécu à Périllos.
Cette construction permet d’animer l’endroit, durant la période
d’été, grâce à l’installation saisonnière
d’un point sympathique où l’on peut prendre quelques
consommations en toute convivialité, sous l’ombre bienvenue
d’un immense figuier. Les locaux (‘Le Lézard’)
s’animent alors au fil des expositions (peintures, sculptures et poteries)
et autres manifestations culturelles et artistiques.
La troisième construction, l’église St Michel, encore
un peu plus haut, se trouve au pied des ruines du vieux donjon des seigneurs.
Avec son vieux cimetière accolé (dont, curieusement, les plus
belles pierres funéraires disparurent peu à peu) et les ruines
étranges du donjon en arrière plan… l’édifice
est celui qui sut conserver toute son allure à la fois austère
et nostalgique.
Une
église anodine
Cette
église peut sembler très anodine et ne pas comporter de curiosités
particulières, caractéristiques ou notoires. L’été,
durant la période d’activité saisonnière du ‘Lézard’,
le vieux sanctuaire reste ouvert au public et reçoit chaque jour
de nombreux touristes. En observant ces visiteurs et la durée de
leur périple dans l’édifice et ses alentours, on comprend
qu’ils n’y sont restés seulement que quelques minutes…
Certes, il y a le fidèle croyant qui s’arrête ici un
peu plus longuement, le temps de méditer sur une courte prière.
Nous allons donc, à notre tour, proposer une petite visite de ce
bâtiment en plusieurs étapes :
- Architecture et construction.
- Ses statuaire et ornementation religieuse.
- Quelques détails intéressants (orientation, fonction passée,
aménagement intérieur, etc…).
- Son implantation et les éléments curieux qui résultent
de cette observation.
C’est par cette dernière étape que nous commencerons
la visite. Pour information, le lecteur est invité à consulter,
sur ce site SP, notre précédent travail sur la ‘pierre
de dédicace’ ornant l’extérieur du porche d’entrée…
de fait, nous n’y reviendrons donc pas ici.
Autrefois
était la chapelle…
Nous
sommes face à l’entrée de l’église et nous
allons nous arrêter à ce stade. Il est utile de rappeler, une
fois encore, que cet édifice aujourd’hui appelé ‘Eglise
de Périllos’ était autrefois la chapelle des seigneurs
du lieu. Le village étant probablement à cette époque
plus petit que ce que nous en voyons à présent, il est possible
que cette chapelle ait été ouverte aux habitants pour les
messes régulières et fêtes religieuses ponctuelles.
Nous verrons, dans un chapitre suivant, à quelle époque et
en quelles circonstances la chapelle castrale fit place à l’église.
C’est donc sous le terme de ‘chapelle’ que nous abordons
notre chapitre.
Plusieurs observations peuvent se faire facilement à propos de l’entrée
et de son emplacement.

…
Hors le donjon
-
Il est curieux que cette chapelle castrale ne soit pas incorporée
à l’intérieur des structures du donjon supérieur,
qui devait, comme c’est le cas habituellement, être l’habitation
seigneuriale.
Si l’on considère le tracé de l’enceinte du donjon,
il est bien évident que l’édifice religieux était
tout à fait hors de ses murs… et se trouvait, alors, dans ce
qui pouvait être la ‘basse cour’, protégée
simplement par une muraille périphérique. De cette dernière
on peut facilement deviner au moins deux ‘portes’ d’accès,
dont l’une était protégée par une barbacane et
une petite redoute avancée. Cependant, en considérant ce qui
reste de cette première défense, elle ne pouvait pas être
d’un grand secours dans une prise d’assaut en règle…
alors que l’enceinte du donjon, aux murailles puissantes et larges,
devait offrir une plus sérieuse résistance. Serait-ce à
dire que le sanctuaire n’ait eu qu’une importance secondaire
pour les seigneurs de Périllos ?... ce serait un fait très
étonnant, pour ne pas dire impossible !
