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Société Périllos ©

Les secrets de l’église de Périllos
(2ième partie) - Le sanctuaire de tous les soupçons

 

Les rites seigneuriaux de la mort

Après la prise en considération des détails de ‘sécurité’ de l’église de Périllos, dont nous avons fait le constat, il est envisageable maintenant d’aller plus loin dans notre travail. Il est impensable, de fait, que les seigneurs de Périllos, avec toute leur culture et leur intelligence, n’aient organisé leur chapelle que pour en faire un piège mortel et stupide... pour eux, leurs descendants et leurs familiers.
Pendant que les assaillants s’acharnent encore à venir à bout des battants de fermeture solidement renforcés de la traverse intérieure, revenons sur la vie des familles nobles de la région. La vie… Elle est, pour tous, d’une durée qui s’achève irrémédiablement par la mort de l’individu quel qu’il soit, riche ou pauvre, grand ou petit. Si ce constat est indiscutable, les modalités sont très différentes des uns aux autres. Pour les pauvres tout est simple… une brève prière, un trou creusé dans le petit cimetière, et on y ensevelit le corps, à même la terre, entre des pierres, dans un linceul ou une caisse en bois du nom de cercueil… selon les époques et les coutumes.
Pour les seigneurs, il en est tout autre. Habituellement, ils ont, dans les sous-sols de l’église où ils font autorité, ou mieux leur chapelle castrale, un caveau ou une crypte. Seuls les hommes étaient descendus dans cette dernière demeure des morts, du moins aux époques médiévales. Pour de rares exceptions, les femmes et les très jeunes enfants décédés étaient admis dans ce local mortuaire. Normalement, ces ‘exclues’ recevaient, avec tous les honneurs dues à leurs rangs, leurs sépultures dans un caveau, certes richement décoré, disposé près de l’entrée de l’église ou de la chapelle ou encore au centre du cimetière commun. Nous pourrions, hélas, dire… « c’est la vie ! »… L’exemple le plus connu dans notre affaire est celui des Hautpoul de Rennes-le-Château. Les seigneurs ‘descendent’ dans la crypte et les femmes dans le cimetière… On retrouvera ce rite à Malleval, Lupé, Châteauneuf et en bien d’autres lieux.

L’honneur dans la mort

Sur le registre de l’honneur rendu aux seigneurs défunts, ce ‘partage’ des sexes proviendrait d’abord des vieilles coutumes voulant que la terre appartienne aux hommes anoblis de la famille, maîtres des terres du domaine et de tout ce qui vivait et se trouvait dessus. Ensuite, cette particularité s’expliquerait par le fait que les épouses sont issues d’autres familles et que parfois ce que peut receler la crypte (elle peut servir de… ‘coffre fort’ par exemple) ne concerne que les seigneurs du nom et personne d’extérieur. L’église, à ces époques, représentant l’autorité et le divin, était l’ultime refuge dans sa terre sacrée de ceux qui en avaient été les maîtres absolus… après Dieu… ou ses représentants. Les places honorifiques dans la mort allaient en toute logique (?) à ceux qui avaient eu les privilèges terrestres. Il ne pouvait pas en être autrement pour les familles de Périllos.
Ces derniers avaient donc, eux aussi, un caveau, une crypte, un tombeau placé sous leur chapelle personnelle. Dans cette terre, sur laquelle ils avaient régné, ils pouvaient reposer à l’abri des prières dites, au-dessus d’eux, pour le repos de leurs âmes, dans l’attente de l’ultime résurrection des morts prévue par l’Eglise… Pour les dames de la famille, elles attendaient aussi, avec les enfants… mais dehors ! Toutes les raisons sont rassemblées pour admettre que l’église actuelle de Périllos, ancienne chapelle castrale des seigneurs, contient dans ses soubassements oubliés le monde funéraire des seigneurs…

Le mince répertoire des tombes ‘périllossiennes’

Certes, il peut être objecté que ce n’est qu’une hypothèse appuyée sur aucun élément historique… et que les Périllos pouvaient avoir porté le choix de leur ultime demeure vers un autre lieu plus adapté à leur rang honorifique. En la matière, tout est recevable ; ce serait même une bonne remarque, si nous n’avions pas deux éléments à opposer. D’abord, la seule tombe repérée au nom d’un Périllos est signalée dans une église de Perpignan… entièrement reconstruite et dont il ne reste rien des anciennes époques. Seule subsiste une archive attestant de cette sépulture isolée, au 15ème siècle, dans l’église St François d'Assise de cette ville.

