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Embres
et Castelmaure (1ère partie) - De Périllos à Durban via le docteur Paul Courrent |
Entre
vicomtes et petits barons
Dr
Paul Courrent
La
commune d’Embres et Castelmaure offre une image de carte postale illustrant
cette superbe contrée du canton de Durban que nous visitions lors
de notre activité du 1er mai 2008.
Depuis plusieurs mois nous avons entrepris une série de recherches
sur ce large secteur et plus particulièrement en ce concerne des
lieux et personnages ayant un rapport étroit avec le sujet qui nous
intéresse.
L’approche du passé de ce territoire nous offre, au fur et
à mesure de notre prospection, certaines curiosités pour le
moins remarquables et sans doute dans le droit fil de tout un pan du passé
oublié de Périllos et non des moindres. En effet les travaux
sur ce sujet s’arrêtent traditionnellement aux limites cadastrales
et administratives des anciennes contrées des seigneurs de Périllos.
L’erreur essentielle reste que ces ‘frontières’
d’aujourd’hui, sont loin d’être celles moyenâgeuses
par exemple, comme le prouve certaines vieilles traditions n’étant
que les derniers souvenirs d’autres, des plus anciennes.
Ce village et ces extensions se trouvent sur le canton de Durban. On sait
que cette commune s’illustra tristement et s’acoquinant lâchement
à la croisade contre les albigeois. Ce choix semble avoir marqué
indélébilement l’esprit de tout un secteur, qui conserva
un esprit de servilité remarquable et de retranchement, depuis que
la couronne de France n’eut très vite que faire de seigneurs
et basse-cour dont l’activité favorite consistait à
retourner sa veste à la moindre occasion.
Nous savons que ce sont les petits barons de Durban qui s’empressèrent,
avec la bénédiction du monarque d’alors, de récupérer
l’éclat et la noblesse des Périllos au moment de l’abandon
des terres catalanes, et des titres y attenant, avant le rattachement du
Roussillon à la France. Ces personnages ayant pour seule règle,
celle de se rallier au plus fort, pensèrent probablement pouvoir,
en redorant leurs pâles armoiries, s’abroger et faire leur l’aura
des Périllos. Mal leur en prit, car le titre fut morcelé et
éparpillé au travers des Gléon et autres périphériques
régionaux sur lesquels nous reviendrons tout de même.
L’intérêt pour Embres et Castelmaure se situe, pour nous,
dans ce voisinage avec Durban, dont la place est importante pour les quatre
curés majeurs de notre affaire, et surtout Périllos, sous
la forme d’une frontière impalpable n’ayant jamais fait
l’objet de grande violence ou affrontements majeurs. Non seulement
il n’y eut pas d’animosité particulière, pouvant
être naturelle au demeurant en la circonstance, mais malgré
la différence de couronnes nous savons qu’il y eut même
d’intelligents échanges entre les deux versants.
La
marche vers « l’ancien roi »
Entre
les deux contrées, opposées par une montagne commune, on ne
retrouve nulle trace d’animosité particulière, malgré
la différence de couronnes. On pourrait même dire qu’au
contraire des liens peu connus, ou perçus, furent maintenus de manière
traditionnelle entre ceux que tout devait pousser à être pour
le moins des antagonistes et, au pire, des ennemis.
Au début du XXe siècle, encore, on retrouve la mémoire,
chez certains anciens du pays, de ‘marches’ exécutées
lorsqu’ils étaient adolescents, vers Périllos à
l’époque du solstice d’été. Si ce genre
de manifestation est coutumière, un peu de partout, en direction
des sommets pour une rencontre avec l’astre roi et générateur
de force, en échange souvent elle contourne prudemment les incidents
de frontière. Pour cette région, concernant notre étude,
on a la sensation que ce cheminement solaire se faisait, en toute complicité,
entre les deux versants du mont des Oliviers. En effet, ce déplacement
de jeunes adultes, au moment du paroxysme solaire, n’avait d’autre
but, inavoué que de permettre la rencontre des jeunes hommes ‘couronne
de France’, avec les jeunes femmes périllossiennes de la ‘couronne
Catalane’. Ainsi allait la vie… au rythme des solstices.
Fusion et effusion, sur lequel nous resterons pudique, faisait le reste
ponctuel et les anciens rencontrés pour cette enquête nous
racontent avec nostalgie que ceci était une coutume tenue de leurs
ancêtres depuis « aussi loin que la mémoire ».