Nous reviendrons donc sur le système de protection des lieux dans
un autre chapitre… où nous verrons que les accès des
deux défenses ne se trouvent sans doute pas où le promeneur
les imagine.
Une
entrée de chapelle peu pratique
- L’entrée de l’église St Michel de Périllos se trouve face au rempart du donjon dont on voit encore l’assise sur le rocher natif. Ceci exclut la possibilité d’une porte permettant directement, et rapidement, de circuler du donjon à la chapelle. Pour ce trajet, il fallait aller à la poterne castrale, située à une cinquantaine de mètres, emprunter le seul chemin escarpé et serpentant, tourner à gauche et se trouver face au porche de la chapelle. On remarque, pour le moins, que cet accès n’est ni pratique ni rationnel. On peut supposer également que le donjon disposait d’une sorte d’oratoire, permettant aux seigneurs de faire leurs dévotions sans obligatoirement se rendre dans leur chapelle en circulant dans la ‘basse-cour’. En ce cas, le sanctuaire devait servir surtout pour des offices plus importants ou d’exception.
…
Incohérence ou volonté ?
-
Ensuite, l’édifice est construit sur un socle rocheux naturel
surélevé par rapport à la rampe conduisant aux ruines
castrales. On accède donc au porche par plusieurs marches depuis
l’origine de la construction.
A priori, il n’y a rien d’extraordinaire dans le fait que la
chapelle ait été installée de façon élevée
sur un plateau rocheux natif. Ce mode d’installation est fréquent
dans sa symbolique d’être tenu de monter pour accéder
au saint lieu. De plus, la chapelle et le village étaient placés
sous la protection de St Michel, l’archange des sommets ! Cependant,
on pouvait, au moment de la construction, éviter de mettre l’entrée
en façade nord et la disposer sur le pignon ouest où le niveau
est quasiment à la hauteur du sol. De plus, on disposait ainsi le
porche plus près de l’entrée du donjon… permettant
aux seigneurs d’être très près de leur chapelle.
S’agit-il ici d’une incohérence de construction, d’une
erreur ou… d’une volonté que cette disposition soit ainsi
?
Une
entrée curieusement verrouillée
-
Maintenant entrons dans l’église…
L’accès se fait par deux lourds battants de porte d’une
épaisseur hors du commun et disproportionnée pour un tel petit
édifice. L’été, l’entrée est ouverte
à deux battants. Quoiqu’il en soit, une fois à l’intérieur,
nous refermons les portes pour avoir une idée de la petite nef de
l’église.
Plusieurs constats se font une fois que tout est clos.
D’abord, nous tournons notre attention vers le passage que nous venons
de refermer entièrement. De part et d’autre des ouvrants, sur
le tableau intérieur des pierres du porche, se trouvent deux orifices
carrés taillés dans les pierres à la même hauteur.
Si aujourd’hui on peut se demander la fonction de ces creux profonds,
nous répondrons qu’ils servaient autrefois à fermer
solidement l’unique accès au sanctuaire. C’est un vieux
système qui consiste à entrer les deux extrémités
d’un madrier renforcé (souvent bardé de fer) dans les
trous prévus à cet effet. Une fois en place, la barre de bois
bloque avec une rare efficacité les deux battants par le travers…
Ce genre de fermeture valait toutes les serrures imaginables de l’Antiquité
au Moyen-Âge. Si la technique n’est pas discutable, une remarque
s’imposera très vite… pour son usage en ce lieu saint
et nous allons y revenir un peu plus loin.