L’église St François d'Assise, Perpignan

Ensuite, et ce ne sera pas le moindre indice, nous avons une information concernant Ramon de Périllos y Roccaful, Grand Maître de l’Ordre de Malte (nous lui avons réservé un chapitre sur ce site). La tradition cet Ordre de chevalerie est stricte sur le fait que TOUS les passés Maîtres de l’Ordre soient inhumés dans le sol de l’église St Jean de la Valette à Malte… c’est la règle. Oui, mais une règle, pour être confirmée, doit présenter une exception. Et cette dernière concerne justement le Ramon de Périllos en question. Le visiteur, ou le chercheur, peu au courant de cette coutume, ne verra aucune anomalie, car dans une chapelle latérale se trouve un imposant mausolée luxueux à la mémoire de Ramon… C’est très bien, mais aucun texte n’ajoute qu’un mausolée est un monument commémoratif et non une tombe ! L’affaire pourrait ainsi être classée si nous n’avions pas fait cette remarque et ne l’avions transmise à plusieurs reprises à deux secrétariats de l’Ordre. A ce jour, et depuis près de deux ans, nous attendons toujours la réponse. Ajoutons que lors de notre voyage en Italie en compagnie de monsieur de Cassini, celui-ci, grâce à ses relations, nous avait permis de visiter les locaux de l’Ordre à Gênes et voir de curieux détails dans l’église de cette commanderie… A l’issue de notre rencontre, avec le responsable de ‘l’ambassade’ génoise, il nous a été clairement répondu que jamais nous n’aurions le moindre courrier concernant notre question sur la tombe oubliée de ce Ramon de Périllos y Roccaful ! On peut à cet instant se demander les raisons de ce refus, poli, mais catégorique ! Nous reviendrons, avec surprise, sur ce sujet, une autre fois, à propos de Jésus et cette commanderie de l’Ordre de Malte…

L’ennemi qui veut sa place au royaume des morts de Périllos

A présent, il nous reste un détail des plus intéressants à propos du tombeau des seigneurs de Périllos. Cette information va peser de tout son poids car elle émane de deux sources indépendantes et fiables… Le Roussillon passant à la couronne de France, nous voyons le petit baron de Durban récupérer le territoire de Périllos dans son absolu. Il devient vicomte de Périllos et maître du titre, des terres et des revenus attenants. C’est d’ailleurs à ce moment que les archives religieuses de Périllos sont transférées au presbytère de Durban… C’est là que les abbés Bigou, Gélis, Boudet et Saunière pourront d’ailleurs les consulter.
Nous nous souvenons aussi que ces archives disparaîtront malencontreusement, précisément au moment où sont vicaires de Durban messieurs les abbés Gélis et Boudet… quelle malchance ou méchant hasard! Mais ce ne sera pas trop grave pour tous puisque nous avons retrouvé un lot de ces documents chez les descendants d’une des familles où se rendait Bérenger Saunière à … Durban !