Le plus étrange, dans cette célébration de la fertilité,
reste que les propos entendus sur le sujet rapportent quasiment tous qu’ils
s’en « allaient honorer l’ancien roi ». Quel roi
? Ça… ils ne le savent pas, et avouent ne s’être
jamais posé la question sur le fond et la signification de cette
affirmation leur semblant symbolique et surtout d’un autre âge.
S’agissait-il d’un dernier vestige de superstition du soleil
roi ? des rois catalans avant que ceux de France ne viennent usurper leurs
terres ? d’un roi ponctuel du type ‘sa majesté Carnaval’
de Limoux par exemple ? ou autre que nous tenterions de comprendre.
Traditions
et rites ancestraux ?
Tout
ceci, au-delà du folklore, nous montre à l’évidence
qu’un lien plus étroit que ceux des contingences politiques
et administratives existe sur ce territoire aux traditions éteintes.
En effet, si le fait d’aller faire d’agréables rencontres
est de toutes régions, on peut ajouter qu’il n’était
pas utile de faire un long périple à pieds pour trouver aussi
bonne compagnie qui ne devait pas manquer sur le canton durbannais, à
St Jean de Barrou, Villeneuve et Villesèque par exemple. Il serait
des plus curieux de savoir ce qui pouvait pousser, depuis des siècles
sans doute, une certaines population à « honorer l’ancien
roi » en conquérant la gente féminine du secteur de
Périllos… Nous n’avons pas de réponse satisfaisante,
sinon qu’il puisse s’agir d’un rite particulier tombé
en désuétude et dont n’aurait été conservé
que le fait de rencontres au moment du solstice d’été.
Certains ingrédients le suggèrent, comme une marche symbolisant
une sorte de déambulation, de pèlerinage ou de mini-migration
de très courte durée… comme le faisait encore ponctuellement
au XVIIe siècle, l'abbé Laborie prêtre de Périllos
jusqu’à une grotte qui se trouvait précisément
à peu de distance de l’imprécise frontière entre
les deux contrées. Ces déplacements solaires devaient se faire
de telle façon que la joyeuse cohorte parvienne sur le territoire
de Périllos largement avant le lever du soleil qui se célébrait,
certes brièvement, en commun. Il y a donc un déplacement dans
l’obscurité de la nuit, et une arrivée au moment où
l’astre roi commence son ascension… une sorte de mouvement translatoire
de l’obscurité à la lumière. Ensuite les festivités
pouvaient commencer, une fois le bref passage du prêtre réalisé,
sous forme d’un repas champêtre. Cet agape commémorait-il
les repas accompagnant certains rituels du genre taurobolique ou…
christique ? Nous ne le savons pas. La fin de l’après-midi,
malgré la liesse qu’on peut imaginer, annonçait le repli
des ‘soupirants’ qui s’en devaient aller soupirer durant
le retour et avoir quitté cet euphorique ‘Eden’ avant
que l’astre roi ne soit devenu invisible…
Si nous regardons attentivement les registres de l’église St
Michel de Périllos, en notre seule possession, nous ne pouvons que
rester perplexe devant le fait qu’il n’y ait pratiquement jamais
eu d’épousailles en conclusion à ces moments festifs
assez ‘débridés’. Cette réflexion est,
certes, limitée aux seules archives en notre possession sur le siècle
précédant la prise définitive de pouvoir administratif
de Durban sur Périllos ! Ces ‘rencontres’ auraient elles
été uniquement symboliques puisque sans suite ? C’est
ce qu’on en peut conclure même si on admet qu’il puisse
y avoir eu un exceptionnel oubli ou un mariage non religieux… ce qui
n’était guère coutumier à ces époques
!
Il est possible que cette tradition ait eu pour but de commémorer
quelque chose d’autre qu’une simple fête de jeunes gens
au moment de l’été. N’oublions pas non plus que
les seigneurs de Durban firent ‘des pieds et des mains’ pour
se faire ensevelir dans le tombeau des seigneurs de Périllos, ce
qui n’eut jamais lieu faute d’avoir pu localiser le dit tombeau
! Pour les uns la montée à Périllos est symbole de
vie et pour les autres elle est symbole de repos, bien choisi, dans le royaume
des morts…
Aujourd’hui plus rien ne reste de cette coutume… et si quelques
marcheurs courageux s’essayent à se rendre de Durban à
Périllos, via le chemin d’Embres, ce n’est que par pur
plaisir de la marche et… hélas, rien d’autre. Renseignement
pris il faut tout de même, maintenant plus de 4 ou 5 heures pour accomplir
le trajet par des chemins et sentiers parfois non balisés.