D’obscurité
et de lumière
Une
fois ce ‘verrouillage’ redécouvert, une autre surprise
nous attend. Celle-ci consiste en une autre remarque qui prendra toute son
importance. En effet, une fois les portes closes, l’édifice
est tout entier plongé dans une pénombre à laquelle
personne ne prête attention. La maigre clarté provient du seul
petit vitrail donnant sur le pignon ouest. Cette mince verrière a
été mise en place au moment où fut pratiquée,
à cet usage, une petite ouverture dans le mur, vers le milieu du
19ème siècle… Mais, à cette époque, le
village de Périllos ne sait pas encore qu’il lui reste peu
de temps à vivre. Bientôt, cet éclairage naturel ne
luira plus que sur l’oubli et ses nostalgiques mystères…
tout comme restera muet, dès lors, le petit orgue situé sur
le balcon de l’église.
L’ombre
propice voulue par les Périllos
Maintenant,
de ce détail, nous proposons une simple réflexion : si cette
petite verrière n’existait pas autrefois… il nous faut
admettre que l’intérieur de la chapelle était plongée
dans l’obscurité complète si les portes n’étaient
pas ouvertes ! Cette conclusion a de quoi nous étonner, car rares
sont les églises et chapelles, même très anciennes,
ne
disposant
pas de verrière ou vitrail pour apporter la clarté et l’image
lumineuse d’un personnage ou motif religieux sensé veiller
sur le lieu ! Le visiteur intrigué pourra, en sortant, refaire le
tour extérieur de l’église et constater qu’effectivement
aucune ouverture ayant existé n’a été rebouchée.
La chapelle de Périllos était plongée dans l’obscurité
complète… sauf évidemment si l’on utilise quelques
bougies, cierges ou lampes à huile, selon les circonstances.
Mais alors, serait-ce à dire que cette obscurité était
voulue par les seigneurs du lieu ? A ce jour, il n’est guère
possible, faute d’élément, de supposer autre chose.
Mais, en ce cas, voulait-on suggérer que ce lieu était celui
de l’obscurité ? des ténèbres ? de l’ombre
?... Ce manque évident de clarté avait-il une autre raison
ou ... plusieurs ? Les Périllos avaient-ils quelque chose à
dissimuler, maintenir dans les ténèbres ? Ou cette obscurité
leur était-elle propice à un usage défini ? C’est
ce que nous allons essayer de comprendre.
Les pièces éparses d’un formidable puzzle
Reprenons,
à présent, ces constats et tentons de trouver s’il n’y
aurait pas une cohérence entre eux et, si oui, laquelle.
Nous disposons des éléments suivants :
- un emplacement discutable par rapport au donjon seigneurial.
- un choix contestable pour la position du porche d’entrée.
- un très solide système de fermeture des portes de la chapelle.
- une obscurité quasiment complète dans la chapelle une fois
les portes fermées.
Pour comprendre quels pouvaient être le fil conducteur et le point
commun de ces ‘détails’, nous allons d’abord chercher
le pourquoi de chacun de ces points et ensuite imaginer un scénario
les reprenant tous tels qu’ils sont.
Le
choix de ce qui ne peut se déplacer
-
L’emplacement choisi par les Périllos pour implanter leur chapelle
castrale.
Nous voyons un édifice réservé à l’usage
des seigneurs qui, non seulement ne se situe pas dans les structures du
donjon, mais à l’extérieur, dans la ‘basse cour’,
et en fin de compte peu accessible depuis le second rempart.
Il faut donc admettre que ce choix n’est pas le fruit d’un caprice
ou d’une erreur qui pouvait, alors, être rapidement rectifiée,
mais bel et bien le résultat d’une volonté. L’endroit
où se trouve la chapelle, à première vue, n’a
rien de particulièrement remarquable. Il ne s’agit donc pas
d’un aspect décoratif, défensif, de point de vue ou
de symbolique. Alors ?
Alors, nous allons apporter une solution très plausible à
cette question. Pourquoi ne pas se demander si l’édifice fut
construit à cet endroit… tout simplement parce que les Périllos
ne pouvaient l’implanter ailleurs ? Ensuite cherchons à savoir
cette raison. Là encore, la solution n’est peut-être
pas très compliquée.