Mais revenons aux seigneurs de Durban devenus vicomtes de Périllos sans honneur ni coup férir (n’oublions jamais que les Durban se rangèrent, aussi cupidement que lâchement, derrière la couronne de France et Simon de Montfort pour exterminer les Albigeois!). Il existe une archive extraordinaire sur les généalogies des Durban et leurs transactions nobiliaires et propriétaires. Dans cette archive, il est écrit que les barons de Durban-Gléon, Vicomtes de Périllos, demandent, dès cette ‘promotion’, à être ensevelis dans le sépulcre des Périllos… dans l’église ! C’était, après cette passation, leur droit le plus strict bien que d’une incongruité incroyable… Comment imaginer l’outrecuidance d’un ennemi héréditaire voulant se faire enterrer au côté de son adversaire de toujours… Cet adversaire qui, de plus, lui a souvent ‘damé le pion’ dans les escarmouches de frontière, dont les Durban ressortaient déconfits à chaque fois ! On a peine à imaginer cette réaction incroyable en de telles circonstances… à moins, bien entendu, qu’il y ait eu un intérêt secret et inconnu à être enseveli en un lieu sacré ne profitant qu’aux seuls seigneurs de Périllos ! Nos grincheux détracteurs habituels avanceront, comme de coutume, qu’il n’y a aucune preuve de notre affirmation qu’ils prétendront née dans notre seule imagination mythomane… Ils pourront, tout au plus, dire qu’ils n’ont rien trouvé et ils auront entièrement raison sur la forme.

Le travail du docteur Courrent

En effet, le seul document mentionnant cette demande insolite se présente sous la forme d’un épais livre de format ‘comptabilité’ entièrement écrit par… le docteur Paul Courrent, bien connu dans l’affaire qui nous intéresse… et dont les travaux ne sont guère contestables. Il finit ses jours curieusement à Embres… près de Durban et écrit une importante généalogie des Durban. Ce travail colossal ne sera jamais édité et nous en détenons le seul exemplaire ! Difficile pour les grincheux de contredire notre affirmation puisque plusieurs chercheurs ont eu cette reliure entre les mains, dont Pierre Jarnac lors d’une visite à Notre-Dame de Marceille en notre compagnie ! Les Durban seront pris d’une vraie frénésie de se faire ensevelir dans la crypte des Périllos et réitèreront, avec véhémence, plusieurs fois, leur intention sans l’ombre d’un succès… tout simplement, explique Courrent, parce que jamais… l’entrée de la crypte mortuaire des Périllos ne sera retrouvée ! On sait seulement que les barons de Durban se rabattront sur leur ancienne sépulture à Durban (dans la chapelle des seigneurs… à l’extérieur du château, comme celle des Périllos!). Ensuite, plus tard, les Durban-Gléon se feront ensevelir dans la petite chapelle carolingienne, toujours existante, de l’ancien domaine des Gléon, près de Villesèque ! Ce sera le dernier document connu faisant mention de l’existence formelle d’un caveau sous l’ancienne chapelle des seigneurs de Périllos. Depuis, plus personne n’entendit parler du tombeau des seigneurs.
Nous pouvons supposer que les nouveaux vicomtes cherchèrent ce caveau… mais toujours est-il que, si recherches il y eut, elles furent vaines! L’oubli, couleur de poussière du temps, recouvra ce royaume des morts seigneuriaux… et plus personne ne s’intéressa à cette affaire… sauf, nous le pensons, messieurs les curés Bigou (spécialiste en codage d’écriture funéraire), Gélis (qui fut supprimé sans doute pour en avoir trop su), Boudet (qui tenta de laisser des informations sur la région de Salses-Opoul) et surtout le dernier qui nous intéresse plus particulièrement: Bérenger Saunière !