Le
passé furtif d’Embres
Mais
avant de parcourir ces versants proches de Périllos, il est de bon
ton de parcourir, avant tout le passé reconnu de la commune d’Embres.
On y trouve une indiscutable présence romaine ayant superposé
d’autres occupations bien plus anciennes, comme le montre les découvertes
faites par quelques vieux durbannais fascinés par le passé,
l’histoire et l’archéologie, il y a plus de 70 ans. Au
fond de quelques tiroirs craintivement à peine ouvert à nos
yeux, nous trouvons des outils de silex du néolithique, puis du bronze
du même style que celui découvert à Durban au moment
de la construction de la gare. L’époque du fer n’est
pas en reste, tout comme celle des Ligures et autres antiques arrivants,
sur ces terres autrefois accueillantes. On aurait, il y a peu d’années,
trouvé des ‘mobiliers’ similaires près du lieu-dit
des Cannelles dont les vestiges dateraient du XIe siècle.
Le moyen-âge laisse lui aussi des vestiges important, tant dans l’occupation
matérielle que dans celle du légendaire religieux et autre.
Ça et là des tombes en pleine nature sont autant de témoignages
d’occupations sédentaires, artisanales que guerrières.
D’antiques minières ont été répertoriées
sans autre forme de procès, car considérée quasiment
épuisées, pour des exploitations plus performantes et productives.
A cela rien de bien étonnant, puisque nous sommes ici aux confins
des sous-sols prolifiques des fameux territoires miniers de Cascastel, aux
ténébreux seigneurs, et du secteur encore plus riche de Palairac
(voir notre article sur le sujet), Davejean
et autre Nouvelles relié aux Cannelles par un antique chemin.
Cependant s’il y eut d’antiques extractions métalliques
sur Embres il y eut également beaucoup plus haut sur le versant,
en frange du sommet du Mont des Oliviers des fours à verre, et d’autres
à la destination nettement moins anodine ! En ce qui nous concerne
nous venons de dénombrer au moins cinq de ces sites sur une bonne
dizaine selon les sources recueillies. Les derniers restent à découvrir
au fond de quelques impénétrables ronciers. A ceci s’ajoute
évidemment les nombreux avens étant autant de possibles failles
d’exploitations, dépôts funéraires ou refuges
craintivement rejoints lors de conflits lointains. En vérité
nous sommes là sur des terres pratiquement vierges de toutes prospections
archéologiques ou superficielles, où tout reste à vraiment
découvrir.
Si les découvertes, difficiles et rares, sont le plus souvent du
domaine de la tradition légendaire, il n’en est pas de même
lorsqu’un lieu dit nous parle d’un ‘four à verre’
sur les pentes du versant Embres du ‘Montoullier de Périllou’.
Nous savons que ce fut en 1218 que le comte de Narbonne, maître de
Castelmaure, accorde des droits ‘d’émancipation’
aux verriers s’implantant sur ce secteur. Par ailleurs on retrouve
également un toponyme ‘village des juifs’ qui serait
en réalité un emplacement occupé par une communauté
juive exploitant l’activité de la pate du verre… tout
ceci à l’image identique de ce que nous retrouvons sur les
terres de Périllos ! Cependant ce ‘village’ de juifs
verriers, serait l’ultime point de repli de ce qui restait de cette
corporation épargnée par S. De Montfort lors du sac de Bézier
en 1209. Hélas, un peu moins d’un siècle plus tard,
Philippe le Bel met fin à ce… droit d’asile et fait chasser
les exploitant juifs. Si l’histoire local nous dit que ces artisans,
souvent maîtres dans leur art, sont refoulés vers l’Espagne,
elle ne prend pas en compte que cet exil s’est tout simplement arrêté
de l’autre côté de la crête... sur les terres des
seigneurs de Périllos. Ceux-ci, pour des raisons qui leur étaient
propres, réservèrent le plus chaleureux accueil à ces
fuyards d’une qualité artisanal incontestable. Il est, pour
nous, évident que ce ‘savoir’ ne se bornait pas à
quelques tours de main verriers, mais à d’autres ‘connaissances’
ayant pu pousser certains d’entre eux à choisir cette contrée
et à y rester même après l’arrêt d’expulsion
de Philippe le Bel. C’est sans doute pour les mêmes raisons
que les seigneurs de Périllos leur donnèrent asile aussi facilent.
