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Société Périllos ©

Embres et Castelmaure
(1ère partie) - De Périllos à Durban via le docteur Paul Courrent

 

Entre vicomtes et petits barons

Dr Paul Courrent

La commune d’Embres et Castelmaure offre une image de carte postale illustrant cette superbe contrée du canton de Durban que nous visitions lors de notre activité du 1er mai 2008. Depuis plusieurs mois nous avons entrepris une série de recherches sur ce large secteur et plus particulièrement en ce concerne des lieux et personnages ayant un rapport étroit avec le sujet qui nous intéresse.
L’approche du passé de ce territoire nous offre, au fur et à mesure de notre prospection, certaines curiosités pour le moins remarquables et sans doute dans le droit fil de tout un pan du passé oublié de Périllos et non des moindres. En effet les travaux sur ce sujet s’arrêtent traditionnellement aux limites cadastrales et administratives des anciennes contrées des seigneurs de Périllos. L’erreur essentielle reste que ces ‘frontières’ d’aujourd’hui, sont loin d’être celles moyenâgeuses par exemple, comme le prouve certaines vieilles traditions n’étant que les derniers souvenirs d’autres, des plus anciennes.
Ce village et ces extensions se trouvent sur le canton de Durban. On sait que cette commune s’illustra tristement et s’acoquinant lâchement à la croisade contre les albigeois. Ce choix semble avoir marqué indélébilement l’esprit de tout un secteur, qui conserva un esprit de servilité remarquable et de retranchement, depuis que la couronne de France n’eut très vite que faire de seigneurs et basse-cour dont l’activité favorite consistait à retourner sa veste à la moindre occasion.
Nous savons que ce sont les petits barons de Durban qui s’empressèrent, avec la bénédiction du monarque d’alors, de récupérer l’éclat et la noblesse des Périllos au moment de l’abandon des terres catalanes, et des titres y attenant, avant le rattachement du Roussillon à la France. Ces personnages ayant pour seule règle, celle de se rallier au plus fort, pensèrent probablement pouvoir, en redorant leurs pâles armoiries, s’abroger et faire leur l’aura des Périllos. Mal leur en prit, car le titre fut morcelé et éparpillé au travers des Gléon et autres périphériques régionaux sur lesquels nous reviendrons tout de même.
L’intérêt pour Embres et Castelmaure se situe, pour nous, dans ce voisinage avec Durban, dont la place est importante pour les quatre curés majeurs de notre affaire, et surtout Périllos, sous la forme d’une frontière impalpable n’ayant jamais fait l’objet de grande violence ou affrontements majeurs. Non seulement il n’y eut pas d’animosité particulière, pouvant être naturelle au demeurant en la circonstance, mais malgré la différence de couronnes nous savons qu’il y eut même d’intelligents échanges entre les deux versants.

La marche vers « l’ancien roi »

Entre les deux contrées, opposées par une montagne commune, on ne retrouve nulle trace d’animosité particulière, malgré la différence de couronnes. On pourrait même dire qu’au contraire des liens peu connus, ou perçus, furent maintenus de manière traditionnelle entre ceux que tout devait pousser à être pour le moins des antagonistes et, au pire, des ennemis.
Au début du XXe siècle, encore, on retrouve la mémoire, chez certains anciens du pays, de ‘marches’ exécutées lorsqu’ils étaient adolescents, vers Périllos à l’époque du solstice d’été. Si ce genre de manifestation est coutumière, un peu de partout, en direction des sommets pour une rencontre avec l’astre roi et générateur de force, en échange souvent elle contourne prudemment les incidents de frontière. Pour cette région, concernant notre étude, on a la sensation que ce cheminement solaire se faisait, en toute complicité, entre les deux versants du mont des Oliviers. En effet, ce déplacement de jeunes adultes, au moment du paroxysme solaire, n’avait d’autre but, inavoué que de permettre la rencontre des jeunes hommes ‘couronne de France’, avec les jeunes femmes périllossiennes de la ‘couronne Catalane’. Ainsi allait la vie… au rythme des solstices.
Fusion et effusion, sur lequel nous resterons pudique, faisait le reste ponctuel et les anciens rencontrés pour cette enquête nous racontent avec nostalgie que ceci était une coutume tenue de leurs ancêtres depuis « aussi loin que la mémoire ».
Le plus étrange, dans cette célébration de la fertilité, reste que les propos entendus sur le sujet rapportent quasiment tous qu’ils s’en « allaient honorer l’ancien roi ». Quel roi ? Ça… ils ne le savent pas, et avouent ne s’être jamais posé la question sur le fond et la signification de cette affirmation leur semblant symbolique et surtout d’un autre âge. S’agissait-il d’un dernier vestige de superstition du soleil roi ? des rois catalans avant que ceux de France ne viennent usurper leurs terres ? d’un roi ponctuel du type ‘sa majesté Carnaval’ de Limoux par exemple ? ou autre que nous tenterions de comprendre.