Si les Périllos pouvaient disposer du choix d’installer leur
lieu de culte là où bon leur semblait… et qu’ils
aient fait ce choix surprenant, c’est peut-être tout simplement
parce qu’il y avait une particularité naturelle à cet
endroit qui ne pouvait se déplacer ou être modifiée.
Connaissant bien la nature du sous-sol du secteur de Périllos, nous
en savons toute la richesse en avens et réseaux naturels souterrains,
s’étendant parfois sur des centaines de mètres à
grande profondeur. Aucun spéléologue local ne contestera cette
affirmation puisque nous disposons de plusieurs relevés de galeries
naturelles circulant sous le village de Périllos… alors, pourquoi
n’y aurait-il pas eu, sur ce plateau, l’ouverture d’une
cavité dont les seigneurs locaux auraient mesuré l’utilité
pour plusieurs raisons? En ce cas, tout simplement, et afin de la dissimuler
à la vue du commun, ils faisaient construire leur chapelle sur l’orifice,
en sachant qu’un bâtiment religieux avait plus de chance que
n’importe quel autre de moins souffrir du temps, et au moins d’être
entretenu dans un état garantissant le secret des siècles
durant… même au prix d’une chapelle castrale éloignée
du donjon.
Mais l a logique de cette implantation n’explique pas le choix étrange
d’ouvrir le porche en façade nord.
Une
seconde anomalie ‘nordique’
C’est
maintenant cette autre anomalie que nous allons essayer de comprendre, une
fois de plus, de manière rationnelle.
Prenons en compte que, parfois, l’entrée principale d’une
église se trouve en façade latérale… C’est
le cas, par exemple, pour les églises de Rennes-le-Château,
Serres, Coustaussa, Cassaignes… et d’autres. Il est donc difficile
de regarder le porche en façade nord comme une anomalie… On
notera que le pignon d’une église (souvent celui du fronton
– clocher) est notamment le plus décoré et considéré
fréquemment comme la face principale de l’édifice…Quand
à l’ouverture d’une porte au nord, elle était,
aux époques romanes, celle (rebouchée dès l’église
consacrée) dite ‘des Morts’ !
Le porche d’entrée au nord de l’église de Périllos
peut avoir eu une autre fonction prévue par ses seigneurs. En effet,
cet accès est fastidieux à atteindre en raison des marches
à gravir et, comme nous l’avons vu, un peu éloigné
de la poterne du donjon. Et pourtant, le rempart de ce dernier n’est
qu’à quelques mètres de l’ancienne chapelle castrale.
Il devient, dès lors, difficile de croire à une erreur de
construction… le porche d’entrée est bien là où
les Périllos le voulaient, et nous allons vite comprendre pourquoi
ce choix.
Une
formidable fermeture pour un secret
Mais
auparavant, il nous faut également revenir sur le puissant et astucieux
système de verrouillage des portes de la chapelle. Une constatation
curieuse peut être faite : si une clé est nécessaire
et suffisante pour ouvrir la porte depuis l’extérieur, il semble
en échange qu’elle ne suffise pas pour en garantir la fermeture.
Observons, une fois encore, ce madrier qui barricade, de l’intérieur,
l’accès en s’encastrant solidement dans les deux orifices
prévus et son positionnement au milieu horizontal des deux battants.
Ce dispositif voudrait-il signifier qu’il soit nécessaire d’avoir
recours à un tel appareillage… pour suivre un office journalier,
dominical, de fête, baptême, mariage ou décès
? Quelle messe serait-elle si secrète qu’elle exige une sécurité
de fermeture de ce genre, alors qu’elle doit, dans son principe même,
être accessible à tous? Peut-on imaginer un rituel, se déroulant
ici, assez innommable pour demander une telle garantie de discrétion
?... ou pire ? Quoiqu’il en soit, une clé et une ou deux serrures
pouvaient largement assurer que soit protégée, de l’intérieur,
l’intimité d’un office, d’un rite ou de tout autre
évènement lié à la vie du donjon, du village
et de ses seigneurs. Alors… qu’avait-on à défendre
pour user de ce dispositif ?... sinon la vie ou un secret envisageable uniquement
de l’intérieur?