Un
passé religieux étonnant
L’aspect
religieux et superstitieux de l’endroit montre une activité
remarquable au moyen-âge. Une des moins connues et pourtant très
ancienne est une petite grotte dont le dernier renfoncement est encore occupé
par une sorte d’autel taillé en creux dans la roche. Ce type
quasiment inconnu pour nous ressemble pourtant, dans son contexte religieux
et orientation, à la grotte ouverte au couchant sur un des sommets
du territoire voisin de Villeneuve.
Si l’église paroissiale St Etienne ne contient plus rien de
son passé, sans doute en raison d’importants dégâts
causés par la foudre, en 1933, ayant fortement endommagé l’appareillage
de l’édifice, il n’en est pas de même en ce qui
concerne la richesse des édifices religieux extérieurs au
village.
St
Martin
Les
Canelles est l’emplacement où se seraient élevé
les vestiges d’un oratoire dédié à St Martin.
La fonction première, habituelle, de ce saint patron était
de supplanter un ancien temple dont les obscures divinités veillaient
sur la source.
De cet emplacement en direction du levant ; beaucoup plus haut, on trouve
un orifice, apparemment naturel, traversant une ‘lame’ rocheuse’.
Nous espérions y voir se lever le soleil à un moment donné,
mais à ce jour rien ne se produit aux dates… clés.
A ceci, nous ajoutons que deux de nos membres étant partis en prospection
dans le secteur de cette ‘roche percée’ ont eu la bonne
fortune de trouver, un peu plus loin, une autre curiosité de ce genre.
Nous aurons sans doute d’autres éléments sur cette découverte
située à distance de la première et qui offre probablement
la remise à jour de certains éléments totalement oubliés
sur ce secteur et sur lesquels nous reviendrons certainement.
Notre
Dame de l’Olive
Nous
allons, maintenant, nous diriger aux confins Nord-Est de cette commune pour
y trouver la chapelle de Notre-Dame de l’Olive. L’édifice
serait environ du Xe siècle, ce qui le classerait parmi les plus
anciens du secteur. Il s’agit d’un sanctuaire dont l’aspect
architectural est massif et sans doute local, voué depuis son origine
à un pèlerinage, les 8 septembre, toujours en activité
actuellement.
La tradition assure que l’édifice fut construit suite à
un vœu, fait par un certain Olivier, proche de Charlemagne, s’en
allant combattre les maures, pour les uns afin des les chasser de Castelmaure
tout proche et, pour les autres, en allant combattre les espagnols aux marches
du pays. La belle légende affirme qu’après la bataille
le comte lance son épée au plus loin et que là où
elle se ficha en terre un premier oratoire fut construit. Ce que le fabuleux
récit oublie, un peu trop vite, de nous dire c’est que ce lieu
reste riche de vestiges bien plus ancien que le Xe siècle. Ce qui
explique que plusieurs méreaus de plomb mérovingiens furent
trouvés lors de défonçages agricoles, pendant que plusieurs
‘grandes pierres fichées debout dans le sol’ sont détruites
afin de servir de pierres de construction. On trouve encore, parfois, quelques
témoins d’une occupation néolithique et, avec un peu
de chance, de rares perles en pate de verre d’un superbe brun sombre.
Il y avait, dans cette chapelle, une statue représentant une ‘Notre-Dame
de l’Olive’ tenant un rameau chargé d’olives…
celle-ci dérobée, ou détruite, fut remplacée
par une vierge à l’enfant.
St
Félix
Nous
allons, maintenant, diriger notre attention en direction du dernier sanctuaire
de cette paroisse. Il s’agit de l’église de St Félix
qui dut être rattachée au château de Castelmaure et ses
habitants avant la fusion des deux lieux de vie.
L’édifice cité au XIe siècle est probablement
bien plus ancien concernant ses origines. En effet, si le lieu était
le point de culte des occupants du château et de ses sujets, il ne
pouvait qu’être nettement plus ancien puisque cette citadelle
montre des vestiges antérieurs à l’époque wisigothe.