Traditions et rites ancestraux ?

Tout ceci, au-delà du folklore, nous montre à l’évidence qu’un lien plus étroit que ceux des contingences politiques et administratives existe sur ce territoire aux traditions éteintes. En effet, si le fait d’aller faire d’agréables rencontres est de toutes régions, on peut ajouter qu’il n’était pas utile de faire un long périple à pieds pour trouver aussi bonne compagnie qui ne devait pas manquer sur le canton durbannais, à St Jean de Barrou, Villeneuve et Villesèque par exemple. Il serait des plus curieux de savoir ce qui pouvait pousser, depuis des siècles sans doute, une certaines population à « honorer l’ancien roi » en conquérant la gente féminine du secteur de Périllos… Nous n’avons pas de réponse satisfaisante, sinon qu’il puisse s’agir d’un rite particulier tombé en désuétude et dont n’aurait été conservé que le fait de rencontres au moment du solstice d’été. Certains ingrédients le suggèrent, comme une marche symbolisant une sorte de déambulation, de pèlerinage ou de mini-migration de très courte durée… comme le faisait encore ponctuellement au XVIIe siècle, l'abbé Laborie prêtre de Périllos jusqu’à une grotte qui se trouvait précisément à peu de distance de l’imprécise frontière entre les deux contrées. Ces déplacements solaires devaient se faire de telle façon que la joyeuse cohorte parvienne sur le territoire de Périllos largement avant le lever du soleil qui se célébrait, certes brièvement, en commun. Il y a donc un déplacement dans l’obscurité de la nuit, et une arrivée au moment où l’astre roi commence son ascension… une sorte de mouvement translatoire de l’obscurité à la lumière. Ensuite les festivités pouvaient commencer, une fois le bref passage du prêtre réalisé, sous forme d’un repas champêtre. Cet agape commémorait-il les repas accompagnant certains rituels du genre taurobolique ou… christique ? Nous ne le savons pas. La fin de l’après-midi, malgré la liesse qu’on peut imaginer, annonçait le repli des ‘soupirants’ qui s’en devaient aller soupirer durant le retour et avoir quitté cet euphorique ‘Eden’ avant que l’astre roi ne soit devenu invisible…
Si nous regardons attentivement les registres de l’église St Michel de Périllos, en notre seule possession, nous ne pouvons que rester perplexe devant le fait qu’il n’y ait pratiquement jamais eu d’épousailles en conclusion à ces moments festifs assez ‘débridés’. Cette réflexion est, certes, limitée aux seules archives en notre possession sur le siècle précédant la prise définitive de pouvoir administratif de Durban sur Périllos ! Ces ‘rencontres’ auraient elles été uniquement symboliques puisque sans suite ? C’est ce qu’on en peut conclure même si on admet qu’il puisse y avoir eu un exceptionnel oubli ou un mariage non religieux… ce qui n’était guère coutumier à ces époques !
Il est possible que cette tradition ait eu pour but de commémorer quelque chose d’autre qu’une simple fête de jeunes gens au moment de l’été. N’oublions pas non plus que les seigneurs de Durban firent ‘des pieds et des mains’ pour se faire ensevelir dans le tombeau des seigneurs de Périllos, ce qui n’eut jamais lieu faute d’avoir pu localiser le dit tombeau ! Pour les uns la montée à Périllos est symbole de vie et pour les autres elle est symbole de repos, bien choisi, dans le royaume des morts…
Aujourd’hui plus rien ne reste de cette coutume… et si quelques marcheurs courageux s’essayent à se rendre de Durban à Périllos, via le chemin d’Embres, ce n’est que par pur plaisir de la marche et… hélas, rien d’autre. Renseignement pris il faut tout de même, maintenant plus de 4 ou 5 heures pour accomplir le trajet par des chemins et sentiers parfois non balisés.