Quand
une petite chapelle devient une forteresse
Cette
volonté surprenante de sécurité et de force disproportionnées
pour la petite chapelle castrale n’est pas encore terminée.
En effet, nous pensons qu’il y a lieu de croire que l’emplacement
du porche, près du rempart, éloigné de la poterne,
et bien surélevé, fait avant tout partie d’un plan prévu
pour certains faits très importants de la vie des seigneurs de Périllos.
Parmi ceux-ci, nous retiendrons sans doute le plus grave : un plan de défense
ultime en cas de situation critique de la place forte.
Rappelons que le donjon de Périllos est une place peu importante
sur le plan stratégique et guerrier. Il s’agit, sur ce sujet,
tout au plus d’une défense avancée frontalière
avec la couronne de France. Cependant, nous sommes également en présence
d’une sorte de cul de sac où, d’ailleurs, il y eut peu
de combats… tout au plus quelques escarmouches sans importance notoire.
Il s’agit avant tout d’une résidence fortifiée
au minimum et composée d’une garnison peu nombreuse. De fait,
face à un assaut plus intense que prévu, cette place n’est
pas en mesure de se défendre longuement et efficacement. On peut
donc imaginer que, voyant la première enceinte sur le point de succomber
à une troupe importante, le seigneur choisisse de mettre en sécurité
sa famille et peut-être quelques documents, valeurs ou autre. Si la
basse-cour est prise, le donjon deviendra un piège sans issue pour
ses occupants. Il devient alors impératif de se réfugier…
dans la chapelle ! Oui… dans la chapelle, car elle est, curieusement,
un point capable de résister de manière surprenante.
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Du
scénario à la réalité… il n’y a
qu’une porte à franchir
Nous imaginons donc ce scénario : le seigneur fait évacuer sa famille, son chapelain et peut-être un ou deux hommes d’armes de confiance dans la chapelle castrale. Les deux lourds battants une fois clos, le madrier de verrouillage assure la solidité du porche et la sécurité du sanctuaire. Mais le système est encore plus puissant et ingénieux qu’une simple solidité de portes barricadées. A cette efficacité s’ajoute maintenant le pourquoi du porche disposé au nord, à peu de distance du mur de base du donjon. Jusqu’à l’arrivée de la poudre dans ‘l’art’ de la guerre, face à une porte solidement fermée, il existe la solution du ‘bélier’. Ce dernier est une lourde et longue pièce de bois, souvent bardée de métal à l’avant (en forme de tête de bélier, d’où son nom), maniée par de nombreux hommes et qui est poussée violemment en cadence, d’avant en arrière, contre les vantaux d’une fermeture. Celle-ci, sous la puissance répétée et régulière du ‘bélier’, finit par céder et livrer passage à l’assaillant… Tactique de guerre qui fit preuve de son effet lors de nombreux assauts. Mais, les Périllos sont aussi des guerriers et savent le danger que représente ce genre de machine d’assaut. Aussi, en disposant le porche à quelques mètres du socle rocheux du donjon… ils interdisent de ce fait l’usage du redoutable bélier qui ne pourrait évoluer efficacement sur une aussi courte distance d’élan ! Même en cas d’usage d’un bélier très court, les guerriers, souvent harnachés de lourdes tenues de combats, devaient monter près de dix marches en courant, avant de heurter, sans effet notoire, les deux battants solidement renforcés par la barricade du madrier horizontal enfoncé derrière le porche ! En principe, ce multiple système de défense devait suffire à décourager un assaillant peu motivé.