L’antériorité remonte sans doute à beaucoup plus
loin dans le temps, puisque plusieurs points funéraires ont été
mis à jours dans le périmètre de cette forteresse,
attestant d’une occupation Gallo-romaine et même de l’âge
du bronze. Cependant c’est une croix en bronze ornée de pierres
non travaillées qui représente la pièce la plus impressionnante,
en montrant qu’aux origines du christianisme le lieux était
fréquenté par de fidèles croyants assez aisés
pour avoir une telle superbe pièce provenant d’une cavité
oubliée sur les pentes du castel… Et ceci n’est qu’une
infime partie de ce qui fut retrouvé inopinément dans ce secteur.
L’église St Félix mérite, pour nous, également
une minutieuse visite de son intérieur, bien qu’elle soit quasiment
vide de tout mobilier. S’il n’y reste pratiquement rien, on
retiendra pourtant un superbe maître autel en pierre massive, sans
doute d’origine, dont la ‘table’ pourrait bien ressembler
à celle primitive, démontée et perdue par l’abbé
Saunière, de l’église de Rennes-le-Château. Ce
détail aura, sans doute, son importance au moment où nous
voudrions faire une étude sur la forme que cette dernière
pouvait réellement avoir.
Au mur pignon se prolongeant à son sommet en un fronton clocher à
deux baies se trouve, au-dessous de ces dernières, une rare ouverture
d’éclairage pour l’intérieur en forme d’oculus
cruciforme, du plus bel effet depuis la nef et le chœur au fond de
laquelle subsiste une cuve baptismale en pierre.
Un
air de déjà vu
Ce sanctuaire doit son nom, de St Félix de Castelmaure, au fait qu’il servait au culte des habitant de ce lieu encore à l’ombre des vestiges du vieux château de Castelmaure. On note qu’il s’agit là d’une église et non d’une ancienne chapelle ce qui montrerait qu’à une époque reculée il devait y avoir là une population paroissiale, sinon des plus importantes, mais au moins assez conséquente pour justifier la présence d’une église et d’un cimetière à sa proximité. A ce constat s’ajoute la remarque, qu’une fois de plus, nous sommes en présence d’une structure se composant d’un château (ici agrémentée d’une mince basse cour extérieure) dont l’ancienne chapelle est extérieure à l’enceinte. Cette particularité se retrouve dans nos travaux à Périllos, évidemment, mais aussi à Durban, Aguillard et au château de Nouvelle… sans parler, bien entendu, de l’église de Palairac rejoignant cette liste non exhaustive.
‘L’immense
trésor’ et les recommandations de la Sénéchaussée
Le
site fortifié de Castelmaure montre un imposant système défensif
qui dut être redouté, en son temps, lors des querelles frontalières
entre les couronnes aragonaise et française. La tourmente de ces
époques une fois apaisée, la sentinelle de pierres s’est
engourdie définitivement sur son passé pourtant lointain,
puisque les Maures y prirent solidement position il y a si longtemps, de
711 à 759. Peu à peu déserté, le hameau, dont
on dit qu’il n’aurait plus abrité que des parias en rupture
de ban, reçu le coup de grâce avec un crime des plus crapuleux
ayant eu lieu dans l’ombre des vieilles murailles. Suite à
ce sordide assassinat, vers 1880, les rares derniers habitants abandonnent
définitive le sommet et ses ruines. Certes, quelques ultimes légendes
nous racontent bien l’existence d’un long passage souterrain
conduisant à un immense lac depuis lequel, avec une embarcation,
on parviendrait jusque sous le Canigou, ou inconscients et aventuriers trouveraient
un trésor « assez immense pour calmer la soif de tous les rois
»… nous dit la légende. Si ce trésor est immense,
il en existerait de plus modestes, mais plus sulfureux, enfouis sous les
versants du vieux castel noir, dans de plus modestes galeries dont une serait
aussi brillante, lisse et laiteuse que du verre conduisant à une
infime partie d’un « trésor d’Abraham »…
hélas si maudit qu’il apporterait plus de malheur que de bonheur
à celui qui y mettrait la main dessus. Cette mémoire, à
présent quasiment éteinte, serait-elle en liaison avec les
vestiges de fours à verres disséminés aux confins des
terres de Périllos et d’Embres et dont l’activité
aurait été apportée, à l’origine, par
quelques artisans juifs autant versés dans l’art transparent
de la pate de verre… que dans celui nettement plus sombre de l’ésotérisme.
On peut sourire, bien entendu, à de tels fiévreux récits.