Le passé furtif d’Embres

Mais avant de parcourir ces versants proches de Périllos, il est de bon ton de parcourir, avant tout le passé reconnu de la commune d’Embres.
On y trouve une indiscutable présence romaine ayant superposé d’autres occupations bien plus anciennes, comme le montre les découvertes faites par quelques vieux durbannais fascinés par le passé, l’histoire et l’archéologie, il y a plus de 70 ans. Au fond de quelques tiroirs craintivement à peine ouvert à nos yeux, nous trouvons des outils de silex du néolithique, puis du bronze du même style que celui découvert à Durban au moment de la construction de la gare. L’époque du fer n’est pas en reste, tout comme celle des Ligures et autres antiques arrivants, sur ces terres autrefois accueillantes. On aurait, il y a peu d’années, trouvé des ‘mobiliers’ similaires près du lieu-dit des Cannelles dont les vestiges dateraient du XIe siècle.
Le moyen-âge laisse lui aussi des vestiges important, tant dans l’occupation matérielle que dans celle du légendaire religieux et autre. Ça et là des tombes en pleine nature sont autant de témoignages d’occupations sédentaires, artisanales que guerrières. D’antiques minières ont été répertoriées sans autre forme de procès, car considérée quasiment épuisées, pour des exploitations plus performantes et productives. A cela rien de bien étonnant, puisque nous sommes ici aux confins des sous-sols prolifiques des fameux territoires miniers de Cascastel, aux ténébreux seigneurs, et du secteur encore plus riche de Palairac (voir notre article sur le sujet), Davejean et autre Nouvelles relié aux Cannelles par un antique chemin.
Cependant s’il y eut d’antiques extractions métalliques sur Embres il y eut également beaucoup plus haut sur le versant, en frange du sommet du Mont des Oliviers des fours à verre, et d’autres à la destination nettement moins anodine ! En ce qui nous concerne nous venons de dénombrer au moins cinq de ces sites sur une bonne dizaine selon les sources recueillies. Les derniers restent à découvrir au fond de quelques impénétrables ronciers. A ceci s’ajoute évidemment les nombreux avens étant autant de possibles failles d’exploitations, dépôts funéraires ou refuges craintivement rejoints lors de conflits lointains. En vérité nous sommes là sur des terres pratiquement vierges de toutes prospections archéologiques ou superficielles, où tout reste à vraiment découvrir.
Si les découvertes, difficiles et rares, sont le plus souvent du domaine de la tradition légendaire, il n’en est pas de même lorsqu’un lieu dit nous parle d’un ‘four à verre’ sur les pentes du versant Embres du ‘Montoullier de Périllou’. Nous savons que ce fut en 1218 que le comte de Narbonne, maître de Castelmaure, accorde des droits ‘d’émancipation’ aux verriers s’implantant sur ce secteur. Par ailleurs on retrouve également un toponyme ‘village des juifs’ qui serait en réalité un emplacement occupé par une communauté juive exploitant l’activité de la pate du verre… tout ceci à l’image identique de ce que nous retrouvons sur les terres de Périllos ! Cependant ce ‘village’ de juifs verriers, serait l’ultime point de repli de ce qui restait de cette corporation épargnée par S. De Montfort lors du sac de Bézier en 1209. Hélas, un peu moins d’un siècle plus tard, Philippe le Bel met fin à ce… droit d’asile et fait chasser les exploitant juifs. Si l’histoire local nous dit que ces artisans, souvent maîtres dans leur art, sont refoulés vers l’Espagne, elle ne prend pas en compte que cet exil s’est tout simplement arrêté de l’autre côté de la crête... sur les terres des seigneurs de Périllos. Ceux-ci, pour des raisons qui leur étaient propres, réservèrent le plus chaleureux accueil à ces fuyards d’une qualité artisanal incontestable. Il est, pour nous, évident que ce ‘savoir’ ne se bornait pas à quelques tours de main verriers, mais à d’autres ‘connaissances’ ayant pu pousser certains d’entre eux à choisir cette contrée et à y rester même après l’arrêt d’expulsion de Philippe le Bel. C’est sans doute pour les mêmes raisons que les seigneurs de Périllos leur donnèrent asile aussi facilent.