Ramon de Périllos y Roccaful et son dernier sommeil

A présent, revenons sur ce tombeau qui, somme toute, n’a rien d’exceptionnel par apport aux autres sépultures seigneuriales de ces époques. Dans un travail concernant Ramon de Périllos y Roccaful, nous avons vu que ce Grand Maître de l’Ordre de Malte choisit délibérément de ne pas être enseveli avec les ‘passés Maîtres’. Admettons qu’il dut avoir une raison supérieure pour un tel choix qui dut l’opposer à ses pairs… mais dont, curieusement, rien ne filtre, dans aucun document. Quelle raison a pu pousser Ramon vers ce choix étrange? Nous pensons tout simplement qu’il fit le choix de rejoindre ses ancêtres dans la crypte familiale… et qu’il fut le dernier à y être enseveli !
Le dire c’est bien !… en apporter une preuve serait encore mieux, et nous allons donc tenter d’y voir plus clair en ce domaine. Une évidence tout d’abord. Un Grand Maître de l’Ordre de Malte ne disparaît pas comme un simple mortel. Certes, l’Ordre compense, en édifiant un mausolée, cette ‘anomalie’ pouvant générer des questions pour le moins embarrassantes… surtout si la réponse est encore plus ennuyeuse à formuler ! Ce Ramon de Périllos y Roccafful est le dernier à revendiquer son droit à occuper la sépulture des hommes de la famille de Périllos dans la crypte de la chapelle. Il est effectivement le dernier pour une raison incontournable. A la mort de ce Ramon, nous sommes à la veille du rattachement du Roussillon à la France… et le territoire de ces seigneurs à la puissance absolue bascule entre les mains de l’ennemi héréditaire : les Durban ! A partir de ce moment, il ne peut plus jamais y avoir de Périllos ensevelis sous leur chapelle. Il ne peut donc qu’être le dernier à y accéder, et il en a tout à fait conscience…

Tout doit disparaître !

En dernier Périllos à être enseveli, dans ce caveau sans doute millénaire, il lui faut s’entourer de plusieurs précautions évidentes. Il veut d’abord reposer dans la mort sans que sa sépulture (ou celle de ses prédécesseurs) soit violée, dérangée ou simplement détruite… Cette raison semblerait logique à chacun d’entre nous. Mais ensuite, il va chercher, en tant que dernier à descendre en ce tombeau, à en effacer tous les accès. Et cette tentative sera couronnée de succès car jamais personne ne retrouvera ce sépulcre … pas même les Durban ni les Durban-Gléon qui pourtant s’y acharneront en y dépêchant deux maçons, dont la pierre au-dessus du porche d’entrée commémore le souvenir de leur travaux !
Comment cacher un caveau ou un accès à une crypte sous une aussi petite chapelle? Et bien, la solution est des plus simples. Elle consiste à modifier fondamentalement la forme de la chapelle dans son emprise au sol, afin d’en effacer tous les détails susceptibles d’être retrouvées et interprétés comme tels! Ramon de Périllos, nous l’avions déjà évoqué, décide d’abord d’être le dernier seigneur à être enseveli dans la crypte sous la chapelle, et ensuite d’effacer toutes les traces d’accès. Nous relirons, sur le sujet, notre travail sur les trois chapelles de Périllos orientées au nord… Nous y verrons que celle castrale, aujourd’hui l’église du village depuis le rattachement du Roussillon à la France, fut à ce moment modifiée fondamentalement et orientée est-ouest après la reprise complète des murs et appareillages de construction. Qui alors pouvait y voir une anomalie puisque maintenant elle se trouve alignée comme la majorité des églises catholique romaines? Personne… s’il n’a une raison fondamentale de mieux observer les détails restants, assez discrets pour être repérés du ‘connaisseur’, mais quasiment invisibles au visiteur ou pratiquant anodins…