L’épreuve
du feu ou de la hache
Pourtant,
il reste encore deux éléments à envisager. Les seigneurs
de Périllos semblent les avoir prévus et parfaitement maîtrisés
comme nous le voyons à présent.
D’abord, il peut s’agir d’un assaillant plus acharné
que prévu, comprenant qu’avec un ‘bélier’
il ne viendra jamais à bout des fermetures… Et puis des renforts
peuvent arriver d’un instant à l’autre. En bons stratèges,
ou pillards avertis, les assaillants vont alors s’attaquer à
ces portes à la hache ou, pire encore, avec un feu de bois entretenu
contre les battants.
Les seigneurs de Périllos auraient-ils mal orchestré leur
plan de sauvegarde ? Se seraient-ils laisser prendre ainsi à cet
ultime piège ? La chapelle deviendrait-elle le lieu où ils
se battraient, sans espoir, jusqu’à la mort, contre un assaillant
rendu fou furieux pour avoir été tenu en échec par
la porte d’une simple chapelle ? Peut-être pas… car il
nous reste encore un détail à étudier.

La
complicité des ténèbres…
Ce
dernier détail est le fait qu’il n’y ait aucun vitrail,
aucune ouverture d’éclairage jusqu’au 17ème siècle.
Nous avons vu, au début de notre article, que curieusement, ce sanctuaire
était volontairement prévu pour être plongé dans
une obscurité peu compréhensible. Nous avancerons pour ce
‘sombre’ détail la théorie suivante : il est ‘clair’
que si le bâtiment n’est percé d’aucune ouverture
de verrière, aussi étroite soit-elle, non seulement on ne
voit rien si l’on se trouve à l’intérieur…
mais, de dehors, il est impossible de regarder ce qu’il se passe dedans,
faute de vitraux à briser aussi étroits seraient-ils ! Il
est donc impossible au moindre assaillant, ou curieux malveillant, de voir
comment se comportent ceux qui se trouvent solidement enfermés à
l’intérieur !
Il y a cependant une différence sur le plan de cette obscurité…
Si de l’extérieur on ne voit rien faute d’ouverture,
à l’intérieur il peut en être tout autrement.
Une chapelle est un lieu où l’on trouve en permanence des cierges
ou lampes à huile… Il y est donc facile, et innocent, d’y
faire une clarté suffisante pour s’y déplacer ou…
y préparer sa défense… ou toute autre chose !
Du
baroud d’honneur à la vie sauve
Nous
revenons, pour la fin de cette première partie, à cette prise
d’assaut de la chapelle… A l’extérieur, des guerriers
s’acharnent à coups de haches, ou à entretenir un brasier
devant ces portes qui finiront par céder… A l’intérieur
que peut-il se passer ???... Il ne reste à présent que deux
solutions.
La première est que le sire de Périllos et ses quelques gens
d’armes s’apprêtent, après une courte prière,
à combattre jusqu’à la mort les assaillants qui, d’un
instant à l’autre, finiront par avoir raison des lourds battants
fermant la chapelle… Oui, certainement ils se battront avec l’énergie
du désespoir… Mais, que se passera t’il, dès la
fin de ce baroud d’honneur, pour la dame, les enfants, le chapelain
et les objets ou documents de valeur du seigneur de Périllos…
Non, il ne se peut que cette famille s’éteigne de cette façon,
aussi héroïque ou stupide soit-elle… ou qu’un Périllos
meurt en sachant sa compagne donnée en pâture à quelques
soudards, ses enfants massacrés ou souillés et son domaine
mis à sac ou pris en butin de guerre.
Il reste une seconde solution que nous aborderons dans la seconde partie,
car il est possible que l’astucieux système défensif
de la chapelle soit plus ingénieux que nous pouvons le penser…
ingénieux, secret et indispensable à certains évènements
liés étroitement au secret des seigneurs de Périllos.
André Douzet