Un passé religieux étonnant

L’aspect religieux et superstitieux de l’endroit montre une activité remarquable au moyen-âge. Une des moins connues et pourtant très ancienne est une petite grotte dont le dernier renfoncement est encore occupé par une sorte d’autel taillé en creux dans la roche. Ce type quasiment inconnu pour nous ressemble pourtant, dans son contexte religieux et orientation, à la grotte ouverte au couchant sur un des sommets du territoire voisin de Villeneuve.
Si l’église paroissiale St Etienne ne contient plus rien de son passé, sans doute en raison d’importants dégâts causés par la foudre, en 1933, ayant fortement endommagé l’appareillage de l’édifice, il n’en est pas de même en ce qui concerne la richesse des édifices religieux extérieurs au village.

St Martin

Les Canelles est l’emplacement où se seraient élevé les vestiges d’un oratoire dédié à St Martin. La fonction première, habituelle, de ce saint patron était de supplanter un ancien temple dont les obscures divinités veillaient sur la source.
De cet emplacement en direction du levant ; beaucoup plus haut, on trouve un orifice, apparemment naturel, traversant une ‘lame’ rocheuse’. Nous espérions y voir se lever le soleil à un moment donné, mais à ce jour rien ne se produit aux dates… clés.
A ceci, nous ajoutons que deux de nos membres étant partis en prospection dans le secteur de cette ‘roche percée’ ont eu la bonne fortune de trouver, un peu plus loin, une autre curiosité de ce genre. Nous aurons sans doute d’autres éléments sur cette découverte située à distance de la première et qui offre probablement la remise à jour de certains éléments totalement oubliés sur ce secteur et sur lesquels nous reviendrons certainement.

Notre Dame de l’Olive

Nous allons, maintenant, nous diriger aux confins Nord-Est de cette commune pour y trouver la chapelle de Notre-Dame de l’Olive. L’édifice serait environ du Xe siècle, ce qui le classerait parmi les plus anciens du secteur. Il s’agit d’un sanctuaire dont l’aspect architectural est massif et sans doute local, voué depuis son origine à un pèlerinage, les 8 septembre, toujours en activité actuellement.
La tradition assure que l’édifice fut construit suite à un vœu, fait par un certain Olivier, proche de Charlemagne, s’en allant combattre les maures, pour les uns afin des les chasser de Castelmaure tout proche et, pour les autres, en allant combattre les espagnols aux marches du pays. La belle légende affirme qu’après la bataille le comte lance son épée au plus loin et que là où elle se ficha en terre un premier oratoire fut construit. Ce que le fabuleux récit oublie, un peu trop vite, de nous dire c’est que ce lieu reste riche de vestiges bien plus ancien que le Xe siècle. Ce qui explique que plusieurs méreaus de plomb mérovingiens furent trouvés lors de défonçages agricoles, pendant que plusieurs ‘grandes pierres fichées debout dans le sol’ sont détruites afin de servir de pierres de construction. On trouve encore, parfois, quelques témoins d’une occupation néolithique et, avec un peu de chance, de rares perles en pate de verre d’un superbe brun sombre.
Il y avait, dans cette chapelle, une statue représentant une ‘Notre-Dame de l’Olive’ tenant un rameau chargé d’olives… celle-ci dérobée, ou détruite, fut remplacée par une vierge à l’enfant.

