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Société Périllos ©

Emma Calvé

 

Tant de choses ont été dites sur des relations entre cette cantatrice et l'abbé Saunière, qu'il est bien difficile de séparer le vrai du faux. Nous nous contenterons, ici, des seuls éléments qui pourraient nous éclairer sur le sujet des sociétés 'parallèles' dans l'affaire de Rennes-le-Château. Il serait possible, mais jamais prouvé, qu'Emma Calvé, en effet, ait pu servir 'd'agent de liaison' entre différents autres personnages, ou sociétés ésotériques, et Bérenger Saunière.

Des roses pour Emma

Superbe et fascinant personnage que celui d'Emma... Ou plutôt Rosa-Emma CALVET pour l'état civile. Elle naît le 15 août 1858 à Decazeville de Léonie-Adèle Astorg et de Justin Calvet. Elle sera prise en charge puis quasiment élevée par sa tante, madame Caylet, dès 1868 à La Bastide-Pradine, pays de causse du Larzac tout près de la vallée du Cernon. Il semblerait, pour Jean Markale, qu'elle soit une lointaine cousine de la petite Mélanie Calvet, la fameuse petite bergère des apparitions mariales de la Salette...
Rosa-Emma avait-elle quelques prédestinations ne pouvant que la conduire à frôler de sa voix les mystères de Rennes-le-Château? Comment ne pas noter son prénom ROSA-Emma, laissant entendre un facile 'la Rose aimé', qui deviendra simplement Emma sur les affiches d'opéra... Le 'T' de Calvet sera également sacrifié au bénéfice d'un CALVE aux accents plus artistique. Son père, Justin Calvet, est entrepreneur spécialisé dans le boisage des galeries de mines et tunnels... tout un programme 'souterrain'!
Ensuite instruite au couvent de St Affrique, elle aurait déjà été remarquée par Mgr Bourret évêque de Rodez qui affirmait que 'la belle âme de Rosa-Emma transparaissait de toute évidence sur son visage'... Rosa-Emma devenue Emma Calvé sera, vers 1888, témoin de la 'guerre des deux roses' qui oppose le marquis Stanislas de Guaïta (rénovateur de l'Ordre de la Rose-Croix) au 'mage noir' Boullan, prêtre défroqué pratiquant à Lyon l'art consommé de la sorcellerie de grande envolée...
Rosa, 'les deux roses', les Rose-croix, Lyon, l'occultisme, les maîtres de l'ésotérismes... ne pouvaient ils pas amener logiquement la cantatrice à s'approcher de ce qui deviendra une énigme extraordinaire des années plus tard?

Le château du hasard?

A cela il faut encore ajouter que le hasard conduira cette femme à l'incroyable destinée, en 1894, à acquérir le fameux château de Cabrières dans le Rouergue. Etrange castel que l'on assure comme 'un haut lieu de l'occultisme et de l'ésotérisme régional'. La tradition assure que ses tréfonds secrets auraient abrité le fabuleux manuscrit 'd'Abraham' détenu par le célèbre alchimiste Nicolas Flamel. Pierre Borel corrobore cette rumeur dans son 'Trésor des recherches et antiquité gauloise et françaises (1655): 'J'ai ouï assurer à un gentilhomme du Rouergue, par M. de Cabrières, se tenant en son château près de Millau, où je fus exprès pour le voir, qu'il avait l'original de ce livre que feu M. le Cardinal de Richelieu avait recouvré avant sa mort.' Il faudra près de dix ans à Emma pour rénover son château... elle se fit aider en cela par Justin Calvet... On prétend que les moyens financiers pour cette tâche correspondraient avec certaines périodes 'clefs' pour Saunière... Tout ceci aurait-il expliqué cela, après tout, pourquoi pas?
Toujours est-il qu'Emma, de nouveau endettée sur la fin de sa vie, aurait vendu son château de Cabrières à la châtelaine de Creissels prétendue avoir été durant près de dix ans la préceptrice des enfants de Habsbourg... Mais ceci est-il une autre histoire?
Il semble certain, d'après l'ouvrage de Jean Contrucci, que la cantatrice connaisse bien l'abbé Emile Hoffet. Pour Gérard de Sède ce prêtre parisien serait le contact de Bérenger sur Paris à propos des documents prétendus trouvés dans le pilier de l'église de Rennes-le-Château. Si, comme nous le pensons, ces parchemins sont des faux, le contact à lui aussi de fortes chances de ne pas avoir eu lieu... A moins que, là encore, il y ait eu un amalgame volontaire de vraies et fausses pistes et que certains échanges, ou échanges certains, se soient faits entre Hoffet et Saunière d'une autre façon qu'en région parisienne.