Un Périllos vaut bien une petite messe…

Ramon de Périllos y Roccaful fit un excellent travail, encore aujourd’hui d’une efficacité indéniable… car personne, à ce jour, n’a retrouvé son tombeau ni le sépulcre de sa famille. Nous avons vu dans un chapitre consacré à l’église que le chœur fut modifié et du sud passé à l’est. Ce travail fut réalisé, sur ordre du dernier Ramon, par de simples bergers ne comprenant sûrement rien à ce qu’on leur faisait faire. Ils travaillèrent sans doute le plus minutieusement possible, mais visiblement sans même l’usage du fil à plomb ou de l’équerre. Ramon choisit cette manière de faire sans doute afin d'éviter qu'un maître constructeur, ou un compagnon, ne se pose trop de questions sur ce genre de travaux pour le moins insolites. Mais ensuite, nous pourrions nous demander pourquoi un Grand Maître de l’Ordre de Malte choisirait de se faire enterrer dans un coin oublié aux confins du Roussillon… en lieu et place de recevoir les honneurs dus à son rang, son âme et son esprit… tout comme ses ‘passés Maîtres’! Par modestie, pourrions-nous commencer à dire. Oui… pourquoi pas. Cependant, un Grand Maître de l’Ordre est choisi, certes pour son rang et sa puissance, mais surtout pour le fait d’être un bon croyant et pratiquant ! Alors… pourquoi Ramon fuit-il ostensiblement les messes dites ‘ad vitam æternam’ pour son âme, afin d’aller reposer dans une terre qui n’est quasiment déjà plus la sienne ?
Pire encore, ce Grand Maître de l’Ordre de Malte peut-il supporter que soit chichement dite, en langue française, une ou deux fois par semaine, la messe sur son caveau ? Certainement pas… Alors, quel motif impératif le pousse à cette action défiant toutes raisons plausibles ?

« Plus près de toi, mon Dieu… plus près de toi… » (chant religieux)

Admettons un cas de figure très simple : Ramon est prêt à abandonner les honneurs et les innombrables prières journalières célébrées à St Jean de la Valette… pour un lieu où son nom ne sera ni prononcé ni honoré! Et si ce Périllos savait que le lieu de son choix de sépulture remplaçait très largement la nef de St Jean de la Valette et toutes les messes qui peuvent y être dites ? Nous dirions, pour résumer, qu’il sait qu’en étant enseveli sous la chapelle castrale il se trouve -en quelque sorte- en directe relation ‘post mortem’ avec… son Dieu, et bien plus près de lui que dans toutes les église du royaume catholique ! Ceci expliquerait cette volonté illogique au premier abord.
Mais allons encore un plus loin dans ce raisonnement. Il existe, sur le propos, une archive mandatée dans les registres religieux de Périllos. Et cette dernière se trouve forcément relatée dans les documents qui passent à l’église des seigneurs de Durban au moment où ils spolient les biens de Périllos. Ils en prennent connaissance… et s’empressent, par le biais de leur chapelain, de vouloir à leur tour ‘profiter’, pour leur âme, de cette ‘ligne directe’ (résumons ainsi la situation) avec Dieu, le ciel et ses… intermédiaires. L’ennui pour les Durban, puis les Durban-Gléon, est que le dernier Périllos a détruit tous les indices permettant de situer et ouvrir le passage vers ce fabuleux royaume des morts ?

L’ultime savoir des abbés Bigou, Gélis, Boudet… et Saunière

Plus tard… deux siècles après, messieurs les prêtres Gélis et Boudet, vicaires à Durban, avant d’être curés de Coustaussa et de Rennes-les-Bains, accéderont aux archives de Périllos et en comprendront le formidable secret que savait déjà leur prédécesseur l’abbé Bigou. Bérenger Saunière sera le dernier à être informé de ce dangereux savoir qui fera sa fortune… et sans doute la mort de Gélis, sans doute trop gourmand. Le prêtre de Rennes-le-Château sera d’ailleurs celui qui transposera, en un ultime testament, ce dangereux savoir dans le tracé d’une maquette en volume. Cependant, toutes les archives de l’église de Périllos disparaîtront du presbytère de Durban, curieusement à l’époque des deux vicaires… du moins le pensent-ils, et en partie seulement, puisque nous avons pu en retrouver une importante quantité cachée dans une famille de cette commune.

Une chapelle se referme sur son secret... et il est la mort !