Mais qu’en penser vraiment, lorsqu’on sait que cette tradition
aurait transpirée au sein d’anciennes brigades de gendarmeries
nationales locales prévenant, gratuitement, que certains lieux environnant
étaient vivement déconseillés au promeneur qui, surpris
sur place, serait fermement invité à en vider les lieux…
pour ne plus y revenir ? Si les légendes ont la fâcheuse fonction
nostalgique, et désuète, de colporter l’imaginaire et
l’impossible on peut, en échange, fortement douter que ce genre
de ragot ait sa place dans la ‘main-courante’ de la sénéchaussée
des cantons de cette superbe région… A ce propos, il nous a
été rapporté qu’un dramatique incident aurait
eu lieu dans ce secteur, au cours duquel les forces de l’ordre auraient,
radicalement, mis fin à des travaux de prospections ‘géologiques’,
précisément dans les environs de cette juridiction. Ce récit
nous a été fait au moment où l’archive Courtade
(17e siècle) était repérée et récupérée…
Cependant, nous nous garderons bien de considérer, d’une manière
ou d’une autre, cet ‘accident’ comme une implication dans
le monde hermétique du tout proche légendaire ‘périllossien’
!
Où
finit l’historique local commence notre recherche : le docteur Paul
Courrent
Il
serait simple, à ce stade, de considérer comme terminé
notre petit périple sur la commune d’Embres, son passé
et ses vestiges archéologiques et historiques. Seulement ce serait
sans compter sur le vrai motif de notre intérêt pour ce secteur
qui se porte sur le docteur Paul Courrent (1861 – 1952).
Pour les chercheurs de Rennes-le-Château ce personnage s’illustra
par des recherches et ses écrits sur Rennes-les-Bains, parmi lesquels
nous citons sommairement :
- « Etude générale sur Rennes-les-Bains », 1928.
- « Station hydrominérale de Rennes-les-Bains - Thermes romains
(ancien Bain Fort) », 1934.
- « Notice historique sur les bains de Rennes connus anciennement
des Bains de Montferrand - Leur origine gallo-romaine et leur évolution
jusqu'à la fin du XVIIIe siècle », 1934.
- « Rennes-les-Bains (Aude) : monographie historique, scientifique,
médico-thermale et touristique », 1942.
- « Découverte d'une mosaïque à Rennes-les-Bains
». Bulletin de la société d'études scientifiques
de l'Aude. Tome XLIX, 1948.
- « Un morceau de mosaïque provenant de Rennes-les-Bains ».
Bulletin de la société d'études scientifiques de l'Aude.
Tome XLIX, 1948.
Si son intérêt pour Rennes-les-Bains… et l’abbé
Bérenger Saunière, n’est plus contesté nulle
part, on se demandera, bien entendu, qu’elle peut-être le rapport
entre ce docteur humaniste, des plus compétents, et nos travaux sur
Périllos, Durban et Castelmaure.
Tout d’abord citons sommairement un travail qu’il réalise
sur les seigneurs de Durban, leurs généalogies (‘panons’)
et héraldismes. Il s’agit d’un manuscrit composé
d’environ 90 pages grand format (19x30) intitulé :
Généalogie
De la famille
Treilles – Gléon – Durban
Par le Docteur Paul Courrent
Nous
précisions plusieurs fois que ce registre contient toutes les ‘conséquences
héraldiques et généalogiques’ des titres, et
biens, des Périllos récupérés par ces seigneurs
barons de Durban.
Ceci est déjà pour nous un jalon marquant entre Périllos,
Durban et l’intérêt de Courrent pour ces généalogies
lui semblant une suite logique dans ses travaux de recherches historiques.
Cependant cette affaire ne s’arrête pas à ce simple constat
jusque là des plus anodins puisque nous allons, à cette suite,
pouvoir accrocher d’autres éléments des plus curieux.
Les
liens de Paul Courrent avec Embres
Non
seulement ce médecin montre un intérêt notoire pour
cette région, après celui qu’il porte pour les deux
Rennes, mais il va venir s’installer à Embres jusqu’à
la fin de sa vie, en 1952. Certes il est simple de dire que cet intérêt
est seulement ‘familial’ en raison du fait qu’il épouse
en 1888, Elise Fontanel, une jeune femme de ce village, et pour tous le
tour est ainsi joué ! Si le motif est plus qu’acceptable, il
ne nous satisfait pas du tout pour plusieurs raisons. Par exemple on se
demande pourquoi cet érudit ne produit pas ses travaux concernant
le Razès, et plus particulièrement Rennes-les-Bains, pendant
qu’il y séjourne, ce qui aurait été plus simple
que les écrire des décennies plus tard une fois dans les Corbières?