St Félix

Nous allons, maintenant, diriger notre attention en direction du dernier sanctuaire de cette paroisse. Il s’agit de l’église de St Félix qui dut être rattachée au château de Castelmaure et ses habitants avant la fusion des deux lieux de vie.
L’édifice cité au XIe siècle est probablement bien plus ancien concernant ses origines. En effet, si le lieu était le point de culte des occupants du château et de ses sujets, il ne pouvait qu’être nettement plus ancien puisque cette citadelle montre des vestiges antérieurs à l’époque wisigothe. L’antériorité remonte sans doute à beaucoup plus loin dans le temps, puisque plusieurs points funéraires ont été mis à jours dans le périmètre de cette forteresse, attestant d’une occupation Gallo-romaine et même de l’âge du bronze. Cependant c’est une croix en bronze ornée de pierres non travaillées qui représente la pièce la plus impressionnante, en montrant qu’aux origines du christianisme le lieux était fréquenté par de fidèles croyants assez aisés pour avoir une telle superbe pièce provenant d’une cavité oubliée sur les pentes du castel… Et ceci n’est qu’une infime partie de ce qui fut retrouvé inopinément dans ce secteur. L’église St Félix mérite, pour nous, également une minutieuse visite de son intérieur, bien qu’elle soit quasiment vide de tout mobilier. S’il n’y reste pratiquement rien, on retiendra pourtant un superbe maître autel en pierre massive, sans doute d’origine, dont la ‘table’ pourrait bien ressembler à celle primitive, démontée et perdue par l’abbé Saunière, de l’église de Rennes-le-Château. Ce détail aura, sans doute, son importance au moment où nous voudrions faire une étude sur la forme que cette dernière pouvait réellement avoir.
Au mur pignon se prolongeant à son sommet en un fronton clocher à deux baies se trouve, au-dessous de ces dernières, une rare ouverture d’éclairage pour l’intérieur en forme d’oculus cruciforme, du plus bel effet depuis la nef et le chœur au fond de laquelle subsiste une cuve baptismale en pierre.

Un air de déjà vu

Ce sanctuaire doit son nom, de St Félix de Castelmaure, au fait qu’il servait au culte des habitant de ce lieu encore à l’ombre des vestiges du vieux château de Castelmaure. On note qu’il s’agit là d’une église et non d’une ancienne chapelle ce qui montrerait qu’à une époque reculée il devait y avoir là une population paroissiale, sinon des plus importantes, mais au moins assez conséquente pour justifier la présence d’une église et d’un cimetière à sa proximité. A ce constat s’ajoute la remarque, qu’une fois de plus, nous sommes en présence d’une structure se composant d’un château (ici agrémentée d’une mince basse cour extérieure) dont l’ancienne chapelle est extérieure à l’enceinte. Cette particularité se retrouve dans nos travaux à Périllos, évidemment, mais aussi à Durban, Aguillard et au château de Nouvelle… sans parler, bien entendu, de l’église de Palairac rejoignant cette liste non exhaustive.

‘L’immense trésor’ et les recommandations de la Sénéchaussée

Le site fortifié de Castelmaure montre un imposant système défensif qui dut être redouté, en son temps, lors des querelles frontalières entre les couronnes aragonaise et française. La tourmente de ces époques une fois apaisée, la sentinelle de pierres s’est engourdie définitivement sur son passé pourtant lointain, puisque les Maures y prirent solidement position il y a si longtemps, de 711 à 759. Peu à peu déserté, le hameau, dont on dit qu’il n’aurait plus abrité que des parias en rupture de ban, reçu le coup de grâce avec un crime des plus crapuleux ayant eu lieu dans l’ombre des vieilles murailles. Suite à ce sordide assassinat, vers 1880, les rares derniers habitants abandonnent définitive le sommet et ses ruines. Certes, quelques ultimes légendes nous racontent bien l’existence d’un long passage souterrain conduisant à un immense lac depuis lequel, avec une embarcation, on parviendrait jusque sous le Canigou, ou inconscients et aventuriers trouveraient un trésor « assez immense pour calmer la soif de tous les rois »… nous dit la légende. Si ce trésor est immense, il en existerait de plus modestes, mais plus sulfureux, enfouis sous les versants du vieux castel noir, dans de plus modestes galeries dont une serait aussi brillante, lisse et laiteuse que du verre conduisant à une infime partie d’un « trésor d’Abraham »… hélas si maudit qu’il apporterait plus de malheur que de bonheur à celui qui y mettrait la main dessus. Cette mémoire, à présent quasiment éteinte, serait-elle en liaison avec les vestiges de fours à verres disséminés aux confins des terres de Périllos et d’Embres et dont l’activité aurait été apportée, à l’origine, par quelques artisans juifs autant versés dans l’art transparent de la pate de verre… que dans celui nettement plus sombre de l’ésotérisme. On peut sourire, bien entendu, à de tels fiévreux récits. Mais qu’en penser vraiment, lorsqu’on sait que cette tradition aurait transpirée au sein d’anciennes brigades de gendarmeries nationales locales prévenant, gratuitement, que certains lieux environnant étaient vivement déconseillés au promeneur qui, surpris sur place, serait fermement invité à en vider les lieux… pour ne plus y revenir ? Si les légendes ont la fâcheuse fonction nostalgique, et désuète, de colporter l’imaginaire et l’impossible on peut, en échange, fortement douter que ce genre de ragot ait sa place dans la ‘main-courante’ de la sénéchaussée des cantons de cette superbe région… A ce propos, il nous a été rapporté qu’un dramatique incident aurait eu lieu dans ce secteur, au cours duquel les forces de l’ordre auraient, radicalement, mis fin à des travaux de prospections ‘géologiques’, précisément dans les environs de cette juridiction. Ce récit nous a été fait au moment où l’archive Courtade (17e siècle) était repérée et récupérée… Cependant, nous nous garderons bien de considérer, d’une manière ou d’une autre, cet ‘accident’ comme une implication dans le monde hermétique du tout proche légendaire ‘périllossien’ !