Les Périllos savaient de tous temps que sous leur chapelle existait un aven. Ce dernier, dès les premiers seigneurs, avait été recouvert par leur chapelle castrale pour en dissimuler l’entrée. Après en avoir commandé l’entrée par un simple mais astucieux mécanisme, le lieu fut aussitôt aménagé pour former la crypte des sires de Périllos. Ainsi pouvaient-ils dormir de leur dernier sommeil dans l’attente de la rédemption finale. Le dernier Ramon de Périllos, Grand Maître de l’Ordre de Malte, voulut faire comme ses ancêtres et, sachant qu’après lui aucun descendant ne pourrait y accéder, il en fit condamner l’issue après y avoir été enseveli… C’est ainsi que la chapelle axée nord-sud devenait une église en tous points conforme, dans une orientation est-ouest hors de tous soupçons !
Mais il ne peut s’agir que du seul secret d’une sépulture oubliée… ou d’une volonté, toute légitime soit-elle, de la soustraire à l’ennemi héréditaire… En effet, si l’on étudie le sous-sol de ce secteur, nous voyons qu’ici se trouvent de nombreux réseaux naturels souterrains s’étendant sur des longueurs conséquentes. Un aven ouvrant sur ces galeries permet de se déplacer sur d’incroyables distances. Ce qui permet de dire que la cavité naturelle aménagée sous la chapelle primitive permet d’abord de servir de sépulture… mais elle ouvre sur un second réseau permettant, d’une part, de peut-être sortir un peu plus loin en toute discrétion… mais aussi de se diriger vers le site désigné par la maquette de l’abbé Saunière ! Si cette dernière, et de fait son créateur, dit vrai, un boyau arriverait naturellement très près des lieux marqués sur la maquette ; « Tombeau de Joseph d’Arimatie » et, pire encore, vers celui marqué « Tombeau du Christ » ! C’est peut-être ces deux ‘détails’ qui donnaient toute la valeur ‘royale et sacrée’ (comme l’écrit le notaire royal Courtade, au 17e siècle) et le fait de vouloir, au plus près, se faire ensevelir à proximité d’aussi illustres lieux… Si le moulage de Saunière dit vrai (et pourquoi mentirait-il ?), on peut alors facilement comprendre le luxe de précautions secrètes prises par les seigneurs de Périllos… et l’envie effrénée des Durban-Gléon de vouloir aussi y reposer, quitte à y côtoyer leur ennemi de toujours ! Il y a des raisons qui permettent de passer outre les querelles héréditaires, intestines ou frontalières…

Rien ne se perd ! Tout se transforme !

Cependant, pour le commun et l’ennemi, le système d’accès à ce fabuleux royaume des morts était perdu à jamais, grâce aux astucieuses modifications apportées par le dernier usager… et personne ne retrouvera ni la crypte des Périllos, ni la galerie naturelle qui en part, ou revient. Cependant, nous avons tous lieux de croire que, si l’emplacement de ‘l’ouverture’ et son mécanisme sont perdus, ce n’est qu’en apparence… et que le terme ‘d’oubliés’ serait nettement mieux approprié. En fait, rien ne prouve que, sous son camouflage, cet ensemble ne soit plus accessible et que son ‘ouverture’ ait été irrémédiablement détruite. Certes, le mécanisme doit être un peu ‘grippé’ mais en échange il ne peut qu’être facile et simple d’usage et donc bien avoir supporté son voyage dans le temps.
Et c’est ce constat qui nous oblige à poursuivre notre recherche dans ce sens. Pour que le caveau soit irrémédiablement condamné, il aurait été obligatoire de le combler ou de l’effondrer au moment de sa condamnation. Là, en ce cas, effectivement, il devenait perdu à jamais. Or, nous sommes les seuls à avoir fait un ‘état des lieux’ complet et professionnel, avec ou sans théodolite… selon l’ancienne méthode de la triangulation ! Le relevé des niveaux permet de constater que le point ‘plus ou moins zéro du sol’ n’a subi aucune modification notoire sauf, tout au plus, une légère surépaisseur lors de la mise en place d’un nouveau revêtement de sol… dont nous comprendrons le pourquoi dans la troisième et dernière partie de ce travail. Il est donc permis de dire que le sol de l’église St Michel de Périllos n’a pas eu de modification dans ses niveaux sol fini, sol naturel et… niveau sous-sol ! Le local sous l’église existe encore et nous en avons plusieurs preuves incontestables. Par ce terme, nous entendons les moyens techniques scientifiques et non empiriques (tels que : pendule, champs vibratoires, visionnaires et autres ‘spécialistes’ du ressenti divers et varié). Nous nous sommes cantonnés à un film infra-rouge, un repérage sonore et infra-sonore et un relevé fait par un spécialiste en matériaux de détection scientifique de cavités. Ajoutons que ce dernier relevé a été pratiqué hors l’enceinte de ce bâtiment. A aucun moment nous n’avons mis en œuvre le moindre détecteur de métaux ou toutes sondes de prospection ‘andoscopique’… Ce qui fait que la seule chose que certains (élus ?) pourraient nous reprocher d’avoir… pris, ce sont des photographies! Et sur ce point, il n’y a dans l’église de Périllos, ou à son entrée, aucune pancarte comportant la mention « relevés topographiques et photographies interdits ». Tout cet aspect ‘technique’ sera développé en détail dans la dernière partie de ce travail.