La signature d'Emma

Pourtant si on ne dispose d'aucun détail sur ce type de relations sentimentales, nous pouvons observer d'autres éléments plus tangibles. On dit qu'Emma Calvé fréquentait de nombreux milieux ésotériques, dont la Librairie du Merveilleux, fondée par Chamuel et Papus. Dans une arrière salle de ce point de rencontre de l'occultisme parisien se trouve le siège de l'Ordre Martiniste rénové par Papus en 1891. A ces réunions 'fermées' se retrouve également Stanislas de Guaïta fondateur de l'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix et de nombreuses personnalités remarquables de l'ésotérisme de l'époque.
Emma rencontrera chez Edouard Bailly un homme qui marquera un tournant de sa vie: le journaliste écrivain Jules Bois. Ce dernier s'intéresse volontiers à la démonologie et conduira la cantatrice dans la pratique de l'occultisme et de l'ésotérisme profond et militant.

Il est évident que pour avoir des certitudes en la matière il est préférable d'avoir des preuves... Il nous suffira de trouver la signature d'Emma Calvé, suivie des lettres 'S.I.' (Supérieur Inconnu?), parmi celles des officiers notoires sur un 'Diplôme d'Honneur' délivré à Papus (Gérard Encausse) le 11 novembre 1892 à Paris par la Loge 'La Vérité'. Très curieusement on retrouvera certaines de ces signatures sur une demande de création d'une loge Toulousaine faite depuis le centre martiniste de Lyon... Ce dernier, sans doute sous le coup du hasard, étant précisément celui qui envoyait plusieurs 'invitations à tenue' à Bérenger Saunière à son adresse lyonnaise. Peut-être tout simplement Emma Calvé fréquentait-elle, lors de concerts par exemple, ce temple martiniste de Lyon... pouvant alors y retrouver Saunière pour 'transmission d'informations' dont nous n'avons malheureusement ni preuve ni contenu... Ce faisceau de 'détails', d'une part mériterait sans doute une étude un peu plus approfondie, et d'autre part risque de réserver quelques surprises intéressantes. C'est ce que nous ferons ultérieurement.

Quatre caricatures d’Emma Calvé

André Rouveyre (1879-1962) était un dessinateur et caricaturiste particulièrement craint par le tout-Paris des années 1900. Son trait incisif n’était pas le produit d’un labeur rapide et instinctif mais celui d’un travail poussé jusqu’à ce le portrait, s’éloignant du banal réalisme, rejoignait la quintessence du personnage visé, qu’il fallait alors qualifier de «victime ». Il publiait alors dans « le Rire », « le Gil Blas », « Paris illustré ».Jane Catulle-Mendès épouse du célèbre écrivain que fréquenta d’ailleurs Jean Cocteau dans sa jeunesse, lui intenta même un procès ! C’est ce fameux (à l’époque !) Catulle-Mendès qui a d’ailleurs préfacé le recueil de Rouveyre d’où sont extraits les dessins ci-après : « 150 caricatures théâtrales de Rouveyre » édité par Albin Michel, c’est son premier ouvrage, il date de 1904.
Quelques années plus tard, il avait rejoint l’équipe des éditions et de le revue du « Mercure de France », il allait alors faire paraître son chef-d’œuvre « Le gynécée » (1909) préfacé par Remy de Gourmont un des piliers du « Mercure ».Ces dessins constituent une terrible charge contre le corps féminin exhibé dans des postures plutôt simiesques, ils firent scandale .Dès l’école des Beaux-Arts (1897), Rouveyre fut lié avec Henri Matisse et leur relation dura jusqu’à la mort du peintre en 1951 qui jugeait son confrère comme « un type très curieux, très intelligent et portraitiste de grande classe », leur correspondance à d’ailleurs été publiée en 2001 par les éditions Flammarion .Il était également en relation avec André Gide qu’il qualifiait tantôt de « contemporain capital » tantôt de « retors », car Rouveyre avait la dent dure, la même cruauté que l’on retrouve dans ses dessins. Il est d’ailleurs abondamment cité dans le « Journal » de Paul Léautaud, célèbre et fort drôle « langue de vipère » du « Mercure »
En 1919, Rouveyre se mit à écrire et il abandonna le dessin définitivement en 1923, son esprit critique étant devenu, selon lui, trop aigu…Il était d’ailleurs fils d’Edouard Rouveyre, bibliophile, éditeur d’art .Il publia alors des romans au style très singulier, très chantourné, voire du « charabia » selon Gide et qui n’eurent guère de succès. Après quelques péripéties concernant la publication de sa correspondance avec André Gide qui agita un peu le petit monde de la littérature après la guerre, il fut doucement oublié avant de mourir à 84 ans. Philippe Soupault fit remarquer à l’époque dans les « Lettres Françaises » qu’il n’était déjà « plus qu’un nom, peut être moins encore, l’écho d’un nom ».
Les caricatures ci-après représentent Emma Calvé dans « Hérodiade », opéra de Jules Massenet et dans « Messaline » d’Isidore de Lara opéra oublié d’un compositeur ignoré de nos jours et qui fut donné au théâtre de la Gaîté l’année de la parution du recueil de Rouveyre.

André Douzet & Stéphane Chalandon