Où finit l’historique local commence notre recherche : le docteur Paul Courrent

Il serait simple, à ce stade, de considérer comme terminé notre petit périple sur la commune d’Embres, son passé et ses vestiges archéologiques et historiques. Seulement ce serait sans compter sur le vrai motif de notre intérêt pour ce secteur qui se porte sur le docteur Paul Courrent (1861 – 1952).
Pour les chercheurs de Rennes-le-Château ce personnage s’illustra par des recherches et ses écrits sur Rennes-les-Bains, parmi lesquels nous citons sommairement :
- « Etude générale sur Rennes-les-Bains », 1928.
- « Station hydrominérale de Rennes-les-Bains - Thermes romains (ancien Bain Fort) », 1934.
- « Notice historique sur les bains de Rennes connus anciennement des Bains de Montferrand - Leur origine gallo-romaine et leur évolution jusqu'à la fin du XVIIIe siècle », 1934.
- « Rennes-les-Bains (Aude) : monographie historique, scientifique, médico-thermale et touristique », 1942.
- « Découverte d'une mosaïque à Rennes-les-Bains ». Bulletin de la société d'études scientifiques de l'Aude. Tome XLIX, 1948.
- « Un morceau de mosaïque provenant de Rennes-les-Bains ». Bulletin de la société d'études scientifiques de l'Aude. Tome XLIX, 1948.
Si son intérêt pour Rennes-les-Bains… et l’abbé Bérenger Saunière, n’est plus contesté nulle part, on se demandera, bien entendu, qu’elle peut-être le rapport entre ce docteur humaniste, des plus compétents, et nos travaux sur Périllos, Durban et Castelmaure.
Tout d’abord citons sommairement un travail qu’il réalise sur les seigneurs de Durban, leurs généalogies (‘panons’) et héraldismes. Il s’agit d’un manuscrit composé d’environ 90 pages grand format (19x30) intitulé :

Généalogie
De la famille
Treilles – Gléon – Durban
Par le Docteur Paul Courrent

Nous précisions plusieurs fois que ce registre contient toutes les ‘conséquences héraldiques et généalogiques’ des titres, et biens, des Périllos récupérés par ces seigneurs barons de Durban.
Ceci est déjà pour nous un jalon marquant entre Périllos, Durban et l’intérêt de Courrent pour ces généalogies lui semblant une suite logique dans ses travaux de recherches historiques.
Cependant cette affaire ne s’arrête pas à ce simple constat jusque là des plus anodins puisque nous allons, à cette suite, pouvoir accrocher d’autres éléments des plus curieux.