La chambre mortuaire des… Dames ?

Plusieurs petits éléments restent à ajouter maintenant. D’abord, il nous a toujours semblé curieux, pour ne pas dire anormal, que personne ne se soit inquiété du lieu où étaient ensevelis les seigneurs de Périllos… Mais cette question en ouvre plusieurs autres. Il est de fait que le petit cimetière ne pouvait être l’emplacement du moindre caveau seigneurial. Une des raisons serait que son emplacement près du premier rempart (ou palissade de défense) en excluait cet usage… qui n’avait aucun inconvénient pour le petit peuple sous le joug seigneurial. Certes !... mais alors ceci engage une seconde question et non des moindres : nous avons vu le ‘caveau’ souterrain exclusivement réservé aux hommes ayant le pouvoir sur le territoire… et les dames et autres familiers ‘courants’ être tenus de recevoir leur sépulture hors ce royaume réservé aux seuls chefs en titre… Nous avons vu aussi le petit cimetière commun n’ayant jamais eu ce genre de sépulture car les registres sont clairs sur ce sujet : aucun ‘Périllos’ ni familiers n’y sont enterrés, du moins sur celui du 18e siècle dont nous avons eu copie. Mais alors ? Où se situe le second domaine des morts des Périllos… celui de ceux et celles exclus du sous-sol sacré de l’ancienne chapelle castrale ? Que personne ne s’en inquiète car nous avons aussi localisé l’histoire, et l’emplacement de cette sépulture et qui, celle-ci, fut vraiment oubliée de tous ! Si nous en parlons prochainement, il ira de soit que jamais nous n’en donnerons la localisation géographique afin que soit respecté le dernier sommeil de ces personnes.