Un autre détail peut nous donner d’autres indications, comme
par exemple le fait que les Fontanel, devenus sa belle-famille, sont assez
liés avec les deux familles de Durban chez qui Saunière se
rend régulièrement. Evidemment, on nous rétorquera
que certains membres de ces familles sont des érudits notoires férus
d’histoire et d’archéologie et, forcément, Courrent
ne pouvait que se trouver dans un milieu dans lequel il avait toute sa place.
Cette place, il est évident qu’il ne l’usurpe pas le
moins du monde puisqu’il occupe, en 1930, les fonctions de président
de la Société Scientifique de l’Aude et également
la tête de la société des Arts et Sciences de Narbonne.
Certes… mais alors pourquoi attendre une trentaine d’années
pour venir résider à Embres au lieu de séjourner du
côté de Tuchan, où il exerce la médecine dès
l’après guerre?
De
Périllos aux fours et aux moulins de Rennes-le-Château
Et
à propos de médecine il faut ajouter qu’il se rend à
Périllos, précisément, pour y soigner avec succès,
vers 1888, une épidémie de typhoïde… à propos
de laquelle il objectera des soupçons sur la façon de sa propagation.
Ces remarques seront évidemment non retenues par la commission départementale.
Paul Courrent, après avoir reçu la Légion d’Honneur,
prend la tête de la municipalité d’Embres en 1919, qu’haut
la main il conserve jusqu’en 1941.
En fin de comptes, on peut dire qu’il passa plus de temps dans les
Corbières que dans le Razès où cependant, on retint
plus facilement son nom grâce à ses travaux sur la station
thermale de Rennes-les-Bains et tout le tapage fait autour de l’énigme
de Rennes-le-Château. Il est vrai que, sur ce dernier secteur, on
le retrouve curieusement un peu … « au four et au moulin »
en filigrane dans l’affaire de l’abbé Saunière,
curé de Rennes-le-Château. D’ailleurs sa présence
se serait également située dans l’ombre d’un certain
Pierre Plantard. Et sur ce sujet, les informations surgissant de manière
dispersée semblent avoir échappé à la sagacité
des ténors.
Pour notre part, nous retenons qu’il pouvait être un des trois
personnages (avec Cros et Courtauly) à avoir pu rassemblé
assez d’informations sur Saunière pour, volontairement ou non,
en transmettre certaines au duo Plantard et Corbu. R.R. Dagobert, depuis
ses propres recherches, et c’est peu dire, confirmerait également
cette hypothèse. Ce début de faisceau de convergences montrerait
que le Dr Courrent ait été à propos de bien plus d’éléments
qu’une simple attention vis-à-vis de curiosités hydrauliques
et médicinales. En vérité, on a la sensation que, sous
le couvert d’exercice de médecine et de géologie, il
se soit adonné à des recherches nettement plus axées
sur certains éléments historiques restés obscurs et
oubliés aux confins de l’énigme de Périllos et
Rennes-le-Château.
A la traine de
Paul Courrent
Peut-être,
pour ces raisons retrouvons nous messieurs Plantard, voire le marquis de
Cherisey, s’en aller à la traine de cet excellent médecin
cachant bien son jeu?
Dans cette affaire nous le trouvons, attentif et dévoué, présent
au chevet de deux des principaux prêtres de l’énigme.
Il est le médecin, avec également le docteur Roché,
qui assiste Bérenger Saunière dans sa maladie au point de
séjourner près de son patient plusieurs jours… tout
comme il sera celui qui assiste l’abbé Boudet vers la fin de
ses jours. Dans ces moments de douleurs, et peut-être d’angoisse,
le malade peut se laisser aller à des confidences inimaginables en
d’autres circonstances, comme il en aurait vis-à-vis d’un
prêtre pour les derniers sacrements et le viatique. Pourquoi ces deux
prêtres n’auraient-ils pas été apaisés,
soulagés, en révélant certaines choses sous couvert
du devoir de discrétion de la médecine. Si tel est le cas,
on peut admettre que ce praticien se soit trouvé, sereinement, à
la source même de savoirs et connaissances qui auraient bouleversé
n’importe quel prêtre… comme l’a forcément
été l’abbé Rivière.