Les liens de Paul Courrent avec Embres

Non seulement ce médecin montre un intérêt notoire pour cette région, après celui qu’il porte pour les deux Rennes, mais il va venir s’installer à Embres jusqu’à la fin de sa vie, en 1952. Certes il est simple de dire que cet intérêt est seulement ‘familial’ en raison du fait qu’il épouse en 1888, Elise Fontanel, une jeune femme de ce village, et pour tous le tour est ainsi joué ! Si le motif est plus qu’acceptable, il ne nous satisfait pas du tout pour plusieurs raisons. Par exemple on se demande pourquoi cet érudit ne produit pas ses travaux concernant le Razès, et plus particulièrement Rennes-les-Bains, pendant qu’il y séjourne, ce qui aurait été plus simple que les écrire des décennies plus tard une fois dans les Corbières? Un autre détail peut nous donner d’autres indications, comme par exemple le fait que les Fontanel, devenus sa belle-famille, sont assez liés avec les deux familles de Durban chez qui Saunière se rend régulièrement. Evidemment, on nous rétorquera que certains membres de ces familles sont des érudits notoires férus d’histoire et d’archéologie et, forcément, Courrent ne pouvait que se trouver dans un milieu dans lequel il avait toute sa place. Cette place, il est évident qu’il ne l’usurpe pas le moins du monde puisqu’il occupe, en 1930, les fonctions de président de la Société Scientifique de l’Aude et également la tête de la société des Arts et Sciences de Narbonne. Certes… mais alors pourquoi attendre une trentaine d’années pour venir résider à Embres au lieu de séjourner du côté de Tuchan, où il exerce la médecine dès l’après guerre?

De Périllos aux fours et aux moulins de Rennes-le-Château

Et à propos de médecine il faut ajouter qu’il se rend à Périllos, précisément, pour y soigner avec succès, vers 1888, une épidémie de typhoïde… à propos de laquelle il objectera des soupçons sur la façon de sa propagation. Ces remarques seront évidemment non retenues par la commission départementale.
Paul Courrent, après avoir reçu la Légion d’Honneur, prend la tête de la municipalité d’Embres en 1919, qu’haut la main il conserve jusqu’en 1941.
En fin de comptes, on peut dire qu’il passa plus de temps dans les Corbières que dans le Razès où cependant, on retint plus facilement son nom grâce à ses travaux sur la station thermale de Rennes-les-Bains et tout le tapage fait autour de l’énigme de Rennes-le-Château. Il est vrai que, sur ce dernier secteur, on le retrouve curieusement un peu … « au four et au moulin » en filigrane dans l’affaire de l’abbé Saunière, curé de Rennes-le-Château. D’ailleurs sa présence se serait également située dans l’ombre d’un certain Pierre Plantard. Et sur ce sujet, les informations surgissant de manière dispersée semblent avoir échappé à la sagacité des ténors.
Pour notre part, nous retenons qu’il pouvait être un des trois personnages (avec Cros et Courtauly) à avoir pu rassemblé assez d’informations sur Saunière pour, volontairement ou non, en transmettre certaines au duo Plantard et Corbu. R.R. Dagobert, depuis ses propres recherches, et c’est peu dire, confirmerait également cette hypothèse. Ce début de faisceau de convergences montrerait que le Dr Courrent ait été à propos de bien plus d’éléments qu’une simple attention vis-à-vis de curiosités hydrauliques et médicinales. En vérité, on a la sensation que, sous le couvert d’exercice de médecine et de géologie, il se soit adonné à des recherches nettement plus axées sur certains éléments historiques restés obscurs et oubliés aux confins de l’énigme de Périllos et Rennes-le-Château.

A la traine de Paul Courrent

Peut-être, pour ces raisons retrouvons nous messieurs Plantard, voire le marquis de Cherisey, s’en aller à la traine de cet excellent médecin cachant bien son jeu?
Dans cette affaire nous le trouvons, attentif et dévoué, présent au chevet de deux des principaux prêtres de l’énigme. Il est le médecin, avec également le docteur Roché, qui assiste Bérenger Saunière dans sa maladie au point de séjourner près de son patient plusieurs jours… tout comme il sera celui qui assiste l’abbé Boudet vers la fin de ses jours. Dans ces moments de douleurs, et peut-être d’angoisse, le malade peut se laisser aller à des confidences inimaginables en d’autres circonstances, comme il en aurait vis-à-vis d’un prêtre pour les derniers sacrements et le viatique. Pourquoi ces deux prêtres n’auraient-ils pas été apaisés, soulagés, en révélant certaines choses sous couvert du devoir de discrétion de la médecine. Si tel est le cas, on peut admettre que ce praticien se soit trouvé, sereinement, à la source même de savoirs et connaissances qui auraient bouleversé n’importe quel prêtre… comme l’a forcément été l’abbé Rivière.
Cette somme de révélations ne pouvait, effectivement, qu’attirer la convoitise de chercheurs comme Corbu, Plantard et quelques autres en mal de fondations irréfutables pour l’édifice, sous couvert d’un hypothétique Prieuré de Sion, qu’ils commençaient à dresser face à l’incrédulité qui ne manquerait pas de suivre leurs affirmations et sous-entendus. A cet effet nous pouvons être étonné que le nom de ce médecin soit répété plusieurs fois dans un des fameux ‘dossiers secrets’, déposés légalement à la Bibliothèque Nationale de Paris, alors que tant d’autres en sont curieusement absents.
Si nous nous référons à l’intéressant travail de Jocelin, ce n’est pas moins de six citations qui seraient faites en direction du docteur Courrent. Parmi ces dernières, il en est une rejoignant une information en notre possession. Il est fait état que dans les années 1920 il aurait exploré, en compagnie de… Lobineau lui-même, ‘plusieurs étages de galeries souterraines et d’immenses salles’. Même si on estime la part du feu, et de la plaisanterie, force est de supposer qu’un fond de vrai se trouve dans ces dires que si peu de chercheurs ne soulignent.