Retour à la fin d’un assaut et au début du secret

Il est maintenant grand temps de rejoindre l’intérieur de la chapelle St Michel de Périllos dans laquelle se sont retranchés le seigneur, quelques guerriers des plus fidèles, son chapelain, sa compagne et ses enfants. Dehors, la hargne des assaillants se fait plus forte et les deux battants du porche ne tiendront plus longtemps. Non… Périllos ne se battra pas jusqu’à la mort… non par lâcheté mais parce qu’il sait comment sortir de ce qui est considéré comme un piège stupide par l’ennemi. Nous avons vu dans la première partie de ce travail que personne de l’extérieur ne peut voir ce qui se passe dans la petite chapelle… et comprendre que l’ingéniosité va fonctionner à merveille une fois de plus. A l’intérieur, le petit groupe dispose de l’éclairage des cierges et lampes à huile. Le mécanisme vient d’être activé par le seigneur… une ouverture se présente… l’odeur du sépulcre remonte de cette bouche béante sur la mort et les ténèbres… Tous ont peut-être un recul instinctif… mais bientôt les battants vont céder sous le feu et les coups de haches… Il est temps de suivre cet étroit passage par où descendent les cercueils et le mobilier funéraire des seigneurs. Ce chemin de la mort devient alors celui de l’espoir et de la vie que l’on aura sauve en suivant ce parcours funèbre. Le seigneur du lieu, sans doute le seul à connaître le mécanisme de fermeture, l’actionne… un bruit sourd… c’est fini… le monde des morts se referme sur le petit groupe…
Au-dessus, dans un dernier craquement, les portes viennent de s’effondrer : le piétinement pressé et sec des guerriers qui se ruent en hurlant la mort dans la nef de la chapelle… le vacarme assourdissant des meubles que l’on renverse, que l’on jette… les cris interrogatifs des soudards qui ne trouvent rien… plus personne… un silence sans doute aussi lourd d’interrogation que l’est la dalle qui s’est refermée sur les fuyards… D’autres cris, moins forts, où cette fois la rage se mêle à la peur, se font entendre… car évidemment cette poignée de personnes à la portée des assaillants n’a pas pu s’envoler dans la fumée du brasier qui consumait les portails… Alors, une solution, à ce moment, prenait place dans l’imaginaire de ces brutes assoiffées de pillages, de mort, de viol qui venaient tout à coup de leur échapper sans raison… une seule solution ! Il ne pouvait que s’agir là d’un acte diabolique… D’ailleurs, pour preuve, il y a tout ce qu’on racontait à voix basse sur cette famille mystérieuse au possible, qui détenait un pouvoir dont jamais on n’avait su le fin mot ! Et, face à ceci, la horde s’enfuyait rapidement sans attendre son compte… on ne se bat pas contre les démons !

Le chemin des morts et… un trésor maltais ?

Après être passés, craintifs, près des sépultures des anciens seigneurs, un bref signe de croix, une courte prière à peine marmonnée, et le rang serré, inquiet, vaguement éclairé par des torches fumeuses, s’engage vers une sortie éloignée du village d’où s’éloignent aussi les assaillants…
Mais au fait… ce cheminement des morts… si, logiquement, il suit le sens des veines souterraines des réseaux naturels… il ne doit pas arriver très loin des sites donnés par la maquette de notre abbé Bérenger Saunière. Mais ce n’est sans doute qu’un hasard, aussi brumeux que la fumée des torches brandies par ceux qui s’enfuient vers la lumière…
Avant de fermer ce petit volet, ajoutons que si le dernier à avoir été enseveli dans le sépulcre, sous la chapelle des seigneurs, est Ramon de Périllos y Roccaful, Grand Maître de l’Ordre de Malte… il l’a été selon la coutume de l’Ordre… avec tous ses ornements et les parures de son rang… c'est-à-dire une véritable fortune si l’on en croit le rite en question. Soit Saunière l’a trouvé et ceci justifierait ce fameux calice qu’il aurait offert à un de ses collègues et qui provenait de l’Ordre de Malte… soit le Grand Maître dort encore de son dernier sommeil dans tout son apparat funéraire et il représente à lui seul un trésor incontestable enseveli sous la petite église énigmatique de St Michel de Périllos ! Oui… mais pour combien de temps encore le repos sacré du royaume des morts ?

Un rite des morts… peut-être pas si oublié que certains le voudraient…

A moins, évidemment, et cet aspect est loin d’être négligeable, qu’au-delà de cette connaissance propre et secrète aux Périllos depuis peut-être près de deux mille ans… en ce lieu se soit déroulé, de tous temps, un rite des morts vers le nord, vers d’autres aspects moins superficiels que ceux de l’Eglise, et seuls connus de rares initiés voulant s’endormir dans l’espoir d’une ouverture meilleure pour leurs âmes… Et au-dessus, dans la fausse nef de l’édifice, veillent une des saintes femmes si chères aux pénitents de la Sanch, d’autres personnages aux cultes tournés vers les cieux, les démons, les anges… et le monde souterrain, dont peut-être Ramon, au retour de son long et initiatique périple vers l’Irlande, venait de prendre conscience et savoir.

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André Douzet
Cette seconde partie est dédiée à la mémoire de Mary Reid