Cette somme de révélations ne pouvait, effectivement, qu’attirer
la convoitise de chercheurs comme Corbu, Plantard et quelques autres en
mal de fondations irréfutables pour l’édifice, sous
couvert d’un hypothétique Prieuré de Sion, qu’ils
commençaient à dresser face à l’incrédulité
qui ne manquerait pas de suivre leurs affirmations et sous-entendus. A cet
effet nous pouvons être étonné que le nom de ce médecin
soit répété plusieurs fois dans un des fameux ‘dossiers
secrets’, déposés légalement à la Bibliothèque
Nationale de Paris, alors que tant d’autres en sont curieusement absents.
Si nous nous référons à l’intéressant
travail de Jocelin, ce n’est pas moins de six citations qui seraient
faites en direction du docteur Courrent. Parmi ces dernières, il
en est une rejoignant une information en notre possession. Il est fait état
que dans les années 1920 il aurait exploré, en compagnie de…
Lobineau lui-même, ‘plusieurs étages de galeries souterraines
et d’immenses salles’. Même si on estime la part du feu,
et de la plaisanterie, force est de supposer qu’un fond de vrai se
trouve dans ces dires que si peu de chercheurs ne soulignent.
Embres…
du docteur Courrent à un certain monsieur Cholet
A la suite de tout ceci, à ce stade, il nous faut revenir à l’élément d’origine de notre recherche. Si nous admettons, sans problème, le principe familial d’avoir épousé une embresienne, il n’empêche que bien des choses n’entrent pas dans ce cadre rassurant. En effet, si nous prenons en compte son intérêt pour la commune d’adoption où il finit ses jours, nous décomptons également un autre nombre d’éléments extérieurs. Tout d’abord nous constatons de nombreux ‘détails’ liant ce territoire sur un versant de montagne à son opposé, celui de Périllos. Périllos n’est pas une des moindres pièces dans le puzzle du D. Courrent, et ce n’est pas sa commune sédentaire… Il en sera de même pour Durban qui retiendra son attention au point qu’il écrit la généalogie de ses seigneurs en liaison avec Périllos… sans montrer un intérêt similaire pour Embres dont il sera, de 1919 à 1941, le premier magistrat officier d’Etat Civil. Notons aussi que, s’il est loin de ses yeux, le Razès lui reste nostalgiquement près du coeur au point d’écrire, depuis les limites du Languedoc, tous ses derniers chapitres sur Rennes-les-Bains… Nostalgie, nous dirons nos sympathiques détracteurs. Mais oui, pourquoi pas, puisque cette nostalgie le tiendra près du chevet des deux abbés majeurs de notre travail. Une question reste sans réponse à propos du médecin personnel de Gélis qui pouvait être du secteur et en relation professionnel avec Courrent ? Nous ne le savons pas. Cependant la nostalgie et les liens de son épouse pour Embres, n’expliquent pas de possibles liens discrets avec messieurs Plantard et Corbu ni le passage ‘sous le coude’ d’éléments qui disparaîtront ensuite du… ‘circuit’ !
En
finir sur un certain monsieur Cholet
Et
encore si tout ceci n’était que le fruit d’un hasard,
pourtant un peu insistant et convergeant, il nous resterait que ce personnage
ait suivi cette manie qu’on eu de nombreux personnages de l’affaire
Rennes-le-Château-Périllos à s’approcher de Durban
dans les Corbières : messieurs les abbés Bigou, Gélis,
Boudet, Saunière tout d’abord. Si ce sont des ténors
dans cette énigme, nous sommes maintenant bien obligés de
convenir que le Docteur Paul Courrent suive également ce point focal
et lui manifeste son intérêt.
Nous pourrions en rester là pour l’instant, et ce serait sans
doute suffisant si nous ne rajoutions un dernier acteur dans cet affaire,
et non des moindre, puisqu’il fut un des rares témoins à
avoir vu l’entrée de la crypte funéraire sous l’église
de Rennes-le-Château. Au demeurant, cette certitude lui aurait coûté
la vie s’il n’avait eu le réflexe de reculer d’un
pas au moment de sortir de cette église alors qu’une énorme
poutre eut l’idée saugrenue de venir s’abattre sur lui.
Effectivement le nom que nous avancerons est celui de Cholet. Malgré
la surprise qu’on puisse éprouver à comprendre le lien
entre tous ces éléments, il sera l’axe principal de
notre second et dernier volet sur Embres et Castelamaure… Petit et
sympathique petit village voisin ou s’est éteint le docteur
Paul Courrent et où il a sa sépulture… bien étrange
au demeurant si on se demande qui est ce personnage plus austère
que mortuaire penché sur son effigie.
André
Douzet