Embres… du docteur Courrent à un certain monsieur Cholet

A la suite de tout ceci, à ce stade, il nous faut revenir à l’élément d’origine de notre recherche. Si nous admettons, sans problème, le principe familial d’avoir épousé une embresienne, il n’empêche que bien des choses n’entrent pas dans ce cadre rassurant. En effet, si nous prenons en compte son intérêt pour la commune d’adoption où il finit ses jours, nous décomptons également un autre nombre d’éléments extérieurs. Tout d’abord nous constatons de nombreux ‘détails’ liant ce territoire sur un versant de montagne à son opposé, celui de Périllos. Périllos n’est pas une des moindres pièces dans le puzzle du D. Courrent, et ce n’est pas sa commune sédentaire… Il en sera de même pour Durban qui retiendra son attention au point qu’il écrit la généalogie de ses seigneurs en liaison avec Périllos… sans montrer un intérêt similaire pour Embres dont il sera, de 1919 à 1941, le premier magistrat officier d’Etat Civil. Notons aussi que, s’il est loin de ses yeux, le Razès lui reste nostalgiquement près du coeur au point d’écrire, depuis les limites du Languedoc, tous ses derniers chapitres sur Rennes-les-Bains… Nostalgie, nous dirons nos sympathiques détracteurs. Mais oui, pourquoi pas, puisque cette nostalgie le tiendra près du chevet des deux abbés majeurs de notre travail. Une question reste sans réponse à propos du médecin personnel de Gélis qui pouvait être du secteur et en relation professionnel avec Courrent ? Nous ne le savons pas. Cependant la nostalgie et les liens de son épouse pour Embres, n’expliquent pas de possibles liens discrets avec messieurs Plantard et Corbu ni le passage ‘sous le coude’ d’éléments qui disparaîtront ensuite du… ‘circuit’ !

En finir sur un certain monsieur Cholet

Et encore si tout ceci n’était que le fruit d’un hasard, pourtant un peu insistant et convergeant, il nous resterait que ce personnage ait suivi cette manie qu’on eu de nombreux personnages de l’affaire Rennes-le-Château-Périllos à s’approcher de Durban dans les Corbières : messieurs les abbés Bigou, Gélis, Boudet, Saunière tout d’abord. Si ce sont des ténors dans cette énigme, nous sommes maintenant bien obligés de convenir que le Docteur Paul Courrent suive également ce point focal et lui manifeste son intérêt.
Nous pourrions en rester là pour l’instant, et ce serait sans doute suffisant si nous ne rajoutions un dernier acteur dans cet affaire, et non des moindre, puisqu’il fut un des rares témoins à avoir vu l’entrée de la crypte funéraire sous l’église de Rennes-le-Château. Au demeurant, cette certitude lui aurait coûté la vie s’il n’avait eu le réflexe de reculer d’un pas au moment de sortir de cette église alors qu’une énorme poutre eut l’idée saugrenue de venir s’abattre sur lui.
Effectivement le nom que nous avancerons est celui de Cholet. Malgré la surprise qu’on puisse éprouver à comprendre le lien entre tous ces éléments, il sera l’axe principal de notre second et dernier volet sur Embres et Castelamaure… Petit et sympathique petit village voisin ou s’est éteint le docteur Paul Courrent et où il a sa sépulture… bien étrange au demeurant si on se demande qui est ce personnage plus austère que mortuaire penché sur son effigie.

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André Douzet